‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 175 sur 270 · DIFFICULTES SUSCITEES A M. DE LA MENNAIS · texte numérisé non relu

DIFFICULTES SUSCITEES A M. DE LA MENNAIS

Il se présentait à Saint-Brieuc avec l'auréole du confesseur de la foi et du martyr; mais s'il possédait à un haut degré certaines vertus sacerdotales, il n'avait rien, hélas! des dons requis pour l'épiscopat. Peu instruit, incapable d'écrire élégamment deux phrases, dépourvu de jugement, il était, avec cela, d'une impardonnable vanité.

En passant à Paris, il alla faire visite à Félicité de la Mennais, qui le jugea sur-le-champ (1).

Néanmoins, pendant les premières semaines, tout alla bien. Le nouveau prélat commença par remettre à M. de la Mennais des lettres de vicaire général, puis, pour remplacer M. Manoir décédé au mois de mai 1819, il choisit un ecclésiastique désigné par l'abbé Jean, M. de Nantois, ancien chanoine et grand-chantre de Saint-Brieuc.

Mais, nous l'avons dit, l'ancien vicaire capitulaire avait des rivaux. Le chanoine Lesage, impatient de ruiner une autorité qui lui pesait depuis longtemps, eut l'idée de ressusciter une querelle liturgique qu'il avait déjà soulevée sans succès. Il rédigea un règlement qui astreignait à l'office canonial le supérieur du grand séminaire avec tous les grands vicaires, et le soumit à l'approbation épiscopale.'

L'évèquc ne voyait pas de près la besogne écrasante de M. Vielle et de l'abbé Jean (2). Il sanctionna la mesure et

1 « M. de la Romagère est venu me voir, écrivait-il à Jean; il attend ses bulles avec impatience. Pour moi, je redoute le moment où il entrera dans son diurèse. Ce n'est pis qu'il n'ait de la piété et du zèle à sa façon; mais quel pauvre homme! qu'il est ennuyeux! 11 l'ait des vers, les récite et les chante même volontiers. A la mission île Clermont, quoi que pussent dire les missionnaires, il s'obstina jusqu'au bout à déployer ses talents. Pendant la communion générale des hommes, le voilà qui entonne au milieu du chœur, d'une voix fauque et chevrotante :

Ce n'est pas petite affaire

De chanter la communion.

« Juge de l'effet. L'abbé Frayssinous, qui n'est pas suspect, avoue que

c'est un original fieffé. Au reste, il m'a dit pour toi des choses flatteuses,

mai- sans les chanter, en sorte que je ne sais pas si c'est bien sérieux. »

Œuvres inédites, etc., A. IUaize, t. 1er, p. ■!•;.;.

(2) Les régies imposées aux chanoines titulaires pour l'assistance au chœur étaient alors peu observées, du moins en France, à cause de la pénurie de prêtres.

prétendit môme en presser l'exécution. Blessé du procédé, M. de la Mennais offrit sa démission, qui fut refusée; mais il comprit dès lors que son influence sur le prélat serait nulle, et qu'il n'avait plus désormais qu'une chose à faire dans le diocèse : sauvegarder ses œuvres.

Le caractère des séances du conseil acheva de le déconcerter. Avec son naturel vif, ardent, expéditif, il lui fallait subir, plusieurs fois par semaine, les ennuyeuses divagations d'un homme distrait, oublieux, lent à concevoir, confondant aisément les objets, consacrant souvent à des minuties des discussions interminables. Si encore on avait pu l'arrêter dans ses bizarres projets! Mais non : quand il ne laissait pas sans solution les plus importantes questions, il les tranchait à sa tête, contre l'avis de tout son conseil.

Nous avons vu les tracasseries que, sur de faux rapports, il avait fait subir aux Sœurs de la Providence. Il en était ainsi, pour peu qu'il soupçonnât qu'on voulait se passer de lui. Un trait fera voir jusqu'à quel point il était jaloux de son autorité. Nous l'empruntons aux Mémoires du chanoine Lesage. Il s'agit de l'acquisition de l'ancien grand séminaire de ïréguier, où le vicaire général désirait installer le collège ecclésiastique, de plus en plus prospère.

« Rien n'égala la joie des habitants de Tréguier, dit le malin conteur, quand M. de la Mennais, qui avait déjà ravivé leur collège languissant, s'annonça, en 1819, comme voulant racheter et rétablir leur séminaire. Le Bas-Breton est ardent, passionné, enthousiaste. M. de la Mennais devint pour tout le pays le premier homme du siècle , le restaurateur, la colonne de la religion, quand on le vit en effet traiter avec l'acquéreur. Celui-ci demandait trente-deux mille francs. Le grand vicaire en offrait trente, et il était bien sûr de l'obtenir à ce prix, lorsque malheureusement le nouvel cvêque arriva. Instruit de l'état de la négociation, il n'eut garde de laisser à un autre l'honneur de la conclure. Il court donc à Tréguier, couvre l'enchère du grand vicaire, accède même à des conditions onéreuses, au delà des premières demandes, et, sans

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