ACTE TROISIEME
Mai» enfin, — vainement vous refusez d'y croire, ■ On risque de tout perdre en brusquant la victoire.
JEANNE
Quand vous ai-je déçus ? Ce rapide succès, Vous en désespériez quand je vous l'annonçais ! L'événement, malgré d'injustes défiances, A-t-il donné raison à mes impatiences ?
Vos sages m'ont déjà fait perdre assez de jours En prenant pour venir d'inutiles détours !
Le convoi qui nous a suivis prouve sans doute Que les canons anglais ne barraient pas la route Alors que je l'ai fait passer, drapeaux au vent, Sans qu'un seul ennemi se portât en avant !
Mais tenez ! j'y consens ! l'obstacle est invincible !.. Vous oubliez toujours que Dieu fait l'impossible !
LAHIRE
Faut-il donc le tenter ? Qui vous presse ?
JEANNE
Le temps.
Ce Dieu qui fait ma force a compté mes instants 1
LAHIRE
Comment? Que dites-vous?
JEANNE
Je ne durerai guère
Plus d'un an ! C'est bien peu pour terminer la,guerre
LAHIRE
Quoi ! vous pensez mourir? Où donc?
JEANNE
Hélas!... où Dû Voudra !... Je ne connais ni le temps, ni le lieu 1 Ah ! que si je pouvais aller où va mon âme, J'irais, quittant ce fer pour mes habits de femme, Vite, vite, où Ton m'aime, en ma pauvre maison I...
LAHIRB.
Craignez-vous donc la mort?
JEANNE
Non 1... mais la trahiso Revenons. Je suis chef de guerre, au même titre Que vous et vos amis, et prends Dieu pour arbitre. Si vous marchez sans moi, je marcherai sans vous
LAHIRE
Au fait, les plus prudents sont parfois les plus fous Je ne vous ferai pas défaut ! mais, pour tout dire, C'est peu de rallier et Dunois et Lahire ; Car Dunois vous suivra; d'autres moins généreux S'irritent de vous voir prendre le pas sur eux; Et votre foi, naïve en ses façons hautaines, A pu froteser l'osgueil de ces vieux capitaines J