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Jeanne d'Arc, fille de Dieu [microforme]

Au profit de la Crèche de la Miséricorde Sous la Présidence de Sa GRANDEUR MCr PAUL BRüuCHÉSI, Archevêque de Montréal

Le ler Avril 1909

Par le Rév. P. PERROTIN

De l'Ordre de Saint-Dominique

“Superiorum permissu”

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Monseigneur, Mesdames.

Messsieurs,

P'ai accepté la mission honorable mais délicate de vous parler ce soir de Jeanne D'Are. Et cela, avec d'autant plus d'empressement qu'il s'agissait de contribuer à une oeuvre de charité, au succés d'une soirée” placée sous le haut et bienveillant patronage de Sa Grandeur Monseigneur F'Archevèque de Montréal. Etaitil possible aussi à un enfant de la Bretagne de refuser d'être le panégvriste de la jeune guerrière qui eut pour premier lieutenant et pour meilleur ami un Breton: le Connétable Arthur de Richemont? Pour tout Français enfin, Jeanne D'Are est une gloire nationale: gloire de la jeunesse qu voit en elle l'idéal achevé de la Beauté morale: gloire de l'armée dont ele fut un jour le généralissime et qu'elle conduisit tant de fois à le victoire: gloire de la Lorraine qui lui donna le jour: gloire de la France dont elle incarne si superbement l'ame patriotique et religieuse ; gloire de l'Église qui se prépare à la placer sur <es autels: glotre du Ciel dont cette ‘fille de Dieu” doit être, au sein de la gloire, lune des étoiles les plus lumineuses! Il m'est donc doux, Mesdames et Messieurs, d'exalter devant vous cette “Grande Française” comme on l'appelle, profondément convaincu que ma voix trouvera dans vos àmes Canadiennes-françaises un écho de sincère et religieuse sympathie... Mais, Jeanne D'Are appartient par-dessus tout à l'Eglise Catholique et demain on verra ses autels s'élever sur les rives du Saint-Laurent comme sur les bords de la Loire. A la veille de ce grand jour du 18 Avril où Pie X va la proclamer Bienheureuse, à la veille de cette fète grandiose où le diocèse de Montréal, sera lui-même représenté à Rôme, (1) permettez-moi donc de vous parler de Celle qui fut au XVe siècle la Libératrice de fa France, “la fille de Dieu”? C'est ainsi que Fappe-

1) Mgr Racicot

lérent toujours ses voix, C'est aussi le titre qui lui convient le mieux Jeanne D'Are a été un instrument choisi de la Providence. Le role joue par elle pour “bouter les Anglais hors du royaume dépasse la mesure de toute puissance humaine, Sa mission quoiqu'en disent ses insulteurs modernes les Thalamas et les Anatole France est toute surnaturelle, JE va du divin dans tous les actes de sa vie depuis le jardin de Doinrémy témoin de ses célestes apparitions jusqu'au Ra de Rouen, où elle expire, Et ce divin nous le trouvons dans Fappel a sa mission, dans les victoires qui la réalisent, dans le glorieux martyre qui la couronne,

Quand on ouvre l'histoire de la France au lendemain des desastreuses journées de Crécey et de Poitiers, on est force: de reconnaitre qu'elle entrait dans la douloureuse phase de son agonie, Et déjà l'on entendait dans le lointain les sourds grondements de ce volcan Anglais qui allait achever de vomir sur la France le feu de la destruction et pousser ses laves brülantes jusque sous les remparts à rléans. Tout est-il done fini cette fois? Que va éclairer le soleil de demain 7... Un tombeau?.... Non, la France n'est pas encore berne humilice, abaissée : il faut qu'elle sache, si le salut lui vient un jour, qu'elle n'aura eu d'autre Sauveur que Dieu, il faut que Jeanne D'Are puisse affirmer hautement sa mission divine: “Je viens de Ta part de mon Seigneur! — “Et quel est ton Seigneur?" — “Mon Seigneur, c'est le Roi du Ciel!” Que sera donc demain:

Demain?... Ah! qu'entends-je, Mesdames et Messieurs? Quelle sourde et grondante rumeur arrive de par-delà la Manche? Quelle voix imn nse couvre de ses clameurs furieuses les côtes de la Flandre et du Cotentin? Que portent les flots soulevés de la Tamise?...

Demain?... C'est Henri V d'Angleterre qui, dans la juvénile audace de son ambition demesurée, vient revendiquer, les armes à la main, la couronne de France!

Demain? C'est une flotte Anglaise de 1300 navires jetant sur le pays une armée de 30,000 hommes!

Demain? C'est Azincourt, champ funèbre dont les profonds sillons vont être rougis du plus pur sang de France! Azincourt où tombèrent glorieusement 8000 chevaliers, jetant dans leur chute sublime comme un dernier reflet de gloire mélancolique sur la défaite elleméme !

Demain? C'est la France écrasée et humainement perdue !... Nous voici à l'année 1429 et selon la parole de l'Archange Saint Michel

c'est une grande pitié qui règne dans le royaume de France”, Cette grande nation que Clovis, Charlemagne et Saint Louis s'étaient taillée

gens one;

aus

à coups d'épée n'existe plus, Plus de provinces, plus de vue, plus de forteresses, plus mème de Capitale: devenue tour à tour la proie des Armagnacs et des Pourguignons elle à fini par ouvrir ses portes aux Anglais. lus de Roland, ni de Beaumanoir, ni de Duguesclin, les derniers preux dorment, les uns dans les champs d'\zincourt et de Verneuil, les autres comme Richemont gémissent captifs dans Îles vieux donjons de la Tamise, Quant aux rares survivants de ces rencontres de géants, ce sont plutôt des chefs de bande pour qui “la guerre est une simple piraterie” et qui s'écrient insolemment que “si Dieu le Père se faisait soldat I se ferait pillard”. Comment voulezvous qu'il v ait encore une France? [n'y a plus de roi. Ilest devenu fou et une femme sans pudeur, sans coeur, sans patriotisme la misérable Isabeau de Bavière lui a fait signer le plus honteux des traités par lequel la couronne de son fils doit passer à un étranger. Et le Dauphin, Charles, qui devrait travailler à reconquérir sa couronne, savezvous ce qu'il fait? IT passe son temps à danser la pavane dans les chateaux amollis de la Loire. D'ailleurs à quoi bon lutter? Est-ce bien méme le vieux sang des Capets qui coule dans ses veines? Il ne croit plus à sa rovale descendance... Une seule ville restait encore: Orléans! Orléans, le coeur de la France! Le coeur est le centre de la vie, le dernier boulevard de la résistance humaine: mais que pourrait dites-moi, le coeur le plus vaillant quand le sang destiné à l'alimenter esi tari? Que pourrait l'épée la plus solidement trempée quand la main qui la porte ne peut plus s'en servir? Que pourrait contre le temps la ville la plus puissamment fortifiée, même avec nos armements modernes? Caché derrière des bastions et des tourelles en fer, on peut défier les schrapnels, les obusiers et les canons de treize pouces, on ne résiste pas à la faim! C'est la famine qui a fait tomber Paris aux mains de Bismark, c'est la famine qui a contribué à amener la chute de Port-Arthur, c'est aussi la famine qui allait avoir raison des derniers défenseurs d'Orléans! Pauvre France! Elle va done finir et faire places tineurivales..

Eh bien! non, Mesdames et Messieurs, le Ciel ne fut pas de cet avis. Quand arrive le moment de la désespérance humaine, c'est alors que Dieu se montre. Il va donner au pays une Tabératrice, une âme

d'élite qu'il appelera “sa fille” et réaliser une vieille prophétie, que le

dr

peuple <e raconte pendant les longues veillées, disant que ‘la France perdue par une femme serait sauvée par une ferme”

Simple petite paysanne à L'âme fraiche et fleurie comme les champs où elle menait paitre ses brelis, douce comme la houlette dont elle touchait leur toison, la fille de Jacques d'Arc S'épanonissait au pied du clocher natal, dans Fhumble village de Domréms, ignorante des conscils de Dieu sur elle. Le jardin de ses parents touchait à l'église et Jeannette, levee avant l'aube, aimait à ramasser dans la rosée des brassces de fleurs qu'elle allait répandre avec sa prière sur l'autel de la Vierge avant d'entendre Tai messe. Durant le jour elle vaquait aux travaux du ménage où des champs et lorsque vers le soir les cloches de Domrémy égrenaient sur la vallée endormie de la Meuse leurs notes graves et lentes, la gentille pastourelle qui ramenait son troupeant, s'arrétait, joignait les mains, inelinait la tête et priait dévotement. En contemplant sa mince silhouette, immobile, sur le ciel assombrt, on ent dit un Ange en priere! Mais rien dans la vie umforme de la petite paysanne qui put faire prévoir qu'elle serait bientot pour la France l'Ange de la victoire. Parfois les bruits de la guerre arrivaient bien jusqu'à Domrémy. Sans doute aussi à la veillée, quand elle filait au près de sa mere et entendait raconter les malheurs de la France, Jeanne ne pouvait empécher de pleurer et la quenotille S'échappait de <es mains. Mais qu'y pouvait-elle, la pauvre enfant? Sa place était avec les femmes, priant devant l'autel de la Vierge pour ceux qui mouraient dans la grande guerre. Or, Voici que, un jour de l'an de grace 1424, une clarté mi sérieuse Fenvironne, des voix célestes se font entendre à elle. C'est Saint Michel, Sainte Catherine et Sainte Marguerite: "Sois bonne, sois douce, is pieuse — lui disentals — et Dieu t'emploiera!" Durant quatre années ‘ses voix” comme elle les appelle, lui parlent, lui disent qu'il ne lui suffit pas de prier et de pleurer, mais qu'elle doit partir, elle aussi, pour la guerre. DNA RNTITE de Dieu, va! Va, dis adieu à la gaieté de tes champs et au doux ombrage du Bois-Chenu! Va enfant de 17 ans. délivrer ton pays! Tu ne reverras peut-être plus ton village ni ta mére hien-aimée, mais ne regarde pas en arrière et Confie-toi à Celui qui n'alandonne jamais les siens!

Ne croyons pas, Mesdames et Messieurs, que Jeanne soit une

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haïlucimée. Non! les apparitions divines ont lieu en plein jour, à l'heure de midi: "Ces voix célestes — affirme-t-elle avec énergie — je les ai entendues." Elle n'est pas victime d'une illusion, Non! ces voix lui ont parlé avec clarté! Ce sont des voix réelles qui lui ont dit: “Va, tu lèveras le Siège d'Orléans et tu feras sacrer le roi à Reims!” Etonnée, épouvantée, elle hésite et tremble. Comment pourra-t-elle guerrover? elle une faible et chéüive fille... Comment saura-t-elle tenir une épée? elle dont le bras n'a manié jusqu'ici que la quenouille.….

Comment surtout pouvoir quitter son village? Son pére a menacé de la noyer de ses propres mains si elle S'en va avec des gens de guerre... Mais les voix se font plis impérieuses et pendant cinq ans, lui redisent chaque semaine: "Va, fille de Dieu! Va, fille au grand coeur!" Il faut obéir, car c'est bien Dieu qui parle et qui Fappelle, c'est Dieu qui va la conduire et l'assister à Vancouleurs, à Chinon et à Poitiers! “Avant le milieu du Caréme, il faut que je sois devant le roi. Ouand J'aurais cent péres et cent méres je dois partir. £a France me réclame et Dieu nr'appelle." Our, Dieu va faire de cette jeune Lorraine instrument de la délivrance nationale, Ha sauvé le monde par son Fils, 11 va sauver la France par Jeanne D'Are!

Jeanne quitte son cher Domrémy et <e presente devant Peaudricourt, le capitaine de Vaucouleurs: "Je viens, lui dit-elle, de la part du roi du Ciel pour sauver la France Dans sa voix il perçoit un accent si étrange que ce vieux soldat en est touché. Quand elle lui affirme avec autorité “qu'elle ira vers le Dauphin dut-elle S'user les jambes jusqu'aux genoux”: lorsque celui-ci lui demande: "Ouand voulez-vous partir?" et qu'elle lui répond: *Aujourd hui plutot que demain, demain plutot qu'après", sa parole deviens Si vibrante que tous les guerriers présents sentant passer en eux un enthousiasme surnaturel, jurent de la conduire au roi!

La voict devant le Dauphin. Lui non plus ne croit guere à la mission surnaturelle de la jeune Lorraine: toutefois 1 va la recevoir dans une des grandes salles du chateau de Chinon. Guidée par ses voix, Jeanne S'avance tranquillement vers le Foi cissinulé parmi ses

courtisans et se jetant à ses genoux : "Dieu vous donne longue vie, gen-

UT Prince! — "Ce n'est pas moi qui suis le roi! — “Gentil Dauphin,

lui répond-t-elle, car c'est vous et non un autre, ie roi des Cieux

m'envoie vers vous ct vous mande que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims!” A cette vue, les dames de ja cour, les chevaliers se regardent. La stupéfaction est générale, Au lieu de laventurière et de la visionnaire dont on leur a parlé, serait-elle vraiment cette “envoyée de Dieu” qu'attendent toujours les «'erniers défenseurs d'Orléans? C'est bien autre chose quand tirant le roi à l'écart Jeanne Jui rappelle la priere que dans une heure de désespérance il fit dans son oratoire pour demander à Dieu de lever le duite qui pesait sur son origine: “Je te dis de la part de Messire Dieu que tu es vrai héritier de France et fils de Roi!” Ce signe frappant lui suffit. Désormais il eroit à lui-méme, à la mission providentielle de Jeanne, à l'avenir de la France!

La voici à Poitiers! Aux veux des jrges ceclésiastiques, sa mission divine n'apparait pas encore avec assez de certitude. IT faut aussi qu'elle comparaisse à leur barre. Jeanne ne serait-elle point une possédée? Mais ses voix la soutiennent. Vous allez voir comme elle va sortir triomphante de cet interrogatoire “elle qui ne sait ni À ni D... — “Pourquoi étes-vous venue?” lui ‘demande-t-on. — ‘Pour faire lever le siège d'Orléans et conduire le rot à Reims "ais si Dieu veut sauver Ja France, qu'a-t-il besoin de gens d'armes 77 — "Les gens d'armes batailleront et Die donnera la vicunre!" — "Quelle langue parlaient vos voix 27 lui demande un docteur. — *’Mcilleure que la votre!" Jui répond Jeanne avec une douce malice, Ce docteur était un Auvergnat,. — ‘Donnez-nous un signe de votre mission?" — “Je ne suis point venue à Poitiers pour faire des signes. Conduisez-mot à Orléans, j'en ferai lever le siège: ce sera lt mon signe! Ses réponses irréprochables dénotent vraiment une âme inspirée de Dieu. Aussi tous déclarent que la délaisser “ee serait se rendre indigne de laide du Ciel” et ils affirment que Jeanne est bien la Pucelle prédite qui doit sauver le pays. Le Dauphin la crée chef de guerre, les bourgeois l'acclament, le peuple se prosterne devant elle, Le vieux Gascon La Pire saute de joie et jure de la suivre partout où elle Le ménera, lui promettant de ne plus jurer et de se contenter de dire par mon baton”. Et la France... oui, ce qui restait encore de la vraie France voyant passer devant son regard mourant les lueurs lointaines et tlamboyantes des

belles journées de Tolbiac, de l'oitiers, de l'ouvines et de Cocherel,

tressaillit devant ce rapide éclair de joie, et sentant passer dans sa poitrine affaiblie un grand souffle de vie, animee de cette espérance invincible qui fait battre si violemment les coeurs et qui est capable de tout, la France acclame le nouveau généralissime que le Ciel lui envoie aux cris mille fois répétés de: \ Orléans! à Orléans! Saluons nous aussi ce jour glorieux où la France reconnut enfin ofticiellement “Tenvoyée du Ciel”, la mission divine de Jeanne D'Are. La France était sauvée, Dieu n'abandonne jamais un peuple qui a foi en Lui et le jour où ce peuple humilié, écrasé se retourne vers Pa, est un peuple sauvé! Saluons par-dessus tout Jeanne D'Are! Saluons-la tous, Mesdames et Messieurs, c'est la “fille de Dieu” qui passe et va sauver la

France!

Et maintenant, suivons-la sur le champ ‘ie bataille! Jeanne tient déjà la victoire non dans la lame de son épée, mes dans les plis de son étendard. Dieu est avec elle. “Va, fille de Dieu, je serai avec toi!” A Orléans, la résistance est désespérée: on voit les enfants pointer le canon, les femmes monter sur les remparts, et les soldats ont des audaces sublimes... mais peu à peu les vivres S'épuisent, les courages fléchissent et les Orléanais sentent qu'il n'v a plus de salut pour eux que dans l'arrivée de la Libératrice. Au soir du 29 avril 1429, 1l se produisit sur les remparts un grand mouvement et des cris de joie montèrent subitement vers le Ciel. Agitez vos drapeaux humiliés, 6 Orléanais, pour secouer le deuil de leurs plis! Tirez vos épées endormies! que vos coeurs battent à se rompre dans vos poitrines! Regardez, regardez... à travers les bastilles anglaises, sous la gueule

des canons qui se taisent, oui, c'est Elle, c'est “la fille de Dieu”, c'est

© Jeanne qui arrive, montée sur un cheval Elane et disant à tous: "Mes-

sire Dieu m'a envoyée pour secourir la bonne ville d'Orléans! A la vue de cette angélique apparition les Orléanais “font aussi grande liesse que s'ils eussent vu Dieu descendre parmi eux”. C'était Lut, en effet, et la longue série des exploits merveilleux que Jeanne va désormais accomplir portent la marque frappante de l'intervention divine. Les Anglais eux-mêmes qui l'ont insultée à son arrivée, tremblent de-

vant elle et “n'osent plus sortir.”

Le 1er mai, dés l'aurore, en vrai généralissime, Fenvoyee de Dieu tait la ronde des avants-postes et inspecte les fortifications. Bientot, les trompettes sonnent la charge pendant que le soleil se lève sur la Loire semblant envoyer de loin à la ville en esse de UTACICUIX SOUTITeS de victoire. Ce fut, en effet, un vrai jour de victoire, Victoire au fort Saint Loup! Victoire au fort des \ugustins” Victoire à la redoute des Tourelles qui est enlevée au milieu d'un assaut terrible où “la fille de Dieu est blessée à l'épaule! Victoire éclatante sur toute latente" H va de cela, Mesdames et Messieurs. 40 ans! Le lendemain 8 mai 1420, les Anglais levaient le siège d' rléans et le Te Dern chanté le soir même sous les voûtes de l'église Sainte-Croix fut le chant d'esperance, le premier eri de la résurrection nationale. Orléans, le coeur de la France <e reprenait à revivre, à battre... Or. tant que le coeur bat, tout n'est point perdu, il reste encore une dernière lueur d'espérance! Il devait battre longtemps encore et au moment où je vous parle, il bat plus fort que jamais. Ses nobles battements ont profondément ému le coeur de Pie NX lui-mème qui, hier, laissait tomber de ses lèvres, en votre présence Monseigneur, cette parok Si consolante : “La plus belle page de histoire de FEglise à l'aurore du NXe siecle a

été écrite par la France

Avec la prise d'Orléans, se réalisait Le premier Signe de la mission surnaturelle de Jeanne D'Are. Et aussitot commence cette célèbre campagne de la Loire où l'oeil ne sait trop ce qu'il doit le plus admirer : la rapidité des mouvements où la justesse foudrovante des coups, où rien n'est laissé au hasard, où les opérations sont dirigées selon les règles les plus part. < de la science militaire. Napoléon 1er S'extasiait devant le tale. … la Pucelle: les tacticiens et les stratégistes se plaisent à vanter son génie supérieur : mais là où il ne veulent voir qu'une science naturelle de Ta guerre, nous proclamons avec force l'intervention de Dieu. D'ailleurs nous avons le témoignage de Jeanne elle-méme: Je ne sais ni A ni B, mon livre c'est le livre de Dieu! — Allez à votre conseil si vous le voulez — dit-elle aux officiers de son état-major — le mien est celui du Seigneur! Dieu, voilà la vraie source de ces intuitions lumineuses, de cette habileté dans la conception des plans qui déconcerte les Anglais. En huit jours Jargeau est

pris, Beaugener capitule et Meung est bombardé. Elle atteint enfin

l'ennemi à Patay et lui livre là la plus belle de ses batailles rangées. “À Roo lieues de France — s'écriait un jour Napoleon sur le champ de bataille de Ta Moskowa — on ne lance pas la Garde! Cette

petite troupe est aussi la dernière réserve de ia France! Xe vaudrait-

d pas mieux éviter un engagement général? Grande est l'anxiété, car les souvenirs encore vivants des sombres journées de Verneuil et de Rouvray se dressent dans tous les esprits comme des fantomes troublants. Mais voici qu'au galop de son cheval Jeanne passe devant le iront des troupes: “En avant! En avant! S'écrie-t-clle, quand les Anglais seraient pendus aux nues, nous les aur ms!" L'armée S'élance ur les bataillons ennemis qui jettent leurs armes et 'enfuient laissant Sur de champ de bataille 3,000 hommes tues ou prisonniers. Telle fut la brillante victoire de Patay remportée par Jeanne D'Are! C'était le 1S juin 14291... À moi, enfant de Ta France, cette belle journee ‘in'en rappelle une autre, triste celle-là: celle du 2 décembre 1870. Toutefois, la France peut promener les regards sans honte sur ce meme champ de bataille de Patay où quatre siècles plus tard devait succomber a fortune car si le succès manqua, l'honneur abonda. Le général de Sonis et Charrette avec leurs Zouaves — dont un grand nombre étaient des Canadiens — furent moins heureux que Jeanne D'Are, mais ils acquirent par leur défaite méme une auréole plus radieuse que celle de la victoire: l'auréole du martyre!

La victoire de Patav fut un combat où Dieu assista visiblement E Jeanne. Celle qui disait à ses troupes hésitantes : “Chevauchez hardiment, vous aurez bon conduit”, eclle-là tenait la victoire avant même d'avoir combattu. Et vous aussi, Mesdames, vous qui sentez courir dans vos veines le vieux sang français, ce sang qui à été celui de Jeanne D'A\re, vous avez reconnu sans peine dans cette le de Dieu” votre virginale aïeule n'est-ce pas? Sovez-en fière et sa ez-la ce soir avec enthousiasme: la Vierge de Lorraine est votre grande soeur...

Oui. mais encore, vous avez vu en elle une splendeur plus rayonnante,

une clarté plus belle et plus lumineuse: dans ce coup-d'ouil prompt,

dans cette audace déconcertante, dans cette rapide intuition qui est le

propre du génie et qui se rencontre chez cette jeune fille de 17 ans, dans

cette souplesse à manoeuvrer les troupes et ce prestige extraordinaire

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qu'elle exerce sur l'armée entière, n'avez-vous pas entrevu le surna-

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turel2 N'avez-vous pas reconnu Dieu? le Dieu dont le nom étincelle en lettres d'or dans les plis de son fanion fleurdelisé? le Dieu qui change l'abattement en enthousiasme et la défaite en victoire? le Dieu qui l'assiste dans les conseils de gnerre et sur le champ de bataille? Oui, Jeanne D'Are est bien “la fille de Dieu” Et quand, au soir de leur vie Latailleuse, tous ses vieux compagnons d'armes: La Hire, Dunois, d'Alençon parleront de ces glorieux faits d'armes où leur épée frappa de si beaux coups à l'ombre de l'étendard de Jeanne, savez-vous ce qu'ils diront? Tous proclameront que “eétait Dieu Lui-sméme qui les avait conduits”.

Jeanne pousse les hostilités avec vigueur et sur son passage les villes de Montargis, Auxerre, Chälons redeviennent françaises. Mais son objectif, c'est Reims... Reims où elle se dirige accompagnée du Dauphin et d'une armée de 12,000 hommes. Les Rémois se portent en foule à sa rencontre et dans cette jeune Libératrice de la Patrie, ils saluent “la fille de Dieu!” Le dimanche 17 juillet 1429, Charles VII recoit le sacre des mains de F'Archevéque et jure de porter fièrement et de défendre la couronne qu'il vient de recevoir. Mors, Jeanne se prosterne toute ravonnante devant lui et fondant en larmes: “Gentil roi, dit-elle, maintenant est exécuté le bon plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez à Reims recevoir votre digne sacre 7 "On eut dit — raconte je crois Michelet — l'Ange de la France présidant à la resurrection de la Patrie!" Oui, en vérité, c'était bien un Ange, mais un Ange de Dieu! C'est bien ainsi qu'on la considère. Quel religieux respect! Quelle tendre vénération pour elle! "Le peuple — nous disent les chrenicneurs—ne pouvaient se saouier de la voir”, les femmes et les enfants 'agenouillent sur son passage, les chevaliers portent des étendards semblables au sien, Charles VIT lui confère un titre de noblesse, par-delà les frontières élargies de Ta Patrie ressuscitee sa gloire ravonne d'un éclat sans pareil et la France elle-méme secouant le noir linceul dans lequel Bedford avait révé de l'ensevelir, apparut de nouveau, vivante, forte, pleine de majesté, de jeunesse et de beauté! Jeanne avait réalisé à Reims le second signe de sa mission. I ny

avait plus à en douter. Cet Ange de la victoire était vraiment “la fille

de Dieu”!

La France avait conquis son existence nationale sur le champ de bataille de Tolbiac, elle venait de recouvrer son titre de nation à Orléans et à Reims. Reims!... n'était-ce point le triomphe suprème, le dernier signe de la mission de Jeanne? Toutes ses prophéties n'étaientelles point réalisées à la lettre? Que fallait-il donc de plus?... Pour elle, sa mission était achevée, pour Dieu elle ne l'était qu'à moitié. I n'en est pas des opérations divines comme des oeuvres humaines: cellesci s'achèvent souvent par une idylle, celles-là presque toujours dans un sillon rouge, sur un bûcher ou entre les bras d'une Croix. Depuis le jour où Dieu nous a donné son sang, I demande aussi le nôtre UIT nous aime, mais d'un amour sanglant et quand il nous honore au point de nous associer à ses desseins, c'est à la condition que nous serons des 1mmolés et des sacrifiés. C'est là le couronnement le plus glorieux, le couronnement supréme de toute mission divine! C'est dans les äfres de la souffrance que la vraie gloire trouve son plus beau scintillement, les héros divins la seule grandeur qui soit digne d'eux! Pour glorifier la Libératrice de la France, et faire jaillir de sa vie un dernier étincellement de divin, il fallait la lumineuse flambée du brasier de Rouen! Nous conçcevons parfaitement le Christ mourant d'une façon sanglante, sa Croix nous arrache des cris d'admiration et d'amour, c'est là où sa divinité éclate avec des fulgurances qui nous étlouissent et qui arrachaient au lancier du Golgotha ce eri de foi: “Cet homme était vraiment le Fils de Dieu!” Me deinandez-vous aussi un dernier signe de la mission divine de Jeanne? Le voilà: dans son martyre! Elle en connaissait clairement deux: la délivrance d'Orléans et le sacre de Reims! Dieu s'était réservé pour Lui seul la partie sanglante de cette surnaturelle épopée qui allait s'achever sur la place du Vieux- Marché de Rouen. Toutefois, elle a comme un mystérieux pressentiment de sa fin prochaine. Son front si resplendissant s'est subitement assombri, son regard est devenu mélancolique. Il ui semble passer par les transes d'agonie de Gethsémani! A certaines heures, elle éprouve des agitations mystérieuses et ses voix semblent lui dire: “Va, fille de Dieu, va au-devant du sacrifice! Ne repousse point * calice de douleurs, c'est Dieu qui a soif de ton sang, c'est le salut :e la France qui exige ton immolation!”" Elle sent autour d'elle la trahison! Son épée s'est subitement brisée, il ne lui reste plus que la poignée: l'épée s'est transformée en croix! Après Gethsémani, serait-ce donc le Golgotha ?

Paris est toujours aux mains des Anglais. Jeanne vole au secours de la ville et subit là son premier revers. Je l'appelerais volontiers sa première chute sur la voie du Calvaire. À la Charité-sur-Loire, nouvel échec. Il n'y a plus à en douter. C'est bien vers le Golgotha qu'elle s'achemine. Et pour l'y préparer, voici que ses voix lui disent le 15

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