‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 32 sur 467 · IX. Guillaume III, évêque de Paris, console un théologien · texte numérisé non relu

IX. Guillaume III, évêque de Paris, console un théologien

46. Il me dit que l'évèque Guillaume de Paris lui avait conté qu'un grand maître en théologie était venu à lui, et lui avait dit qu'il voulait lui parler. Et l'évèque lui dit : « Maître, dites ce que vous voulez. » Et comme le maître pensait parler à l'évèque , il commença à pleurer très-fort. Et l'évèque lui dit : « Maître, parlez, ne vous découragez (c pas-, car nul ne peut tant pécher que Dieu ne puisse plus pardon- (( ner. — Et je vous le dis, sire, dit le maître; je n'en puis mais si je « pleure-, car je pense être mécréant, parce que je ne puis forcer mon « cœur à croire au sacrement de l'autel , tout comme la sainte Église « l'enseigne-, et pourtant je sais bien que c'est des tentations de l'en- « nemi. »

47. — « Maître, rit l'évèque, dites-moi, quand l'ennemi vous ence voie cette tentation, si elle vous plaît. » Et le maître dit : « Sire, « au contraire cela m'ennuie autant que chose me peut ennuyer. « — Or je vous demande , rit l'évèque , si vous prendriez ni or ni « argent à condition que vous feriez sortir de votre bouche nulle chose te qui fut contre le sacrement de l'autel, ou contre les autres saints « sacrements de l'Église. — Moi, sire, fit le maître, sachez qu'il « n'est nulle chose au monde que je prisse à cette condition ; mais « j'aimerais mieux qu'on m'arrachât tous les membres du corps, que « de rien dire de pareil. )>

47> — ■*■ -A-, qua. — 2 L, elle me ennuyé tant quelle ne me peult plus ennuyer. — ^ B et L, rejectissiex, et plus bas, rejectisse. — 4 B et L omettent ne contre, etc.

48. c( — Or VOUS dirai-je autre chose, fist li evesques. Vous « savez que li roys de France guerroie au roy d'Engleterre-, et sa- « vez que li chastiaus qui est plus en la marche de aus dous, c'est (c la Rochelle en Poitou. Or vous vueil faire une demande : que se « li roys vous avoit baillié la Rochelle à garder, qui est en la maie c( marche^, et il m'eust baillié le chastel de Montleheri^ à garder, « qui est ou cuer de France et en terre de pais , auquel h roys dece veroit savoir meillour grei en la fin de sa guerre , ou à vous qui « averiés gardée la Rochelle sanz perdre, ou à moy qui li averoie « gardé le chastiel de Montleheri sanz perdre? — En non Dieu, « sire, fist li maistres , à moy qui averoie gardée la Rochelle sanz « perdre. »

49. « — Maistres, dist li evesques, je vous di que mes cuers est « semblables au chastel de Montleheri; car nulle temptacion ne « nulle doute je n'ai dou sacrement de Tautel. Pour laquel chose je « vou di que pour un grei que Diex me sait de ce que je le croy ferce mement et en pais , vous en sait Diex quatre , pour ce que vous li « gardez vostre cuer en la guerre de tribulacion, et avez si bonc « volentei envers li que vous pour nulle riens terrienne, ne pour « meschief que on feist dou cors, ne le relenquiriés. Dont je vous « di que soies touz aaises • ; que vostre estaz plait miex à Nostre 'c Signour en ce cas , que ne fait li miens. » Quant li maistres 03' ce, il s'agenoilla devant Tevesque, et se tint bien pour paie'-.

5o. Li sainz ro3^s me conta que plusours gens des Aubigois vindrent au conte de Montfort , qui lors gardoit la terre des Aubijois pour le roy, et li distrent que il venist veoir le cors Nostre Signour, qui estoit devenuz en sanc et en char entre les mains au prestre. Et il lour dist : « Alez le veoir, vous qui ne ' le créez ; car je le croi « fermement, aussi comme sainte Esglise nous raconte le sacrement - « de l'autel. Et savez- vous que je y gaignerai , fist li cuens, de ce

^8. — I A, /a marche. — - A, Monlaon , dans deux passages, et dans un troisième Montleheri, qui est fourni par B, L et M.

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