‹ Jeanne d'ArcChapitre 10 sur 88 · JACQUES, ISABELLE · texte numérisé non relu

JACQUES, ISABELLE

JACQUES

Je voulais te parler sans témoin. — Notre Jeanne A des façons d’agir que la raison condamne ;

Son ardeur m’inquiète et me tient en émoi.

ISABELLE

Oui; quelquefois l’enfant me fait peur comme à loi.

Mais quoi! ce sont ferments d’une jeune cervelle Que l’càge apaisera.

JACQUES

Tu te trompes sur elle.

Dès longtemps je l’observe, et je lis dans ses yeux Quelque chose d’étrange et de mystérieux :

Elle n’a point l’humeur des filles de son âge;

Elle s’isole et fuit les danses du village;

On dirait que son âme, à l’heure du réveil,

Avec les yeux ouverts, garde encor son sommeil ;

Le seul bruit des combats l’attire et la domine;

Aux récits qu’on en fait son regard s’illumine;

Elle s’exalte alors, et, comme un vieux routier,

Il semble qu’elle aborde un terrain familier;

lit

jeanne d'are

Est-ce raison? Voit-on battre ainsi la campagne Catherine sa sœur, Mengette sa compagne?

A force d’y rêver, le soupçon m’est venu Que les mauvais esprits ont dans le bois chesnu Jeté sur elle un sort, quand à l’arbre des fées Nos filles vont porter leurs rustiques trophées

ISABELLE

Non ! par la sainte croix, toi-même tu le sais,

Tous les mauvais esprits en ont été chassés.

JACQUES

Gardons bien cependant que le démon n’achève De troubler sa raison! — Et puis j’ai fait un rêve!

ISABELLE

Un rêve?

JACQUES

Je voyais Jeanno, le heaume au front,

Le fer on main, le pied chaussé de l’éperon,

(Tel un soldat), malgré mes cris, malgré tes larmes, S’élancer à cheval parmi les hommes d’armes!

ISABELLE, joignant les mains.

Dieu bon !

JACQUES

Si je pensais que la chose en vint là, A mes autres enfants je dirais : noyez-la!

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