‹ Jeanne d'Arc à RouenChapitre 53 sur 62 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

JEANNE D’ARC seule.

Quel est donc ton arrêt, ô divine puissance!

Le plus grand des guerriers s’arme pour ma défense,- Et l’éclair de tes yeux , qui veillent sur son sort , Devant lui fait marcher l’épouvante et la mort!

Près de voir cependant triompher son courage , C’est en vain que j’écarte un sinistre présage !

Il me suit , il m’obsède, et semble m’avertir Que d’un monde trompeur il est temps de sortir !... France , ô terre sacrée , où le ciel me fit naître ,

Et vous , braves guerriers , vous me plaindrez peut-être... D’un éclat passager mon cœur fut trop flatté ;

Tout a fui ; de mon nom l’honneur seul m’est resté :

Je vous lègue à défendre et ma cause et ma gloire , Français !.. sous votre appui recevez ma mémoire! J’emporte cet espoir;... et puissent mes malheurs De vos derniers neveux obtenir quelques pleurs !...

Mais quels tristes pensers viennent troubler mon âme ! C’est ton puissant secours , grand Dieu , que je réclame ! C’est toi qui raffermis le fragile roseau...

Descends , viens m’embraser d’un courage nouveau ! Descends , tel que naguère , au milieu des batailles, D’Orléans par mon bras défendant les murailles ,

Tu versais dans mon sein , libre d’un vain effroi ,

Le mépris de la mort errante autour de moi!...

Mais quel bruit tout à coup?..

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