LXI. On tente une retraite par terre et par eau
304. Quand le roi vit qu'il ne pouvait demeurer là sans qu'il lui fallut mourir, lui et ses gens, il ordonna et arrangea qu'il partirait le mardi au soir, à la nuit, après les octaves de Pâques, pour revenir à Damiette. Il fit dire aux mariniers qui avaient les galères, comment il leur fallait recueillir tous les malades et les mener à Damiette. Le roi commanda à Jossclin de Cornant et à ses frères et aux autres ingénieurs, qu'ils coupassent les cordes qui tenaient les ponts entre nous et les Sarrazins-, et ils n'en firent rien.
305. Nous nous embarquâmes le mardi après dîner dans l'aprèsmidi , moi et deux de mes chevaliers que j'avais de reste, et mes serviteurs. Quand vint l'heure où il commença à faire nuit , je dis à mes mariniers qu'ils levassent leur ancre et que nous descendissions le courant; et ils dirent qu'ils n'oseraient, parce que les galères du Soudan, qui étaient entre nous et Damiette, nous occiraient. Les mariniers avaient fait de grands feux pour recueillir les malades dans leurs galères, et les malades s'étaient approchés de la rive du fleuve. Tandis que je priais les mariniers de nous en aller, les Sarrasins entrèrent dans le camp ; et je vis à la clarté du feu qu'ils tuaient les malades sur la rive.
306. Pendant que mes mariniers levaient leur ancre, les mariniers qui devaient emmener les malades, coupèrent les cordes de leurs