ACTE IV, SCÈNE III
LA DO CH ESSE
Vous , l’orgueil de mon sexe!...
TALBOT
Et l’exemple du nôtre !...
LE COMTE DE DÜKOIS
Vous, l’appui des Français, vous!...
JEANNE D’ARC
Quel trouble est le vôtre ,
Princesse ? et vous surtout , braves guerriers , pourquoi Cette faiblesse , indigne et de vous et de moi?
Le ciel , comme il lui plaît , règle ma destinée Soumettons-nous. Voici ma plus belle journée!
Oui , dussé-je, trompant votre espoir et vos vœux ,
De l’échafaud pour moi voir s’allumer les feux ;
L’échafaud aujourd'hui m’offre une autre victoire ,
Digne au moins de regrets , peut-être de mémoire;
Prête à subir mon sort, je vois devant mes yeux La gloire sur la terre et la paix dans les cieux.
LA duchesse.
Vous mourir!... ah ! le soin d’une si noble vie Est un dépôt sacré que le ciel me confie.
Venez , le crime en vain croit assurer ses coups ;
Venez.... je veux moi-même , aux yeux de mon époux, Présenter de ma main la vertu malheureuse :
Deux héros nous suivront , et leur voix généreuse De tous vos ennemis confondra les desseins.
JEANNE D’ARC
Des prêtres sans pitié , des guerriers assassins Pourraient-ils , dans son cœur étouffant la clémence ,
Sur de tels défenseurs emporter la balance !
S’ils ont cru par sa main combler leurs attentats ,
Eh bien ! qu’ils viennent donc vous chercher dans mes bras 1... Mais , qui m’arrête encor ! le temps , le péril presse.
Venez....
JEANNE D’ARC
Que faites vous , non demeurez , princesse !
Demeurez. Le pardon serait-il fait pour moi ?
Le crime s’y soumet : mais qui servit son roi ,
Tranquille , et des bourreaux affrontant la menace Rougirait de descendre à recevoir sa grâce ;
Souffrez que je refuse un si noble secours ,
Prenez soin de ma gloire, et non pas de mes jours ;
C’est à Dieu d’en résoudre.... ah ! dans cet instant même ,
Que je dois rendre grâce à sa bonté suprême Princesse !... de mes maux quel plus glorieux prix !
Je vois se détourner vos regards attendris. . . .
Et vous , dignes rivaux , vous me cachez vos larmes.
Que pour mon cœur ému ce moment a de charmes !
Si l’échafaud m’attend, qui n’envîrait ma mort ,
Quand Dunois et Talbot ont pleuré sur mon sort ?
( Elle sort. )