‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 63 sur 257 · LE DECRET DU 7 MARS · texte numérisé non relu

LE DECRET DU 7 MARS

que les petits séminaires, ne faisant pag partie de l'Université, n'étaient pas soumis à la juridiction du grand-maitre. Vous n'avez pas ainsi besoin d'un diplôme. Observez pourtant qu'il faut pour cela que votre maison soit un véritable petit séminaire, agréé comme tel par Téveque diocésain, et qu'il n'y ait dans cette maison que des sujets qui se destinent à l'état ecclésiastique. Si vous admettez dans ce séminaire des jeunes gens qui ne veulent pas être ecclésiastiques, dès lors vous éprouverez des difficultés (1). »

L'abbé Jean travailla immédiatement à se mettre en règle. L^établissement de Saint-Malo avait été reconnu comme petit séminaire par l'autorité diocésaine et môme par l'empereur, mais il recevait des élèves laïques. La première pensée de l'abbé de la Mennais fut de les congédier. La chose paraissait d'autant plus naturelle, qu'une autre école, sorte de collège communal rudimen taire, venait de s'établir à Saint-Malo. Un famélique du nom de Luzierre, père de neuf enfants, s'ingéniait, depuis quelques mois, pour peupler ses classes vides, à attirer les élèves du collège ecclésiastique, et certains membres de l'administration municipale lui étaient favorables. Gomme, d'ailleurs, il n'avait ni science ni talent, et que ses deux professeurs étaient totalement au-dessous de leur tâche, la confiance ne venait pas, et il s'en prenait aux directeurs de l'établissement rival, contre lesquels il rédigeait des mémoires.

L'abbé Jean voulait, avant tout, former des prêtres. Si, de concert avec MM. Vielle et Engerran, il avait admis des élèves laïques, c'était uniquement pour déférer au désir de la municipalité et des familles de Saint-Malo. Dès là que l'on méconnaissait ses vues charitables, et que l'Etat mettait des obstacles à cette extension de son œuvre, il n'avait plus qu'à s'en tenir strictement à son premier dessein. Il demanda donc à tous les parents de déclarer que leurs enfants entraient au collège en vue de l'état ecclésiastique.

(1) Cité par Ropartz, p. 80.

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Les choses en étaient là, quand parut le décret du 9 avril 1809. Ce décret soumettait les petits séminaires à l'Université, tout en laissant aux évoques certains droits et en concédant à ces établissements un régime intérieur spécial.

Le ministre Bigot de Préameneu avait été chargé de commenter ce décret, et il le fit avec Fintention visible de rassurer les évoques.

Aux termes de sa circulaire, certains établissements pourront être consacrés plus spécialement aux enfants qui se destinent au sacerdoce. Ils échangeront leur nom de petits séminaires contre celui d'écoles secondaires ecclésiastiques, et il suffira, pour les conserver, que Féveque obtienne, en faveur du directeur nommé par lui, le diplôme ou brevet de membre de l'Université.

M. Vielle allait donc être affilié, malgré lui, à cette grande corporation créée pour l'usage du despotisme. Il allait falloir subir la visite des inspecteurs généraux de l'Université, et payer à TEtat, pour chaque pensionnaire ou demi-pensionnaire, une rente égale au vingtième du prix de la pension entière. En revanche, on pourrait recevoir des élèves laïques.

Nous avons vu combien peu Tabbé de la Mennais estimait cet avantage. Mais il fallait compter avec les vœux de la population malouine. Elle s'obstinait à refuser sa confiance à M. Luzierre, et si le maire, circouA^enu et trompé, favorisait toujours cette étrange école, nombre de pères de familles, destinant leurs fils à des carrières libérales, les recommandaient plus instamment que jamais au zèle des deux prêtres.

Les premiers inspecteurs généraux envoyés à Saint-Malo, MM. Ampère et Guéneau de Mussy, étaient des hommes de sens droit, d^esprit large et même franchement chrétien. Ils virent tout de suite les inconvénients de cette rivalité mesquine, et mirent tout en œuvre pour la faire cesser.

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