SCÈNE XI
MARGOTTE, JEAN, puis JACQUELINE, cachée.
JEAN, reparaissant avec son biton, b la cantonade.
Ah! gueusard! lu ne perdras rien pour attendre, va!
MARGOTTE, effrayée.
Ail! je tremble!... (Jean frappe sur le bahut avec son bâton.
Ah!...
JEAN, apercevant Margotte sur la chaiso.
Cristil... et Jacqueline qu’est toujours en panne!..., (Jetant son bâton et allant prendro le pot sur le buiïet.) Attends... attends!... Je vas... (S’approchant comme pour Ini joter de l’eau au visage et s’arrêtant tout surpris b la vue do Margotte.) Hein!... La Margotte... (Sur le mouvement do Jean, Margotte s'est levée et a gagné l’extrémité gauche, premier plan.) Toi à c’te heure!... Ab! ça, qu’estce que c’est que ces mariés-là!... Tantôt c’est le mari, tantôt c’est la femme... que drôle de ménage!...
MARCOTTE, b part.
Qu’est-ce que j’ vas lui dire !
JEAN
Pourquoi que t’es ici?... Pourquoi que t’as quitté la danse? *
MARCOTTE, avec embarras.
Moi!... ah ! c’est que...
JEAN
C’est que quoi?... Après?... Parleras-tu?
MARCOTTE, cherchant ses mots.
C’est que... c’est que mon mari m’a battue!
JEAN, près du buffet sur lequel il a replacé le pot de vin.
Déjà? Saprelolte!... Il est en avance!... D’ordinsiro, ça n’est permis qu’après trois mois de mariage... avec une
i 'e messe, s’entend... avec les veuves, c’est différent... au
lOUt de Ollinze jours... (Il fait un geslo suffisamment énergique ; b Margotte.) Mais enfin, que que lu viens faire ici?
* Margotte, Jacqueline.
MARGOTTE
Je viens... je viens pour que vous me protégiez.
JEAN, descendant en scène.
Te protéger?... Oh! oh! minute!... ça ne me regarde pointl... T’es pas ma sœur, t’es pas ma cousine... (ici Jacqueline entr'ouvrela porte de droite, premier plan et écoute.) T’üS épousé c’ bëtà de Clochedoux... tant pire pour toi!... 3
MARGOTTE
Mais...
JEAN
Une brute, un animal !
JACQUELINE, cachée et h part.
Comme il l’arrauge !
JEAN, continuant.
Qu’est laid, mal bâti, qui ressemble b un mouton qu’a avalé un clou d’travers.
MARGOTTE
Oh!
JACQUELINE, à part.
C’est vrai toutd’ même... Jean est bien mieux 1
JEAN
Mais o’est pas mon affaire!... De quel droit donc que j’ te défendrais?...
MARCOTTE
Dame! j’étais la filleule b feu voire tante.
JEAN
A feu ma tante qu’est décédée?
MARCOTTE
Oui, vot’ tante Berlurot... c’est moi qui l’a soignée pendant qu’elle était malade.
JEAN, d’un ton indiffèrent.
Ma tante Berlurot!... bah!... elle me calottait quand j’étais moutard... (Il tira sa pipe et se met à la bourrer.)
MARCOTTE
Possible!... mais quand vous étiez en mer... et que le temps se mettait b l’orage... quand il soufflait nord-ouest... fallait l’entendre, la brave femme... « C’ pauvre Torgnole! » qu’elle disait.
JEAN, un peu ému.
Elle disait ça!
MARGOTTE
Et elle allait bien vile faire brûler un cierge b Notre-Dame de Grâce.