‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 22 sur 110 · LA CAMPAGNE DE PARIS · texte numérisé non relu

LA CAMPAGNE DE PARIS

uN'ois raconte qu'après le sacre, quand Charles VII traversa la Fierté et Crespy en Valois, comme le peuple accourait criant Noël, Jeanne, qui était à cheval entre Tarchevêque de Reims et lui-même, dit : « Voilà un bon peuple, et je n'ai jamais vu peuple qui se réjouît tant de l'arrivée d'un si noble prince. Et puissé-je être assez heureuse pour finir mes jours et être inhumée en cette terre ! — O •"•" '' ' '' Jeanne, lui dit l'archevêque, en quellieu

croyez-vous mourir? » Elle répondit : « Où il plaira à Dieu, car je ne suis assurée ni du temps ni du lieu plus que vous-même. Et que je voudrois qu'il plût à Dieu, mon créateur, que je m'en retournasse maintenant, quittant les armes, et que je revinsse servir mon père et ma mère à garder leurs troupeaux avec ma sœur et mes frères, qui seroient bien aises de me

Cette anecdote, racontée par Dunois lui-même, et reproduite non sans

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altération dans la Chronique de la Pucelle et dans le Journal du siège d'Orléans, est devenue le fondement principal de Topinion qui marque au sacrç de Reims le terme de la mission de Jeanne d'Arc. On lésa rapprochées de celles qu'elle dit à Charles VII après la cérémonie : « Ores est exécuté le plaisir de Dieu, qui vouloit que vinssiez à Reims recevoir votre digne sacre en montrant que vous êtes vrai roi. » On a même fait du tout une scène oij Jeanne, qui veut s'en aller, cède aux instances qui la veulent retenir; et les larmes qu'elle répand dans la joie du triomphe sont rapportées au pressentiment de sa fin prochaine, ou pour le moins à la peine qu'elle éprouve quand cessant d'être l'envoyée de Dieu, elle se résigne à devenir l'instrument de la politique des hommes.

Laissons là les fictions et revenons au fait. Suivons Jeanne dans la carrière où elle continue de marcher; et si l'on veut savoir à quel titre elle y marche, c'est elle seule qui le peut dire, c'est à ses déclarations les plus authentiques que l'on doit le demander! Or il y en a une qui remonte au commencement de sa mission, et qui est contenue dans un document signé d'elle : je veux parler de la lettre qu'elle adressa aux Anglais avant de les attaquer. Dans cette lettre, datée du 22 mars 1429, elle leur dit expressément : « Je suis cy venue de par Dieu le Roi du ciel, corps pour corps, pour vous bouter hors de toute F'rance. » C'est ce qu'elle avait dit à Vaucouleurs, à Chinon, à Poitiers; c'est ce qu'elle répéta aux diverses époques de sa courte carrière, si l'on s'en réfère aux témoignages les plus autorisés. C'est ce qu'elle déclare encore dans son procès. Dans le dixième des 70 articles proposés contre elle, on lit qu'elle prétend « avoir eu par saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, cette révélation de Dieu, qu'elle ferait lever le siège d'Orléans, couronner Charles, qu'elle dit son roi, et chasserait tous ses adversaires du royaume de France. » Et l'on ne peut pas dire que ce soit une allégation mensongère de ses juges, invention dont on les pourrait bien croire capables, à voir toute les faussetés que l'accusation y ajoute pour entacher sa prédiction de sortilège quand l'événement la vérifiait ! Jeanne en convient : <f elle confesse qu'elle porta les nouvelles de par Dieu à son roi, que notre Sire lui rendroit son royaume, le feroit couronner à Reims et mettre hors ses adversaires; » et elle ajoute, « qu'elle disoit tout le royaume, et que si monseigneur le duc de Bourgogne et les autres sujets

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du royaume ne venoient en obéissance, le roi les y feroit venir par force. » Elle confirme enfin ses précédentes déclarations sur ce sujet, lorsque le 2 mai, dans la séance dé Tadmonition publique, interrogée sur Thabit d'homme qu'elle portait toujours, et pourquoi elle le portait sans nécessité, par exemple dans la prison (on verra si dans la prison il lui fut inutile), elle répondait : « Quand j'aurai fait ce pour quoi je suis envoyée de par Dieu, je prendrai habit de femme. » Même dans sa prison de Rouen, et à la veille de monter au bûcher, elle ne croyait donc pas sa mission terminée; elle ne le pouvait pas croire tant qu'elle vivait, et qu'il y avait un Anglais en France.

Est-ce à dire que Jeanne dut faire tout cela par elle-même sous peine de voir ses révélations démenties et sa mission reniée? Non assurément. Elle disait qu'elle était envo3'ée pour le faire, mais non qu'elle le ferait en tout état de cause. Et Gerson, le lendemain de la délivrance d'Orléans, tout en proclamant le caractère divin de sa mission , en avait averti : « Que le parti qui a juste cause prenne garde de rendre inutile par incrédulité, ingratitude ou autres injustices, le secours divin qui s'est manifesté si miraculeusement, comme nous lisons qu'il arriva à Moïse et aux enfants d'Israël: car Dieu, sans changer de conseil, change l'arrêt selon les mérites. » Pour atteindre avec elle au but qu'elle proposait, il fallait qu'on récoutàt. Et les choses qu'elle avait annoncées au roi finirent après tout par s'accomplir. Seguin, un de ceux qui l'entendirent à Poitiers, constate, à l'honneur de Jeanne, qu'on les a vues réalisées.

Le rôle de Jeanne n'était donc point terminé à Reims, et si le succès ne répond plus à ses efforts, ce n'est point que la grâce de sa mission lui fasse défaut. Serait-ce qu'elle-même a manqué à sa mission? C'est ce que l'histoire va nous montrer.

Quand on reprend la série des faits, une réflexion vient ajouter une nouvelle force aux conclusions que nous avons tirées des témoignages : c'est que si Jeanne, après le sacre, avait songé à retourner dans sa famille, ce n'est pas la politique de Charles VII qui l'en eût empêchée : car cette politique était toujours celle de Regnault de Chartres et delà Trémouille. C'était pour eux un grand effort que d'avoir achevé le voyage de Reims. La chose faite, ils n'avaient pas lieu de regretter d'être venus jusque-là sans doute ; mais la suite permet de croire qu'ils n'étaient pas tentés d'aller plus loin.

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Le roi sacré à Reims , la Pucelle voulait qu'il entrât dans Paris. Tout le

Fig.72. — Gcrson, chancelier de runiversilc de Paris. D'après une gravure attribuée à Léonard Gaultier. ÏVII' siècle. Bibliotli. nat. — Gerson, proclamant le caractère divin de la mission de Jeanne, avait donne cet avertissement : « Que le parti qui a juste cause prenne gardede rendre inutile, par incrédulité ou in gratitude, le secours divin qui s'est manifesté si miraculeusement. «

monde s'y attendait, et Bedford le premier. Dans une lettre datée du K) juillet, la veille du sacre, le régent, annonçant au conseil d'Angleterre

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que Reims, après Troyes et Chàlons, devait le lendemain ouvrir ses portes au dauphin (le dauphin y entra ce jour même), ajoutait : « On dit qu'incontinent après son sacre il a l'intention de venir devant Paris et a espérance d"v avoir entrée, mais, à la grâce de N.-S. , aura résistance. » Mais si les villes, de Gien à Reims, avaient montré si peu d'ardeur à le combattre, devaient-elles, après le sacre, résister mieux, de Reims à Paris? Le ton même du message de Bedford prouve qu'il n'en était pas si assuré. Le sacre, il le sentait bien, devait produire partout une impression considérable en France. C'est pour cela que dans cette lettre il manifeste tant de regrets que le jeune Henri Yl n'ait pas prévenu son rival, tant d'impatience qu'il vienne en France se faire sacrer à son tour « en toute possible célérité : >< car, ajoute-t-il, « s'il eut plu à Dieu que plus tôt y fût venu, ainsi que déjcà par deux fois lui avoit été supplié par ambassadeurs et messagers, les inconvénients ne fussent pas tels qu'ils sont. » A défaut de Notre-Dame de Reims, il fallait donc lui garder au moins Notre-Dame de Paris. Or, dans cet ébranlement général, Paris nième n'était pas sûr-, et, pour le garder, le régent en était réduit à compter sur deux hommes qui n'étaient là ni l'un ni l'autre : le duc de Bourgogne, qui venait de partir, et le cardinal de 'Winchester, qui n'arrivait pas.

^^^inchester n'arrivait pas, et il n'y avait guère lieu de s'en alarmer encore. Le traité par lequel il s'engageait à mettre sa troupe au service du roi était du !'■'■ juillet:, l'ordre de lui rembourser ce qu'il avait dépensé, du 5 : mais Bedford ne peut contenir son impatience. Il annonce qu'il se rend le surlendemain en Normandie, puis en Picardie, pour aller à sa rencontre : il semble qu'il veuille le prendre au débarquement, de peur qu'il ne lui échappe.

Leduc de Bourgogne était parti ce jour même (le i()), promettant d'amener des renforts ; et Bedford se loue extrêmement des services qu'il a rendus et de ceux qu'il va rendre; il va jusqu'à dire que, sans lui, « Paris et tout le ramenant (le restant) s'en alloit à cop (sur le coup) ! » Et cela n'est pas exagéré. Il importait donc qu'il revînt au plus vite. Aussi la duchesse de Bedford, sa sœur, comme pour mieux y veiller, partait-elle avec lui. Mais le duc avait-il bien sincèrement oublié tant de griefs personnels, si capables de contre-balanccr en lui les raisons qui l'avaient entraîné vers les ennemis

~ig. 73. — Philippe le Bon, duc de Bourgogne, allié aux Anglais contre Charles VU, et le plus puissant prince de son temps. Tiré du Champion des dames, œuvre de Martin le Franc, ms. exécuté à Arras en 1440 et conservé à la biblioth. nat. sous le n° 12476 fr. L'auteur de cet ouvrage en fait hommage au prince. On voit en bordure les blasons des divers pays qui composaient ses États : Bourgogne, Brabant, Flandre, Franche-Comté, Hollande, Namur, Basse-Lorraine, Luxembourg, Artois, Haihaut, Zélande, Frise, Malines et Salins. En tête figurent les armes du prince, accostées de l"écu de France , avec le cri de guerre : Montjoie. A droite et à gauche sont reproduites des scènes relatives aux histoiies de ce livre. Dans le bas, on remarque l'emblème personnel du duc et la devise qu'il prit à son troisième mariage : Autre n'aitray.

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de sa race: les prétentions de Glocester sur le Hainaut, les refus de Bedford touchant Orléans? et ne savait-il pas, n'avait-on pas du moins cherché et réussi peut-être à lui faire croire que ceux-là mêmes qui venaient de lui rappeler avec tant d'éclat le meurtre de son père, avaient naguère eu la pensée de se débarrasser de lui de la même sorte? Invité par la Pucelle à se rendre à Reims, il était venu à Paris. Mais la campagne qui avait si rapidement conduit au sacre pouvait bien Tébranler comme les autres. Le 16, après les cérémonies qui avaient eu lieu à Paris par les soins de Bedford , on avait . pu le voir partir avec quelque espérance. Le 17, après les cérémonies de Reims, on ne pouvait plus être assuré de le voir revenir.

Telle était la situation de Bedford : tout semblait se dérober à lui, et Paris même était au roi , si le roi suivait ce mouvement qui devait s'accroître à chaque pas et devenir, par son progrès, irrésistible. C'était ù quoi poussait Jeanne d'Arc ; et d'abord elle parut y avoir réussi. Le roi consentait à marcher sur Paris, où la Pucelle promettait de le conduire : c'est ce qu'annoncent les trois gentilshommes angevins qui , le jour même du sacre, écrivent de Reims pour en faire le récit à la reine et à sa mère. « Demain, disent-ils, s'en doit partir le roi tenant son chemin vers Paris... La Pucelle ne fait doute qu'elle ne mette Paris en l'obéissance. » Et le duc de Bourgogne, sur qui comptait Bedford, semblait bien près de lui faire défaut. Parti de Paris le 16, il s'était arrêté à Laon pour députer immédiatement vers le roi , dont il apprenait l'arrivée à Reims (les gentilshommes angevins en parlent le i 7 dans leur lettre'; et Ton comprend avec quelle joie ses envo3'és durent être accueillis du roi : on croyait déjà la paix faite. « A cette heure, disent nos gentilshommes , nous espérons que bon traité se trouvera avant qu'ils partent. » Mais cette démarche , en ouvrant tout à coup à la cour la voie des négociations, servit peut-être plus que toute autre chose à faire manquer le but marqué par la Pucelle.

Ce n'est pas que Jeanne répugnât aux voies pacifiques. C'est par là qu'elle avait procédé tout d'abord à l'égard des Anglais eux-mêmes ; et si elle souhaitait moins de vaincre l'ennemi que de faire qu'il se retirât volontairement, à plus forte raison désirait-elle user de persuasion envers des Français.

Elle avait déjà écrit à Philippe le Bon avant le sacre. Elle lui écrivit le jour même de la cérémonie, à l'arrivée de ses messagers; et la lettre lui fut

PARIS

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portée sans doute par la députation que le roi lui envoyait pour répondre à ses ouvertures. Jeanne aussi veut triompher de sa résistance; mais comme

Fig. 74. — Le roi de Fiance, ayant été sacrc.sc rend à rahbaye de Saint-Marcoul, où il guérit les écrouelles. Miniature du xvi" s. D'après les Peiiilur<;s cl onienwnls Jcs mLiiiuicrits /'iwiçais, de M. de Bastard.

la lettre qu'elle lui adresse dilïèrc par le ton et l'accent des lettres qu'elle avait écrites au.\ Anglais avant de les combattre! Les Anglais sont des ennemis : elle les somme de partir, sans autre alternative que d'être mis

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dehors : car c'est pour cela qu"'elle est envoyée. Le duc de Bourgogne est du sang royal , c'est un fils égaré de la France : elle le supplie, elle le conjure à jjhiins Jointes de faire la paix, ne craignant pas de se faire trop humble; car une chose la relève dans cet abaissement , et donne une singulière autorité à ses prières : c'est qu'elle sait , c'est qu'elle affirme que s'il refuse il ne peut être que vaincu. Elle prie donc, non par aucun intérêt de parti, mais parce que « sera grant pitié de la grant bataille et du sang qui y sera respandii ; » car c'est le sang de France.

Jeanne s'accordait donc avec la cour pour négocier; mais tout en négociant elle voulait agir aussi : elle croyait que l'action était tout à la fois un moyen de soutenir les négociations ou d'y suppléer au besoin. D'ailleurs, si peu disposé que l'on fut à courir de nouveaux hasards, il y avait à faire , aux alentours, plusieurs conquêtes qui promettaient d'ajouter sans péril au prestige du voyage. En attendant que le duc de Bourgogne eut donné suite à la réconciliation projetée, le roi s'occupa de rallier les villes disposées à se soumettre. Après quatre jours passés à Reims, ayant accompli dans l'abbaye de Saint-Marcoul les pratiques de tout roi nouvellement sacré , il vint à Vailly-sur-Aisne , où les bourgeois de Soissons et de Laon lui apportèrent les clefs de leur ville. Le 23, il se rendit à Soissons, et de là de nouvelles députations vinrent mettre en obéissance Château-Thierry, Provins, Coulommiers , Crécv en Brie.

Il y avait pourtant un ordre à suivre dans cette marche victorieuse, pour la faire aboutir à la délivrance du royaume. Le roi avait reçu sa couronne : Jeanne voulait qu'il reprît sa capitale; et cette suite de soumissions, obtenues à si peu de frais lorsqu'elles n'étaient pas entièrement spontanées, devait, selon son plan, mener droit à Paris. Mais les courtisans trouvaient maintenant plus sûr et plus commode de prendre Paris par le duc de Bourgogne. Philippe le Bon, moins touché des raisons de Jeanne qu'effrayé de son approche, affectait de plus en plus de répondre aux intentions du roi; et les conseillers intimes de Charles MI, ne demandant pas mieux que de se croire à la veille de la paix, prenaient occasion des otTres de soumission qui leur venaient des villes d'alentour pour modifier, selon leurs vues, l'itinéraire de la Pucelle. Le 2Q juillet, on vint à Château-Thierry , où le sire de Chàtillon, connaissant les dispositions du paupi?, n'essaya pas de tenir plus

Lettre de Jeanne au duc de Bourgogne, écrite à Reini; — • Jeanne presse le

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-]- Jlu'sus Maria.

Lecture. — Haiilt et redoublé prince, duc de Bourgoitigne, Jehanne la Piicelle vous re, facicj bonne pai.v ferme, qui dure longuement. Pardonne^ l'un à l'autre de bon cuer, entier Sarapns. Prince de Bourgoigne, je vous prie, supplie et requiers, tant humblement que req et briefment vo^ gens qui sont en aucunes places et forteresses dudit saint royaume; et de en vous. Et vous f ai':; à savoir de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain seigneur, rencontre des loyaul.v François, et que tous ccul.v qui guerroient oudit saint royaume a souverain seigneur. Et vous prie et requiers à Jointes mains, que ne faictes nulle bataille ne gens que vous amener; contre nous, qu'ils; n'y gaigneront mie, et sera grant pitié de la grant que je vous avoye escript et envoie bonnes lettres par ung liérault. que f eussiez au sacre du ri dont je n'ay eu point de response, ne n'ouy oncqucs puis nouvelles dudit hérault. A Dieu audit lieu de Reims, ledit xvu" jour de juillet.

f Jcsus Maria.

Traduction. — Haut et redouté prince, duc de Bourgogne, .Jeanne la Pucelle vous rcc une bonne paix, ferme et qui dure longtemps. Pardonnez-vous l'un à l'autre de bon co allez la faire aux Sarrasins. Prince de Bourgogne, je vous prie, supplie et requiers, auss retirer incontinent et sans retard vos gens qui sont en les places et forteresses de ce saint n si vous ne vous y refusez. Et je vous fais savoir de par le roi du ciel, de droit mon souvei bataille h l'encontre des loyaux Français, et que tous ceux qui guerroient contre le saint rc mon souverain seigneur. Et je vous prie et vous requiers, à mains jointes, de ne plus faire nombre de gens que vous ameniez contre nous, ils n'y gagneront rien et ce sera grande pit trois semaines que je vous avais écrit et envoyé de bonnes lettres par un héraut, pour qu en la cité de Reims. Mais je n'en ai pas eu de réponse, ni reçu depuis lors nouvelles dudit mette bonne paix. Ecrit audit lieu de Reims, le i/' jour de juillet.

: jour du sacre du roi, 17 juillet 1429. Archives du Nord, à Lille. : de faire la paix avec le roi.

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•/ de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain seif;nctir. que le roy de France et vous, II, ainsi que doivent faire loyaulx christians ; et s'il vous plaist à gucrroicr, si ale-^ sur] les

vous puis, que ne guerroie^ plus en saint royaume de France, et faictes retra're incontinent ■ri du gentil roy de France, il est prest de faire paix à vous, sauve son honnei.r, s'il ne tient - rostre bien et pour vostre honneur et sur »of vie, que vous n'y gaignere^ point bataille à -ance. guerroient contre le roy Jhesus, roy du ciel et de tout le monde, mon droicturier et uerroiej contre nous, vous, vof gens ou subgie^ ; et croie^ seurement que, quelque nombre de ille et du sang qui y sera respendu de ceux qui y vendront contre nous. Et a trois sepmaines li, aujourd'hui dimanche wu" jour de ce présent mois de juillet, ce fait en la cite' de Reims :

commens et soit garde de vous, s'il lui plaist; et prie Dieu qu'il y mecte bonne pacs. Escript

:, de par le roi du ciel, de droit mon souverain seigneur, que le roi de France et vous fassiez entièrement, comme doivent faire de loyaux chrétiens. Et s'il vous plaît de faire la guerre, iblement que je le puis, de ne plus guerroyer dans le saint royaume de France, et de faire ne. Et quant au noble roi de France, il est prêt à faire la paix avec vous, sauf son honneur, ieigneur, pour votre bien et votre honneur, et sur votre vie, que vous n'y gagnerez pas de ne de France, guerroient contre le roi Jésus, roi du ciel et de tout le monde, de droit ataille ni de guerre contre nous, vous, vos gens et sujets, et cro\ez sûrement que, quelque la grande bataille et du sang qui y sera répandu par ceux qui viendront contre nous. Il y a is veniez au sacre du roi qui, aujourd'hui dimanche 17" jour de ce mois de juillet, se fait ut. Je vous recommande à Dieu pour qu'il vous garde , s'il lui plaît, et je prie Dieu qu'il y

PARIS. i63

d'un jour. Le i'-''"aoQt, on était à .Montmirail; le 2, à Provins. On retournait vers la Loire.

Les retards du roi avaient donné à Bedford le temps de se reconnaître; sa marche en arrière lui offrait l'occasion de reprendre Toffensivc. Il nV manqua point. Le 2 5 juillet il avait amené dans Paris les cinq mille hommes de Winchester : cinq mille hommes bien résolus, ce semble. Ils venaient gagner les indulgences de la croisade, et l'un des capitaines portait « un étendard tout blanc, dedans lequel avoit une quenouille avec cette devise : Or vienne la belle ! en signifiant qu'il lui donneroit à filer. » Le 3 aoiùt, le régent signait une proclamation qui appelait tous ses feudataires de France et de Normandie à venir dans le mois accomplir leur service; et, sans les attendre, il quittait Paris avec la troupe de ^\'inchester et un nombre égal d'autres soldats recrutés par lui-même; il arrivait par Corbeil à Melun (4 août). Sur le bruit que les Anglais venaient, l'armée royale sortit de Provins et alla jusqu'à la Motte-de-Nangis. Mais on ne vit rien; et, le bruit courant que Bedford regagnait Paris, le roi reprit le chemin de la Loire. C'est derrière ce fleuve que les courtisans voulaient aller se reposer d'une campagne qu'ils trouvaient assez longue.

Leurs intentions furent pourtant déconcertées.

En quittant la Motte-de-Nangis, le roi était venu à Bray, où il comptait passer la Seine. Les habitants avaient promis obéissance, et l'on avait remis le passage au lendemain. Mais pendant la nuit, une troupe d'Anglais, détachée sans doute par Bedford, s'établit dans la ville, et les premiers qui s'approchèrent furent tués ou détroussés. Le passage ne fut pas forcé; car il n'y aurait eu que les courtisans pour l'entreprendre : toute l'armée avait vu avec indignation qu'on s'en allât quand tout invitait à marcher en avant. Aussi cette déconvenue était-elle une bonne fortune; le duc de Bar (René d'Anjou) et le duc d'Alençon, les comtes de Clermont, de Vendôme et de Laval, comme Jeanne et tous les autres capitaines, laissèrent voir la joie qu'ils en avaient.

On revint donc au plan de la Pucelle : et cela se voit par une lettre qu'elle écrit ce jour même, SaoïJt, aux habitants de Reims. Elle les rassure contre les craintes que leur devait inspirer la retraite du roi vers la Loire. Elle leur apprend le fait qui a suspendu ses progrès et trompé l'impatience de leur

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attente : le roi a conclu avec le duc de Bourgogne une trêve de quinze jours, à l'expiration de laquelle le duc lui doit rendre Paris. Elle convient que, malgré cette promesse, elle n'est point contente de trêves ainsi faites; « et ne sais, dit-elle, si je les tiendrai, mais si je les tiens, ce sera seulement pour garder Thonneur du roi. » Du reste, elle affirme qu'on n'abusera pas le sang royal, et qu'au terme de quinze jours l'armée sera prête à agir s'ils ne font la paix. Et pour ne laisser aucun doute sur le but vers lequel on marche , elle date sa letttc « cmprès un logis sur champ au chemin de Paris. » Si le duc de Bourgogne devait, au terme de quinze jours, rendre Paris, il convenait sans doute d'être à portée de le recevoir : la trêve même que l'on disait conclue faisait un devoir à la cour de se rapprocher de la capitale. Le roi reprit le chemin de Provins : le 7 il était à Coulommiers; le 10, à la F'erté-Milon; le 11, à Crespy en 'V^alois. Ce brusque changement dans la marche de l'armée française alarma justement Bedford. Le régent }' avait été pour quelque chose, si, comme on le peut croire, c'est lui qui avait envoyé les troupes que l'on a vues à Bray; et lui-même s'était porté à Montereau-faut-Yonne, pour appu\er ce mouvement. Mais apprenant que le roi, loin de chercher à forcer le passage, regagnait le Nord, il lui écrivit une lettre où ses appréhensions se cachent sous les termes du mépris et de l'insulte. Il écrit à « Charles, qui se disait dauphin et ose maintenant se dire roi; » il lui reproche ce qu'il entreprend tortioiinaircnieiii sur la couronne du roi Henri, naturel et droiturier roi de France et d'Angleterre, et les moyens qu'il emploie pour abuser le simple peuple, comme de s'aider « d'une femme désordonnée et difl'amée, étant en habit d'homme et de gouvernement dissolu, et aussi d'un frère mendiant (frère Richard), apostat et séditieux, tous deux, selon la sainte Ecriture, abominables à Dieu; >■ il ajoute qu'il le poursuit de lieu en lieu sans pouvoir le rencontrer, et lui offre cette alternative : ou de fixer un jour et un endroit pour une conférence à laquelle il pourra venir avec l'escorte de « la difl'amée femme et apostat dessusdits et tous les parjures, et autre puissance >> qu'il voudra ou pourra avoir, mais à la condition qu'il s'agisse d'une paix « non feinte, corrompue, dissimulée, violée ni parjurée, ■>' comme celle de Montereau , où le dauphin a fait assassiner Jean sans Peur; ou bien de terminer promptement la querelle par les armes, afin d'épargner au pauvre peuple les malheurs de

Lettre de Jeanne aux habitants de Reims, 5 août i.pç). — D'après l'orii

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Lecture. — Mes Mers et bons amis, les bons et loyaux François de la cite vous requiert que vous ne faictes nul doubte en bonne querelle que elle mqyne pour que je vivray. Et est vrai que le roy a faict trêves au duc de Boiirgoigne quinze quinze jours. Pourtant ne vous donnés nulle merveille se je ne y entre si brieffv sçay si je les tiendray ; mais si je les tiens, ce sera seulement pour garder Z'o»;; et maintendray ensemble l'armée du roy pour estre toute preste au chieff desdict^ vous, prie que vous ne vous en donnés malaise tant comme je vivray, me:; vous req se il y a nuls triteurs qui vous vcullent grever, et au plus brie/ que je pourray, soit garde de vous.

Escript ce vendredy. cinquiesmc jour d'auust, empr'es un logcis sur champs o,

Traduction. — Mes chcrs et bons amis , les bons et loyaux Français de la vous requiert que vous n'ayez nulle inquiétude sur la bonne querelle qu'elle souti pas tant que je vivrai. Il est vrai que le roi a fait trêve avec le duc de Bourgogne au bout de quinze jours. Pourtant ne soyez pas surpris si je n'y entre aussi vitt les tiendrai. Mais si je les observe, ce sera seulement pour garder l'honneur du maintiendrai réunie l'armée du roi pour être toute prête au bout de ces quinze je prie de ne pas vous en donner de souci aussi longtemps que je vivrai, mais vous a nuls oppresseurs qui vous veuillent faire tort, et aussi vite que je le pourrai, à Dieu pour qu'il vous garde.

Écrit ce vendredi, 5' jour d'août, près d'un logis au\ champs, sur la route d

jppartcnant à M. le comte de Male)■s^ie, à Houvillc, prés Cliartr

Se Grue ^f)Wv^ jd?v'->iwv-^;t?-vKX^é ^^^ /xwv-c*/y2

xk>i^'yy^''^SiLi „iSowê-v>il cii '<x, oo'vvwc ciw^i^vcCt'

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I O'wvtivw^r- /VvV-

Raiiis , Jehanne la Pucelle vous fjict assavoir de ses nouvelles . et vous prie et ang royal : et je vous promet et certiffy que je ne vous abandonneray point tant •s durant, par ainsi qu'il ly doit rendre la cité de Paris paisiblement au chieff de t, combien que des trêves qui ainsi sont faictes je ne soy point contente et ne du roy , combien aussi que i^ ne rabuseront point le sang royal, car je tendray n^e jours, s'ils ne font la paix. Pour ce, mes très chiers et parfaicts amis, je •s que vous faictes bon guet et garde^ la bonne cité du roy; et me faictes savoir es en osteraj-; et me faictes savoir de vos nouvelles. A Dieu vous command qui

emin de Paris.

': de Reims, Jeanne la Pucelle vous fait savoir de ses nouvelles, et vous prie et pour le sang royal, et je vous promets et certifie que je ne vous abandonnerai ize jours durant, à la condition qu'il doit lui rendre la cité de Paris paisiblement irce que je ne suis pas contente des trêves ainsi faites, et je ne sais pas si je . Comme aussi ils ne réussiront pas à abuser le sang royal , car je tiendrai et s'ils ne font la paix. Pour cette raison, mes très-chers et parfaits amis, je vous aiers de faire bon guet et de garder la bonne cité du roi, et faites-moi savoir s'il "DUS en délivrerai ; et faites-moi savoir de vos nouvelles. Je vous recommande

'ig. 75. — Église de Baron, près Scnlis; xm*-xvi<' siècle. État actuel. D'après un dessin de M. J. Gérin , professeur, secrétaire du Comité archéologique de Senlis. — Selon toute probabilité, c'est dans cette église que Jeanne communia, la veille de l'Assomption, en compagnie du comte de Clermont et du duc J'Alençon. Ce renseignement résulte des recherches faites par M. Ernest Dupuis, vice-président du Comité archéologique de Senlis.

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la guerre, et lui rendre ce repos » que tous rois et princes chrétiens qui ont gouvernement doivent quérir et demander. »

Ce fut le II, à Crespy en Valois, que le roi reçut cette lettre, et déjà Bedford était au voisinage (à Mitry, au sud de Dammartin), prêta donner la bataille qu'il offrait, mais à une condition pourtant : c'est qu'on la vînt chercher dans ses lignes ^ car il comptait sur l'impétuosité française pour qu'elle renouvelât à son profit les journées de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. Ainsi provoqué, le roi vint à Lagny-le-Sec, poussant son avant-garde à Dammartin, et il envoya la Hire et quelques autres capitaines pour reconnaître la position des Anglais. Pendant toute la journée du 1 3, il y eut de fortes escarmouches autour de Thieux, entre Dammartin et Mitry, en avant de l'armée anglaise. Mais tout se borna là : car les capitaines jugèrent que les Anglais s'étaient trop assuré l'avantage du terrain ; et Bedford, ne se voyant pas autrement attaqué, se replia le soir même sur Paris pour chercher des renforts.

Ces hésitations des Anglais, ces défis suivis sitôt de la retraite, ne faisaient qu'encourager les villes à se donner au roi. Le roi les pressait d'ailleurs par ses messages. Revenu à Crespy, il envoya ses héraults à Compiègne, à Beauvais, et il marchait lui-même vers la première de ces villes, quand il apprit que Bedford était à Louvrcs, d'où il ramenait, avec ses troupes, celles qu'il attendait. Il revint sur ses pas, et, arrivé à Baron, il envoya Loré et Xaintrailles s'assurer des mouvements de l'armée anglaise. Il ne fut pas longtemps sans recevoir d'eux la nouvelle qu'elle marchait sur Senlis, qu'ils l'avaient vue tout entière : mais, quelque hâte que l'on fît, on arriva trop tard pour l'empêcher de franchir l'étroit passage de la rivière qui coule de Baron à Senlis (la Nonette) et de s'y établir près d'un lieu où les Anglais, fort superstitieux, selon les témoignages du temps, devaient trouver un favorable augure, l'abbaye de Notre-Dame de la Victoire. Il était soir; après quelques escarmouches, les Français se logèrent près de Montépilloy.

Le lendemain, i5 août, malgré la solennité de la fête, tous s'attendaient à la bataille. La messe fut dite à la première heure; et aussitôt chacun de monter à cheval et de se préparer au combat. L'armée s'était formée en trois corps : le premier sous le duc d'Alençon et le comte de Vendôme; le second sous René d'Anjou, duc de Bar; le troisième, formant l'arrière-

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garde, où était le roi avec le comte de Clermont et la Trémouille : les maréchaux de Boussac (Sainte-Sévère) et de Rais commandaient les ailes; Graville, les archers. Il y avait en outre, pour faire escarmouche et subvenir à tout, une autre troupe qui ne devait pas avoir la moindre part à la journée, car elle avait à sa tète Dunois, la Hire et la Pucellc.

On marcha donc vers les Anglais ; mais il restèrent immobiles dans leur position. Ils avaient passé la nuit à la fortifier avec leur industrie accoutumée. Protégés sur les derrières par la rivière et un étang et sur les côtés par de fortes haies d'épines, ils s^étaient barricadés de leurs charrois et couverts sur leur front par des fossés garnis de palissades. C'est là qu'ils attendaient l'attaque : les archers faisaient la première ligne, tous à pied avec leurs pieux aiguisés fichés en terre devant eux-, et derrière, les seigneurs à pied aussi, formant un seul corps de bataille, où dominaient avec l'étendard de Saint- Georges, les deux bannières de France et d'Angleterre : car le régent combattait au nom des deux nations. La Pucelle, voyant qu'ils ne faisaient point mine de sortir, se vint mettre à l'avant-garde, et alla frapper de son étendard leurs retranchements-, mais ils ne répondirent à ce défi qu'en repousant les plus hardis à l'assaut. Vainement, pour les amener dehors, la Pucelle fit-elle retirer tous ses gens jusqu'au corps de bataille; vainement leur olTrit-on de faire reculer toute l'armée elle-même, pour leur donner loisir de se mettre aux champs et de se ranger. Ils s'obstinèrent à demeurer dans leur position, n'en sortant que pour des escarmouches : ils refoulaient les assaillants, qui, revenant en plus grand nombre à la charge , provoquaient à leur tour une sortie plus nombreuse; et vers la fin, la mêlée fut telle qu'au milieu d'un nuage de poussière on ne distinguait plus Français, ou Anglais.

Avant que les choses en vinssent à ce point, la Trémouille s'était laissé séduire par ce simulacre de bataille. Il s'avança, monté sur un coursier superbe et richement paré, et, la lance au poing, il donna des éperons et fondit sur l'ennemi. Mais son cheval tomba et le fit rouler parmi les Anglais. On s'empressa de l'en tirer, et l'aventure aurait pu lui être fatale, car ce n'était point tournoi de chevalerie. Il y avait en jeu des haines nationales : « et n'étoit homme, dit Monstrelet, de quel étal qu'il fût, qui fût pris à finances : ains (mais) mettoient tout à mort sans pitié ni miséricorde. »

Le roi voyant que les Anglais ne sortiraient pas, s'en revint le soir à Cresp3\ La Pucelle, le duc d'Alençon, et tout leur corps d'armée passèrent la nuit sur le champ de bataille; et le lendemain de grand matin, pour éprouver si l'ennemi, les vo\'ant moins nombreux, ne se déciderait point à les poursuivre, ils se reculèrent jusqu'à Montépilloy. Mais les Anglais ne songèrent à profiter de ce mouvement que pour opérer leur retraite plus à l'aise. Vers une heure, la Pucelle fut informée qu'ils avaient regagné Senlis, et qu'ils se dirigeaient sur Paris. Il était trop tard pour les suivre. Elle vint donc à Crespy rejoindre le roi.

Rien ne devait plus arrêter le mouvement qui ramenait les villes à Charles VIL Les hérauts qu'il avait envoyés à Compiègne, à Beauvais, y recevaient le meilleur accueil. A Beauvais, le peuple ne vit pas plutôt l'homme du roi, portant les armes de son maître, qu'il se mit à crier : « Vive Charles, roi de France! » et chanta le Te Deutn, au grand déplaisir de révêque-comte, Pierre Cauchon, partisan déclaré des Anglais. Le peuple proclama que tous ceu.x qui ne voudraient pas se soumettre au roi pourraient s'en aller, et il les laissa emporter leurs biens. Mais Cauchon ne pouvait emporter son évêché et sa seigneurie. Il emporta sa haine, qu'on retrouvera plus tard.

Le 17, le roi reçut à Crespy, oij il était encore, les clefs de Compiègne. Il s'y rendit le lendemain, et fut accueilli avec de grands honneurs. Il voulait donner la capitainerie de cette ville à la Trémouille. Mais Compiègne, placée par son adhésion à Charles VII entre les convoitises du duc de Bourgogne et les haines des Anglais, avait besoin d'avoir chez soi à demeure un bon officier qui la siàt défendre. Les bourgeois demandèrent à Charles VII d'y maintenir Guillaume de Flavy, qu'ils avaient pris pour capitaine. C'était un gentilhomme du pays, allié d'ailleurs à la famille du chancelier Regnault de Chartres et qui avait servi sous la Trémouille. La Trémouille eut le titre, mais Guillaume de Flavy, sous le nom de lieutenant , garda la charge avec tous ses pouvoirs.

Avant de quitter Crespy pour se rendre à Compiègne, Charles VII avait ordonné au comte de ^"endôme et au.\ maréchaux de Boussac et de Rais de marcher sur Senlis. Les habitants n'eurent garde de résister à une armée devant laquelle ils venaient de voir Bedford battre en retraite. Ils accueilli-

rent Vendôme , qui en demeura gouverneur. La nouvelle en arriva au roi à Compiègne, en même temps que Tannonce de Tadhésion si cntliousiaste de Beauvais.

Il vit aussi "arriver à Compiègne les ambassadeurs qu'il avait envoyés au duc de Bourgogne, et bientôt ceux du duc lui-même. Les quinze jours de la suspension d'armes finissaient. Paris n'était pas rendu ; et il était trop clair que le duc de Bourgogne, en eût-il la volonté, n'était pas en mesure de le rendre. Le roi, ainsi déçu, ne pourrait-il pas vouloir s'en dédommager à ses dépens? Cette marche de Crespv sur Compiègne, quand Compiègne se donnait de soi-même, semblait trahir la secrète pensée d'aller prendre Paris ou à Lille ou dans Arras. Il y avait donc au moins des ménagements à observer; et la plupart des conseillers du duc inclinaient franchement à la paix; mais le duc lui-même était trop circonvenu par les agents de Bedford. Le régent le sut retenir par de fortes remontrances; et le duc se borna à envoyer Jean de Luxembourg et l'évêquc d'Arras à Charles VII, pour lui donner de belles paroles. On parlait de paix générale : le duc de Savoie s'en faisait le médiateur. Pour la préparer, on fit une trêve à laquelle les Anglais avaient faculté d'accéder, trêve qui devait durer jusqu'à Noël et comprenait tout le pays situé au nord de la Seine , de Nogent à Harfleur, excepté les villes ayant passage sur la Seine. De Paris, pas un mot, si ce n'est pour laisser au duc la liberté de « s'emplo3'er, pendant la trêve, lui et ses gens, à la défense delà ville » contre tous ceux qui l'attaqueraient. Le duc, il est vrai, ne révoquait pas la promesse trompeuse qu'il avait faite de la livrer au roi; mais, en attendant, c'était lui qui devait tenir du roi Compiègne pour tout le temps de la trêve (28 août).

Le roi était là depuis plusieurs jours, recevant la soumission d'une foule de places du voisinage : Creil, Pont-Sainte-Maxence , Choisy-sur- Aisne, Gournai-sur-Aronde , Chantilly, etc. ; et il aurait pu, sans ces négociations avec le duc de Bourgogne, amener à lui les villes les plus considérables de la Picardie : Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbaville; car « la plupart des habitants d'icelles, dit l'historien bourguignon Monstrelet, étoient tout prêts de le recevoir à seigneur, et ne désiroient au monde autre chose que de lui faire obéissance et pleine ouverture. >> Mais la Pucelle ne le voyait pas sans chagrin oublier parmi ces soumissions volontaires, abandonner sur

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une folle espérance , la \'ille sans laquelle la possession des autres n'avait rien de durable ni d'assuré. Pour le tirer de sa fausse quiétude, elle lit ce qu'elle avait fait à Gien pour l'entraîner au voyage de Reims. Elle ne prit conseil de personne. Elle appela le duc d'Alençon et lui dit : « Mon beau duc, faites appareiller vos gens et ceux des autres capitaines ; je veux aller voir Paris de plus près que je ne l'ai vu. »

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