SCÈNE III
JACQUES, ISAIÎELLE, THIBAUT.
THIBAUT, paraissant 4 la porto du fond.
Dieu vous garde !
JACQUES
C’est lui!
THIBAUT
Vous savez les nouvelles?
Des bandes de routiers, détrousseurs do gabelles, Ilouspilleurs, écorcheurs, battent les alentours. Les gens de Vaucouleurs promettent du secours ; Mais il faut se garder.
JACQUES
Oui ! nos fuyards sans doute Attirent sur leurs pas tous ces coupeurs de route.
THIBAUT
Quels fuyards?
JACQUES
Nous avons ici des malheureux Chassés de leurs pays... — D’où viens-tu donc ?
THIBAUT
De Greux.
Gomma la nuit tombait, il m’est venu l’idée
Que Jeanne dans les champs pouvait s’être attardée,
Et, pour vous avertir, j’ai poussé jusqu’ici.
JACQUES
Je te suis obligé de prendre un tel souci ;
Jeanne est près d’un vieillard reçu dans ma chaumière. — Mais il ne fait plus jour; femme, delà lumière.
ISABELLE, allumant une lampe.
Seigneur ! quand serons-nous hors de peine et d'effroi ?
JACQUES, à Thibaut.
J’ai plaisir à te voir et nous parlions de toi.
Je te connais, Thibaut, et te regarde comme Un gars laborieux, rangé, probe, économe;
Le plus fin laboureur qui soit à Domrémy.
Ton père, dès longtemps, est mon meilleur ami.
Si donc, comme je crois, lu recherches ma fille,
Nous ferons désormais une même famille. —
Mais tu ne réponds pas et restes interdit !..
N’as-tu pas sur son cœur déjà quelque crédit? T’éconduit-elle, ou bien m’abusé-je moi-même En croyant que Thibaut la veut pour femme et l’aime ? Parle-moi franchement comme je t’ai parlé.
THIBAUT
Hélas ! il est bien vrai que j’en suis affolé.
ACfE PREMIER 13
Comment la voir, si sage et de tous estimée,
Si belle, sans que l’àme en soit d’abord charnue'.
Mais pour lui fair un tel aveu, je vous le dis,
Elle en eût détoui ié même de plus hardis.
Cela ne peut frapper vos yeux comme les noires;
Mais Jeanne sûrement n’est pas comme les autres; Paraît-elle, on se sent moins brave qu’on ne croit Devant ce grand œil pur qui vous regarde droit;
Et, fût-on consumé d’une amoureuse fièvre,
Les mots et le courage expirent sur la lèvre !
J ACQUES.
J’aime cette pudeur de son cœur et du tien ;
L’homme d’honneur respecte une fille de bien ;
Mais d’un amour permis Dieu bénit l'innocence. Parle-lui librement, je t’en donne licence;
De sa mère et de moi tes vœux sont accueillis.
ISABELLE
Je serai fière aussi de te nommer mon fils.
Ah ! Dieu ! s’il était vrai, quelle serait ma joie !
Vous me rendez plus fort en me frayant la voie;
Mais elle !... son accueil sera-t-il aussi doux?
Car je veux la tenir d’elle ainsi que de vous.
Jeanne parak ù !a porte do droite.
JACQUES
La voici qui revient.