‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 397 sur 467 · TEXTE DU MANUSCRIT L · texte numérisé non relu

TEXTE DU MANUSCRIT L

La paix qu'il feist au roy d'Angleterre ce fut contre la voulenté de son conseil , lesquelz luy disoient* : « Sire, il nous semble que vous perdez toute la terre que vous donnez au roy d'Angleterre , car il nous semble qu'il n'y a droit ; car son père la perdit par jugement. » A ce respondit le roy que biensçavoit que le roy d'Angleterre n'y avoit droit; mais il y avoit raison par quoy il luy devoit bien donner. « Car nous avons deux seurs à femmes, et est nostre enfant cousin germain^; par quoy il appartient bien que la paix y soit. Il m'est moult grant honneur en la paix que j'ay faicte au roy d'Angleterre, pour ce qu'il est mon homme, qui n'estoit pas par avant. »

La loyaulté du roy peult on veoir au fait de monseigneur Regnault de Trie , qui luy apporta unes lettres lesquelles disoient que le roy avoit donné aux hoirs la contesse de Boullongne, qui morte estoit nouvellement, la conté de Dampmartin en Grelle. Le seel de la lettre estoit tout brisé, qu'il n'y avoit de demourant fors la moectié des jambes de Vyniaige du seel du roy , et l'cschamel

l La leçon du manuscrit original était liqiiex li disoit. Le copiste du seizième siècle a pris pour un pluriel le sujet singulier liqucx , et l'a changé en lesquels ; par la même raison, il a substitué disoienl à disoit. Le copiste du quatorzième siècle, qui reconnaissait dans liqiiex un sujet singulier, l'a changé en lequel, mai» il a maintenu le verbe disoit. — - J'ai déjà eu occasion de signaler cette faute, et de montrer qu'il y avait dans le manuscHt original et sont nostre enfant cousin ge^mctin,

tenoit ses piez. El il le nous moustra à touz qui estions de son conseil, et que nous li aidissons à conseiller. Nous deismes trestuit, sanz nul descort, que il n'estoit de riens tenu à la lettre mettre à exécution. Et lors il dit à Jehan Sarrazin, son Chamberlain, que il li baillast la lettre que il li avoit commandée.

Quant il tint la lettre, il nous dit : « Seigneurs, veez ci seel de quoy je usoy avant que je alasse outre mer, et voit-on cler par ce seel que l'empreinte du seel brisée est semblable au seel entier; par quoy je n'oseroie en bone conscience ladite contée retenir. » Et lors il appela monseigneur Renaut de Trie et li dist : « Je vous rent la contée. »

sur quoy il tenoit ses piedz. Il le nous moustra îl nous tous qui estions de son conseil pour ayder à le conseiller. Nous dismes tous sans nul discort qu'il n'estoit en riens tenu de mectre la lettre à exetion. Et lors il dit à Jehan Sarracin, son Chamberlain, qu'il luy baillast la lettre qu'i luy avoit commandée : ce qu'il fist, et la luy apporta. Quant il tint la lettre, il dist : « Seigneurs, veez cy le seel de quoy je usoye avant que je allasse oultrc mer, et voy tout cler par ce seel qu'il est empreinct du seel brisé est semblable à celuy du seel entier; par quoy je n'oseroye en bonne conscience la dicte conté retenir. » Et lors appella monseigneur Regnault de Trie et luy dist : « Je vous rends la conté. »

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