‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 35 sur 467 · et · texte numérisé non relu

et

5 1 . — 1 B etîL, là où ung vieil chevallier, à qui l'abbe avoit donne du pciin Icans, requist . — - B et L, ce qui luy fut octroyé à moult grant peine. — 3 B et L, ou le plus grant /naislre des Juif:;, ce qui ^utfaict. — -4 L, si enfanta en omettant qui Dieu, utc.

NE PAS DISCUTER AVEC LES JUIFS. 3l

« rai, fit le comte, de ce que je le crois en cette vie mortelle tout « comme la sainte Eglise nous renseigne? J'en aurai une couronne (c dans les cieux plus que les anges , qui le voient face à face; à cause « de quoi il faut qu'ils le croient. «

5 [. Il me conta qu'il y eut une grande conférence de clercs et de Juifs au monastère de Cluny, Il y eut là un chevalier à qui Tabbé avait donné le pain en ce lieu pour Pamour de Dieu; et il demanda à Tabbé qu'il lui laissât dire la première parole , et on le lui octroya avec peine. Et alors il se leva et s'appuya sur sa béquille, et dit qu'on lui fît venir le plus grand clerc et le plus grand maître des Juifs; et ainsi firent-ils. Et il lui fit une demande qui fut telle : «■ Maître , fit (( le chevalier, je vous demande si vous croyez que la Vierge Marie, « qui porta Dieu en ses flancs et en ses bras, ait enfanté vierge, et « qu'elle soit mère de Dieu. »

52. Et le Juif répondit que de tout cela il ne cro3^ait rien. Et le chevalier lui répondit qu'il avait vraiment agi en fou, quand ne croyant en elle ni ne l'aimant, il était entré en son église et en sa maison. « Et vraiment, fit le chevalier, vous le payerez. » Et alors il leva sa béquille et frappa le Juif près de l'oreille, et le jeta par terre. Et les Juifs se mirent en fuite, et emportèrent leur maître tout blessé : et ainsi finit la conférence.

53. Alors l'abbé vint au chevalier, et lui dit qu'il avait fait une grande folie. Et le chevalier répondit que l'abbé avait fait une plus grande folie encore d'assembler une telle conférence; car avant que la conférence fût menée à fin , il y avait céans grande foison de bons chrétiens qui fussent partis de là tous mécréans, parce qu'ils n'eussent pas bien entendu les Juifs. « Aussi vous dis-je, fit le roi, que « nul, s'il n'est très-bon clerc, ne doit disputer avec eux; mais un « laïque, quand il entend médire de la loi chrétienne, ne doit pas « défendre la loi chrétienne, sinon avec Tépée , dont il doit donner (c dans le ventre, autant qu'elle y peut entrer. »

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