LES QUATRE ARTICLES DE
crificr les principes. Féli, qui n'avait point à garder les mêmes ménagements, profita des circonstances pour affirmer de nouveau les doctrines ultramontaines. L'article qu'il donna au Conservateur sous ce titre : « Observations sur la promesse d'enseigner les quatre articles de la déclaration de 168$ » est une éloquente satire des prétentions du gouvernement.
Le souci de ces grands intérêts n'empêchait pas M. de la Mennais de descendre aux mille détails de l'administration diocésaine. Grandes et petites affaires, presque tout passe par ses mains. S'agit-il de faire les démarches nécessaires pour la construction d'un palais épiscopal (1), de trouver un logis convenable aux recteurs des cinquante ou soixante paroisses qui manquent de presbytère ? Toujours on s'en remet à son zèle et à son savoir-faire.
Ce ne sont pas seulement les missions qui l'obligent à quitter fréquemment Saint-Brieuc. Une fête religieuse à présider, une communauté à visiter, des séminaristes qu'il faut conduire à Quimper ou ailleurs pour recevoir les saints ordres, sont pour lui l'occasion d'un voyage qu'il exécute gaiment, en quelques heures, au galop de son cheval, à travers landes et marécages.
Un jour, il a dû accompagner les séminaristes de Saint- Brieuc à Carhaix, où l'évèque de Quimper donnait l'ordination : « Au retour, dit-il, j'ai été extrêmement contrarié par la route, par le mauvais temps : pluie, vent, grêle, neige, rien ne nous a manqué... Nous avons pris sur nos chevaux, en revenant à Saint-Brieuc, quatre ou cinq bains froids, c'est-à-dire, que nous avons été plusieurs
U TJe projet de construction n'aboutit pas. Voici les renseignements que nous trou vous dans les. 4 nciensEuêch es de Bretagne sur les demeures habitées successivement par les évêques de Saint-Brieuc : « L'évèque constitutionnel (Jacob; occupa l'ancien manoir épiscopal tant que la Révolution le toléra: mais, dépouillé de tout et jeté en prison, il ne trouva plus de palais, ni même toujours du pain, lorsqu'il fut mis en liberté. Quand l'empereur rétablit l'évêché de Saint-Brieuc, Mgr Caffarelli s'installa dans un hôtel sur le marché au blé : et après lui, Mgr de la Bomagère resta dans une partie de l'ancien manoir épiscopal jusqu'à l'achat du palais actuel, en 1824 ». Geslin de Bouifjof/ne et de Barthélémy, op. cit. p. 216.
fois mouilles jusqu'aux os. A mon âge, on supporte cela sans danger, et aucun de nous n'a été malade (1). »
Parfois des motifs plus pressants réclamaient sa présence immédiate dans une paroisse éloignée : « Fallait-il exercer quelque part un de ces actes énergiques devant lesquels les volontés les mieux trempées reculent quelquefois, il n'en rejetait jamais le fardeau sur un autre. Lui-môme allait aborder de front les difficultés jugées les plus insurmontables : fortifier un de ses prêtres menacé dans son repos ou paralysé dans son action, prononcer en personne et faire exécuter sur l'heure la sentence qui sauve, porter le fer et le feu partout où un mal invétéré appelait le remède suprême. Et puis, avant que l'on eût même soupçonné son départ, on le voyait rentrer à cheval dans la ville épiscopale, et reprendre dans son cabinet, comme s'il n'avait pas fait trente lieues, sa place de conseiller de tous. Le centre et la circonférence ne se le disputaient pas : ils le possédaient ensemble (2). » Après avoir passé en revue de pareilles œuvres, impossible de ne pas souscrire au jugement qu'un habitant de Saint-Brieuc exprimait en 1861 : « C'est l'abbé de la Mennais qui a semé le germe de tout le bien qui se fait chez nous (3). »
On a beau être créé pour l'action : l'âme, sous peine de se disperser en une agitation vaine, réclame des
(1) Lettre à Monseigneur Dombideau de Orouseilhes, évèque de Quimper, 11 mai 1815. — Citée par Ropnr.y, p. f?30.
(2) Mgr de Léséleuc, ouvrage cifé, p. ïù. — On peut rapprocher de cette page le témoignage très peu suspect du chanoine Lesage. Voici comment il appréciait 1 activité de M. de la Mennais : « II connaissait parfaitement le diocèse, qu'il avait parcouru dans tous les sens, car il ne craignait pas les voyages, et l'on a lieu de penser que beaucoup d'affaires, entre celles qu'il a maniées, ne pouvaient être réglées que sur les lieux. Lui seul aussi avait le fil et savait la matière des correspondances, soit avec les ministres, soit avec le préfet et les maires. Il suivait tout cela avec autant de bonheur que de souplesse et de dextérité. » Mémoires inédits, t. I p. 41).
(3) Parole citée par M. l'abbé Helouino, Oraison funèbre de M. J.-M. de lu Mennais, p. 28.