‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 60 sur 270 · LE COLLEGE ECCLESIASTIQUE MENACÉ · texte numérisé non relu

LE COLLEGE ECCLESIASTIQUE MENACÉ

Pour ménager l'administration municipale qui ambitionnait d'avoir la haute main sur les écoles, ils désiraient que l'établissement de MM. Vielle et de la Mennais devint l'unique collège communal. Cette combinaison eût permis de maintenir les deux catégories d'élèves, laïques et ecclésiastiques, et aussi le groupe des théologiens. Les directeurs y consentirent, mais à la condition que l'établissement conserverait son titre de collège ecclésiastique, et. tout en acceptant, sur divers points, le contrôle des autorités locales, resterait sous la surveillance de l'évèque.

11 parait bien que le prélat tenait moins que l'abbé Jean à voir conserver au collège le titre d'école ecclésiastique. Consulté à ce sujet par M. de la Mennais, Mgr Enoch répondit : « Le nom que portera votre établissement ne fait rien à la chose; nous verrons cela plus tard. »

Ce n'est pas ainsi que l'entendait le jeune et ardent champion de la liberté d'enseignement. « Dans aucun cas. disait-il. il ne faut consentir à remplacer l'école secondaire et à devenir le collège de la ville de Saint- Maio. Nous ne serions plus maîtres de rien; les aumônes cesseraient, etc. » Et il eut aussitôt l'idée d'implorer l'appui de M. Emery pour faire maintenir à son cher collège le titre et les privilèges d'école cléricale.

Dans le même luit, son frère Féli adressa à un autre conseiller de l'Université un mémoire en règle.

M. Emery promit de porter l'affaire devant le conseil de l'Université, et le correspondant de Féli prit également ;'i cœur les intérêts qu'on lui confiait.

L'établissement de MM. Vielle et de la Mennais comptait, lors de la première visite des inspecteurs généraux, dix professeurs I et cent soixante-sept élèves.

Avant de quitter Saint-Malo, Ampère prodigua les

] Félicité de la Mennais rite les noms :1c quelques uns dans une lettre à l'abbé Jean, datée de 1811. Voici le passage où il fait mention du personne] du collège :

« Prends [mur constant, dans les compliments à distribuer, que j'ai nommé tout le inonde, mais plus particulièrement Langrez, Doguet, Sauvage " . Noël, Bachelot et Royez. »

i Probablement le frère d'Amélie Sauvage.

encouragements aux deux directeurs, leur promettant de les appuyer à Paris et partout.

— « Mais, observa M. Vielle, je ne vous paie de rétribution que pour la moitié de mes élèves. Il est vrai que, pour les autres, je ne reçois pas un denier, que je suis même obligé de les nourrir et souvent de les vêtir. Si vous étiez inexorable pour eux, vous n'obtiendriez pas une obole de plus, et vous priveriez plus de cent jeunes gens du bienfait de l'éducation. »

— « Continuez, Monsieur, répondit l'inspecteur; mon rapport vous sera favorable, et tout ira bien. »

La cause fut, en elfet, bientôt gagnée, non seulement à Paris, mais à Saint-Malo. L'attitude encourageante des inspecteurs fit tomber les préjugés. Bientôt les directeurs du collège virent venir à eux un de leurs adversaires les plus décidés, et le pauvre Liizierre, dont les prétentions avaient servi de prétexte aux passions antireligieuses, dut fermer son école. A la rentrée d'octobre 1809, l'établissement qui venait de subir une si rude tempête comptait cinquante élèves de plus.

A peine l'abbé de la Mennais était-il tranquille du côté de l'Université, que des difficultés lui vinrent d'ailleurs. Ce n'étaient plus, cette fois, les Jacobins de Saint-Malo qui contrariaient ses vues, c'étaient — chose plus pénible — ses frères dans le sacerdoce.

Il avait été obligé, pour faire place aux jeunes recrues, d'établir ses théologiens dans une maison voisine du bâtiment principal affecté au collège. Quelques membres du clergé de Rennes, parmi lesquels le supérieur du grand séminaire, M. de la Guérétrie, craignirent que cette séparation ne nuisît à la formation pieuse des ordinands, et proposèrent de les incorporer purement et simplement au séminaire de Rennes. M. Brute lui-même ne paraissait pas opposé à ce projet.

Mais M. de la Mennais ne pouvait sans serrement de cœur voir passer en d'autres mains une œuvre à laquelle il s'était dévoué corps et âme. Il savait que nulle pari ses enfants ne rencontreraient la sollicitude que

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