D ESTIVET
Charles Sept crut en vous, grâce il quel stratagème?
.IFANMC.
Allez l'interroger, qu'il réponde lui-même...-
d'estivet.
Et vous n'avez pas craint d'irriter votre père , De quitter Domremy sans avoir son aveu ?
JEANNE
Lui désobéissant, j'obéissais il Dieu.
Nous ne saurions passer sous silence l'étude sur les pocics de Jeanne d'Arc, placée par M. de Puymaigre en tète de sa tragédie, et dont nous avons profité. L'auteur y donnait les premières marques de cette vocation pour l'histoire littéraire, dontil a fourni depuis des preuves qui ont placé son nom parmi les plus estimés de l'érudition française. C'est au mC-me genre que la pièce composée par lui en l'honneur de la Pucellequese rapportent le drame de M. J.-J. Porchat : la Mission de Jeanne d'Arc, drame en cinq journées, en vers (1844^ et celui de AI. Athanase Renard : Jeanne d'Arc, on la fille dn peuple au quin-i'eme siècle, drame historique en vers libres et en sept tableaux (i83i). Comme la tragédie de M. de Puymaigre, ni l'un ni l'autre n'ont été représentés. Voici comment Jeanne, dans le drame de M. Porchat, raconte à son frère Pierre sa première vision :
J'avais treize ans; c'était il midi, dans ce lieu ,
Dans ce même jardin où j'étais occupée,
D'une voix tout à coup mon oreille est frappée.
On m'appelle deux fois. C'était de ce côté.
Je regarde.... Au milieu d'une blanche clarté :
Un ange aux ailes d'or... sur lui la flamme brille.
.< Je suis Michel, dit-il, je viens pour toi, ma (Me;
Je reviendrai souvent, ne va point l'alarmer,
A voir les bienheureux il faut t' accoutumer. »
Mais sainte Catherine et sainte Marguerite
Bien plus souvent que lui dès lors m'ont fait visite,
Et ce n'est point un songe. Oh ! non, célestes voix !
De mes yeux corporels, mon frère, je les vois.
Je les vois. C'est d'en haut que me vient leur image.
Je connais leur patrie à leur divin langage.
Et sais-tu quels avis j'en reçois tous les jours >...
(Avec force et gravité.] Il faut qu'à mon dauphin j'aille porter secours.
Ses nobles chevaliers laissent périr la France : De moi seule, de moi viendra la délivrance.
Voici maintenant un fragment de Finterrogatoire :
JEANNE
Un rapport qui m'accuse, on l'écrit toujours bien; Ce qui me justifie, on n'en conserve rien.
MAGISTRI '
Donc tu fais dans l'erreur une chute nouvelle!
JE.\NNE
A mon Dieu jusqu'au bout je demeure fidèle.
MAGISTRI
Tu te dis en sa grâce!
JEANNE
Ah! c'est un bien grand cas.
Si j'y suis, Dieu m'v tienne; et si je n'y suis pas, M'y veuille recevoir !
MAGISTRI
Est-ce lui qui t'ordonne De tuer, d'égorger'
JEANNE
Je n'ai tué personne.
Je disais à nos gens, mon étendard en main : ■' Entrez chez les Anglais! » Et j'ouvrais le chemin.
Nous empruntons au drame de M. Athanase Renard deux fragments : l'un se rapporte à la scène de Chinon, l'autre à Tinterrogatoire de Poitiers :
JEANNE
Je demande à parler au roi.
{Au duc d'Alençon, qui se présente à elle.) Chevalier, n'en déplaise à votre seigneurie , Le roi, ce n'est pas vous... laissez-moi, je vous prie. Le chercher... je le vois.
[S'approchant du roi, qu'elle a reconnu.) C'est vous, gentil dauphin.
Pourquoi vous détourner ainsi de mon chemin. Quand, depuis si longtemps, je cherche votre vue?... C'est de la part de Dieu que Jeanne vous salue
1 Ce Magistri, dans la pièce de M. Porchat, est un astrologue de Charles VII, qui devient par la suite un juge de la Pucelle. Cette invention ne me paraît pas fort heureuse.
ECLAIRCISSEMENTS
iteMittij'ii
Fig. 2IQ. — Jeanne est saisie J'effioi en chevauclianl à travers les cadavres couchés sur le champ Je bataille. — Travail en bronze de la princesse Marie d'Orléans. Hôtel de ville d'Orléans.
GUILLAUME AYMERL
Jeanne , vous demandez qu'on vous donne moyen
De combattre... A quoi bon, si Dieu, dans sa puissance',
A résolu de nous sauver.
Car il peut tout d'un mot.
JEANNE
C'est à nous d'achever Ce que pour nous sa volonté commence ; Et les jours mauvais passeront.
Les gens d'armes batailleront, Et Dieu donnera la victoire.
Personne n'ignore qu'à côté du drame en vers Fécole nouvelle fit une large place au drame en prose. Dès i832 M. Henri Millet écrivait ainsi une Jeanne d'Arc. Le théâtre de la Gaîté représenta le 17 avril 1N47 un « drame national >. en cinq actes et en dix tableau.x, dont Fauteur était M. Charles Desnoyer. C'est aussi en dix tableaux que se subdivise le « drame historique » pubUé par MM. Louis Jouve et Henri Cozic (1S57). C'est sous ce même titre et la même année que parut la Jeanne d'Arc en cinq actes et en prose de Daniel Stern (xM""= la comtesse d'Agoult), qui a jugé bon d'y mêler ses sentiments personnels au point de faire prophétiser à Jeanne la prétendue mission de Luther. Il y a eu encore sur Jeanne d'Arc d'autres drames en prose. La tragédie classique, cultivée encore par; quelques personnes, le drame romantique en vers, ont aussi maintenu leurs droits ou leurs prétentions sur ce sublime autant que difficile sujet. L'alliance ingénieuse du drame en vers et de l'opéra vient de faire obtenir à la Jeanne d'Arc, en cinq actes, avec chœurs, de M. P.-J. Barbier, musique de M. Ch. Gounod, représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre de la Gaîté, le S novembre 1N73 ', un succès vif et prolongé. M. P.-J. Barbier doit être loué surtout de ses efforts vers la vérité historique, des nombreux emprunts qu'il a faits aux textes contemporains et aux paroles authentiques de la Pucelle. Voici comment Jeanne raconte ses visions à un personnage nommé Thibaut :
JEANNE
J'avais treize ans ! Déjà nos campagnes ouvertes Voyaient se rapprocher la guerre et ses alertes ; Le trouble et la frayeur étaient dans les esprits , Et les yeux inquiets regardaient vers Paris ! Un soir, comme j'étais à genoux, en prière,
1 M. P.-J. Barbier avait publié en 1869 une première édition Je son drame, qui ne diffère de la seconde que par l'absence Jcs scènes ou parties de scènes ajoutées pour recevoir la musique de M. Gounod.
488 ÉCLAIRCISSEMENTS
Une voix m'appela , dans un jet de lumière ; J'eus peur, et je pleurai. La voix s'évanouit, Et le rayon de feu disparut dans la nuit !