‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 66 sur 270 · REPRISE DES ÉTUDES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

REPRISE DES ÉTUDES HISTORIQUES

mot. Je me m'en étonne point : il doit vous rire devenu importun à force de l'entendre répéter (1). »

M. Vielle avait reçu le même titre le 1" janvier précédent. Ces marques de la confiance épiscopale donnaient aux deux directeurs du collège des armes contre l'envie et les déloyales rivalités.

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Les derniers mois de l'année 1809 s'étaient écoulés sans encombre, et les premiers de l'année suivante furent assez tranquilles. M. de la Mennais en profita pour reprendre ses travaux sur l'antiquité ecclésiastique.

Ces études étaient plus que jamais d'actualité. Le pouvoir du pape sur l'institution des évèques était toujours mis en question. Napoléon avait eu beau traîner Pie VII prisonnier sur les routes de l'Italie et du midi de la France, pour le séquestrer ensuite dans le palais épiscopal de Savône : il avait pu briser les forces d'un vieillard infirme, il ne lui avait pas arraché une seule concession contraire aux prérogatives du Saint-Siège (2). De guerre lasse, il était résolu à se passer de lui, et à faire instituer par les métropolitains les évèques de son choix. Mais il désirait, pour ménager l'opinion, produire l'avis de théologiens complaisants.

Celait le temps où se réunissait à Paris, sous la présidence du cardinal Fesch, la commission ecclésiastique qui préludait au fameux concile de 1811. M. Emerv avait été appelé malgré lui à siéger dans cette assemblée, et il sollicitait de MM. Brute et de la Mennais des consultations théoLogiques sur les questions qui allaient s'agiter.

Eclairer la conscience de M. Emery, le plus savant théologien de France, était-il possible à deux prêtres jeunes et inconnus d'accepter ce rôle?

; Cf. Ropartz, p. 109.

On n'en étail pas encore au concordat de Fontainebleau L813), où Pic VU fit, par surprise une concession sur laquelle il revint bientôt.

M. Brute, tout on se défiant de ses propres forces, jugea que les lumières de son ami ne seraient point inutiles à leur vénérable correspondant. Il écrivit alors à M. de la Mennais : « Que je voudrais frère Jean près de lui, avec les bonnes études qu'il a faites! ... Je lui écrirai vendredi. Si vous pouviez auparavant me faire une bonne lettre de vues fondamentales (1)! »

Et « frère Jean, » consultant les cartons qui renfermaient déjà le manuscrit de la Tradition de V Eglise sur V institution des évêques, composait un mémoire très documenté, qu'il envoyait à son ami. Il conclut, comme toujours, à la nécessité d'une confirmation, au moins tacite, de l'institution des évoques par le pape.

On sait avec quelle énergie, deux ans après, M. Emery devait soutenir cette doctrine en présence même de l'empereur, et au grand scandale des évèqucs de cour (2).

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De cette défense des droits du pape, il fallut bientôt redescendre à la défense des intérêts du collège, de nouveau menacés par des tracasseries administratives. Sous des influences que nous n'avons pu discerner, le maire de Saint- Malo avait repris l'offensive. Les inspecteurs de l'Université avaient beau rendre justice aux etï'orls de MM. Vielle et de la Mennais, leurs rapports n'avaient d'effet qu'à Paris et ne pouvaient contenir les passions locales.

Excédé par de mesquines vexations, l'abbé Jean courut un jour à Rennes, réclamer l'appui de l'évèque et la justice des autorités universitaires. Le maire profita de son absence pour négocier avec un maître de pension de Saint-Servan la fondation, à Saint-Malo, d'un collège communal laïque. C'étail vouloir ressusciter la misérable rivalité qui avait divisé la population.

Averti en hâte, M. de la Mennais accourut, vit en

1 I. cl Ire inédite — Archives des Frères.

2 Voir la Vie de M. Emery pur M. Gossclin, f. H, p. 303 et suivantes.

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