JEAN, MADELEINE
(Madeleine s^affroche, après avoir vu avec surprise François s"* éloigner)
MADELEINE (à part)
François et Jean!.., Mon cœur se serre brusquement !
JEAN (à part)
(Songeant à ce que François a dit, et sans voir Madeleine).
Sentir en moi naître ce doute!...
Mon âme se révolte toute
Et s'indigne d'un tel soupçon...
MADELEINE
(Elle s^avance vers Jean à'uyi fas hésitant) Mon Jean !...
JEAN (arec bonheur)
Ah ! Madeleine ;
Je t'attendais... ma fiancée!...
(Il s^aferçolt àc la tristesse de 'Madeleine)
Tu trembles... ta main est glacée
(Il lui prend les inaiuî)
MADELEINE (in^jutèie)
Jean
JEAN Réchauffe-toi !
M AD E LE I N E (hésitante') Oh ! ce n"est rien !...
JEAN (décidé)
Viens près (\^ moi !
Ecoute... L'on vient de me faire Sur toi des contes si méchants, Qu'en ce m.oment même je sens Bouillonner encor ma colère...
(Se 7?îonta?U ntalf^ré Itii)
MADELEINE (saisie) Jean !
JEAN
Je ne t'en veux pas, à toi.
Oh ! non... oh non, chère adorée ; Non!...' par cet homme murmurée,
La calomnie exaspérée Ne pourra rien contre ma foi î...
/eau-Michel 33
MADELEINE (les yeux agrandis)
Mon Jean !... Mon Jean... tu me rends folle !
JEAN (Véfiant)
Tu te troubles à ma parole?...
(Un silence)
MADELEINE (embarrassée)
Tu me fais peur...
JEAN
Réponds... pourquoi donc frémis-tu?
(Se décidant brusquement)
Celui qui tout-à-l'heure accusait ta vertu, Qui, d'un mot, m'a poigne d'affreuse inquiétude. C'est un ouvrier de chez nous...
Il s'appelle François... cet homme ose prétendre Que tous les mots d'amour que j'écoute à genoux, Il t'accoutuma lui, jadis, à les entendre...
MADELEINE
Mon Dieu!...
JEAN
Quoi! tu ne réponds pas?...
Madelon... connais-tu cet homme?...
(Un long silence)
MADELEINE (doucement)
Souvent j'ai vu cet homme... là-bas...
Et je sais comment on le nomme ;
Mais rien n'est vrai de tout ce que tu crois...
JEAN (avec violence) Tu mens!... Tu mens!...
MADELEINE /rtZ'^c dignité)
Regarde mon visage!.
JEAN (au comble de V égarement) Jure-le moi sur Dieu... Jure-le sur la Croix!
MADELEINE (même jeu)
Madeleine n'est pas de celles qu'on outrage. Je n'ai pas mérité le mal que tu me fais Et je m'avilirais si je me défendais !...
JEAN Alors!... il dit vrai cet homme... quand il ose...
MADELEINE (à fart)
Douter ainsi de mon honneur!...
Et me briser ainsi le cœur!...
JEAN (continuant)
Et tu parles de ton honneur !...
Tu dis que je brise ton cœur!...
Rien n'égale l'horreur que ton passé me cause. Ah ! maudit soit le moment Où l'amitié de notre enfance M'inspira plus doux sentiment...
MADELEINE (éperdue)
M'accuscr d'une défaillance...
De t'avoir fait un faux serment !...
JEAN
Plus encore !...
MADELEINE
Oh ! honte suprême !...
JEAN
La honte est d'avoir profané,
Sans nul regret, l'amour lui-même ;
La honte est de m 'avoir donné
TJn cœur impur... un comr infâme...
Et tu voulais près du Seigneur
Te rendre sacrilège... ô femme!...
Et moi, je crus à sa candeur...
A ses serments...
MADELEINE
Je t'en conjure !
JEAN (continuant)
Et j'ai mis ma main dans sa main, Sans voir que c'était la souillure Qu'elle m'apporterait demain!...
MADELEINE
Ecoute-moi je t'en supplie !...
JEAN
Va-t-enl...
MADELEINE (frémissante)
Sans te calmer!... Jamais!...
La colère t'égare...
Oublie !
MADELEINE Oublier .'*
JEAN
Oui... que je t'aimais!
MADELEINE Je t'aime encor !...
JEAN
Fille perdue, Je te hais !
MADELEINE (joignant les ?nains)
Vous voyez, mon Duu, Je souffre... sa ciuauté m<^ tue !
Ah ! Jean !...
JEAN
Je te méprise... Adieu!...
(Il la repousse brulalemcnt et sort en courant)
MADELEINE
Reviens, Jean... je t'aime... Ah ! je meurs !
(Madeleine tombe inanimée) (La toile tombe leyitement)