‹ Jean Poltrot, seigneur de Méré, meurtrier de M. de Guise, 1563Chapitre 38 sur 43 · fhid · texte numérisé non relu

fhid

48 t'iËRtlE t)E VAtSSlÈKË

rible spectacle, dont Léonore d'Humières, femme de Guillaume de Montmorency, seigneur de Thoré, fut tellement saisie, qu' « elle s'évanouit et mourut, dit-on, incontinent » K

Cependant, Poltrot exécuté, ses suprêmes aveux remettaient en discussion une question qui, à vrai dire, n'avait pas cessé de passionner l'opinion et qui, aujourd'hui encore, se pose énigmatique : Poltrot était-il un criminel isolé, ou bien avait-il des complices? Sur ce point, il est difficile, je le reconnais, à un historien de faire état des dernières dénonciations du misérable, qui ont pu lui être inspirées par la terreur. Mais, s'il est permis de demeurer sceptique sur la valeur de ces déclarations, il est bien loisible en revanche de tenter d'éclaircir autrement ce mystère.

Complices de Poltrot, au lendemain de l'attentat, tous les exaltés du parti réformé s'étaient glorifiés de l'être. La majorité des huguenots applaudissait à son acte, de l'assassin faisait un héros. Les uns ne lui promettaient pas « moins de gloire qu'à Judith » ; les autres célébraient «le nouveau Brutus», «le nouveau Décius », « le nouveau Mutins Scevola ». C'est par lui que « la paix allait revenir en France », et « la mort d'un seul en faisait vivre mille ». On exaltait

Son généreux demain, dont l'effet glorieux Apaise nos discords, assoupit nostre guerre !

« Exécuteur de vengeances divines », « il vivrait tout entier à la postérité ■^. »

Et la chanson populaire s'emparait, pour l'illustrer, du haut fait de Poltrot.

L'une de ces chansons retraçait en ses moindres détails l'assassinat :

1. Mémoires fie Michel fie Cuslclnau. éd. de 17.31, in-fol., l. II, p. 220.

2. Tauhk, Recueil de poésies ath-inisles. I'>'>0-I566, Reims, ISoG, iii-S", p. 105, 151.

PoLium ni-: mkhé, mi-mrtrikr uk m. dk gi isk 49

Durant que le Guisart gouvernoit nostre France, Citadins d'Orléans vivoient en grand' souffrance : Dieu suscita le vaillant de Méré Qui le Guisart a massacré.

Le Guisart, ennemy de toute l'Évangile, Il avoit bien juré, s'il entroit dans la ville, Il fit serment que, s'il rentroit dedans, Meltroit tout à feu et à sang.

Le vaillant de Méré entendit sa parolle, N'a guères demeuré à bien jouer son rôle; A demandé à un page tout bas :

« Monsieur de Guise vient-il pas ! »

Le page lui répond, sans aucune fallace : « Ouy, vois le ci venir sous son corps de cuirace. » Alors Poltrot, sans faire aucun semblant, Se pourmenoit en l'attendant.

Le Guisart est passé du long de la rivière. Poltrot le devança de fort bonne manière. Se pourmenant sous le noyer du coin, Tenant sa pisloUe en son poing.

Cette pistoUe estoit de poudre bien chargée, Trois balles estoient dedans, sans aucune dragée, Qu'il fit forger à Lyon tout exprès, Pour faire un si beau coup après.

Le Guisart est passé tout du long de la haye. Poltrot le devança, luy fit mortelle playe. Ht luy donne, ce Aert gallant, Dedans l'espaulle bien avant.

Le Guisart s'escria, en tombant de la selle : « Hélas ! je suis blessé au-dessous de laiscelle ! » Disant tout haut : « O ! maudits huguenots, « Le monde n'a pour vous que maux ! »

Monsieur de Rostaing, vaillant homme de guerre. De la grand'peur qu'il eut, cheut de sa mulle à terre : Et le tiuisart s'escria haut de loin : « 0 ! le beau revancheur de foin ! »

oO i'li:Hiii': hic vAissiKiii':

Qui en fut bien fasché ? Le seigneur de Marliijues : D'Andelot resjouy, en luy faisant la ligue, Kn luy disant : o Tu n'es plus colonel Par un si beau coup solenmel 1 »

Lors, si vous eussiez veu les Souisses de garde, Ayant le cueur transi, prendre leur hallebarde, De grand regret abandonner le broc, Pour tascher à prendre Poltrot 1

Qui lit ceste chanson ? Un enfant de la ville Faisant profession de suivre TKvangile, Au bout de Tan revisila la ville

Pour en rendre louange à Dieu '.

Un autre chant ridiculisait bassement la noble (igure de la victime et les grandioses manifestations de douleur et de regrets qui avaient

suivi sa mort :

Qui veut ouir chanson ?

C'est du grand duc de Guise Doub, don, doub, dons, don, don.

Don, don, don, Qu'est mort et enterré !

Qu'est mort et enterré [his).

Aux quatre coins de sa tombe, Doub, don, doub, dons, don, don.

Don, don, don, Quatre gentilshommes y avoit.

Quatre gentilshommes y avoil (his), Dont l'un portoitle casque, Doub, don, doub, dons, don, don,

Don, don, don, L'autre les pistolets.

L'autre les pistolets i/j/s,

Lt l'autre son espée,

Doub, don, doub, dons, don, don,

Don, don, don.

Qui tant d'huguenots a tués I

Page 1