ACTE QUATRIÈME
Je l’adore !... et, j’accuse, en mes transports jaloux, Celle dont je devrais embrasser les genoux !...
# Elle s’incline (lovant Jeannô.
JEANNE, i’orrôtant.
Madame!...
En est-ce fait, hélas!... par lui chassée.
Son Agnès vivra-t-elle encore en sa pensée ?
Ah ! Dieu ! si je devais ne jamais le revoir !
S’il m’oubliait !...
JEANNE
Eh ! quoi !... gardez-vous cet espoir?
De la reine ou de vous qui donc est la victime ?
Vous demandez à Dieu de protéger un crime !...
AGNÈS
Un crime !.. Ah ! tu n’as pas aimé !.. La connais-tu, Celte ivresse, une fois que nos cœurs ont battu ?
Va !.. criminel ou non, quand l’amour nous embrase,
Il marche, l’œil au ciel, sans voir ceux qu’il écrase,
Et superbe, étalant sa honte avec fierté,
Des mépris delà foule il fait sa volupté !...
Mais que dis-je? et qu’importe aux froideurs de ton âme?.
Pour comprendre l’amour, il faut un cœur de femme !
JEANNE Ll’ARC
Ah ! je le comprends, tel qu’il n’esl rien de si grand ! Ce n’est pas, il est vrai, ce foyer dévorant Qui fait de ses ardeurs l’auréole du vice,
Mais le rayonnement divin du sacrifice !...
L’amour, maître des sens, au devoir asservi, Réprimant les transports du cœur inassouvi ;
De toutes ses douleurs faisant tous ses courages ;
Dans la sérénité dominant les orages !...
L’amour inaltéré, chaste, silencieux !
Pur comme h clarté !.. muet comme les cieux !...
AGNÈS
As-tu donc aimé?. .
JEANNE
Moi !...
AGNÈS
Non !... cet amour austère Est peut-être du ciel, mais non pas de la terre !... Ton cœur en a rêvé l’ivresse et les douleurs !
Je n’ai pas tes vertus, moi !... je n’ai que mes pleurs I
JEANNE
Hélas !...