I . Chroniques dCEnguerran de Monstrelet
D^ORL^ANS A REIMS. I79.
sî longue, si remplie d'inquiétudes. Elle revoit le champ de sa première veillée sous les ar^ mes; mais que pour elle comme pour ses compagnons ces souvenirs sont déjà vieux! En si peu de jours, ils ont fait de si grandes choses !
Et ce mois de mai resplendissant de ver^ dure, cet admirable mois de mai des bords de la Loire, se passera pour Jeanne en chevauchées, en étapes qui lui sembleraient délicieuses si son âme n'était pas absorbée par la préoccupation de ce qui reste à accomplir.
EstKîe un effet du hasard, est-ce au contraire un des mystérieux décrets de la Providence?
toujours est-il que notre lorraine trouvait ses compagnons les plus dévoués parmi les gentilshommes accourus des provinces de POuest de la France future. Après d'Alençon et Gilles de Rais, voici venir les jeunes seigneurs de Laval. Ne diraitron pas que l'unité de la patrie se prépare dans ces conciliabules de Sellessur-Gher?
Et cette venue des adolescents nous vaut un des documents les plus précis que nous possédions sur l'héroïne.
Dans une lettre touchante à sa mère (8 juin)
l8o JEANNE D^ARG ^GUYÈRE.
Guy de Laval dépeint la réception qui leur a été faite à lui et à son frère. Puis tout de suite il passe à Jeanne. On sent bien qu^il répond à des questions précises formulées avant le départ. Quel est Paspect de Jeanne, comment monte-fr-elle à cheval? Telles sont les premières impressions demandées, les premières aussi que le jeune homme a pris soin de noter. Il a vu Jeanne dans sa simplicité native, il a bu avec elle le vin qui fête la première rencontre. Il l'a vue monter à cheval ce armée toute en blanc, sauf la tête, une petite hache à la
main » Justement, le cheval qu'on vient
d'amener est difficile au montoir. C'est « un grand coursier noir qui, à l'huis de son logis se démenait très fort et ne souffrait qu'elle montât ; et lors elle me dit : Menez -le à la croix, qui était devant l'église auprès, au chemin. Et lors elle monta, sans qu'il se mût,
comme s'il fut lié' »
Jeanne, sans doute, recourt à la protection divine en faisant approcher son cheval de la
I. Cette lettre a ëtë souvent reproduite. Cf. particulièrement Chapoy^ Compagnons de Jeanne dTArc, qui la donne in extenso.
D^ORLéANS A REIMS. iSl;
croix. Sa manière d'agir n'en est pas moins un signe certain de son expérience d'écuyère. Son cheval ne veut pas se laisser monter. Il est effrayé par l'éclat des armures, par les gestes et les voix; peut-être aussi a-t-il attendu trop longtemps. Si le cavalier insiste en ces moments-là, il risque l'accident, du moins très certainement la défense. Le cheval a besoin de reprendre ses esprits, de se remettre clans son aplomb. Et Jeanne ordonne ce qu'eussent recommandé les plus savants écuyers : elle fait promener l'animal, le fait arrêter à l'écart, et (( lors elle monta sans qu'il se mût, comme s'il fut lié »
Ce coursier noir l'emportait vers de nouveaux combats, vers de nouvelles victoires. Elle entre une fois encore dans Orléans; la foule qui la connaît, qui a vécu de sa vie, la reçoit avec le même enthousiasme et de la voir ne « se pouvaient saouler' ».
Sa renommée attire des renforts nouveaux qui arrivent de toutes parts. N'est-ce pas là le fait admirable du patriotisme réveillé de sus-