ACTE PREMIER
Le sol disparaîtra sous d’arides buissons,
Et les forêts prendront la place des moissons ; L’épouvante suivra ces bordes en furie,
Et la flamme et le fer de nos cruels vainqueurs Passeront sur ces toits où sont restés nos cœurs !... Nous fuyons la patrie!
LE VIEILLARD, s’asseyant sur un escabeau que lui offre Jeanne.
Ah ! la guerre !... Que Dieu, pitoyable à vos larmes, En écarte de vous les mortelles alarmes !
Ce n’est pas tous les jours le pillage et l’assaut,
Mais l'attente, la peur, le réveil en sursaut,
Le tocsin, voix sinistre, et, par l’ombre^agrandie,
La tremblante clarté d’un lointain incendie !...
Le voilà, ce traité delà reine Isabeau Qui vendit le pays et le mène au tombeau !
Anglais et Bourguignons, unis pour la conquête, Chiens du même chenil, courent la même bête ;
Les Armagnacs comme eux affamés de butin.
Plus étrangers qu’eux tous, prennent part au festin ! Orléans tient encor, seul reste d’espérance !
Orléans emporté, c’en est fait de la France !
Aucun moyen humain ne la peut secourir.
JEANNE
C’est la France pourtant ! elle ne peut mourir ! —
Mais le roi? que fait-il ? autour do sa bannière Une seule victoire unit la France entière !.. Dit-on qu'il ail marché vers Orléans?
LE VIEILLARD
Non !
JEANNE
Non?
LE VIEILLARD
Sa détresse est extrême ; il est seul à Chinon,
Sans troupes, sans argent, prince sans diadème, Abandonné de tous, s’abandonnant lui-même.
JEANNE
N’a-t-il pas avec lui des hommes de bon lieu,
Et Dunois, et Labire, et Xaintrailles?... et Dieu !
ISABELLE, ù demi-voix.
Comme ton cnil s’enflamme, et comme tu t’animes 1
LE VIEILLARD
Hélas ! tous n’ont pas eu ces dévoùments sublimes ; A l'appel de leur roi tous n'ont pas répondu ;
On déserte un parti quand on le croit perdu!
La noblesse, faisant bon marché de sa gloire, Cherche à gagner du temps poursuivre la victoire, Et livre les Français au joug do l’étranger.