LES AMIS DE SAINT-SULPIGE
messieurs et à venir être témoin de mon bonheur. Vous avez ici un gîte, et Monseigneur me charge de vous offrir l'hospitalité épiscopale. Vous occuperez l'appartement de M. Lesage (1), qui dans ce moment prêche le carême à Nantes. Vous ne doutez pas du plaisir que j'aurais à vous voir composer le presbytère qui doit m'imposer les mains et à vous renouveler ensuite les sentiments d'estime et d'attachement avec lesquels je suis, etc. (2) »
Il est probable que l'abbé Jean accepta cette offre gracieuse, et que son séjour sous le toit de Mgr Caffarclli fut l'origine des étroites relations qui devaient le ramener à Saint-Brieuc.
Dans ce petit cercle d'hommes aimables, au milieu de ces entretiens édiiiants et instructifs qui convenaient si bien à son zèle, sa santé se raffermissait. A Saint- Malo, on se promettait de lui alléger désormais la tâche et de lui interdire tout excès de travail. Le 13 mars 1806, M. de Grandclos écrivait à l'évèque de Rennes : « Les médecins croient que M. de la Mennais doit s'abstenir de tout travail fatigant jusqu'à ce que son tempérament soit formé. Vous pouvez compter qu'à son retour de Paris, il ne fera plus de nouveaux cahiers de théologie pour abréger la besogne à ses écoliers. On les fait étudier dans une des théologies d'usage dans les séminaires. Aujourd'hui c'est celle de Bailly (3). »
Pour l'associer, malgré l'absence, à la vie du cher collège, des lettres lui arrivaient de Saint-Malo, longues cl fréquente-.
(1) Chanoine de Saint-Bricuc, auteur de Mémoires que nous citerons.
(;! Lettre inédite. — Archives des Frères.
(3 II est probable que c'est seulement après le départ de l'abbé Jean qu'on avait introduit le manuel de Bailly comme classique au séminaire de Saint-Malo. on sait que ce manuel était rigoriste, et le jeune professeur, qui se posait dès tors en champion des doctrines liguoriennes, n'aurait sûrement pas consenti à le prendre peur thème de son enseignement.
Son plus actif correspondant était alors l'abbé Uay I >■. Avant le départ de fabbé Jean pour Paris, le jeune professeur lui adressait, à la Chesnaie, des lettres de sept pages, qui paraissaient toujours trop courtes : « Ah! mon ami. répondait M. île la Mennais, mon pauvre cœur a besoin que le votre vienne de temps en temps le réchauffer, le ranimer, lui rendre et la douce joie et l'aimable gaîté. Dans la solitude, on est tort tranquille, mais parfois on est un peu triste, et cela fait grand bien de lire des lettres de ceux qu'on aime, et qu'on ne peut plus entendre (2). »
fendant son séjour à Paris, il continué d'écrire à ce jeune homme, dont la nature expansive et droite Fa définitivement conquis. Tantôt ce sont des lettres d'affaires, tantôt des réflexions sur les événements contemporains. Dans les premières, il se révèle déjà ce qu'il sera toute sa vie, doue d'une habileté prodigieuse dans le maniement des chiffres et d'une réelle aptitude à se mouvoir à travers les difficultés d'une situation compliquée. Dans les autres, sous des récils de pure actualité, on découvre toujours la préoccupation éminemment sacerdotale de l'honneur de Dieu et de la sainte Eglise ^ au reste, l'objet le plus constant de sa sollicitude, c'est la marche et la physionomie du collège (3).
« Je suis assez bien, écrit-il; cependant ma poitrine est encore un peu douloureuse, et je serai obligé de prendre le lait d'ànesse à mon retour. Puisque j'ai commencé
l .M. de la Mennais écrivait aussi, de temps en temps, à un abbé Bossard, originaire île Rennes.
■2 Cf. Ropartz, p. i.'i.
■ '• Qu'on parcoure en particulier les lignes suivantes : commérages -i Ion vent, mais singulièrement relevés par l'accent île la foi : « On commence le jubilé dans le diocèse du laineux Lacombe, évêque d'Angouléme. Il a menacé de suspendre tous les prêtres qui exigeraient qu'on recommençât les confessions faites pendant la Révolution, vous devinez bien à qui. Ces pays-là ne valent pas le nôtre. Il (M. Bossard) un- parle d'un curé qui a quatre-vingt mille livres de biens patrimoniaux et i|ui laisse son église sans tabernacle, le cimetière sans clôture, les missels même -ans être reliés, et tous les linges «l'une malpropreté repoussante. Dix enfers ne suffiraient pas pour punir un pareil