XXVII. Joinville quitte son château
1 19. Après ces choses, je revins en notre pays, et nous convînmes, le comte de Sarrebruck et moi, que nous enverrions notre harnais en charrettes à Auxonne, pour le mettre là sur la rivière de Saône, pour aller jusques à Arles depuis la Saône jusques au Rhône.
120. Le jour que je partis de Joinville, j'envoyai quérir Tabbé de Cheminon, qu'on tenait pour le plus prud'homme de Tordre des moines blancs. Je lui ouïs rendre un témoignage à Clairvaux, le jour d'une fête de Notre-Dame , que le saint roi y était, par un moine qui le montra, et et me demanda si je le connaissais. Et je lui dis : c< Pourquoi me le demandez-vous? » Et il me répondit : « C'est « que je pense que c'est le plus prud'homme qui soit en tout l'orfc dre des moines blancs.
121. « Sachez encore, fit-il, ceque j'ai ouï conter à un prud'homme « qui était couché au dortoir là oià l'abbé de Cheminon dormait : « l'abbé avait découvert sa poitrine à cause de la grande chaleur « qu'il avait • et ce prud'homme , qui était couché au dortoir où l'abbé « de Cheminon dormait, vit la Mère de Dieu qui alla au lit de « l'abbé , et lui ramena sa robe sur la poitrine de peur que le vent « ne lui fit mal. »
122. Cet abbé de Cheminon me donna mon écharpe et mon bourdon : et alors je partis de Joinville, sans rentrer au château jusques à mon retour, à pied, sans chausses et en chemise; et j'allai ainsi à Blécourt et à Saint- Urbain, et à d'autres reliques qui sont là. Et pendant que j'allais à Blécourt et à Saint-Urbain, je ne voulus jamais retourner mes yeux vers Joinville , de peur que le cœur ne m'attendrît du beau château que je laissais et de mes deux enfants.
121. — 1 A, la chaleur. — - B et L, les rai-{ ne lui J'eissent.
1 22. — 1 A, Blechicourt ; B et L, Alchecour, mais plus bas Blechecourt.
yo HISTOIRE DE SAINT LOUIS,
123. Je 1 et mi compaingnon mangames à la Fonteinne TArcevesque devant Dongieuz;, et illecques , Fabbes Adans de Saint-Urbain (que Diex absoille!) donna grant foison de biaus iuiaus à moy et à neuf- chevaliers que j'avoie^. Dès là nous alames an Ausone ^ , et en alames atout nostre hernoiz , que nous aviens fait mettre es neis , dès Ausone ^ jusques à Lyon contreval la Sone; et encoste les neis menoit-on les grans destriers.
1 24. A L3'on , entrâmes ou Rone pour aler à Ailes le Blanc ; et dedans le Rone trouvâmes un chastel que l'on appelle Roche de Glin ', que li roys avoit fait abatre pour ce que Rogiers, li sires dou chastel, estoit criez de desrober les pèlerins et les marchans.
125. Au mois d'aoust, entrâmes en nos neis à la Roche de Marseille. A celle journée que nous entrâmes en nos neis, fist l'on ouvrir la porte de la nef, et mist Ton touz nos chevaus ens que nous deviens mener outre mer-, et puis reclost Ton la porte et Fenboucha Ton bien, aussi comme Ton naye un tonnel, pour ce que, quant la neis est en la grant mer', toute la porte est en l'yaue.
.126. Quant li cheval furent ens, nostre maistres notonniers escria à ses notonniers, qui estoient ou bec de la nef, et lour dist : « Est arée vostre besoigne? » Et il respondirent : « Oil ', sire; viein- « gnent avant li clerc et li provere. « Maintenant que il furent venu , il lour escria : « Chantez, de par Dieu! » Et il s'escrierent tuit à une voix : Vent creator Spiritus. Et il escria à ses - notonniers : « Faites voile , de par Dieu ! » Et il si firent.
127. Et en brief tens li venz se feri ou voile , et nous ot tolu la veue de la terre, que nous ne veismes que ciel et3'aue; et chascun jour nous esloigna li venz des païs où nous aviens estei nei. Et ces choses
123. — 1 A, B, L, moy. — 2 A, à mes. — ^ Voy., au G 442, un autre exemple de l'usage où l'on était de donner des joyaux au moment d'un départ. — 4 A, L, à Xausone ; B omet ces mots et les trois mots suivants. — ^ L, depuis Nausone.