‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 85 sur 157 · LE MISTÈRE DE SAINT QUENTIN · texte numérisé non relu

LE MISTÈRE DE SAINT QUENTIN

L'auteur du Mystère. Date de composition.

Représentations

Le Mistère de saint Quentin est conservé dans deux manuscrits de la Bibliothèque de Saint-Quentin : 99 (88). XV® siècle ; papier ; 400 feuillets de 0, 268 sur 0, 1% ; rel. parchemin ; (Collégiale) ;

100 (89). XVI® siècle ; papier ; 386 feuillets de 0, 252 sur 0, 163; rel. parchemin ; (Collégiale).

Les deux manuscrits présentent les mêmes fautes ou les mêmes lacunes aux mêmes passages : ils sont toutefois indépendants l’un de l’autre. Le ms. 99 est plus soigné et le copiste a revu et corrigé son texte ; le ms. 100 est plus récent : un certain nombre de graphies ont été rajeunies ou umiformisées : donneray pour donray, v. 8153 ; assemblés pour assemiliés, v. 580 ; occasion pour acco'son, v. 2393 ; jeune pour josne, v. 88 ; jeunesse pour jonnesse, v. 1597 !...

E. Langlois, le premier, a restitué à Molinet la Passion de Monsieur saint Quentin. I] produit les arguments suivants : d'abord, les procédés de style et de versification, si caractéristiques, que l’on trouve dans le mystère, sont absolument ceux de Molinet ; en second lieu — et c’est le point essentiel — une ballade fatrisée qui figure dans un manuscrit contenant les poésies de Molinet, est donné comme exemple dans l'Art de Rhétorique et fait également partie du Mistire de saint Quentin ; en définitive, ce mystère est lui-même de Molinet ?. Cette argumentation a été confirmée par des études postérieures. À la fin de son travail sur le vers français au XV® siècle, H. Chatelain déclare « que le fatiste du Saint Quentin et l’auteur des Faictz et Dictz ont toutes les chances de ne faire qu'un seul et même rhétoriqueur » ?. Il est beaucoup plus

1. H. Chatelain a publié, en 1908, une édition critique du Mistère : elle est maintenant introuvable ; nous résumons les parties essentielles de l'/ntroduction, en y ajoutant quelques compléments ou rectifications.

2. E. Langlois, Jean Molinet, auteur Mise de Saint Quentin, Romania, XXII, 552. 3. H. Chatelain, Recherches sur le vers français au XV® siècle (Paris, 1908), 266.

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explicite dans son édition du Mistére : « Le Mistère, sous sa forme actuelle a passé par les mains de Jean Molinet, qui l’a ou refait en entier, ou refaçonné par parties » !. M. P. Champion abonde dans le même sens et ajoute un argument nouveau. Molinet était chanoine de 1 Salle le Comte où l’on conservait un chef de saint Quentin ; il y avait même un pélerinage fréquenté par ceux qui souffraient de l’enflure des jambes : « Comme les anciens trouvères avaient rencontré parfois non loin des châsses vénérées le sujet de leurs compositions épiques, près du chef de saint Quentin, sans doute à l’occasion du pélerinage, Jean Molinet conçut son mystère » ?. [| semblait donc que la cause était entendue et que l'attribution à Molinet du mystère de saint Quentin était définitive. M. À. Piaget et M1 E. Droz ont cru pouvoir établir que l'Art de Rhétorique n'était pas de Molinet et, partant de là, ils estiment que tout l'échafaudage construit par E. Langlois s'écroule : « Le manuscrit de Rothschild qui contient la ballade fatrisée est un ramassis de pièces sans autorité. Les arguments de H. Chatelain ne sont nullement probants. Le mystère de saint Quentin a été joué à Abbeville, en 1451 et Molinet avait seize ans. En conséquence, le Mystère n’a rien à faire avec Molinet » ÿ.

Nous ne saurions admettre cette conclusion. Pourquoi supposer que le mystère représenté à Abbeville en 1451 est le mystère que nous ont conservé les manuscrits ? La Passion de Jésus-Christ a été remaniée plusieurs fois ; le Mystère de saint Quentin a pu être refait également. En second lieu, il est imprudent d'affirmer que les arguments de Chatelain ne prouvent rien : ayant examiné attentivement les rimes et les formes poétiques du Mistère de saint Quentin et des Poésies de Molinet, Chatelain avait constaté l'identité des procédés. Nous avons fait une étude approfondie du vocabulaire, du style et de la versification et nous sommes arrivé au même résultat * Supposons même un instant, ce qui n’est pas s que l'Art de Rhétorique n'est pas de Molinet : l'argumentation de Langlois garde sa valeur. Le manuscrit de Rothschild, qui n’est pas sans mérites Ô, attribue formellement à Molinet la ballade

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