I. Dédicace et division de l'ouvrage
son bon seigneur Louis, fils du roi de France, par la grâce de Dieu roi de Navarre, comte palatin de Champagne et de Brie, Jean, sire de Joinville , son sénéchal de Champagne, salut et amour et honneur, et son service disposé.
2. Cher sire, je vous fais savoir que madame la reine votre mère, qui m'aimait beaucoup (à qui Dieu fasse bonne merci!), me pria aussi instamment qu'elle put, que je lui fisse faire un livre des saintes paroles et des bons faits de notre roi saint Louis-, et je lui en fis la promesse, et avec l'aide de Dieu le deux parties. La première partie raconte
il se gouverna tout son tens selonc Dieu et selonc l'Eglise, et au profit de son règne. La seconde partie dou livre si parle de ses granz chevaleries et de ses granz faiz d'armes.
3. Sires, pour ce qu'il est escrit : « Fai premier ce qui affiert à « Dieu, et il te adrescera toutes tes autres ^ besoignes, » ai-je tout premier- fait escrire ce qui afiert aus trois choses desus dites; c'est à savoir ce qui afiert au profit des âmes et des cors , et ce qui affiert "' au gouvernement dou peuple.
4. Et ces autres choses * ai-je fait escrire aussi à Tonnour dou vrai cors saint, pour ce que par ces choses desus dites on pourra veoir tout cler que onques hom lays de nostre temps ne vesqui si saintement de tout son temps, dès le commencement de son règne jusques à la fin de sa vie. A la fin de sa vie ne fu-je mie; mais li cuens Pierres d'Alançon, ses fiz, y fu (qui moût nVama"^ , qui me recorda la belle fin que il fist, que vous trouverez escripte en la fin de cest livre '".
5. Et de ce me semble-il que on ne li fist mie assez, quant on ne le mist ou nombre des martirs * , pour les grans peinnes que il souffri ou pelerinaige de la croiz, par l'espace de six anz que je fu en sa compaignie, et pour ce meismement que il ensui Nostre-Signour ou fait de la croiz. Car se Diex morut en la croiz, aussi fist-il; car croisiez estoit-il quant il morut "^ à Thunes.
6. Li secons livres vous * parlera de ses granz chevaleries et de ses granz hardemens, liquel sont tel que je li vi quatre foiz mettre son cors en avanture de mort, aussi comme vous orrez ci-après, pour espargnier - le doumaige de son peuple.
7. Li premiers faiz là où il mist son cors en avanture de mort,
I —(Notes de la page précédente.) 1 Ms. B, à mon. — 2 Louis X, surnommé le Hutin, fils de Philippe le Bel, était roi de Navarre et comte de Champagne et de Brie, du chef de sa mère Jeanne de Navarre, morte le 2 avril i3o5. Ce livre lui fut dédié en i3og, cinq ans avant qu'il succédât à son père comme roi de France. — 3 B et L, des scneschaulx ; A, son senesdial.
2. — 1 C'est-à-dire que Joinville fit écrire le livre sous sa dictée. — 2 Ms. A, et je les y oi en convenant; B et L, et Je sire, lity accordé.