‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 70 sur 270 · LA RUINE DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA RUINE DE LA FAMILLE

Le désintéressement des La Mennais ne se démentit pas dans cette terrible épreuve. Jean-Marie écrivait alors à un ami : « Vous avez sans doute entendu parler des malheurs de ma famille. Mon père et mon oncle ont t'ait à leurs créanciers l'abandon de tout ce qu'ils possédaient. Une démarche si pénible est une nouvelle preuve de cette honnêteté qui leur fut toujours plus chère que les richesses, et qui, après cinquante années de travaux, est aujourd'hui le seul bien qui leur reste. Leur vieillesse sera douloureuse; mais Dieu le veut ainsi; ne cessons d'adorer et de bénir sa volonté sainte : non sien/ ego volo, sed sicut tu (1). »

M. Pierre de la Mennais était vieux et hors d'état de mener à bien la désastreuse liquidation. L'abbé Jean prit en main les épaves de ce grand naufrage. Avec l'admirable aptitude pour les affaires qui était chez lui un don de nature, il vérifia les comptes de la maison, établit nettement les droits de chacun, puis il fit personnellement et demanda à ses proches tous les sacrifices nécessaires pour sauvegarder la charité aussi bien que la justice. Malgré des pertes inévitables, les créanciers furent pleinement satisfaits de sa droiture et de son énergie.

Tout n'était pas fini. M. de la Mennais et M. des Saudrais, après avoir alimenté, de leurs largesses, la ville de Saint-Malo et les environs, n'avaient plus où reposer la tète. Il fallait pourvoir à la tranquillité de leurs derniers jours. L'abbé Jean s'entendit avec sa sœur et ses deux frères, Félicité et Gratien, pour faire une pension viagère aux deux vieillards, qui se retirèrent à Rennes.

Il fallut quitter la demeure natale, le bel hôtel de la rue Saint-Vincent, qui passa en des mains étrangères. La Providence semblait briser l'un après l'autre tous les liens qui attachaient l'abbé Jean à son cher Saint-Malo, sans doute parce qu'elle destinait à son zèle un autre théâtre.

- Lettre inédite ;'i M. de la Guérétrie, 17 septembre 18.13.

D'ailleurs, dans cotte série d'épreuves qu'il subissait coup sur coup, les consolations ne lui manquaient pas. Ses nombreux amis rivalisèrent de dévouement et de délicatesse. De tous côtés lui arrivèrent des paroles de réconfort.

A la nouvelle du désastre, Mgr de Pressigny s'empressa de consoler l'abbé Jean : « L'événement que vous m'apprenez, dit-il. est un de ceux qui pouvaient m'affiiger davantage. L'amitié que vos parents m'ont toujours témoignée, l'intérêt qu'elle m'avait inspiré et l'amitié que j'ai pour vous et pour monsieur votre frère me rendent extrêmement sensible au malheur que vous éprouvez tous. Dieu seul peut donner les consolations qui sont nécessaires dans de pareilles circonstances; vous êtes heureusement disposé à les recevoir, et je crois avoir ouï dire que monsieur votre père, depuis quelques années, s'occupait de la religion plus que dans les temps dans lesquels je l'ai connu. Dites-lui bien, je vous en prie, ainsi qu'à monsieur votre oncle, combien je prends de part à ce! événement, et croyez que mon tendre attachement pour vous est et sera toujours le même (1). »

De son coté, l'abbé Teysseyrc s'efforça d'adoucir la peine de son ami par les plus encourageantes sympathies : « Vous pouvez penser, lui écrivait-il, combien je compatis aux épreuves que la divine Providence a daigné vous envoyer dans son amour, pour mettre le votre à l'épreuve. Oui, il doit être bien pénible à une âme détachée du monde, qui méprise comme de la boue et ses biens et ses affaires, d'être obligée, à la suite des revers les plus douloureux, de s'occuper presque uniquement de soins aussi insipides qu'absorbants. Pour le coup, voilà une croix bien conditionnée. Portons-la de la meilleure grâce possible, et croyons quelle sera pour nous une source de mérites. Le Seigneur saura bien excuser la dissipation inséparable de vos tristes occupations; il saura bien abréger un temps aussi pénible à un prêtre.

(1) Lettre du 3 octobre 1813.

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