‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 169 sur 270 · LA PREMIERE RETRAITE DE JOSSELIN · texte numérisé non relu

LA PREMIERE RETRAITE DE JOSSELIN

témoins, ce qui fut cause que, dans la suite, il nous fut ordonné d'observer ce point de règle, même dans les voyages. »

Un autre Frère a ajouté quelques traits à cette relation : « Pour la retraite, dit-il, les voyages se faisaient à pied, quelquefois par une chaleur étouffante, d'autres fois par une pluie torrentielle. Chacun de nous portait à la main ou sur son dos un petit paquet, renfermant le linge et les objets nécessaires pour le voyage. Pour charmer la longueur de la route, nous priions ou nous chantions des cantiques. Aux heures des repas, nous nous asseyions au bord d'un champ ou sur la lisière d'un bois, pour manger un morceau de pain avec quelques fruits, du beurre ou du fromage, que chacun exhibait de son sac et étalait sur l'herbe. Puis on reprenait le chemin. Arrivés au lieu de la retraite, après de rudes fatigues, nous n'avions ordinairement pour lit qu'une paillasse étendue sur le plancher et un petit ballot de foin pour oreiller... (1) »

Il faut convenir que, sans en faire le vœu, les Frères pratiquaient assez bien dès lors les vertus de pauvreté et de mortification.

La retraite eut lieu sous la direction des deux supérieurs généraux, aidés de deux missionnaires de Saint-Laurent et de M. Ponsard, aumônier des Filles de la Chartreuse d'Auray.

Au début des exercices, M. de la Mennais prit la parole : « Mes enfants, dit-il, quinze mois se sont écoulés depuis votre dernière retraite, et, dans cet intervalle, il s'est opéré un grand changement parmi vous. Il s'est fait des choses qui ont surpassé notre attente. Cela nous porte à croire que Dieu a de grandes vues sur vous. »

Et il donna lecture de l'ordonnance royale du 1er mai, qui accordait à la société l'autorisation légale. Un mouvement de satisfaction accueillit cette lecture. La réunion

'1 « Mémoires d'un ancien » (Chronique des Frères de l'Instruction

chrétienne, tome I.)

comptait plus de soixante Frères (1), et l'un d'entre eux fit remarquer que ce rapide développement présageait un brillant avenir.

C'étaient là des espérances un peu humaines, que ne pouvait encourager l'esprit de foi du fondateur. « Ce ne sera pas le nombre qui fera la force de votre congrégation, déclara M. de la Mennais, ce sera l'humilité. Soyez humbles, mes enfants; je vous l'ai dit souvent et je le répète : j'aimerais mieux n'avoir que trois Frères bien humbles, que d'en avoir trois cents qui n'eussent pas l'esprit de leur état.

« Plusieurs ont pris leur parti, et ils ont bien fait. On ne doit pas venir parmi nous pour jouir de l'indépendance cl des autres choses dont le monde se fait une idole; tout cela ne se trouve point ici. Si quelqu'un d'entre vous n'est pas déterminé à vivre dans l'obéissance et l'humilité, qu'il se retire : il ne persévérera point. »

M. Deshayes parla dans le même sens. Fortifiés par ces graves leçons, les Frères se dispersèrent, et, le lendemain, chacun reprenait plus courageusement son aride labeur.

Tant que le fondateur demeura àSaint-Brieuc, ses lettres, ses encouragements, sa présence, qui se multipliait sur tous les points avec une rapidité tenant du prodige, assurèrent la vitalité de l'œuvre; mais, comme l'institut de la Providence, la congrégation de l'Instruction chrétienne devait subir l'éloignement du Père.

t n joui', le bruit se répandit dans les presbytères que M. de la Mennais allait quitter le pays pour se rendre à Paris. On venait de lui confier un poste éminent à la Grande -Aumônerie île France. Qu'allaient devenir les pauvres Frères, privés presque en même temps de leurs Jeux fondateurs? Au moins, les Sœurs de la Providence avaient une supérieure qui pouvait gouverner le couvent

l Non compris 1rs aspirants.

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