DU MAITRE DE SAINT LAZARE
Saint-Lazare avait épié près de Rames, à trois grandes lieues, des bêtes et autres choses dont il pensait faire un grand butin ; et lui qui ne tenait nul rang au camp, mais qui y faisait à sa volonté, y alla sans parler au roi. Quand il eut recueilli sa proie, les Sarrasins lui coururent sus et le déconiirent en telle manière, que de tous les gens qu'il avait en son corps de bataille, il n'en échappa que quatre.
541 . Sitôt qu'il entra dans le camp, il commença à crier aux armes. Je m'allai armer, et priai le roi qu'il m'y laissât aller*, il m'en donna congé, et me commanda que je menasse avec moi le Temple et l'Hôpital. Quand nous vînmes là, nous trouvâmes que d'autres Sarrasins étrangers étaient descendus dans la vallée là où le maître de Saint- Lazare avait été déconfit. Pendant que ces Sarrasins étrangers regardaient ces morts, le maître des arbalétriers du roi leur courut sus; et avant que nous fussions arrivés là, nos gens les eurent déconfits et en occirent plusieurs.
542. Un sergent du roi et un des Sarrasins s'y jetèrent à terre l'un l'autre d'un coup de lance. Un autre sergent du roi, quand il vit cela, prit les deux chevaux, et il les emmenait pour les voler; et pour qu'on ne le vît pas, il se mit parmi les murailles de la cité de Rames. Tandis qu'il les emmenait, une vieille citerne sur quoi il passa, s'effondra sous lui; les trois chevaux et lui allèrent au fond, et on me le dit. J'y allai voir, et vis que la citerne s'écroulait encore sur eux, et qu'il ne s'en fallait guère qu'ils ne fussent tout couverts. Ainsi nous nous en revînmes sans rien perdre, excepté ce que le maître de Saint- Lazare y avait perdu.
CV. Engagement entre le maître des arbalétriers et les troupes du soudan de Damas près de Jaffa.
543. Sitôt que le soudan de Damas eut fait la paix avec ceux d'Eg3^pte, il manda à ses gens, qui étaient à Gaza, qu'ils s'en revinssent vers lui; et ainsi firent-ils. Et ils passèrent par-devant notre camp à moins de deux lieues, et jamais ils n'osèrent nous courir sus; et pourtant ils étaient bien vingt mille Sarrasins et dix mille Bédouins. Avant