SCÈNE ÏU
JEANNE D’ARC , Gardes.
JEANNE D’ARC
O ! des cœurs éclairés par ta foi Guide sur , ferme appui , Dieu tout-puissant , c’est toi Qui seul , me révélant une langue étrangère ,
Inspirais, chez les rois, une simple bergère.
Pleine d’un noble espoir, je t’implore aujourd’hui.
Un superbe ennemi m’appelle devant lui.
Dans son aveugle orgueil, il m’outrage , il t’offense :
Et la main , qui par toi sauva l’antique France ,
N’est aux yeux de l’Anglais , blessé de ses revers ,
Que l’indigne instrument du pouvoir des enfers.
Si ta voix sur mes pas fit marcher la victoire ,
Viens , viens de tes arrêts manifester la gloire !
Prête à ma faible bouche un prophétique accent ,
Et confonds des vaincus le courroux impuissant !...
Je ne demande pas que ta bonté propice Du fiel dont je m’abreuve éloigne le calice.
Dût la mort aujourd’hui se montrer devant moi ;
Je l’affrontais sans crainte , et l’attends sans effroi.
Mais , loin des bords heureux , témoins de mon enfance , Loin des mortels chéris, auteurs de ma naissance ,
Si je devais, grand Dieu , terminer mon destin ,
J’aurais voulu du moins , les armes à la main ,
Sous les murs de Compicgnc , au faîte de la gloire ,