ACTE PREMIER
Qui donc enverrez-vous, Jésus, pour les venger?
LE Y IE ILLARD, se levant.
Il est dil... ( Mais faut-il se fier aux paroles De ces prédictions le plus souvent frivoles ?) Il est dit que les Francs, du dehors envahis, Perdus par une femme et pleurant leur pays, Seront sauvés des maux où sa main les entraîne Par une vierge née aux marches de Lorraine!
JEANNE
JACQUES
Jeanne, c'est assez! ta curiosité Pratique mal. les lois de l'hospitalité.
Hors les humbles devoirs et les soins de famille, Le silence convient chez une jeune fille.
JEANNE
Dieu me veuille garder de vous déplaire en rien,
Mais est-il donc contraire aux devoirs du chrétien
Qu'oubliant son rouet damoiselle ou bergère
Aux maux de son pays ne soit pas étrangère,
Que son âme s'indigne aux excès du vainqueur,
£t qu'elle ait ce doux nom de France dans le cœur?...
Il nous est cher à tous ; mais ceux-là sont en faute Qui ne s'informent pas des besoins de leur hôte.
Aux paysaas,
Le nom de Jacques d'Arc soit à jamais flétri
S'il refuse au malheur et le vivre et l'abri !
Mes trois fils prendront soin de vous, et dans la crèche
,Vos troupeaux trouveront la paille et l'herbe fraîche ;
Nos voisins aideront à vous héberger tous.
JEANNE
Souffrez que ce vieillard prenne mon lit.
LE VIEILLARD
Mais vous?
JEANNE, souriant.
N'ayez souci! que rien pour moi ne vous chagrine! Je peux coucher auprès de ma sœur Catherine.
JACQUES
Je voudrais faire mieux ; mais je suis à l'étroit.
LE VIEILLARD
Mon hôte, que le ciel bénisse votre toit!
Le vieillard sort par la droite conduit par Jeanne et Catherin*. — Les paysans sortent par le fond arec Pierrelft, Jaequemin et Jean. — Jacques retient Isabelle.