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Dans les Chroniques (ch. 40), il est question de Desvres : Desvrene, une grosse bourgade de trois a quatre cents maisons, seant en la fosse de Boullenois |.
D'Oultreman nous rapporte que Molinet fut enterré en l’église de la Salle le Comte, à Valenciennes, avec ce vénérable épitaphe :
Me Molinet peperit Divernia Boloniensis ; Parisius docuit ; aluit quoque vallis Cygnorum Et quamvis magna fuerit mea fama per orbem, Haec mihi pro cunctis fructibus aula fuit ?.
Il ressort du second vers que Molinet fit ses études à Paris ; il y devint même maître ès arts. Vers la fin de sa vie, il adressa une curieuse épitre en latin aux élèves des péripatéticiens du collège de Montaigu *. Les antithèses y sont trop cherchées, les jeux de mots trop voulus, pour que nous prenions l’auteur pleinement au sérieux. Toutefois quelques faits peuvent s’en dégager. Après avoir obtenu la maîtrise, Molinet dut rester plusieurs années à Paris, car il nous rappelle qu'il a été secrétaire au collège du Cardinal Lemoine : dum dudum Cardinalis Monacus super stultos triumphavit, suus fui scriba indoctus. Dans cet établissement, dont le fondateur était originaire du diocèse d'Amiens, des avantages particuliers étaient réservés aux étudiants de la nation de Picardie *. De plus, Molinet, plaisantant sur les termes scholastiques, indique qu'il a étudié le traité d’Aristote sur les Catégories : Recordor tamen legisse Predicabilia Porphirit et Predicamenta Atristotelis : Ÿ vidi genus generalissimur:
1. L'édition publiée par Buchon est tout à fait défectueuse ; nous la contrôlons par les
mss. fr. de la Bibl. nat. 5618 et 20435.
2. Histoire de la Ville et Comté de Valentiennes par feu Henry D'Oultreman (Douai, 1628), 379. A. Wauters traduit ainsi l'inscription : « Desvres, la boulonnaise, m'a donné le jour : Paris m'a instruit, le Val des Amours m'a nourri et, quelque grande qu'ait été ma célébrité dans le monde, m'a servi de cour, outre ce qu'il me valait » (Biographie nationale (Bruxelles, 1899), XV, 70. Wauters avait, dans son texte, Vallis Amorum, au lieu de Vallis cygnorum, désignation de Valenciennes. D'autre part, il a mal interprété le mot aula. Nous comprenons : ( Cette Salle le Comte où je repose me tint lieu de tous biens ». Cette interprétation est confirmée par un passage de la vie des poètes de G. Colletet, disant de Chastellain : // fut ensevely in aula Comitis, c'est-à-dire dans la chapelle de la Cour ou du Comte de Charolois, en laquelle fut depuis inhumé Jean Molinet, son illustre disciple (Bibl. nat., Nouv. Acq. fr. 3073, fol. 123 verso).
3. Individuis Porphirianae arboris militonibusque peripateticorum Montis acuti… : cf. Étude critique... p. 69.
4. L'abbé Lebeuf, Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, Rectifications et additions, par F. Bournon (Paris, 1901), 396.
5. [Il s'azit du Comnantaire de Boëce sur l’Introduction de Porphyre aux Catégories d'Aristote ; voir S. Brandt, M. A. S. Boethii in Isagogen Commienta, Lipsiae, 1906.
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in congregatione patrum, speciem specialissimam in ornatu mulierum, diferentiam maximam inter magnates procerum, proprium quod inest omni in claustro religionum et, quod dolenter refero, accidens quod mihi adest in pupillis ocuborum. ;
Il serait intéressant de savoir jusqu’en quelle année Molinet prolongea son séjour à Paris. Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'il s'y trouvait encore avant 1461, car, dans un passage du Roman de la Rose moralisé (ch. 84, Moralité), il fait allusion au roi de France, Charles VII, qui mourut cette année-là : il advint du temps du tres crestiien roy, Charles, VII® de ce nom, moy estant a Paris, que par ung desgel fort merveilleux, les grandes glaces, ensamble l’impetueulx cours des eaues, rompirent - le pont Nostre Dame, fondé sur pilotis . I] garda de Paris un agréable souvenir, puisque, dans ses Chroniques (ch. 149), il en fait un éloge enthousiaste : Paris, cité royale, qui semble un petit paradis, et, de nom et de fait, habonde en délices, en beauté et en floriture, plus que nul que on voye a l'œil... ?
Quels furent les débuts de Molinet à la cour des ducs de Bourgogne ? Jusqu'à présent, la question n’a pas été bien éclaircie. Kervyn de Lettenhove a essayé d'interpréter quelques passages de la Complainte sur la. mort Madame d’Austrisse. Selon lui, Molinet se présente dans cette pièce comme un pélerin qui veut échapper à l’infortune et cherche un peu de bonheur tranquille, Il commence son voyage par Bruges ; dans cette ville opulente, il aperçoit des hôtels somptueux aux enseignes variées et il se demande dans lequel 1] pourra trouver un confortable asile. Prenant ces indications à la lettre, Kervyn de Lettenhove admet que Molinet est passé à Bruges dans les derniers jours de mars 1482, en se rendant à un pèlerinage où 1il faut reconnaître Notre-Dame d'Ardenbourg ?.
Îl est difficile d'accepter cette interprétation. On peut remarquer
1. Voir H. Sauval, Histoire et Recherches des Antiquités de Paris (Paris, 1733), I, 202 :
« En 1460, la Marne et la Seine grossirent extrêmement, la Marne surtout ».
2. Il y a là comme un thème traditionnel. Déjà, au XIII siècle, le chirurgien milanais Lanfranc s'écriait dans un transport d'enthousiasme : © Paris, tu es nommee cité royale, o Paris sans parail, o Paris, en louttes pars renommee, o Paris, de tous sens aornee (Bibl. nat. ms. fr. 19080, fol. 2). Jean Lemaire (Œuvres, I, 105), rendra le même hommage à la très heureuse parisienne cité, capitalle de la couronne de France, mere et maïstresse souveraine des études de tout le monde. Dans le Champ fleury de Geoffroy Tory, l'éloge devient dithyrambique (Bibl. nat. Rés. V, 515 fol. vi) ; cf. l'édition de M. G. Cohen, Paris, 1932, folio vi
recto et VIII recto.
3. Annales de la Société d'Émulation de Bruges, 2° Série (1862), XII, 37.
d'abord que le nom de Bruges n'apparaît que dans l'édition de 153], v. 25-29 :
Je m'aprochay d'une tres grosse ville Pour mon devot saint voiage entasmer ; Tou biens y sont conduis par loy civile ; Son nom est fort bruyant, gent et non ville, Pour le présent, Bruges se faict nommer.
Les meilleurs mss. donnent une variante moins précise :
Son nom estoit bruyant, gent et non ville, Sur le thiois, sy ne le scays nommer.
D'autre part, Molinet cite comme principaux hôtels l'Escu de France, Aux trois luppars, l'Escu de Bretaigne, l'Escu de Savoye, l'Escu d'Artois : on voit immédiatement que ce sont là des appellations fictives. Nous avons, du reste, une liste des tavernes les plus célèbres de Bruges, vers la fin du XVE siècle : la plupart d’entre elles avaient des enseignes en flamand !.
Sans tomber dans la même erreur, M. Ph. A. Becker croit pouvoir tirer des renseignements bibliographiques de la Complainte : Molinet raconte bien un voyage imaginaire, mais les divers hôtels qu'il énumère indiqueraient les différents seigneurs avec qui il serait entré en relations. Il nous dit, par exemple, qu'il a été très bien logé à l'Escu de Savoie, mais que l'hôte et l’hôtesse sont morts et les enfants dispersés (str. 8). Il s'agirait ici d'Amédée IX de Savoie qui mourut en 1472, de sa femme Yolande, sœur de Louis XI, et de leurs enfants que le roi de France prit sous sa protection ?. On pourrait conclure de la strophe 8 que Molinet, avant 1472, fut un des serviteurs de la cour de Savoie. M. Becker reconnaît que pour l'hôtel de Ravestain et l'hôtel de Saint Pol le sens reste obscur ; il convient aussi que, s’il n'est pas douteux que la doloire (str. 12) désigne les seigneurs de Croy, qui portaient d'argent avec trois haches de gueules, l’allusion reste peu claire, parce que la date est incertaine. [l conjecture néanmoins qu'après avoir quitté la Savoie, Molinet a tenté vainement de trouver un refuge chez le seigneur de Ravestain,
1. Gilhodts van Severen, /nventaire des Archives. VI, 478. Un des plus récents historiens de Biuges reproduit la plaisante erreur de Kervyn de Lettenhove : Malcolm Letts, Bruges and its Past (London, 1924), 112, note 5 : « There is a list of inns with an amusing account of the reception accorded to the French poet and historian Molinet, who tried them all without much success in 1482 ».
2. Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, II, 123-125.
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auprès du connétable de Saint Pol et des sires de Croy. Au toison d’or (str. 13), la demeure est pleine de chevaliers : le poète les cite complaisamment et signale que Ligne et Boussu ont été nouvellement escrips. En effet, Jean de Ligne, seigneur de Barbançon et Jean de Hénin, seigneur de Boussu, avaient été admis au rang de chevaliers, au chapitre tenu à Bois-le-Duc en 1481. M. Becker tire de là les conclusions suivantes : Molinet doit avoir eu une situation dans l'Ordre de la Toison d'or. Il fut peut-être secrétaire du chancelier, mais plus vraisemblablement héraut d'armes. Par le Chapeau rouge (str. 16), il faut entendre Ferry de Clugny, évêque de Tournai depuis 1474 et par la Crosse (str. 17), Henry de Berghes, évêque de Cambrai, depuis 1480. Après de longues pérégrinations, Molinet se serait arrêté à l'hôtel de l’Aigle romain (str. 21), chez Maximilien d'Autriche et sa femme, Marie de Bourgogne. Mais son bonheur ne devait pas durer, puisque la noble dame mourut le 25 mars 1482. Tels sont les faits que M. Becker croit pouvoir établir, pour éclairer la biographie de Molinet !.
Ces interprétations sont ingénieuses mais elles font à l'hypothèse une trop large part. Nous ne pouvons croire que Molinet ait vécu à la cour de Savoie : il ne nous reste aucune pièce de lui célébrant le duc Amédée et sa famille et, à cette époque, les poètes attachés à un prince ne manquent pas de chanter ses louanges. D'autre part, il est invraisemblable que Molinet ait eu un emploi dans l'Ordre de la Toison d’or. Les offices de poursuivant, héraut ou roi d'armes étaient honorifiques, mais un maître ès arts pouvait espérer mieux. En réalité, les recherches que nous avons faites aux Archives du Nord sont restées infructueuses ?.
1. Ph.-A, Becker, Autobiographisches von Jehan Molinet (Zeitschrift für romanische Philologie, XXVI, 641-651).
2, Voici, de 1473 à 1477, les noms que nous avons relevés : Gilles Gobert, dit Toison d'or, roi d'armes (Archives du Nord, B 2096, n° 67208, 25 novembre 1473) ; il avait succédé en 1468 à Lefebvre de Saint-Rémy’et devait être remplacé, en 1493, par Thomas Isaac ; Tristan Boullin, roi d'armes de Hainaut (B 2097, n° 67293, 10 juin 1473) ; Jean de Sainte Aldegonde, dit Lothier, héraut d'armes (B 2088, n° 66589, 23 mars 1473) ; Guillaume de Loches, dit Namur, héraut d'armes (B 2102, n° 67515, 7 février 1475) ; Nicolas Rosen, dit Limbourg, héraut d'armes (B 2106, n° 67763, 2 avril 1475) ; Antoine Scorion, dit Frise, héraut d'armes (B 2106, n° 67739, 19 mai 1475) ; Jean Panier, dit Franche-Comté, héraut d'armes (B 2105 bis, n° 67652, 9 février 1476) ; Aymery de Lesturcq, dit Bourgogne, héraut d'armes (B 2111, n° 67980, 20 août 1476) ; Guillaume de la Tour, dit Saint Georges, héraut d'armes (B 2111, n° 68042, 17 octobre 1476) ; Jean Loncle, dit Fusil, héraut d'armes (B 2113, n° 68130, 28 novembre 1477) ; Philippot Garot, dit Quesnoy, poursuivant d'armes (B 2085, n° 66130, 15 mars 1473) ; Ernoulet Marchand, dit Beauverger, poursuivant d'armes (B 2106, n° 67747, 28 mars 1475) ; Pierre de Courbeton, dit Gorinchem, poursuivant d'armes (B 2106, n° 67742, 10 septembre 1475) ; Gilles Jaspart, dit Ferrctte, poursuivant d'armes (B 2113, n° 68148, 15 septembre 1477).
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On peut donc regarder le poème de Molinet comme une fiction où l'on trouve quelques allusions à des faits contemporains, mais peu de confidences personnelles : son pélerinage fictif lui donne l’occasion de passer en revue les princes, seigneurs ou prélats dont il veut illustrer le nom. Par contre, l'examen attentif de ses premières œuvres nous conduit à des résultats plus certains. C’est à partir de 1463 qu'il commence à célébrer la maison de Bourgogne : la Complainte de Grece fut composée au début de 1464 ! ; le Dictier des quatre vins franchois exalte comme une victoire bourguignonne la bataille de Montlhéry (juillet 1465). Après la mort de Philippe le Bon, Molinet composa l’épitaphe du duc et écrivit en son honneur un opuscule mêlé de prose et de vers: c'est une sorte d’apothéose du prince défunt, qui, par dessus les neuf cieux où sont glorifiés les neuf preux, doit prendre place sur le Trosne d'honneur. Molinet présente cette œuvre à Charles le Téméraire, en
lui souhaitant la même glorification :
. À toy, duc resplendissant, Mon ouvrage je presente, Ou ton pere tres puissant À gloire tres exellente ; Prens de vertu telle sente Qu'apprès luy ton guerdonneur Te doint le trosne d'honneur.
* Dans toutes ces pièces, 1l célèbre trop le duc de Bourgogne pour n'avoir point profité de ses largesses. Un passage de la Complainte sur la mort Madame d’Austrisse, v. 146-157, est significatif :
Il me souvint de l'escut de Bourgonne, Lequel Philippe et Charles son enfant Tindrent en hault estat tant triumphant Que bruit en fut jusques en Castellonne…..
On y trouvoit cour ouverte, notable, Coustel sur nappe, et large et ronde table À tous passans, il y a des ans vingt.
La Complainte est de 1482 ; vingt ans auparavant, dès 1462, Molinet put apprécier les libéralités de Philippe le Bon 2. Sans doute, il n'eut point, pendant un certain temps, de fonction offcielle, mais, si nous