‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 171 sur 270 · LETTRES DATEES DE LA GRANDE-AUMONERIE · texte numérisé non relu

LETTRES DATEES DE LA GRANDE-AUMONERIE

soient fréquentes, et regardez comme un grand malheur d'en manquer une seule. S'il en est ainsi, vous exercerez sur vous-même une vigilance plus sévère, et la confession de tous les quinze jours vous suffira (1). »

Cette invitation à la communion fréquente nous parait simple aujourd'hui ; mais quand on sait quelle était alors, en France, la sévérité des confesseurs, on admire volontiers le courage du théologien qui bravait l'opinion rigoriste pour procurer aux âmes un aliment sans lequel elles auraient langui.

M. de la Mehnais n'avait pas toujours affaire à des natures malléables comme celle du frère André. Le frère Àmbroise, directeur de l'école de Tréguier, était un ancien paysan qui cachait sous sa rude enveloppe un cœur d'or et un grand esprit de foi. Au lieu de l'exciter, il fallait le ralentir. Rigide observateur de la règle, il compatissait parfois difficilement aux faiblesses de ses inférieurs. Heureusement, il consultait toujours le Père, qui excellait à le maintenir dans la mesure.

Voici la lettre qu'il recevait de son supérieur, en Î82i, dans une circonstance où il se sentait porté vers la sévérité : « Vous me demandez ce que vous devez faire lorsqu'il vous arrive qu'un Frère vous résiste, ou n'écoute pas avec assez de docilité tout d'abord les observations que vous lui faites. — Il faut alors ne pas insister trop fortement, mais attendre que l'esprit de celui à qui vous parlez soit calmé, et par conséquent mieux disposé à recevoir votre avis. Gardez-vous surtout de vous emporter et de pousser les choses à l'extrême dans le premier moment.

« Un peu plus tard, représentez au Frère dont vous avez eu à vous plaindre la faute qu'il a faite, et engagezle doucement à la réparer. S'il le refuse, marquez-le-moi; mais, à moins que la faute ne soit de nature à donner du scandale aux autres et à devenir dangereuse pour eux, n'agissez pas avec rigueur. »

Et M. de la Mennais terminait ainsi : « Vous ne

(1 Lettre inédite du 17 octobre 1823. — Archives des Frères.

ferez aucune mortification extraordinaire d'ici la retraite. A cette époque, je verrai s'il convient ou non de vous accorder ce que vous me demandez (1). » Nous retrouverons plus tard le frère Ambroise, et nous verrons ce qu'un tel maître sut tirer de cette âme vraiment virile.

Les lettres sont des moyens d'action individuels. Or, tout en dirigeant chacun de ses Frères suivant les besoins particuliers de sa nature morale, M. de la Mennais voulait imposer à sa congrégation une forme unique. La règle existait, mais manuscrite, et, par suite, sujette à des altérations involontaires; le Père voulut en fixer les prescriptions en la faisant imprimer (2).

L'opuscule est un peu différent des pages manuscrites dont nous avons parlé. La pensée du fondateur se précise, et il écarte résolument les projets qu'une expérience de deux ans n'a point justifiés. Plus tard, il sentira le besoin d'expliquer et de développer certains points; il devra tenir compte d'usages qui n'existent pas encore. Les statuts qu'il publiera dans la suite dessineront plus en détail la physionomie de sa congrégation; mais rien d'important ne sera changé. Le « Petit Frère » des campagnes, cet homme détaché, mort à lui-même, volontairement humide, volontairement pauvre, voué pour la vie à une tache ingrate et obscure, il existe déjà, dans la réalité magnifique de son dévouement. Quatre choses ont suffi pour produire cette merveille : le vomi d'obéissance, l'oraison quotidienne, la direction spirituelle pratiquée tous les deux mois et la retraite annuelle. M. de la Mennais ne fera que perfectionner l'emploi de ces grands moyens.

Aux termes du traité passé entre MM. de la Mennais

et Ik'sbaves. ou devait chercher une maison qui fût

! Lettre inédite, iIji 17 mai 1824. — Archives des Frères.

2 Cette première édition de la Règle n pour titre : Statuts de la Congrégation de l'Instruction chrétienne, approuvés /mt ordonnance <lu i"i. du i mai ISêâ. C'est une brochure uat-32, de -Ji pages', imprimée ù.

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