SUPPRESSION DU COLLÈGE ECCLÉSIASTIQUE
particulier les membres de radministration municipale, et le maire se heurta à l'opposition presque unanime de son conseil. Ce n'était d'ailleurs qu'une prolongation d'agonie.
L'école ecclésiastique n'était pas seulement, à Saint- Malo, le prétexte de l'agitation anticléricale. Elle était suspecte en haut lieu. Depuis l'excommunication lancée par le pape en 1809, tous les établissements ecclésiastiques, surtout ceux où l'on soupçonnait une influence congréganiste, étaient devenus odieux à l'empereur. Il voyait partout des agents de la puissance qu'il s'efforçait vainement d'abattre, ou môme des colporteurs de la bulle vengeresse. Les maisons de missionnaires étaient fermées ; les Sulpiciens allaient être chassés des grands séminaires; déjà on dispersait à petit bruit, sous le moindre prétexte, les écoles ecclésiastiques de province, en attendant d'abroger la loi qui les protégeait encore.
De la Ghesnaie, où il était retiré depuis quelque temps. Félicité de la Mennais voyait se former l'orage, et dénonçait à son frère, avec une rare clairvoyance, les projets impériaux : « Vous verrez, ou je me trompe fort, disait-il, vous verrez attaquer les uns après les autres tous les établissements d'instruction théologique. C'est l'art, fort ancien, mais très perfectionné, d'opprimer avec sagesse, opprimamus eos sapienter. On commence par la base; le reste viendra de soi-même (1). » Moins d'un an après, la prédiction s'accomplissait.
Le 11 novembre 1811 était promulgué un décret ainsi conçu : « Il ne pourra pas y avoir plus d'une école secondaire ecclésiastique par département. Le grand -maitre désignera celles à conserver ; les autres seront fermées. » Il était interdit, en particulier, de maintenir une école ecclésiastique dans une ville non pourvue d'un lycée ou collège universitaire.
C'était l'arrêt de mort du collège de Saint- Malo. Toutefois, comme l'école ecclésiastique de Rennes^ seule
(1) A. Blaize. — Œuvres inédites, etc., t. I, p. 8o.
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autorisée d'après les nouveaux règlements, venait de se disperser par la retraite de l'abbc Blanchard, l'établissement de MM. Vielle et de laMennais se trouva être, de fait, le seul petit séminaire du diocèse, et dut à cette circonstance de vivre quelques mois de plus.
Le coup de grâce lui fut donné au mois d'août 1812. Un matin, le greffier du procureur impérial vint apporter à M. Vielle le décret de suppression de sa maison. Le digne prêtre lut l'arrêt sans pâlir; puis, le sourire aux lèvres, avec la plus aimable courtoisie, il reconduisit jusqu'à la porte de son appartement le messager de malheur. Alors seulement, il se jeta aux pieds de son crucifix, pour implorer courage et patience dans l'épreuve.
Quant à l'abbé de la Mennais, il prit connaissance de la feuille officielle avec la fermeté stoïque d'un homme qui a combattu longtemps pour une cause perdue d'avance, et que l'injustice ne saurait plus étonner.
Au fond, le coup n'était pas moins douloureux pour lui que pour M. Vielle. Rien ne coûte d'ordinaire à un jeune prêtre comme de quitter le poste oii il a fait ses premières armes; mais quand ce jeune prêtre a, presque seul, créé de toutes pièces une œuvre utile à l'Eglise; quand il y a mis le meilleur de son âme, quand il a vu cette œuvre grandir, dépasser même ses espérances, et qu'il lui faut assister ensuite à l'écroulement de son rêve, au moment oii ce rêve allait devenir une réalité splendide, rien ne saurait rendre la plainte qui monte de son cœur meurtri.
Obligé, à trente-deux ans, de quitter une situation au il avait rendu les plus signalés services, écarté par la défiance du gouvernement, et aussi par la pusillanimité de son évêque, des postes où son zèle aurait pu retrouver une vaste carrière, l'abbé de la Mennais connut dans toute son horreur ce martyre de l'impuissance.
L'heure où il lui fallut se séparer de ses confrères, de ses chers théologiens, de ses écoliers de tout âge, pour lesquels il se sentait une tendresse plus que paternelle, compta parmi les plus cruelles de sa vie. De part et d'autre, les adieux furent déchirants. Mais