‹ Jeanne d'Arc; drame en cinq actes et en versChapitre 55 sur 76 · ACTE QUATRIÈME. — SCEÎSE X · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. — SCEÎSE X

JACQUES

Sauver ma fille infortunée.

Briser le cours impur de sa prosi)érité, La ramener de force au Dieu qu'elle a quitté. Il est temps que finisse un horrible prestige.

RAYMOND

Jacques, vous la perdez.

JACQCES.

Je la sauve, te dis-je.

RAYMOND

Vous retienne le Ciel!

JACQUES

Tes vœux sont superflus.

RAYMOND

Vous doutiez hier encore.

JACQUES

Et je ne doute plus.

Si la Cour, tout d'abord, fut dupe de sa ruse. Dans cette cour déjà plus d'une voix l'accuse. J'ai surpris, m'approchant d'un groupe de seigneurs, Des soupçons outrageants, mêlés de mots railleurs. L'aspect de sa bannière et de l'image sainte L'a frappée aujourd'hui d'une indicible crainte; Et Duchatel, tu sais, ce tendre ami du Roi, L'observe, depuis lors, d'un regard plein d'eff'roi.

RAYMOND

C'est l'ordinaire cours des choses de ce monde. Au sein du fruit brillant germe le ver immonde; Le soleil voit ses traits sous l'ombre s'obscurcir; Et toute vertu pure, on cherche à la noircir.

JACQUES

Hélas! j'ai contre Jeanne un plus sûr témoignage. Un vieillai'd que le Ciel a mis sur mon passage, En voyant ma douleur, sans doute en eut pitié. Car à son tribunal, moine, il m'a convié. Je ne puis à tes yeux révéler le mystère De l'entretien sacré que le pécheur doit taire ; Mais de ce tribunal oi!i j'entrais peu fervent Je suis sorti tantôt, tout plein du Dieu vivant, Transformé tout entier par l'esprit qui me guide Et qui fit Abraham saintement homicide.

Vous me faites frémir !

JACQUES

Raymond, rassure toi :

La coupable vivra pour revenir à moi.

A vigoureuse attache il faut secousse rude. Nous la ramènerons en notre solitude ; Et toi-même plus tard, le cœur libre et content. Tu béniras ce jour qui l'enlève à Satan.

RAYMOND

Songez-y, Jacques d'Arc. Hélas! c'est votre fille.

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