‹ Jean Zyska--GabrielChapitre 61 sur 63 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ASTOLPHE, LE PRÉCEPTEUR, GABRIEL, mort, GIGLIO, étendu à terre.

ASTOLPHE, en marchant.

Eh bien ! ce n'est pas vous qui aurez manqué à votre

promesse. Qesera moi qui aurai forcé votre volonté!

LE PRÉCEPTEUR , S* arrêtant irrésolu.

Je suis trop faible... Gabriel ne voudra plus se ûer à

moi.

ASTOLPHE, l'entraînant*

Je veux la voir, la voir 1 embrasser ses pieds. Elle me

pardonnera ! Conduisez-moi.

MARC , venant à leur rencontre , une lanterne à

la main, l'épée dans l'autre.

Monsieur l'abbé , est-ce vous ?

LB PRÉCEPTEUR

Où cours-tu , Marc ? ta figure est bouleversée ! Où est ton maître ?

MARC

Je le cherche! il est sorti... sorti pendant que je m'étais endormi! Malheureux que je suis!... J'allais voir chez vous,

LB PRÉCEPTEUR

Je ne l'ai pas rencontré... Mais il est sorti armé, n'est-ce pas?

MARC

Il est sorti sans armes pour la première fois do sa vie, il a oublié jusqu'à son poignard. Ah ! je n'ose vous dire mes craintes. Il avait tant de chagrin ! Depuis quelques jours il ne mangeait plus, il ne dormait plus, il no lisait plus, il ne restait pas un instant à la même place.

Tais-loi, Marc, tu m'assassines. Cherchons-lo!... Que vois-je ici?... (// lui arrache la lanterne, et rapproche de Giglio. ) Que fait là cet homme?

GIGLIO

Tuez-moi ! tuez«moi !

LE PRÉCEPTEUR

Et ici un cadavre !

MARC, d'une voix étouffée par les cris* Mosca!... voici Mosca qui lui lèche les mains! {Le précepteur tombe à genoux, Marc, en pleurant et en criant, relève le cadavre de Gabriel. Astolphe reste pétrifié. ) •

GIGLIO, au précepteur.

Donnez-moi l'absolution, monsieur le prêtre! Messieurs, tuez-moi. C'est moi qui ai tué ce jeune homme, un brave, un noble jeune homme qui m'avait accordé la vie, une nuit que, pour le voler, j'avais déjà tenté, avec V plusieurs camarades, de l'assassiner. Tuez -moi! J'ai femme et enfants, mais c'est égal , je veux mourir !

ASTOLPHfi, le prenant à la gorge»

Misérable ! tu Tas assassiné !

LE PRÉCEPTEUR

Ne le tuez pas. Il n'a pas agi de son fait. Je reconnais ici la main du prince de Bramante. J'ai vu cet homme chez lui.

GIGLIO

Oui , j*ai été à son service.

Et c'est lui qui t'a chargé d'accomplir ce crime ?

GIGLiO.

J'ai femme et enfants, monsieur; j'ai porté l'argent que j'ai reçu à la maison. A présent livrez-moi à la justice; j'ai tué mon sauveur, mon maître, mon Jésus! Envoyez-moi à la potence ; vous voyez bien que je me livre moi-même. Monsieur l'abbé, priez pour moi l

ASTOLPHE

Ah ! lâche , fanatique ! je t'écraserai sur le pavé.

LE PRÉCEPTEUR

Les révélations de ce malheureux seront importantes ; épargnez-le , et ne doutez pas que le prince ne prenne dès demain l'initiative pour vous accuser. Du courage, seigneur Astolphe! Vous devez à la mémoire de celle qui vous a aimé, de purger votre honneur de ces calomnies.

ASTOLPHE, se tordant les bras.

Mon honneur ! que m'importe mon honneur ?

(// se Jette sur le corps de Gabriel. Marc le repousse,)

MARC

Ah! laissez-la tranquille à présent! C'est vous qui l'avez tuée.

ASTOLPHE, se relevant avec égarement .

Oui, c'est moi! oui, c'est moi! Qui ose dire le contraire ? C'est moi qui suis son assassin !

LE rmÈ LkrtkXM .

Calmez-Tous el Tenez! U faut soustraire cette dépouille sacrée aux outrages de la publicité. Le jour est loîo de paraître , einportoii54a. Nous la déposerons dans le premier couvent. Noos TeiiseTeliroiis nous-mêmes, et nous ne la quitterons que quand nous aurons caché dans le sein de la terre ce secret qui lui fut si cher.

Oh ! oui , qu*elle remporte dans la tombe , ce secret que j'ai voulu violer !

LE PEÊcEPTErK , à Giçlio.

Suivez-nous, puisque vous éprouvez des remords salutaires. Je tâcherai de faire votre paix avec le ciel; et, si vous voulez faire des révélations sincères, on pourra vous sauver la vie.

GIGLIO

Je confesserai tout, mais je ne veux pas de la vie« pourvu que j'aie l'absolution.

ASTOLPHE, en délire.

Oui, tu auras l'absolution, et tu seras mon ami , mon compagnon! Nous ne nous séparerons plus, car nous sommes deux assassins !

(Marc el Giglio emportent le cadavre^ l'abbé entraîne Astolphe. )

FIN DE GABRIEU

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