Jeanne la Française, par M. Geoffroy, p. 98 et suiv
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essence sî, en mettant le pied à Tétrier, elle ne ressentait pas la courbature douloureuse, que les cavaliers ne parviennent guère à éviter.
Raides, piqués dans leurs allures, le rein voûté et la tête basse, les montures semblent trouver que le repos a été trop court et le gîte trop confortable pour partir aussi précipitamment. Tout s'arrange pourtant, l'entraînement un peu brusque de la première nuit produira son effet à la longue; cavaliers et chevaux ne sentiront bientôt plus la fatigue, habitués qu'ils seront à marcher avec elle.
On voyagera de jour et alors, pour Jeanne, ce sera la joie des yeux', la satisfaction de sa curiosité toute féminine, le commencement de son instruction guerrière; elle se fait nonuner les châteaux, villes ou coteaux escarpés qu'elle aperçoit dans le lointain, et doit sentir encore grandir son amour pour la France en la voyant partout aussi belle et plus riche que sur les bords de la Meuse.
Si le voyage est rapide, les marches n'en seront pas moins lentes. Certes, il faut ménager les chevaux puisqu'ils doivent fournir un aussi long chemin. Nous avons remarqué au début
de ce chapitre leur qualité inégale et, comme tout chef prévoyant règle Pallure sur le moins bien monté de ceux qui le suivent, nous prendrons la vitesse d'un cheval très médiocre.
Quand la route est longue, il faut s'arrêter plus souvent, et Jean de Metz dut bien des fois prolonger la halte pour n'avoir pas à demander une dangereuse hospitalité.
Peut-être, dans les vallées d'Yonne ou de Loire, l'allure devint-elle, par moments, plus rapide; peut-être, habitués qu'ils étaient à faire la route, les chevaux d'eux-mêmes allongeaientils le pas? Nous avons peine à croire pourtant que régulièrement, de façon suivie, notre petite troupe ait pu dépasser la moyenne de 6 kilomètres à l'heure.
En donnant ce chiffre, nous faisons la part du courage, de l'énergie de ceux qui la composaient et qui ne s'attardaient guère en chemin.
Nous tablons ici sur une distance de 600 kilomètres. A 6 kilomètres à l'heure, nous trouvons 100 heures sur un peu moins de 260 1 Ces chiffres parlent seuls et nous ne croyons pas qu'il soit possible à un cavalier de réserver
Jeanne d'Arc se rendant à Chinon.
Projet de vitrail de E. GroMtet. — Collection de 3/. F. Gaudin.)
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un temps plus court pour le repos qu'homme et cheval ont du reste si bien gagné.
Sans doute, à Auxerre, où ils se présentèrent en marchands', sans doute à Gîen où ils franchirent la Loire, nos vaillants chevaucheurs purent rétablir quelque peu l'équilibre des har^ nachements, des habits et des fers, remettre en ordre ces détails qui, non surveillés, arrêtent brusquement cheval et cavalier. Nous aimons à croire pourtant que Jean de Metz, comme tout homme d'armes du moyen âge, comme tout chef militaire de n'importe quelle époque % savait au besoin être pour la troupe qu'il commandait le médecin, l'hippiâtre, le
maréchal, le tailleur, le sellier Il nous faut
bien l'admettre du reste, puisque dans les diverses enquêtes, faites du vivant des acteurs de l'épopée, aucun accident n'a été signalé se rapportant au miraculeux voyage de Vaucouleurs à Ghinon. Eh bien ! qu'avec la même vitesse, on essaie de suivre le même chemin, notre expérience de cavalier nous permet d'af-