DISCOURS ET MANDEMENTS
point devant le fardeau. Le discours obtint un grand succès. De tous côtés on en réclamait l'impression. L'orateur ne se résigna point à « faire gémir la presse», comme il disait gaiment; à grand'peine M. Querret obtintil communication du manuscrit, qui n'a pas été conservé.
Mgr Caffarelli avait travaillé seul jusqu'alors à la composition de ses mandements. Sans dénoter un remarquable talent d'écrivain, tous respirent une foi profonde et un grand zèle pour le bien des âmes. Mais les récents événements lui imposaient des sujets difficiles à traiter.
La chute de l'Empire avait amené la délivrance de Pie VIL Comment célébrer le retour du pape dans ses Etats, sans condamner la violence qui l'en avait arraché? L'évêque de Saint-Brieuc avait toujours, en particulier, réprouvé la conduite de l'empereur dans ses démêlés avec le Saint-Siège: mais son secrétaire devait être plus à l'aise que lui pour la juger publiquement. Il passa la plume à l'abbé Jean.
Quelques jours après, celui-ci écrivait à M. (juerret : « Je vous envoie le mandement de Monseigneur pour la délivrance du pape. Je l'ai fait dans une matinée; mais ne me nommez pas. Vous en sentez les raisons, et je compte sur votre discrétion (1). »
Nous avons sous les yeux ce travail si rapidement composé. C'est une magnifique exposition des prérogatives de l'Eglise romaine. Par l'ampleur des développements, l'autorité des preuves, la noblesse du style, ces pages égalent ce que l'auteur a écrit de plus achevé.
Cependant Félicité ne renonçait pas à ses projets. Tout au plus consentait-il à lesmôdifier. Fonder un journal est une grosse entreprise quand on est sans relations et qu'os a la bourse légère. Aussi son Mentor à Paris, l'abbé Teysseyre, lui conseillait-il de donner simplement des
(1) Cité par Ropartz, [>. 152.
articles au journal de Picot. Y Ami de la Religion et du Roi. Féli ne remarquait pas assez l'esprit gallican de ce recueil. Il promit au directeur sa collaboration, et décida même son frère à envoyer de temps à autre un peu de copie.
Il est difficile d'expliquer que l'abbé Teysseyre, attaché comme il l'était aux doctrines romaines, patronnât alors cette publication.
La prose de Jean-Marie ne devait pas, du reste, s'égarer longtemps dans les colonnes de YAmi de la Religion. Il avait envoyé de Saint-Brieuc quelques articles qui, en passant par les mains de Picot, étaient régulièrement tronqués et remaniés. Il n'en fallut pas davantage pour l'éloigner d'une œuvre qu'il jugeait sans avenir, parce qu'elle se mettait au service de préjugés vieillis.
Féli suivit son exemple, mais pour revenir à son premier projet. M. Duclaux, de Saint-Sulpice, l'encourageait, paraîtil, dans le dessein de fonder un journal ecclésiastique, afin de faire pénétrer en France la science du droit canon, alors peu à lamiode; mais l'ardent polémiste n'osaitrien entreprendre sans les lumières et l'appui de son frère. Il insista de nouveau pour le faire venir à Paris : « Je ne vois, disaitil, que des considérations de délicatesse personnelle qui pourraient t'arrèter encore. Mais, puisque tu te décidais à sacrifier d'autres motifs plus puissants pour rester, si Dieu y trouvait sa gloire, cette même gloire de Dieu doit, cerne semble, te déterminer à venir quand déjà ton cœur t'y engage, et que tu ne fais que préférer à des liens récents des liens beaucoup plus anciens, et que la Providence elle-même a formés. D'ailleurs, suivant ce que m'a dit M. Duclaux, l'abbé de Ouélen doit retourner à Saint- Brieuc. Ne voilà-t-il pas un remplaçant tout trouvé, et un remplaçant agréable à l'évèque, qui ne doit non plus regarder en tout que le plus grand bien? Qu'il t'amène donc promptement, ou bien qu'il te laisse partir (1). »
Ni l'évèque de Saint-Brieuc, ni l'abbé de Quélen luimême n'étaient disposés sans doute à réaliser les rêves
(1) A Blaize. Œuvres inédites, etc. t. I, p. 165.