C O IJ
JEANNE
JEANNF. D'ARC.
de Giresme, s'aventura le premier tout armé. Les Anglais étaient donc assaillis des deux côtés à la fois-, mais ce, qui les terrifiait, c'était de voir, présidant à l'assaut sur la rive gauche, cette femme qu'ils se flattaient d'avoir tuée. L'étonnement paralysa leurs forces : comme Jeanne l'avait an-
i2SitV^.'î^t.«^.fc!lJhiijaj£jâ-it.J.» j..i'.g...B-<<->R'Ui..iJi.aaja jjjÇ^^
y»inijjidiiiiiiiii
\ers iD(.o appartcnanta M Bouniol^, au clntcui d I spinci (1 arn et Gironnc
nonce, ils ne firent presque plus de résistance. Ils cherchaient à fuir du boulevard dans les Tourelles , par le pont jeté entre les deux places; mais, là aussi , ils se trouvaient prévenus par l'intrépide activité de ceux d'Orléans. Pendant que l'attaque se poussait sur les deux côtés, contre la bastille et contre le boulevard, un bateau chargé de matières combustibles fut amarré
ORLEANS
SOUS le pont qui joignait l'un à l'autre; et, quand les Anglais, torcés dans le boulevard , voulurent se retrancher dans les Tourelles , le pont , attaqué par les flammes, céda, et presque tous furent précipités dans les flots. La Pucelle eût voulu les sauver : « Glacidas! Glacidas! criait-elle à leur chef,
rends-ti, rends-ti (rends-toi) au Roi du ciel. Tu m'as appelée -, j'ai
grand'pitié de vos âmes ! » Mais Glasdalefut entraîné avec les autres, et la Pucelleneput voir sans verser des larmes cette fin misérable de tant de braves
Fig. 38. — « Comment les François levèrent le siénc vaillamment et entrèrentdans Orléans, u — Ce grand siège durait depuis sept mois : Jeanne y met fin en une semaine. Ms. fr., n" 5o54, daté de 1484. à la bibliotli. nat.
gens. Il ne resta sur la rive gauche aucun Anglais qui ne fût tué ou pris. Il était soir quand les Tourelles furent occupées. La Pucelle y demeura une partie de la nuit, afin de voir si les Anglais de Saint-Laurent ne tenteraient rien pour venger leurs compagnons et regagner la position perdue-, « mais ils n'en avoient nul vouloir. » La Pucelle rentra donc dans Orléans. En moins de trois heures , les Orléanais avaient su rendre le pont praticable , si bien que Jeanne put, comme elle l'avait dit, le repasser pour entrer dans la ville. « Et Dieu sait, dit Perceval de Cagny,à quelle joie elle et ses gens y furent reçus. » On la débarrassa de ses armes, on mit un nouvel appareil sur sa blessure. Elle prit un peu de pain trempé dans du vin mélangé d'eau , et alla se reposer.
Tandis que les cloches d'Orléans saluaient cette nouvelle victoire , les Anglais , qui , pendant ces deux jours, n'avaient rien fait pour la prévenir, ne songeaient plus qu'à la rendre définitive en se retirant. C'était bien se déclarer vaincus par celle qu'ils avaient accueillie de tant d'outrages. La terreur seule qu'elle avait inspirée peut expliquer cette impuissance et cette résolution parmi des hommes qui, depuis si longtemps, avaient pris l'habitude de vaincre les Français. Le dimanche donc, de grand matin, ils sortirent de leurs bastilles -, mais , en capitaine consommé , Talbot comprit que , s'il laissait voir de la peur, sa retraite deviendrait une déroute. Bien loin de fuir, il rangea son armée devant la ville, comme pour offrir la bataille aux Français. Les Français sortirent aussitôt et se disposèrent en ordonnance de combat, sous les bannières de leurs capitaines. La Pucelle était sortie avec les autres, revêtue d'une simple cotte de mailles. Mais cette fois les Français, impatients de combattre, attendirent vainement qu'elle leur en donnât le signal. C'était dimanche. Elle défendit de commencer la bataille, disant que c'était la volonté de Dieu qu'on les laissât s'ils s'en voulaient aller; mais que, s'ils attaquaient, on aurait la victoire. En attendant, elle voulut d'abord qu'on dît la messe; elle fît dresser un autel, et deux messes furent célébrées en présence de l'armée. La cérémonie achevée : « Or, regardez, dit-elle, si les Anglois ont le visage tourné devers vous ou le dos. » On lui répondit qu'ils se tournaient vers Meun : « En nom Dieu, reprit-elle, ils s'en vont, laissez-les aller; il ne plaît pas à Messire qu'on les combatte aujourd'hui : vous les aurez une autre fois. »
Les Anglais , après être restés en ligne une heure entière, s'étaient retirés en bon ordre, brûlant leurs bastilles et emmenant leurs prisonniers : mais ils ne se retiraient point si librement qu'ils ne dussent laisser derrière eux une partie de leur artillerie et de leurs approvisionnements, et même, selon la Chronique , leurs malades ; et les hommes d'armes n'obéirent point si complètement à la Pucelle, qu'ils ne s'en allassent avec la Hire faire quelques escarmouches et gagner du butin sur les derrières de l'ennemi.
Pendant que les Anglais se retiraient vers Meun et Baugency, les habitants d'Orléans couraient aux bastilles qui depuis si longtemps les tenaient emprisonnés : ils les démolirent et en rapportèrent en triomphe les canons , bombardes et approvisionnements de toute sorte que l'assiégeant y avait dû
ORLEANS
Fig. 3g.— La Pucclle, à cheval, abaisse son épée en signe d'action de grâces. Menant le peuple à la victoire, elle lui rappelle aussi qui en est l'auteur. Travail en bronze de M. Foyatier, à Orléans, xi.t" siècle.
laisser. Puis, guides encore par Jeanne d'Arc, ils allèrent d'église en église rendre grâces à Celui qui leur avait donné la victoire , improvisant dans la joie du triomphe cette procession dont Tévèque d'Orléans institua peu après la solennité , et qui s'est perpétuée d'ùge en âge sous l'invocation de la Pucelle : témoignage durable de la vénération de la France pour la sainte fille qui, en un jour de péril, sauva la patrie.
Mais la Pucelle n'était encore qu'aux débuts de sa mission. Elle avait hâte de la mener à son terme. Le lendemain donc elle se déroba à l'enthousiasme des Orléanais et aux fêtes de la victoire pour se rendre à la cour de Charles MI, où elle allait avoir d'autres ennemis à vaincre, d'autres obstacles à surmonter.
Fig. 40.
Borne qui servit à Jeanne pour monter à cheval lorsqu'elle partit de Poitiers, en 1429, afin d'aller délivrer Orléans. Conservée au musée de Poitiers.
On lit dans les AnnaJf.i (fAquitnine, de Jean Bonchet: « J'ai oui dire en ma jcnncsse, en l'an mil quatre cent quatre v qutnEe, à feu Christofle du Peirat, lors demeurant À Poitiers et près ma maison, et qui était &gè de près de cent ans, q maditc mai»)n y avait en hôtellerie où pendait l'enseigne de la Rose, où ladite Jeanne était logée; et qu'il la TÎt mont cheval toute annùc à blanc, pour aller au lieu d'Orléans. Et me montra une petite pierre qui est au coin de la rue Saint-Étic où elle prit avantage pour monter sur son chevaL d