PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE M. LÉON GAUTIER
ri'.OFESSEUR A l'ÉCOLF, DES CHAIiTES
Depuis plusieurs années, les travaux sur le Moyen Age ont pris parmi nous un développement remarquable. On n'étudie plus cette époque en curieux, mais en ami de son pays, mais en Français, et l'on se propose de renouer le fd brisé de nos traditions nationales.
Tandis que les autres peuples restaient glorieusement attachés à leur passé et mettaient en lumière tous les anciens monuments de leur littérature ou de leur histoire, la France s'était trop longtemps obstinée à dater de la Renaissance les origines de ses annales littéraires. Celte erreur regrettable a fait son temps. La France revendique sa vieille gloire. Elle se souvient que sa poésie a devancé toutes celles de l'Europe moderne et que nous avons donné des leçons à toutes les nations du monde.
Chacun comprend aujourd'hui que, dans l'étude des historiens et des poètes du Moyen Age, on trouve aisément l'origine et le développement de nos idées, de nos mœurs, de nos institutions nationales. C'est là qu'est le principal attrait de ces écrivains si injustement oubliés. Il faut ajouter qu'on est unanime à reconnaître la beauté simple, naïve et profonde de nos Chroniques et de nos Épopées françaises. Il est permis, il est légitime de rapprocher la Chanson de Roland de Vlliade et de comparer Ville-Hardouin à Hérodote.
L'heure est venue de publier les Classiques du Moyen Age à côté des Classiques du XVII* siècle. Les « CJicfs-d' œuvre historiques et littéraires du Moyen Age » seront l'indispensable complément de tous les Recueils de nos grands écrivains.
Les œuvres que nous publierons sont celles qui s'imposent à l'admiration universelle : rien de médiocre ne sera admis dans ce Recueil. Ville-Hardouin, Joinville, Froissart, Commynes y représenteront dignement la nombreuse famille de nos prosateurs nationaux; Aliscans, Ogier, la Chanson de Jérusalem y seront les types de notre vieille poésie. Si le public accueille un tel dessein, nous nous proposons un jour, non pas de modifier, mais d'élargir notre cadre.
JJne Introduction brève et lucide; un Sommaire rapide et animé; un Texte critique composé lentement et après une longue élude de tous les manuscrits; une Traduction claire et vivante; des Variantes nombreuses et précises; des Notes et Dissertations historiques; un Vocabulaire complet, tels seront les éléments de chacune de ces futures éditions. L'illustration sera l'objet d'un soin spécial, et la fantaisie n'y tiendra aucune place : ce seront uniquement des fac-similé de manuscrits; des reproductions de miniatures, de sceaux ou d'autres monuments figurés, et des cartes minutieusement exactes. La science dominera l'ensemble et les détails. Les éditeurs se mettront sans cesse à la place du lecteur : ils ne laisseront aucune difficulté sans éclaircissements, aucune ombre sans lumière.
L'édition de Ville-Hardoiiin et celle de Joinville, données par M. NnfaUs de W(nlly, peuvent être considérées comme les types de tout le Recueil. En dehors de ces puljlications si remarqual)les, M. Léon Gautier a tracé le plan et pris la direction des Chefs-d'œuvre historiques et littéraires du moyen âge.
Ville-Hardouin (Geolfroi de). La Conquête de Constant inople, avec la continuation de Henri de Valenciennes; texte original accompagné d'une traduction en français moderne
et d'un vocabulaire, par M. ISatali.s de Wailli/, membre de l'Institut. Ouvrage accompagné d'une carte géographique et orné de bordures, lettres initiales et culs de lampe empruntés aux manuscrits du XII* et du XIII* siècle. 1 vol. gr. in-8°. Broché 45 fr.
La reliure d'amateur, dos et coins maroquin poli, en-tête doré, coûte 10 fr. en sus.
Joinville (Jean, sire de). Histoire de saint Louis, suivie du Credo et de la Lettre à Louis X, texte original accompagné d'une traduction en français moderne, d'un vocabulaire, de nolo-s et éclaiicissements historiques, par M. Natalis de Wailty, membre de l'Institut. Édition entièrement refondue et contenant des miniatures, etc. \ vol. gr. in-8". 15 fr.
La reliure d'amateur, dos et coins maroquin poli, en-tète doré, coûte 10 fr. en sus.
Cette édition de Joinville est absolument distincte de toutes les autres, et notamment de celle que M. de Waiily lui-même a publiée en 1867. Elle en diffère par le fond comme par la forme. Et, tout d'abord, le texte de Y Histoire de saint Louis a été sévèrement ramené à l'ortbograpbe des chartes du vieux clironicjueur : différence capitale et qui suffiiait pour donner à ce volume une importance vraiment exceptionnelle. Mais on remarquera encore, dans celte nouvelle édition, certains éléments qui ne se trouvaient aucunement dans l'ancienne : une Analyse historique et littéraire, un Vocabulaire complet et une série A' Éclaircissements historiques qui vulgariseront en particidier l'histoire du costume civil et militaire à l'époque ou écrivait le bon sénéchal de Champagne. Ces notices sont illustrées archéologiquement d'après les miniatures et les sceaux , et tel est le caractère de toute l'illustration. Deux chromolithographies offrent au lecteur la première ))age du plus ancien manuscrit de Joinville et les « Enseignements de saint Louis à son fils x d'après nu autre manuscrit de la Bibliothèque nationale. Des planches noires, hors texte, reproduisent l'image de saint Louis d'après un registre des Archives nationales et la prise de Damiette d'après le Joinville que nous avons précédemment cité. Trois fac-similé rendent exactement l'écriture de notre historien d'après les documents de Paris et de Moulins, ainsi que sa lettre à Louis X, et les sceaux de Joinville, de saint Louis et de la reine Marguerite. Des initiales et culs de lampe ont été empruntés aux manuscrits contemporains. Seize miniatures, trouvées dans un précieux manuscrit du « Confesseur de la reine Marguerite », figurent naïvement les principaux traits de la vie du saint roi. Deux cartes enfin, confiées à l'un de nos meilleurs érudits, font passer sous nos yeux le théâtre des deux croisades de Louis IX, et la France de son temps avec les limites précises du domaine royal. Jamais Joinville n'a été l'objet d'une publication aussi scientifique, aussi luxueuse, aussi complète.
La Littérature du Moyen Age. Extraits en prose et en vers des meilleurs écrivains français depuis les origines jusqu'à la Renaissance ; textes critiques avec une traduction en regard, accompagnés d'éclaircissements historiques, d'un vocabulaire, d'une grammaire et d'une Introduction présentant l'histoire de la littérature en France jusqu'au XVP siècle. Publié par M. Léon Gautier, professeur à l'École des Chartes. 1 vol. gr. in-8°. Sous presse.
Les Allemands ont depuis longtemps publié des Clirestomathies de l'ancien français qui servent de base à l'enseignement de leurs Universités et ont rapidement conquis un grand succès. Rien de pareil n'existe encore parmi nous, et c'est cette lacune que nous voulons combler. Chacun des textes remarquables qui composeront cette anthologie sera l'objet d'un travail analogue à celui que M. de Waiily a fait subir au texte de Joinville. Nous apporterons à nos traductions un soin tout spécial : car c'est par elles surtout que nous faisons œuvre de vulgarisateur. La Grammaire et le Focahulaire serout plus complets que dans les Clirestomatiiies allemandes. Quant à V Introduction, on se propose d'en faire un résumé clair, méthodique, élémentaire, de toute l'histoire de notre littérature au Moyen Age. Cette œuvre répond aux dernières circulaires ministérielles qui donnent à l'étude du vieux français une place plus large dans les programmes de l'enseignement secondaire. Ce sera un livre classique, dans toute la force de ce terme. L'illustration elle-même formera un enseignement élémentaire : elle sera comprise et exécutée de manière à présenter un résumé vivant de l'histoire de la miniature depuis le IX*^ siècle jusqu'à la fin du Moyen Age. Par là sera complété le plan d'un livre qui servira, en quelque manière, de préface à toute la Collection,