‹ Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 2 sur 2 · V. Elle dit que c'est par le commandement de Dieu · texte numérisé non relu

V. Elle dit que c'est par le commandement de Dieu

qu'elle a pris et qu'elle a encore l'habit d'homme, portant les cheveux taillés en rond au-dessus des oreilles, a et ne gardant rien sur son corps qui dénote son sexe, que ce que la nature lui a donné comme la marque du sexe féminin. » Elle a reçu plusieurs fois l'eucharistie en cet habit ; elle s'est refusée à toute instance pour le quitter, disantqu'elle aimerait mieux mourir , etc.; et qu ! en toutes ces choses elle a bien fait, obéissant au commandement de Dieu.

VI. Elle avoue avoir écrit des lettres portant les noms Jésus Maria, et quelquefois elles les a marquées d'une croix pour qu'on fît le contraire de ce qu'elle disait. Elle a menacé de faire périr ceux qui n'obéiraient pas à ses lettres, et elle dit souvent qu'elle n'a rien fait que par révélation et commandement de Dieu.

Le document expose ensuite son voyage auprès de Robert de Baudricourt et du roi (VII) ; — l'affaire de Beaurevoir, et comment elle s'est précipitée de la tour, aimant mieux mourir que d'être livrée à ses ennemis (VIII); — la promesse de salut que lui ont faite les saintes si elle garde la virginité tant en son corps qu'en son âme; l'assurance qu'elle en a et la confiance où elle est de n'avoir jamais fait œuvre de péché mortel (IX); — son affirmation que Dieu aime certaines personnes, comme elle le sait de sainte Catherine et de sainte Marguerite qui lui parlent français et non anglais, parce qu'elles ne sont pas du parti des Anglais (X); — les révérences et les honneurs qu'elle

rend à saint Michel et à ses saintes, les invocations qu'elle leur adresse, l'obéissance qu'elle leur a vouée, sans consulter ni père, ni mère, ni curé, ni homme d'Église; la croyance qu'elle a en ses révélations aussi fermement qu'en la foi chrétienne; et ce qu'elle ajoute, que si le malin esprit se présentait à elle sous le nom de saint Michel, elle le saurait bien reconnaître (XI). — > Il termine par l'accusation capitale : Elle a dit que si l'Église lui voulait faire faire quelque chose de contraire au commandement qu'elle dit avoir reçu de Dieu, elle ne le ferait pour chose que ce fût; qu'elle ne veut s'en rapporter à la détermination de l'Église militante ni d'aucun homme au monde, mais à Dieu seul : qu'en répondant ainsi elle ne prend pas sa réponse de sa tête, mais du commandement de ses voix, et cela bien qu'on lui ait souvent fait connaître l'article Unam sanclam Ecclesiamcalholicam, en lui expliquant que tout fidèle est tenu d'obéir et de soumettre ses dits et faits à l'Église militante, principalement en matière de foi et en ce qui touche la doctrine sacrée et les sanctions ecclésiastiques (XII ).

Cet acte, qui prétend résumer tout le débat, et que l'on pose comme fondement au procès, ne fut point communiqué à l'accusée. On n'a donc pu le rectifier sur ses réclamations ; on n'a pu y consigner ses répliques. C'est une œuvre clandestine qui va directement du juge aux docteurs dont il veut solliciter les lumières : mais qu'en doit-on attendre, si la réponse est dictée par la forme même de la question? Les de-

mandeurs au jugement de réhabilitation insister) tarée beaucoup de force sur l'illégalité de ce procédé ; et, fût-il légal en soi, ils ont signalé un fait qui, à lui seul, suffirait pour l'entacher de fraude : c'est que non-seulement Jeanne n'a pas été mise en demeure de contester les douze articles, mais de plus que des corrections arrêtées par les assesseurs eux-mêmes n'y ont pas été faites, et que la pièce, déclarée inexacte, a'été envoyée par le juge aux docteurs telle qu'il l'avait d'abord rédigée 1 .

Une note du greffier lui-même avait mis sur la voie de la fraude. Cette note, inscrite à la date du 4 avril, eu marge des douze articles, portait qu'ils différaient sur plusieurs points des déclarations de Jeanne et devaient être corrigés. Manchon, interrogé, reconnut qu'elle était de lui et ajouta qu'il ne croyait pas que les corrections aient pu être faites, car l'envoi du document se fit dès le lendemain. On ne s'était point borné pourtant à cette observation générale sur l'inexactitude des articles : on avait signalé les endroits à corriger et proposé les corrections à faire. Les demandeurs en ont donné pour preuve cinq feuilles de la main de Jacques de Touraine, où l'on retrouve les articles avec tant de changements et de contradictions dans la forme, tant d'additions et de corrections sur les marges et ailleurs, qu'il a été impossible de les reproduire au procès. Est-ce le brouillon des douze articles ou le brouillon de leur remaniement projeté? On pourrait hésiter à le dire,

mais il y a une autre pièce qui lève le doute sur le fait en question. C'est une feuille produite par Manchon à son tour , feuille écrite de sa main et transcrite au procès par les nouveaux juges, où Ton trouve le texte même des modifications arrêtées par les assesseurs K

Cette pièce, qui justifie le Teproche fait aux premiers juges, en diminue à quelques égards la portée : car si elle prouve que des corrections ont été demandées, elle montre aussi, par sa comparaison avec la rédaction définitive, que plusieurs ont été accueillies. Il est vrai que la plupart sont bien insignifiantes: il s'agit de diviser un article en deux (les articles 2 et 3 ne faisaient d'abord qu'un seul article), ou de modifier la rédaction dans ses termes plus que dans son esprit. Il en est même qui sont dans l'esprit de l'accusation. C'est conformément aux corrections proposées que Ton a introduit en deux endroits dans le texte officiel ( I et IX ) y que Jeanne refusait de quitter l'habit d'homme si ce ri est par commandement de Dieu, réserve dont l'accusateur lui faisait un grief particulier dans son réquisitoire (art. 43). Mais il y en avait aussi qui la pouvaient décharger, et de celles-là on ne tient nul compte. D'après l'art. I, les voix ont promis que « par le secours et la médiation de cette femme, le prince doit être rétabli, » la révision dit qu'il faut ajouter : « avec l'aide de Dieu. » On n'en fit rien. Dans l'article XII (XI ancien), la révision demande (ceci est capital) que Ton ajoute:

«< Elle déclare qu'elle est soumise à l'Église militante, Notre-Seigneur premier servi, et pourvu que l'Église militante ne lui commande rien de contraire à ses révélations passées ou futures. » On trouva plus simple de mentionner le refus sans la déclaration de soumission 1 .

Ainsi le grief demeure fondé. Mais toutes les corrections eussent-elles été introduites , les douze articles n'en resteraient pas moins ce qu'ils sont, une œuvre déloyale et perfide, établissant en fait des choses qui ont toujours été niées, ou présentant les déclarations de Jeanne de telle sorte qu'elles perdent leur sens naturel pour prendre celui que leur veut donner l'accusation. On y dit que sainte Catherine et sainte Marguerite se sont, d'après ses aveux, montrées à elle corporellement près de Yarbre des Fées (ce rapprochement n'est pas sans intention), qu'elles lui ont commandé de partir à Pin su. de ses parents (elle a dit le contraire) (I). On y raconte le signe donné au roi, sans aucun des traits qui peuvent en révéler l'allégorie ou en lever les contradictions apparentes ( H ). On tourne contre la solidité de sa foi ce qu'elle disait pour marquer, par le terme le plus fort, la fermeté de sa croyance à ce qui, pour elle, était l'évidence même : à savoir, qu'elle croit à ses apparitions comme elle croit à la Rédemption (III); ses révélations deviennent des divinations suspectes (IV); son habit une violation impudique des préceptes de l'Ancien et du Nouveau Testament, et un sacrilège : il semble qu'elle

ne Ta pris que par dérèglement ou par une dérision impie pour aller communier ( V ). Le signe de la croix dont elle marque ses lettres est une profanation (VI); sa mission, une révolte contre l'autorité paternelle (VII); sa tentative d'évasion, une tentative de suicide (VIII); son innocence, de l'orgueil (IX) ; son inspiration, de la témérité (X) ; sa vénération pour ses voix, de l'idolâtrie (XI); son refus de les mettre en question, un refus d'obéir à l'Église ( XII ).

Ce grief, postérieur au procès, est devenu, il faut le dire, son unique fondement. Car sérieusement, que pouvait-on reprocher à Jeanne? ses visions? elle les affirmait, et il était difficile d'y voir une illusion de son esprit. Elle les avait eues dans les conditions les pjus diverses * dans le calme de la maison paternelle, dans le tumulte des camps, dans la prison et l'abandon de tous. On pouvait bien l'accuser de mensonge; mais nul n'aurait pu, sans se déclarer soi-même hérétique, l'accuser d'inventer une chose contraire à la foi. Ézéchiel avait eu des visions, et les histoires des saints en sont remplies. Il s'agissait donc beaucoup moins, pour les juges, de savoir si Jeanne en avait eu ellemême que de connaître d'où elles lui venaient : et l'intérêt et la passion pouvaient seuls les aveugler assez, pour qu'ils se crussent en droit de les rapporter au démon. Quant à l'habit d'homme, elle avait à diverses reprises assez clairement répondu; et chacun eût pu faire la réponse pour elle. La règle com-

mune ne fait point loi pour tous les cas, et l'Église avait canonisé sainte Marine, qui prit et porta toute sa vie l'habit d'homme pour demeurer dans un couvent de moines : elle ne pouvait y rester sans le porter, sans doute; mais il était moins nécessaire qu'elley restât. Que si d'ailleurs pour absoudre Jeanne il fallait une décision canonique, elle l'avait eue. La question avait été examinée et résolue par les docteurs de Charles VII. Or Jeanne avait le droit de ne pas croire que ce que l'Église avait trouvé bon à Poitiers fût mauvais à Rouen, ni qu'il y eût plus d'autorité dans l'évêque de Beauvais que dans l'archevêque de Reims son métropolitain

Restait donc la question de l'Église, question née du débat et où il avait paru si facile de mettre son ignorance en défaut. La première fois qu'on lui en parla, on l'a vu, elle profita de l'occasion pour demander pourquoi on ne l'y laissait point aller entendre la messe! et quand on lui eut expliqué la distinction des deux Églises, elle répondit, selon Massieu : «Vous me pariez d'Église militante et d'Église triomphante. Je n'entends rien à ces termes; mais je me veux soumettre à l'Église comme le doit une bonne chrétienne: » et elle l'avait bien montré à Poitiers. Là aussi elle avait affirmé ses visions, et elle n'avait pas refusé de les soumettre à l'examen des prélats et des docteurs. Pendant trois semaines ils l'avaient éprouvée avec toute sorte de précaution et de scrupule, comme le constate, sinon ces registres, si malheureu-

sèment perdus, auxquels Jeanne renvoie plusieurs fois, au moins le résultat qu'on en publia. Ils l'avaient éprouvée, et ils l'avaient approuvée. C'était une sanction ecclésiastique çomme «ne autre; et ici encore elle avait bien le droit de ne pas vouloir soumettre la décision du métropolitain an suffragant, le jugement d'hommes défiants, mais impartiaux, au jugement de ses ennemis.

Voilà au fond à quoi se borne le refus que le procès-verbal de Rouen constate. Mais oe procès- verbal le constate aussi : tout en maintenant la vérité de ses révélations, Jeanne acceptait toujours le jugement de l'Église là où elle la. trouvait libre et impartiale, c'està-dire, dans son chef; et les témoignages consignés au procès de réhabilitation reproduisent sa réponse dans une forme qui fait voir clairement le fond de sa pensée quand elle répondaitàdes instances sans bonne foi. Comme on la sollicitait de se soumettre à l'Église: « Qu'est-ce que l'Église?» dit-elle. On lui dit que c'était le pape, les prélats et tous ceux qui président en l'Église militante. Elle répondit qu'elle se soumettait volontiers au pape, requérant être menée à lui ; mais qu'elle ne se soumettait point au jugement de ses ennemis et en particulier de l'évêque de Beauvais, « parce que, lui dit-elle, vous êtes mon ennemi capital.» Isambard de La Pierre lui conseilla de se soumettre au concile général de Bâle qni venait de se réunir (le 6 mars 1431) : elle demanda ce quec'était • que concile général ; et comme il lui expliquait que

c'était une assemblée de l'Eglise universelle et de la chrétienté, et qu'en ce concile il y en avait autant de son parti que du parti des Anglais : « Oh ! s'écria-t-elle puisque eu ce lieu sont aucuns de notre parti, je veux bien me rendre et soumettre au concile de Baie. — Taisez-vous, de par le diable, » cria l'évoque un peu trop tard. Il avait bien laissé faire la demande, il ne s'attendait pas à la réponse.

Le procès-verbal n'a mentionné ni Tune ni l'autre. Il ne parle dans les interrogatoires que de la soumission au pape en celte forme : « qu'elle soit menée devant lui, et puis répondra devant lui tout ce qu'elle doit répondre. » (Séance du M mars,) Mais on apprend par la même déposition d'Isambard de La Pierre , présent à la séance ainsi que 1 evêque , au témoignage du même document of ficiel, pourquoi le reste ne s'y trouve pas. Le greffier demandant à l'évoque s'il devait écrire la soumission de Jeanne au concile, l'évêque lui dit que ce n'était pas nécessaire. «Ah! reprit Jeanne, vous écrivez bien ce qui est contre moi ; mais vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi 1 .»

Cette déposition est confirmée au fond par le greffier Manchon lui-même. Mais le témoignage de Manchon offre avec celui d'Isambard de La Pierre des différences d'où Ton a tiré sur l'un et sur l'autre les conclusions les moins attendues.

Manchon raconte que Jean de La Fontaine, Isambard de La Pierre et Martin Ladvenu, allant trouver Jeanne dans la prison, lui dirent qu'elle ne devait •

pas craindre de se soumettre au pape et au concile, puisqu'il y avait dans le concile des clercs de son parti autant que d'ailleurs. Le lendemain, Jeanne, interrogée, répond qu'elle se soumet au pape et au concile. L'évêque, furieux, demande qui Ta visitée la veille, et apprenant du gardien que c'est La Fontaine et les deux religieux, il s'emporte contre le vice-inquisiteur, son collègue, patron des deux derniers. Jean de La Fontaine, se sachant menacé, part de Rouen et n'y revient plus 1 .

Jsambard de La Pierre n'avait parlé que de lui; Manchon lui associe La Fontaine et Ladvenu. C'est dans la séance même, selon Isambard, que le conseil fut donné à Jeanne ; selon Manchon, ce fut la veille. Isambard n'en détermine pas l'époque; Manchon indique la semaine sainte dans une autre déposition. On en conclut qu'il ne faut s'arrêter ni à l'un , ni à l'autre; non qu'ils mentent : mais ils se trompent. On n'accuse que leur mémoire.

Mais si leur mémoire est en défaut, c'est apparemment sur les circonstances où ils diffèrent, et non sur le fond, où ils sont d'accord. Sur les personnes, Manchon ne contredit pas Isambard : il nomme La Fontaine avec lui ; Isambard ne parle que de lui-même. Sur le moment, fut-ce dans la séance ou la veille? La différence est plus grave. Les deux assesseurs ont-ils , comme le veut Manchon, conseillé Jeanne la veille, et Isambard a-t-il renouvelé son conseil dans la séance du lendemain? Je ne propose pas ce mode de

conciliation ; je remarque seulement que , dans tous les cas, on ne peut démentir Isambard qui parle d'un fait personnel; et Manchon, qu'on pourrait soupçonner d'avoir placé volontiers avant la séance un incident dont on ne trouve pas la trace dans son procès- verbal, se lave de ce soupçon, mais confirme ailleurs ce témoignage, en disant qu'un jour Jeanne étant sommée de se soumettre à l'Église, Isambard de La Pierre lui conseilla de se soumettre au concile général, ce qui lui valut l'interpellation de l'évêque : « Taisez-vous, de par le diable ! »

Reste l'époque, dont Manchon parle seul. I désigne la semaine sainte. Or, il n'y eut pas de séance particulière dans les premiers jours, et le dernier jour, samedi, 31 mars, ni La Fontaine, ni Isambard ne sont présents. Mais puisque dans la semaine sainte aucun jour ne convient, c'est le cas, non de nier le fait, mais de le chercher ailleurs. Or Manchon lui-même y autorise; car dans une autre déposition il dit : (c Dans la semaine sainte ou environ ; » et un peu plus loin, quand il cite le fait d'Isambard : «Dans le jugement, quand Jeanne était examinée.» Nous avons pensé que l'incident se rapporte à la dernière séance des interrogatoires, le mardi 17, séance dans laquelle le procès-verbal mentionne, en effet, une question sur le pape. Et l'on comprend pourquoi, après ce refus d'enregistrer sa réponse, Jeanne a répondu comme elle Ta fait à l'évêque, dans la visite du samedi 31 mars. xMais quand il resterait un

doute sur les circonstances accessoires, les deux témoignages n'en sont pas moins incontestables au fond. Manchon, qui sait si bien défendre son procèsverbal, et qui, à cette occasion encore, prétend qu'il a écrit tout ce qu'il a entendu, s'avoue coupable par le fait, puisqu'il rapporte ici un conseil d'Isambard et une déclaration de soumission de la Pucelle qu'on ne trouve nulle part dans les actes du procès. Quant à Isambard de La Pierre, rapporter son témoignage à une occasion où le procès- verbal fait, il est vrai, poser à Jeanne la question du concile, mais pour constater quelle refuse de répondre, ce n'est rien concilier; et son témoignage, qu'on n'accuse pas de mensonge, ne peut être taxé d'inexactitude involontaire. Ses souvenirs sont très-précis; j'en juge par cette parole de Jeanne, qui est une protestation contre le système entier du procès-verbal : « Ah ! vous écrivez bien ce qui est contre moi , et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi . » Parole décisive que le témoin n'a pas pu oublier, et qu'un historien ne devrait pas omettre dans l'examen de cette question

Ce ne sont pas là les seuls faits qui concernent la soumission de Jeanne à l'Église. Nous retrouverons dans le procès-verbal même des déclarations non moins décisives : mais nous ne voulons pas dépasser la limite des interrogatoires que les douze articles avaient la prétention de résumer. Voilà les douze articles, voilà leur sincérité, leur exactitude. Ce ne sont

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pas seulement des points de droit que l'on soumet à la discussion des légistes; ce sont des faits qu'on suppose établis, faits affirmés d'autant plus hardiment que l'accusée n'est point appelée à y contredire , et qu'on a eu soin de taire les démentis qu'elle y a don nés. C'est donc en toute sécurité que l'évêque, dans sa lettre du 5 avril, invite les maîtres et les docteurs à lui donner leur avis sur la pièce qu'il leur envoie , et les prie de lui faire connaître par écrit avant le mardi suivant ce qu'ils en pensent : « si les choses arguées leur paraissent contraires à la foi orthodoxe, à l'Écriture et à la détermination de l'Église romaine ou des docteurs approuvés par l'Église et aux sanctions canoniques; scandaleuses, téméraires, perturbatrices de la chose publique, injurieuses ou entachées de crimes contre les bonnes mœurs. » Les qualifications qu'il sollicite sont tout entières dans ces lignes. Sa lettre d'envoi contient en résumé la réponse qu'il attend 1 .

On réunit d'abord un certain nombre de consultées (seize docteurs et six bacheliers), dont la réponse devait donner le ton aux autres. Us s'assemblèrent le jeudi, 12 avril, sous la présidence d'Érard Éraengard, dans la chapelle du palais archiépiscopal de Rouen, et déclarèrent que, considérant la qualité de la personne, ses dits, ses faits et le mode de ses apparitions, etc. ; ces révélations leur paraissaient fictives ou procédant du diable : les divinations superstitieuses, les faits scandaleux et impies, les paroles

présomptueuses et téméraires. Ils y relèvent bien d'autres crimes encore : blasphème envers Dieu et les saintes, impiété envers les parents, violation du précepte de l'amour du prochain, idolâtrie, schisme touchant l'unité et l'autorité de l'Église, et soupçon d'hérésie. Croire que ces apparitions sont de saint Michel, etc., comme on croit à la foi chrétienne, c'est être véhémentement suspect d'errer dans la foi ; dire qu'on a bien fait en ne recevant pas les sacrements dans le temps marqué par l'Église et qu'on Ta fait par le commandement de Dieu, c'est blasphémer contre Dieu 1 .

Les autres avis ne tardèrent ppint à suivre : la délibération des seize consulteurs donnait aux plus incertains une base où s'appuyer. La plupart s'y réfèrent absolument, quelques-uns avec des sentiments d'humilité, d'autres avec un empressement qui va au-devant de toutes les exigences. « Que peut mon ignorance, dit Gilles, abbé de Fécamp, après tant de savants hommes comme on n'en trouverait pas dans l'univers entier? Très - révérend père, ordonnez - moi tout ce que vous voudrez. Pour accomplir vos ordres, ma force pourra faillir, mais non ma volonté. >> L evêque de Coutances, s'excusant d'avoir à juger une œuvre si bien élaborée, prend, pour exprimer son avis, les termes mêmes de la lettre d'envoi de P. Cauchon. Plusieurs vont déjà jusqu'à l'application de la peine. Si elle ne renonce point à ses erreurs, qu'on la livre

au bras séculier; si elle y renonce, qu'on la garde en prison, « au pain de douleur et à l'eau d'angoisse, » pour qu'elle pleure ses péchés et n'y retombe plus. D'autres, tout en approuvant, font pourtant quelques réserves. Onze avocats de Rouen, réunis après les docteurs, dans la chapelle de l'archevêché, donnent une consultation conforme: « A moins pourtant , disent-ils , que ces révélations ne viennent de Dieu. » Ils se hâtent d'ajouter que cela d'ailleurs ne leur paraît pas croyable, et s'en rapportent aux théologiens. Trois bacheliers en théologie avaient aussi déclaré que tout dépendait de l'origine de ces révélations, et que si elles venaient de Dieu (ce qui , ajoutaient-ils , n'est pas établi), ils ne pourraient interpréter à mal le dire de Jeanne. Mais un évêque (Pévêque de Lisieux) avait déclaré que, vu, entre autres choses, « la basse condition de la personne, » on ne devait pas croire qu'elles lui vinssent de Dieu

D'autres, tout en répondant selon le vœu de l'évêque, demandaient que l'on consultât l'Université de Paris, ou se réservaient d'adhérer, même après leur avis donné, à sa réponse. Le chapitre de Rouen, malgré quelques adhésions individuelles, se montra peu pressé de se prononcer en cette matière. Lorsqu'on le convoqua pour la première fois, le 13 avril, on ne put réunir qu'une vingtaine de membres. Ils s'ajournèrent au lendemain, avec menace de retenir les distributions pendant huit jours à qui ne viendrait II 10

pas. Ils furent trente et un, et décidèrent que, pour donner un avis plus sûr, ils attendraient qu'on leur mît sous les yeux, la délibération de l'Université de Paris. Les abbés de Jumiéges et de Cormeilles avaient réclamé la même chose; mais l'évêque se fâcha, et comme il insistait, ils réduisirent leur réponse à quatre points : 1° l'autorité de l'Église : Jeanne se rendrait suspecte en refusant de s'y soumettre ; 2° et 3° les révélations en général et l'ordre de Dieu de porter l'habit d'homme : au premier abord , on n'y pouvait croire, faute de miracle ou d'une évidente sainteté; 4* qu'elle n'est pas en péché mortel : Dieu seul le sait; et comme ils ne peuvent sonder les choses secrètes , et que d'ailleurs ils n'ont pas assisté à l'examen de Jeanne, ils s'en remettent aux théologiens 1 .

Parmi ces réponses, on en trouve une encore, fort longuement motivée, et de nature à plaire à 1 evêque par ses développements, sauf un point, cependant. L'auteur trouve qu'en prenant l'habit d'homme Jeanne a fait une action « indécente, indigne d'une femme qui se dit pucelle ; — à moins pourtant, ajoute-t-il, qu'elle ne l'ait fait pour se défendre contre la violence et garder sa virginité. >> L'accusation n'avait jamais paru se douter de cette raison-là! De plus, il concluait que, pour donner à la sentence plus de force et de sûreté et la défendre contre tout soupçon d'injustice, pour l'honneur de la majesté royale et de l'évêque, et pour la paix de la conscience

de plusieurs, il convenait de soumettre les assertions de Jeanne à l'examen du souverain pontife 1 .

Ni l'évêque de Beauvais , ni ses adhérents ne se souciaient de renvoyer la question au souverain pontife. Quantà l'Université de Paris, sa décision leur était moins suspecte. Six de ses membres avaient assisté au procès dès le commencement : trois d'entre eux, J. Beaupère, Jacques de Touraine et Nicole Midi, devaient lui porter la pièce qui tenait lieu des débats , les douze articles. Mais pour aller plus avant on n'attendit pas sa réponse.

Jeanne était tombée malade; grand trouble parmi les Anglais : si elle échappait à la condamnation par la mort! Des médecins furent mandés aussitôt par le cardinal de Winchester et le comte de Warwick. « Prenez-en bien soin, dit le comte : le roi ne veut pour rien au monde qu'elle meure de mort naturelle. Le roi l'a chère, car il l'a achetée cher et ne veut pas qu'elle meure, si ce n'est par justice et qu'elle soit brûlée. Faites donc en sorte qu'elle guérisse. »

Les médecins l'allèrent voir , conduits par Jean d'Estivet. Ils lui demandèrent d'où lui venait son mal.

« L'évêque de Beauvais, dit Jeanne, m'a envoyé une carpe, dont j'ai mangé, et c'est peut-être la cause de ma maladie.

— Paillarde, s'écria le promoteur, tu as mangé

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des harengs (halleca) et autres choses qui t'ont fait mal. »

Les médecins, lui trouvant de la fièvre, crurent qu'une saignée serait bonne, et le dirent au comte de Warwick. « Gardez-vous de la saigner, dit le comte; elle est rusée, elle pourrait se tuer. » On la saigna pourtant et elle se trouva mieux. Mais Jean d'Estivet revint la voir, et, tout ému encore du péril qu'avait couru l'édifice de son accusation, il redoubla

d'injures, à tel point que Jeanne en reprit la fièvre. Le comte, inquiet, intima au promoteur de ne plus l'injurier à l'avenir 1 .

Cet incident avait montré qu'il fallait se hâter. Jeanne n'était point encore remise, que l'évêque voulut, sans plus attendre, donner suite aux consultations qu'il avait déjà réunies. Il vint donc, avec plusieurs docteurs, la trouver dans sa prison, afin de lui faire les exhortations charitables qui étaient un premier degré pôur la mener au bûcher. Il lui représenta que, parmi ses réponses, plusieurs avaient paru à de savants hommes mettre la foi en péril, et comme elle était sans lettres, sans connaissance des Écritures, il lui offrait de remettre à des hommes de probité et de science le soin de l'instruire : elle n'avait qu'à choisir parmi les docteurs présents ou désigner quelque autre, si elle en savait de capables. « Nous sommes, ajoutait- il, des gens d'Église, disposés par notre volonté comme par notre vocation à vous procurer par toutes les voies possibles le salut

de 1 ame et du corps, comme nous le ferions pour nos proches ou pour nous -mêmes. Nous voulons faire ce que fait l'Église, qui ne ferme pas son sein à qui lui revient. » Il finissait en l'adjurant de tenir grand compte de cette admonition salutaire, car si elle y contredisait pour s'en tenir à son sens propre et à sa tète sans expérience, il la faudrait abandonner; et elle pouvait voir à quel péril elle s'exposait : il l'en voulait préserver de toute sa force et de toute son affection 1 .

Jeanne répondit en le remerciant de ce qu'il lui disait pour son salut, et elle ajouta :

«Il me semble, vu la maladie que j'ai, que je suis en grand péril de mort ; s'il en est ainsi, que Dieu veuille faire son plaisir de moi, je vous requiers avoir confession et mon Sauveur aussi, et qu'on me mette en la terre sainte.

— Si vous voulez avoir les sacrements de l'Église, il faudrait que vous fissiez comme les bons catholiques doivent faire, et que vous vous soumissiez à la sainte Église.

— Je ne vous en saurais maintenant autre chose dire.

— Plus vous craignez pour votre vie, plus vous devriez amender votre vie; vous n'auriez pas les droits de l'Église comme catholique, si vous ne vous soumettiez à l'Église.

— Si le corps meurt en prison, je m'attends que vous le fassiez mettre en terre sainte ; si vous ne le faites mettre, je m'en attends à Notre-Seigneur.

— Autrefois vous aviez dit en votre procès, que si vous aviez fait ou dit quelque chose qui fût contre notre foi chrétienne, vous ne le voudriez soutenir.

— Je m'en attends à la réponse que j'en ai faite et à Notre-Seigneur.

— Vous avez dit avoir eu plusieurs fois révélations de par Dieu, par saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite : s'il venait aucune bonne créature qui affirmât avoir eu révélation de par Dieu louchant votre fait, la croiriez-vous?

— 11 n'y a chrétien au monde qui vînt devers moi se disant avoir eu révélation, que je ne sache s'il dit vrai ou non; je le saurais par sainte Catherine et sainte Marguerite.

— N'imaginez-vous point que Dieu puisse révéler quelque chose à une bonne créature qui vous soit inconnue?

— Il est bon à savoir que oui; mais je ne croirais homme ni femme si je n'avais aucun signe.

— Croyez-vous que la sainte Écriture soit révélée de Dieu-?

— Vous le savez bien, et il est bon à savoir que oui 1 . »

On la somma de nouveau de prendre conseil des clercs et des docteurs, et on lui demanda, pour finir, si elle se soumettait, elle et ses faits, à notre sainte mère l'Église. Elle répondit :

« Quelque chose qui m'en doive advenir, je

n en ferai ou dirai autre cjiose, que ce que j'ai dit devant, au procès 1 . »

Les docteurs qui accompagnaient l'évêque prirent tour à tour la parole, alléguant les autorités de l'Écriture et des exemples pour l'amener à se soumettre. Nicole Midi lui cita, entre autres, le passage de saint Matthieu : « Si votre frère a péché contre vous, etc., » et ce qui suit : « S'il n'écoute pas l'Église, qu'il vous soit comme un païen et un publicain.» Il le lui dit en français, et il lui représenta que si elle ne voulait se soumettre à l'Église, il faudrait qu'on l'abandonnât comme une Sarrasine. Jeanne répondit :

« Je suis bonne chrétienne, j'ai bien été baptisée; et je mourrai comme une bonne chrétienne.

— Puisque vous requérez que l'Église vous donne votre Créateur, soumettez-vous à l'Église, et on promettra de vous le donner.

— Je n'en répondrai autre chose que ce que j'ai fait : J'aime Dieu, je le sers, je suis bonne chrétienne, et je voudrais aider et soutenir l'Église de tout mon pouvoir.

— Ne voudriez-vous pas, dit l'évêque, qui avait son projet, que l'on ordonnât une belle et notable procession pour vous réduire en bon état si vous n'y êtes?

— Je veux très-bien que l'Église et les catholiques prient pour moi*. »

Cependant, parmi les docteurs consultés, plusieurs

avaient été d'avis que ^Jeanne fût de nouveau instruite et admonestée sur les faits mis à sa charge. Il fallait donc la placer en présence des douze articles, et c'était s'exposer à lui faire publiquement renier, comme à elle inconnu, cet acte que Ton devait croire avoué par elle comme résumé du débat. L'évêque, sans aller à Tencontre des opinions exprimées, s'appropria la chose de manière à ne rien compromettre. Il sut s'arranger de telle sorte que Jeanne, qui ne connaissait point les articles, loin de soupçonner dans la communication une pièce officielle, y vît tout simplement une admonition comme une autre, et que les assesseurs, qui les connaissaient, trouvassent dans son silence à la lecture une preuve, s'ils en avaient besoin, qu'en leur forme originale, ils lui avaient été depuis longtemps communiqués 1 .

Le mercredi 2 mai, il réunit tous les assesseurs dans une salle du château de Rouen, et leur flt une allocution. Il leur exposait que les aveux de Jeanne, résumés en un certain nombre d'articles, ayant été soumis aux docteurs, les réponses déjà arrivées la jugeaient coupable en bien des points. Cependant, avant qu'il prononçât définitivement sur elle, plusieurs ont cru qu'il fallait l'instruire encore de ses erreurs et tenter de la ramener à la vérité. Il l'a fait, et il y a employé plusieurs notables docteurs en théologie : mais l'astuce du diable prévalant, rien n'y a servi encore. L'admonition privée n'ayant point porté de fruit, il lui a paru opportun de recourir à

une admonition publique, pensant que la présence et les exhortations du grand nombre la ramèneraient plus facilement à l'obéissance et à l'humilité. C'est pourquoi il a désigné un savant et ancien maître en théologie, Jean de Châtillon, archidiacre d'Évreux, pour s'acquitter de cette charge; et il annonça que Jeanne allait comparaître devant rassemblée 1 .

Jeanne fut amenée, et l'évêque l'engagea à se rendre aux exhortations qu'on allait lui faire, faute de quoi, elle se mettrait en péril pour l'âme et pour le corps. Alors l'archidiacre, prenant la parole, commença par remontrer à Jeanne que tous les fidèles chrétiens étaient tenus de croire les articles de foi, et il l'invita, par forme de monition générale, à corriger et réformer ses faits et dits selon la délibération des docteurs. Comme il tenait à la main le texte de ses exhortations : « Lisez votre livre, dit Jeanne, et puis je vous répondrai. Je m'attends de tout à Dieu mon Créateur; je l'aime de tout mon cœur'. »

L'archidiacre lut donc le discours qu'il avait écrit : c'étaient les douze articles réduits à six, mais sous une forme singulièrement tempérée par les raisons qu'on donne à Jeanne et les considérations qu'on y ajoute pour la convaincre ou la séduire.

Après lui avoir rappelé qu'elle a promis de s'amender si les clercs trouvaient dans ses dits ou dans ses faits quelque chose à reprendre (I er ), il lui signale les points notés à ce titre par les docteurs : son refus de soumettre ses apparitions à l'Église ou à

homme qui vive (II); son obstination coupable à garder l'habit d'homme (III); à dire qu'en le gardant elle ne pèche pas (IV); à soutenir des révélations indignes, par leur nature , de l'origine qu'elle leur attribue , et capables d'entraîner le peuple dans Terreur (V) : révélations qui l'ont poussée elle-même à des témérités de toute sorte, en actes ou en paroles, comme quand elle prétend annoncer l'avenir, savoir qui Dieu aime, etc., ou quand elle rend honneur à des apparitions qu'elle n'a pas raison suffisante (n'ayant pas même consulté son curé) de croire de bons esprits (VI) 1 .

Cette remontrance fut faite à Jeanne en français, et sur plusieurs points on la pressa d'y répondre.

Après qu'on lui eut déclaré ce qu'était l'Église militante, et qu'on l'eut pressée d'y croire et de s'y soumettre :

« Je crois bien l'Église d'ici-bas, dit-elle; mais de mes faits et dits, ainsi qu'autrefois je l'ai dit, je m'attends et rapporte à Dieu.

— Croyez-vous que l'Église puisse se tromper?

— Je crois bien que l'Église militante ne peut errer ou faillir; mais, quant âmes dits et mes faits, je nr'en rapporte à Dieu qui m'a fait faire ce que j'ai fait. »

Elle ajouta qu'elle se soumettait à Dieu son créateur qui lui a fait faire ces choses, et s'en rapportait à lui, à sa propre personne.

« Voulez-vous dire que vous n'avez point de juge

sur la terre? et notre sain>père le Pape n'est-il pas votre juge?

— Je ne vous en dirai autre chose. J'ai bon maître, c'est à savoir Notre-Seigneur, à qui je m'attends de tout, et non à autre.

— Si vous ne voulez croire l'Église et l'article Ecclesiam sanclam catholicam, vous serez hérétique en vous y obstinant, et punie du feu par la sentence d'autres juges.

— Je ne vous en dirai autre chose; et si je voyais le feu , si dirais-je ce que je vous dis, et n'en ferais autre chose. »

(Superba responsio! écrit le greffier en marge de son procès-verbal.)

« Si le concile général, comme notre saint-père, les cardinaux et autres membres de l'Église, étaient ici, voudriez-vous vous en rapporter et vous soumettre à eux?

— Vous n'en tirerez de moi autre chose. »

Mais le juge insista :

« Voulez-vous vous soumettre à notre saint-père le Pape?

— Menez-m'y, et je lui répondrai. »

C était une réponse sérieuse à une question qui ne l'était pas : car personne dans le parti anglais ne voulait l'appel au pape. Le juge vit qu'il était allé trop loin et changea de matière 1 .

Il passa à la question de l'habit et ne fut pas plus heureux. Jeanne, faisant tomber d'un mot toutes les

fausses imputations de ses accusateurs, répondit quelle voulait bien prendre longue robe et cbaperon de femme pour aller à l'église et 'recevoir son Sauveur, comme elle l'avait dit autrefois (ce point est à noter) , pourvu que tantôt après, elle le quittât et reprît l'autre. On insista sur ce qu'elle l'avait pris sans nécessité, et spécialement depuis qu'elle est en prison. Et elle, sans rien dire des raisons impérieuses qui le lui faisaient garder en prison, elle répondit :

« Quand j'aurai fait ce pour quoi je suis envoyée de par Dieu, je prendrai l'habit de femme.

— Croyez- vous faire bien de prendre l'habit d'homme? dit le juge, suivant imperturbablement son thème.

— Je m'en attends à Notre-Seigneur. »

Et comme le juge lui remontrait qu'en prétendant qu'elle faisait bien, et en disant que Dieu et les saints le lui faisaient faire, elle les blasphémait, elle répondit simplement :

« Je ne blasphème point Dieu ni ses saints. »

On insista encore pour qu'elle renonçât à porter l'habit d'homme et à croire qu'elle faisait bien de le porter; mais elle dit qu'elle n'en ferait autre chose'.

On en vint alors à ses apparitions : si elles n'étaient feintes, elles étaient diaboliques; on n'admettait pas d'autre alternative. On lui demanda si, toutes les fois que sainte Catherine et sainte Marguerite venaient, elle se signait du signe de la croix.

« Quelquefois, dit-elle , sans attacher à la question

d'autre importance, je fais le signe de la croix, d'autres fois, non. »

De ses révélations et de ses prédictions, elle dit qu'elle s'en rapportait à son juge, c'est à savoir Dieu; et ajouta qu'elles lui venaient de Dieu sans autre intermédiaire. Quant au signe donné au roi , on lui demanda si elle voulait s'en remettre à l'archevêque de Reims, au sire de Boussac, à Charles de Bourbon, à La Trémouille ou à La flire qui étaient présents, avait-elle dit, quand l'ange apporta la couronne, ou si elle voulait s'en rapporter à d'autres de son parti, qui écriraient sous leur sceau ce qui en était.

(r Baillez-moi un messager, dit-elle, et je leur écrirai de tout ce procès. »

Ce n'est que dans ces conditions et sous celte forme qu'elle accepta de s'en rapporter à eux.

« Si on vous envoie trois ou quatre chevaliers de votre parti, qui viennent ici par sauf-conduit, voudrez-vous vous en remettre à eux de vos apparitions et des choses contenues en ce procès ?

— Qu'on les fasse venir, et je répondrai. »

On lui demanda enfin si elle voulait s'en référer à l'Église de Poitiers où elle avait été examinée. Mais Jeanne, excédée de ces offres sans bonne foi :

<< Me cuidez-vous prendre par cette manière, et par là m'attirer à vous 1 ? »

On conclut en l'exhortant en général à se soumettre à l'Eglise, sous peine d'être laissée par l'Eglise. « Et si l'Église vous laissait, continuait le juge,

vous seriez en grand péril de corps et d'âme; car vous pourriez bien encourir la peine du feu éternel quant à l'âme, et du feu temporel quant au corps par la sentence d'autres juges. »

Elle répondit :

« Vous ne ferez jà ce que vous dites contre moi, qu'il ne vous en prenne mal au corps et à l'âme. »

On lui demanda de dire une cause pour quoi elle ne s'en rapportait point à l'Église. Elle aurait pu dire qu'elle ne s'en rapportait point à l'Église des Anglais; mais elle ne voulut faire aucune autre réponse. Vainement les docteurs insistèrent tour à tour dans le même sens : ils n'obtinrent rien de plus. Enfin l'évêque l'avertit d'y faire bien attention et de se bien < aviser sur les admonitions et conseils charitables qu'elle venait de recevoir.

« Quel temps me donnez-vous pour m'aviser? dit Jeanne.

— C'est à présent même qu'il le faut faire. »

Et comme elle ne répondait pas davantage , l'évêque se retira, et elle fut ramenée à sa prison 1 .

On voulut employer le dernier moyen pour la faire parler, la torture. Le 9 mai , l'évêque la fit mener dans la grosse tour du château de Rouen. Il avait avec lui l'abbé de Saint-Corneille de Compiègne, Jean de Châtillon et Guillaume Érard; André Marguerie et Nicolas de Venderez, archidiacres de Rouen ; Guillaume Haiton et Aubert Morel , Nicolas Loyseleur, et l'huissier Jean Massieu. L'évêque lui signala plusieurs

points de son procès où elle était soupçonnée de n'avoir pas dit la vérité; et il lui dit que, si elle ne la voulait déclarer, on la mettrait à la torture, dont on lui faisait voir les instruments étalés à l'entour. Les bourreaux étaient là, tout prêts à remplir leur office « pour la ramener dans les voies de la vérité, » comme disait l'évêque, « afin d'assurer par là le salut de son âme et de son corps , si gravement compromis par ses inventions erronées. » Jeanne répondit :

« Vraiment, si vous me deviez faire détraire (arracher) les membres et faire partir l'âme hors du corps, si ne vous dirai-je autre chose; et si je vous disais autre chose, après je vous dirais toujours que vous me l'auriez fait dire par force. »

C'était d'un mot faire voir ce que vaut la torture. Elle ne refusa point d'ailleurs de parler, mais elle le fit pour confirmer toutes ses paroles. Elle dit que le lendemain de son dernier interrogatoire public, à la fête de la Sainte-Croix (3 mai), elle avait eu le secours de saint Gabriel : « Et croyez que ce fut saint Gabriel, dit-elle; mes voix me l'ont fait connaître. » Elle dit encore qu'elle avait demandé conseil à ses voix pour savoir si elle devait se soumettre à l'Eglise comme on la pressait de le faire , et qu'elles lui avaient dit, que si elle voulait que Notre-Seigneur lui aidât, elle s'attendît à lui de tous ses faits. Elle ajouta, contre les imputations qui rapportaient ses apparitions au malin esprit, qu'elle savait que Notre- Seigneur avait toujours été maître de ses faits, et que

l'ennemi n'y avait jamais eu puissance. Enfin elle avoua qu'elle avait demandé à ses voix si elle serait brûlée, et que ses voix lui ont répondu qu'elle s'en attende à notre Sire, et qu'il lui aidera. On lui reparla de la couronne donnée, selon qu'elle l'avait prétendu, à l'archevêque de Reims, et on lui demanda si elle voulait s'en rapporter à lui. Posée par les juges , la question ne pouvait pas être douteuse ; posée par Jeanne, rien n'eût été plus facile que de s'y entendre. Elle répondit :

« Faites-le venir et que je l'entende parler, et puis je vous répondrai. Il n'oserait dire le contraire de v ce que je vous ai dit 1 . »

Les juges, frappés de sa fermeté , comprirent que la torture n'y ferait rien, et crurent sage d'y surseoir. Ils se réunirent, le 12, pour en délibérer de nouveau, et résolurent d'y renoncer définitivement, les uns disant que la question était inutile, que l'on avait sans torture assez ample matière ; les autres, que le procès était bien fait, et qu'il ne fallait point par là l'exposer à la calomnie. Dans la minorité qui approuvait la.torture, on compte le jeune et brillant docteur Thomas de Courcelles, et celui qui s'était fait agréer comme confesseur de Jeanne, Nicolas Loyseleur*.

Les choses marchaient vers la conclusion. Dès après la séance du 2 mai, quand Jeanne eut publiquement refusé de s'en remettre, touchant ses faits, à la décision de l'Église, dans les termes où on l'y invitait,

le chapitre de Rouen se réunit, et renonçant au délai qu'il avait réclamé d'abord, il n'hésita plus à déclarer que l'opinion des docteurs sur les assertions de Jeanne lui paraissait fondée en raison, et que Jeanne, vu son obstination , devait être réputée hérétique (4 mai). C'était déjà un suffrage important pour l'évêque de Beauvais; mais depuis, il en avait reçu un autre de bien plus grande autorité, un suffrage auquel beaucoup d'autres s'étaient référés par avance : je veux dire l'avis officiel de l'Université de Paris

L'Université de Paris avait reçu, un peu tard, communication des douze articles. Les trois docteurs, ses suppôts, chargés de les lui remettre, Jean Beaupère, Jacques de Touraine et Nicole Midi, étaient partis de Rouen à la suite de l'Exhortation charitable du 1 8 avril, et devaient lui donner de vive voix toute explication sur l'affaire dont ils avaient suivi les débats. L'Université avait dès l'origine vivement désiré d'attirer à elle le procès de Jeanne d'Arc; elle se jeta avec passion encore sur ces restes qu'on lui en donnait. Le 29 avril, elle se réunit à Saint-Bernard pour prendre connaissance et des articles, et des lettres du roi d'Angleterre et des juges de Rouen qui les accompagnaient. Sur la proposition du recteur, elle chargea les deux facultés de théologie et des décrets (de droit) d'examiner chacune à part la pièce soumise à ses délibérations, et, le 14 mai, elle s'assembla de nouveau pour entendre leurs rapports *.

Jean de Troyes, remplissant les fonctions de doyen u 11

de la faculté de théologie, prit le premier la parole, et lut la réponse de la faculté à chacun des douze articles.

1° Les apparitions de Jeanne: La faculté déclare que, vu la fin, le mode et la matière des révélations, la qualité de la personne et les autres circonstances, elles lui paraissent fictives, mensongères, séductrices et inspirées plutôt par les esprits diaboliques ; et elle les nomme : à savoir, Déliai, Satan et Behemmoth.

2° Le signe du roi : Mensonge présomptueux et pernicieux, attentatoire à la dignité des anges.

3° Les visites de saint Michel, de sainte Catherine et de sainte Marguerite , et la foi qu'y a la Pucelle: Croyance téméraire et injurieuse dans sa comparaison aux vérités de la foi.

4° Les prédictions : Superstition, divination et vaine jactance.

5° L'habit d'homme porté par commandement de Dieu : Blasphème envers Dieu, mépris de Dieu dans ses sacrements, violation de la loi divine et des sanctions ecclésiastiques, et suspicion d'idolâtrie.

6° Les lettres: Elles peignent la femme : traîtresse, perfide, cruelle, altérée de sang humain, séditieuse, poussant à la tyrannie, blasphématrice de Dieu.

7° Le départ pour Chinon: Impiété filiale, violation du commandement d'honorer père et mère, scandale, blasphème, aberration dans la foi, etc.

8° Le saut de Beaurevoir : Pusillanimité tournant au désespoir et à l'homicide, assertion téméraire tou

chant la remise de la faute, erreur sur le libre arbitre.

9° Confiance de Jeanne en son salut : Assertion présomptueuse et téméraire, mensonge pernicieux, etc.

1 0° Que sainte Catherine et sainte Marguerite ne parlent pas anglais, etc. : Blasphème envers sainte Catherine et sainte Marguerite; violation du précepte de l'amour du prochain.

1 1 ° Les honneurs qu'elle rend àjses saintes : Idolâtrie, invocation des démons, etc.

12° Refus de s'en rapporter de ses faits à VÊglise : Schisme, mépris de l'unité et de l'autorité de l'Église, apostasie, obstination dans l'erreur

Guérold de Boissel, doyen de la faculté des décrets, lut ensuite les délibérations de sa faculté, résumées en six points :

Si cette femme, disait la faculté, était dans son bon sens quand elle a affirmé les propositions contenues dans les douze articles, on peut dire, par manière de conseil et de doctrine, et pour parler charitablement :

1° Qu'elle est schismatique comme se séparant de l'obéissance de l'Église ;

2° Hors de la foi, comme contredisant à l'article Vnam sanctam Ecclesiam catholicam y

3° Apostate, comme s'étant coupé les cheveux que Dieu lui a donnés pour voiler sa tête, et ayant quitté l'habit de femme pour l'habit d'homme ;

4° Vicieuse et devineresse, quand elle se dit envoyée

164 LIYRE SEPTIÈME.

de Dieu sans le montrer par des miracles ou par des témoignages de l'Écriture, comme fit Moïse, comme fit saint Jean-Baptiste ;

5° Égarée dans la foi, quand elle demeure sous le coup de l'anathème prononcé par les canons, quand elle aime mieux ne pas communier aux temps marqués par l'Église que de laisser l'habit d'homme ;

6° Abusée, quand elle se dit aussi sûre d'aller en paradis que si elle y était.

C'est pourquoi, si, aveclie charitablement, elle ne veut pas revenir à l'unité de la foi catholique et donner satisfaction, elle doit être abandonnée aux juges séculiers pour subir le châtiment de son crime

Cette lecture faite, le recteur demanda si c'était bien l'avis des deux facultés; et, sur la réponse affirmative des doyens, il soumit les deux actes à l'approbation du corps entier. L'Université se sépara pour en délibérer par faculté et par nations, et bientôt, se réunissant en assemblée générale, elle déclara qu'elle les approuvait \

A l'expédition authentique de ces actes qui fut remise aux trois envoyés de Rouen, étaient jointes les lettres de l'Université, tant pour l'évêque de Beauvais que pour le roi d'Angleterre. L'Université complimentait l'évêque du zèle qu'il avait montré, comme un bon pasteur, contre cette femme dont le venin avait infecté tout le troupeau des fidèles en Occident; elle louait la marche du procès et sa conformité au droit, vantait les docteurs qui n'y avaient épargné ni leurs person-

nés ni leurs peines, et recommandait à la sollicitude paternelle de l'évêque de ne rien négliger, jusqu'à ce qu'il eût vengé la majesté divine de l'insulte qu'elle avait reçue. Dans sa lettre au roi d'Angleterre, elle louait lé prince de l'ardeur avec laquelle il avait, en cette occasion, défendu la foi et extirpé l'erreur. Elle rappelait les lettres qu'elle lui avait écrites elle-même touchant la Pucelle, donnait son approbation au procès, et suppliait le prince de faire toute diligence pour qu'il fût mené à terme brièvement : car, en vérité, disait-elle, « la longueur et dilation est très* périlleuse, et si est très-nécessaire, sur ce, notable et grande réparation, à ce que le peuple, qui par icelle femme a été moult scandalizé, soit réduit abonne et sainte doctrine et crédulité* 1 . »

Ces pièces à peine arrivées, le 1 9 mai, l'évêque de Beauvais réunit les assesseurs dans la chapelle du palais archiépiscopal de Rouen pour leur en donner lecture. Tous y adhérèrent, et alors chacun fut invité à donner son avis sur la marche à suivre pour arriver à la conclusion*.

Gilles, abbé de Fécamp, opina que l'on prît jour pour que le promoteur dît s'il avait quelque chose à ajouter, et qu'on avertît Jeanne. D'autres pensaient que l'affaire était suffisamment instruite, et qu'il ne restait qu'à conclure en présence des parties. La plupart adoptaient purement et simplement l'avis de l'Université de Paris : avertir Jeanne charitablement, soit en particulier soit en public, lui faire connaître la

peine à laquelle son obstination l'exposait. Et si elle se

refusait à ces instances, les uns s'en remettaient au »

juge de ce qui resterait à faire, les autres prononçaient d'eux-mêmes qu'elle devait être déclarée hérétique et livrée au bras séculier. Quelques-uns pensaient qu'on pouvait le même jour conclure et prononcer la sentence, et la livrer au bras séculier 1 .

L'évêque, après avoir recueilli ces opinions, annonça, conformément à l'avis du plus grand nombre, qu'il emploierait encore auprès de Jeanne l'admonition charitable pour la ramener dans la voie de la vérité et du salut de son âme et de son corps : après quoi il procéderait selon leur sentiment, fermerait le débat et prendrait jour pour prononcer la sentence.

Le 23 mai, il fit amener Jeanne dans une salle voisine de sa prison. Il y siégeait, ayant à ses côtés les évêques de Thérouanne et de Noyon, et quelques-uns des docteurs que Ton a déjà vus au procès, Jean de Châtillon,Jean Beau père, Nicole Midi,GuillaunieÉrard, Pierre Maurice, André Marguerie et Nicole de Venderez. Pierre Maurice était chargé d'exposer à l'accusée les fautes, les crimes et les erreurs où elle était tombée, au sentiment de l'Université de Paris, c'est-à-dire de lui reproduire en substance et sous les voiles de son discours l'acte capital qu'on lui dérobait toujours dans sa forme officielle, et de l'inviter à renoncer à ses erreurs et à se soumettre au jugement de l'Église.

« Jeanne, disait-il, tu as dit que, depuis l'âge de treize ans environ, tu as eu des révélations; que des

anges, que sainte Catherine et sainte Marguerite te sont apparus, que tu les as vus fréquemment des yeux de ton corps, qu'ils t'ont parlé et te parlent encore souvent, qu'ils t'ont dit plusieurs choses exposées plus pleinement dans ton procès. Or les clercs de l'Université de Paris et d'autres, considérant le mode et la fin de ces apparitions, la matière des choses révélées et la qualité de ta personne, ont dit que ces choses sont feintes, séductrices et pernicieuses, ou que de telles révélations et apparitions procèdent des esprits diaboliques.

« Tu as dit.... » Et il reprenait ainsi, en résumé, chacun des douze articles, en les faisant suivre du jugement de l'Université de Paris

Après quoi, procédant à l'exhortation charitable :

« Jeanne, ma très-chère amie, disait-il, il est temps, maintenant que l'on touche au terme de votre procès, de bien peser ce qui a été dit... »

Il lui rappelait combien de fois on l'avait pressée de se soumettre à l'Église, l'obstination de ses refus et la longanimité de ses juges, qui, étant en mesure de prononcer dans la cause, avaient voulu soumettre ses paroles à l'examen de l'Université de Paris. L'Université a répondu, et les juges veulent supplier Jeanne encore de revenir sur ses résolutions, de ne se point faire retrancher de la communion de Jésus-Christ pour aller se perdre avec les ennemis de Dieu. Le prédicateur l'invitait à se défier de cet ennemi du

genre humain, qui, pour le séduire, se transforme quelquefois en ange de lumière :

« C'est pourquoi , ajoutait-il , si quelque chose de tel vous est apparu , n'y croyez pas, mais bien plutôt repoussez toute adhésion de votre esprit à de semblables choses, acquiesçant aux dires et aux opinions de l'Université de Paris et d'autres docteurs qui connaissent la loi de Dieu et la sainte Écriture, et jugent qu'on ne doit point croire à de semblables apparitions ni à aucune apparition extraordinaire, si ce n'est sur l'autorité de la sainte Écriture ou d'un signe suffisant, et d'un miracle. Or vous n'avez eu ni l'une ni l'autre de ces garanties ; vous y avez cru légèrement, sans vous tourner à Dieu par une oraison fervente, pour qu'il vous en assurât; vous n'avez recouru ni à un prélat, ni à quelque autre homme d'Église éclairé qui pût vous instruire, ce que vous auriez dû faire, vu votre état et la simplicité de votre savoir. Et prenez un exemple : Si votre roi, de son autorité, vous avait commis la garde de quelque forteresse, vous défendant d'y recevoir personne; quand même quelqu'un dirait qu'il vient en son nom, à moins qu'il ne vous apportât des lettres ou quelque signe certain, vous ne devriez le croire ni le recevoir. Ainsi, lorsque Notre Seigneur Jésus-Christ, montant au ciel, a commis au bienheureux Pierre, apôtre, et à ses successeurs le gouvernement de son Église, il leur a défendu de recevoir désormais aucun de ceux qui viendraient en

son nom, si cela n'était établi suffisamment autrement que par leur dire. C'est donc chose certaine : vous n'avez pas dû ajouter foi à ceux que vous dites vous être venus de cette sorte; et nous, de même, nous ne devons pas vous croire, puisque le Seigneur nous ordonne le contraire.

« Jeanne, remarquez-le bien encore : si, dans les États de votre roi, lorsque vous y étiez, un chevalier ou tout autre, né sous sa domination et son obéissance, s'était levé, disant : « Je n'obéirai point au « roi et je ne me soumettrai point à ses officiers, » n'auriez-vous pas dit qu'il dût être condamné? Que direz-vous donc de vous-même, qui êtes née dans la foi du Christ, devenue , par le sacrement du baptême, fille de l'Église et épouse de Jésus-Christ, si vous n'obéissez point aux officiers du Christ, c'està-dire aux prélats de l'Église? quel jugement porterez-vous de vous-même? Cessez donc, je vous prie, de parler de la sorte, si vous aimez Dieu votre créateur, votre précieux époux et votre salut, et obéissez à l'Église en acceptant son jugement. Sachez que, si vous ne le faites et si vous persévérez dans cette erreur, votre âme sera condamnée au supplice éternel, livrée à des tourments sans ûn ; et quant au corps, je doute fort qu'il ne vienne en perdition ! Que le respect humain ne vous retienne pas, ni cette fausse honte qui peut-être vous domine, parce que vous avez été en de grands honneurs que vous pensez perdre en agissant comme je dis. Il faut préférer l'honneur de

Dieu et le salut tant de votre corps que de votre âme : or tout cela se perd si vous ne faites ce que j'ai dit, parce que, de cette sorte, vous vous séparez de l'Église et de la foi que vous avez promise au sacré baptême; vous mutilez l'autorité de Dieu et celle de l'Église, qui pourtant est conduite, régie et gouvernée par l'autorité de Dieu et par son Esprit. Il a dit aux prélats de l'Église : « Qui vous écoute m'écoute, et ce qui vous méprise me méprise. » Lors donc que vous ne voulez pas vous soumettre à l'Église, de fait vous vous en séparez, et, en refusant de vous soumettre à elle, vous refusez de vous soumettre à Dieu. Vous errez contre l'article Unam sanctam Ecclesiam, dont le caractère et l'autorité vous ont été suffisamment montrés* dans les précédentes admonitions. Cela étant, je vous avertis donc, dé la part de messeigneurs 1 evêque de Beauvais et le vicaire de l'inquisiteur, vos juges, je vous avertis, vous prie et vous conjure, par cette piété que vous avez pour la passion de votre Créateur, par l'intérêt que vous prenez au salut de votre âme et de votre corps, de corriger et redresser les choses susdites, et de rentrer dans la voie de la vérité en obéissant à l'Église, en acceptant son jugement et sa détermination dans les choses qui ont été dites. Et en agissant ainsi, vous sauverez votre âme et rachèterez, comme je pense, votre corps de la mort. Mais si vous ne le faites et que vous vous obstiniez, sachez que votre âme sera frappée de damnation, et je crains la destruction de votre corps:

desquelles choses daigne vous préserver Jésus - Christ 1 ! » •

Jeanne écouta cette admonition, et sans se laisser ébranler par les prières plus que par les menaces, elle dit :

« Quant à mes faits et mes dits que j'ai dits au procès, je m'y rapporte et m'y veux soutenir.

— Croyez-vous que vous ne soyez point tenue de soumettre vos dits et faits à l'Église militante ou à autre qu'à Dieu ?

— La manière que j'ai toujours dite et tenue au procès, je la veux maintenir quant à ce. »

Et elle ajouta :

a Si j'étais en jugement et voyais le feu allumé, et les bourrées allumées et le bourreau prêt à bouter le feu ; si j'étais dans le feu, je n'en dirais autre chose et soutiendrais ce que j'ai dit au procès, jusqu'à la mort. »

Le juge demanda au promoteur et à Jeanne s'ils n'avaient rien à ajouter ; et sur leur réponse négative, il déclara la clôture du débat, renvoyant au lendemain pour prononcer la sentence et procéder au delà « comme de droit et de raison *. »

Les juges pouvaient maintenant condamner Jeanne ; mais tant qu'elle demeurait ferme dans ses affirmations, l'impression qu'elle avait faite dans les esprits restait entière, et le jugement, en quelque nom qu'on le prononçât, était révocable au tribunal de l'opinion publique. Il fallait donc obtenir qu'elle se condamnât elle-même, qu'elle abjurât. On tenta un dernier effort pour ébranler la jeune fille. Ni la prison, ni le secret des interrogatoires privés, ni la solennité des séances générales n'avaient pu l'émouvoir : on voulut mettre en œuvre l'impression de la foule ramassée sur la place publique, et la vue du bourreau.

Au jour fixé par l'évéque, le jeudi après la Pentecôte, 24 mai, deux écbafauds furent dressés dans le cimetière de l'abbaye de Saint-Ouen. Sur l'un siégeait

l'évêque,et avec lui le cardinal de Winchester, oncle du roi, et une nombreuse assistance d'abbés, de prêtres et de docteurs; l'autre attendait Jeanne 1 .

Avant de l'y conduire, on n'avait rien négligé qui pût servir à la fin proposée. Dès le matin, Jean Beaupère, le plus habile et le plus considérable des docteurs, le bras droit de l'évêque, Tétait venu trouver à la prison pour lui annoncer la cérémonie préparée. Il lui dit, que, si elle était bonne chrétienne, elle déclarerait s'en remettre sur toutes choses en l'ordonnance de notre sainte mère l'Église : et, de quelque manière qu'il lui ait présenté la chose, il prétendit, au jugement de réhabilitation, qu'elle promit de le faire. N. Loiseleur vint ensuite : il lui avait été donné à titre de conseil; et sur le lieu même de la cérémonie, comme on avait placé Jeanne au seuil d'une petite porte, avant de la faire monter sur l'échafaud, il était près d'elle, l'exhortant de toute sa force à faire ce qu'on lui demanderait, et l'assurant qu'il ne lui arriverait rien de mal, qu'elle serait remise à l'Église. C'est ainsi préparée qu'elle arriva sur l'échafaud, où un prédicateur de grand renom, G. Érard, devait porter le dernier coup*.

Si l'on en croit le serviteur d'Érard; Jean de Lenosoliis , qu'on entendit au procès de réhabilitation , le prédicateur n'accepta pas volontiers cette tâche: il disait qu'elle lui déplaisait fort et qu'il aimerait mieux être en Flandre; mais il s'en acquitta avec un zèle qui n'eût point laissé aux

Anglais même le moindre soupçon de son mauvais vouloir 1 .

Il prêcha sur ce texte de saint Jean : « La branche ne peut porter de fruit elle-même, si elle ne demeure sur la vigne; » et il exposa avec ampleur comment tous les catholiques doivent demeurer sur la vraie vigne de notre sainte mère l'Église, que la main de Jésus-Christ a plantée : montrant que Jeanne, par ses erreurs et par ses crimes, s'était séparée de l'unité de FÉglise, et avait, de mille sortes, scandalisé le peuple chrétien.

Au milieu de cette longue diatribe, qui se résumait en ces mots : sorcière, hérétique, schismatique, le prédicateur, entraîné par son ardeur :

« 0 France! s'écria-t-il , tu es bien abusée! Tu as toujours été la chambre (maison) très-chrétienne; et Charles qui se dit roi, et de toi gouverneur, s'est adhéré comme hérétique et schismatique (tel est -il) aux paroles et aux faits d'une femme inutile, diffamée et de tout déshonneur pleine; et non pas lui seulement, mais tout le clergé de son obéissance et seigneurie, par lequel elle a été examinée et non reprise, comme elle a dit. »

Puis, se tournant vers Jeanne, et, pour donner plus de force à l'apostrophe, l'interpellant de la main :

« C'est à toi, Jeanne, à qui je parle, et te dis que ton roi est hérétique et schismatique. »

Jeanne avait accepté toutes ces injures pour elle; niais, entendant qu'elles montaient jusqu'au roi :

« Par ma foi ! sire, dit-elle , révérence gardée, je vous ose bien dire et jurer, sur peine de ma vie, que c'est le plus noble chrétien de tous les chrétiens, et qui mieux aime la foi et l'Église.

— Fais-la taire, » dit à l'huissier le prédicateur, mal content de son interpellation.

Il reprit son discours, et à la fin, s'adressant à elle sur un ton plus adouci :

« Voici, dit-il, messeigneurs les juges qui, plusieurs fois, vous ont sommée et requise de soumettre tous vos faits et dits à notre sainte mère l'Église, vous montrant qu'en vos dits et faits étaient plusieurs choses lesquelles, comme il semblait aux clercs, n'étaient bonnes à dire et à soutenir. »

Il s'attendait sans doute au dénoûment dont l'avait pu flatter Jean Beau père. Jeanne dit :

« Je vous répondrai. »

Et, vraiment inspirée :

« Quant à la soumission à l'Église, je leur ai répondu. Je leur ai dit en ce point, que toutes les choses que j'ai faites ou que j'ai dites, soient envoyées à Rome, devers notre saint-père le Pape, auquel, et à Dieu premier, je me rapporte; et, quant aux dits et faits que j'ai faits , je les ai faits de par Dieu. »

Elle ajouta que de ses faits et dits, elle ne chargeait personne, ni son roi, ni aucun autre, et que s'il y avait quelque faute, c'est à elle et non à un autre qu'il le fallait rapporter.

On lui demanda si elle ne voulait pas révoquer

ceux de ses faits ou de ses dits qui étaieut réprouvés par les clercs. Elle répondit :

« Je m'en rapporte à Dieu et à notre saint-père le Pape 1 . »

Cette scène où les juges avaient cherché la glorification puhlique de leur procès allait tourner à leur confusion. Comment accuser de ne point se soumettre à l'Église celle qui s'en rapportait au Pape ? Ne pouvait-on pas, avec bien plus de raison, accuser de mépris pour l'autorité de l'Église ceux qui ne tenaient aucun compte de cet appel fait à son chef? Les juges embarrassés représentèrent « qu'on ne pouvait pas aller quérir notre saint-père si loin; que les ordinaires étaient juges chacun dans leur diocèse ; qu'il fallait qu'elle s'en rapportât à notre sainte mère l'Église ainsi entendue, et qu'elle tînt ce que les clercs et les gens en ce se connaissant en disaient et avaient déterminé de ses dits et de ses faits f .»

Tous les voiles tombaient donc : l'Église, c'étaient ses juges ; c'est à l'ennemi qu'elle avait eu mission de combattre et de chasser de France que l'on voulait qu'elle s'en remît, sous peine de schisme et d'hérésie, de la vérité de sa mission. 11 fallait bien conclure. Érard prit la cédule où étaient énumérées les diverses choses dont on l'accusait, et la somma de les abjurer. Mais qu'était-ce qu'abjurer? Elle n'en savait rien, ni surtout combien ce qu'on lui présentait comme moyen de salut offrait de périls.... Elle demanda donc ce que cela voulait dire, et l'huissier Massieu, chargé par

Il 12

Érard de le lui expliquer, en profita pour lui dire à quoi elle s'exposait si elle revenait jamais sur le désaveu qu'on aurait obtenu d'elle. Elle suivit son conseil et dit à haute voix :

« Je m'en rapporte à l'Église universelle si je les dois abjurer ou non. .

— ► Tu les abjureras présentement ou tu seras arse aujourd'hui même, » s'écria Érard furieux.

N. Loyseleur, qui ne l'avait point quittée, lui répétait : « Faites que je vous ai dit ; reprenez l'habit de femme. » Tout le monde la pressait : « Faites ce qui vous est conseillé. Voulez-vous vous faire mourir ?» Et les juges eux-mêmes prenaient le langage de la compassion : « Jeanne, nous avons tant pitié de vous! Il faut que vous retranchiez ce que voirs avez dit ou que nous vous livrions à la justice séculière. » Jeanne protestait toujours qu'elle n'avait rien fait de mal, qu'elle croyait aux douze articles de foi et aux commandements de Dieu, disant de plus qu'elle s'en référait à la cour de Rome et croyait ce que la cour croyait. Et comme on insistait : « Vous vous donnez bien du mal pour me séduire, » ajoutait-elle 1 .

Cependant l'évêque, ayant par trois fois inutilement renouvelé ses sommations, commença à lire la sentence. L'heure était redoutable : et qui s'étonnera qu'une pauvre fille y succombe ? Épuisée par la lutte et comme étourdie par ces voix de toutes sortes, conseils, menaces, prières, elle tombe tout à coup dans ce silence imposant où il semble que tout le monde

l'abandonne devant le juge qui la condamne et le bourreau qui l'attend. Elle cède; elle dit : « Je me soumets à l'Église ; » et elle priait encore saint Michel de l'aider et de la conseiller. On se hâta de prendre acte de sa soumission en forme authentique. Ce long débat, etplus encore la lutte intérieure qu'elle avait dû subir, avaient brisé tout ressort en elle. L'huissier Massieu lui lisait la formule, et elle la redisait après lui comme sans savoir ce que cela voulait dire ; elle souriait en répétant les mots, si bien que plusieurs croyaient qu'elle se moquait 1 .

La formule d'abjuration, telle qu'elle estau procès, donnait pleine satisfaction aux juges. Jeanne contresignait les douze articles et les plusviolentos qualifications de l'accusateur. Elle confessait quelle avait très-grièvement péché en feignant mensongèrement « avoir eu des révélations et apparitions de par Dieu, en séduisant les autres, en faisant superstitieuses divinations, en blasphémant Dieu et ses saints j » qu'elle avait transgressé la loi divine, la sainte Écriture et les canons «en portant habit dissolu, difforme et déshonnête contre la décence de nature, et cheveux rognés en rond en guise d'homme contre toute honnêteté du sexe de femme ; » en portant les armes, « en désirant crueusement (cruellement) effusion de sang humain ; » en disant qu'elle avait fait tout cela par commandement de Dieu, et qu'elle avait bien fait ; « en méprisant Dieu et ses sacrements ; » en faisant sédition, idolâtrant et invoquant les mauvais

esprits^. Elle confessait de plus qu'elle avait été schismatique et par plusieurs manières avait erré dans la foi. Lesquels crimes et erreurs elle abjurait, se soumettant à la correction de l'Église et à bonne justice, et promettant à saint Pierre et au pape, comme à l'évêque et aux juges présents, de n'y plus retomber 1 .

Cette formule, qui figure au procès et en français et en latin, a pourtant contre elle des difficultés assez graves. C'est qu'elle est très-longue (nous l'avons fort abrégée), et, au témoignage de tous ceux qui l'ont vue et entendue, la formule lue à Jeanne était fort courte. Elle dura à peu près comme un Pater noster, dit Pierre Miget; et elle fut lue deux fois, Jeanne répétant les mots après Massieu. Elle avait six lignes de grosse écriture, dit le greffier Taquel, qui était proche; six ou sept lignes, disent J. Monnet et G. de La Chambre et ce dernier ajoute qu'il était assez près pour en voir les mots. Mais on n'a pas seulement le témoignage de ceux qui l'ont vue ou entendue, on a la parole de celui qui l'alue à Jeanne. Massieu déclare « que la formule contenait huit lignes au plus, et qu'il sait fermement que ce n'est pas celle dont il est parlé au procès ; que la formule insérée au procès n'est pas celle qu'il a lue lui-même et que Jeanne a , signée*. »

Il n'est pas impossible, en effet, qu'en vue de. l'accusation, on ait dressé cette longue formule qui la résume et la sanctionne. Mais il n'est pas invraisemblable non plus qu'en vue de l'accusée et de ce qu'on

voulait obtenir d'elle, on en ait proposé une autre moins susceptible de provoquer la révolte de sa conscience. Il y était dit qu'elle ne porterait plus les armes, ni l'habit d'homme, ni les cheveux coupés en rond, et . plusieurs autres choses, dit Massieu; selon un autre témoin, elle y disait qu'elle s'était rendue coupable du crime de lèse-majesté et qu'elle avait séduit le peuple; et probablement (la suite tient lieu de témoignage en ce point) qu'elle s'en remettait de ses dits et de ses faits à l'Église : avec le protocole et la conclusion de rigueur, sept ou huit lignes n'en pouvaient guère tenir davantage.

Voilà ce qu'on lut à Jeanne, et ce n'est pas ce qu'on lit au procès- verbal sous son nom. Le procès-verbal a-t-il faussement donné, avec son signe et son nom, une pièce qu'elle n'a pas signée, ou comment a-t-elle signé une pièce qu'on ne lui a pas lue? Si le faux n'est pas supposable avec la connivence du greffier, on doit le chercher dans une substitution d'une autre sorte, et on en peut trouver la trace dans un témoignage recueilli au procès de réhabilitation. Si l'on en croit Haimond de Macy, qui était là, un Anglais, le secrétaire du roi d'Angleterre, Jean Calot, serait venu ici en aide aux juges. Dès que Jeanne eut cédé, dit le témoin, il tira de sa manche un petit papier qu'il lui donna à signer, et ce fut lui qui, mal content du signe qu'elle y avait tracé, lui tintlamaiii et la guida pour qu'elle y mît en toutes lettres son nom 1 .

Une chose pressait encore les juges d'abréger

la scène : c'est qu'elle était fort mal goûtée des Anglais. Les Anglais croyaient toucher au terme de ce procès dont les longueurs suspendaient tout pour eux : • car, tant que Jeanne vivait, ils n'osaient, on l'a vu, rien entreprendre. Ils étaient venus, sûrs de la ressaisir enfin : puisque, si elle s'obstinait, comme on devait s'y attendre, la sentence la livrait au bras séculier, et le bourreau était là. Ils ne comprenaient donc rien aux efforts des juges pour obtenir qu'elle abjurât, et plus d'une fois ceux-ci furent interrompus par des murmures. Mais quand on vit qu'ils avaient réussi,' la fureur fut au comble : on leur jeta des pierres; un chapelain du cardinal de Winchester, qui se trouvait auprès de l'évêque, l'appela traître. « Vous avez menti, » dit l'évêque. — L'évêque avait raison : le chapelain avait menti 1 .

Pour rendre à l'Angleterre l'autorité qu'elle avait perdue, il ne suffisait pas de brûler Jeanne, comme le croyait cette soldatesque superstitieuse qui ajournait jusqu'à sa mort toute espérance de la victoire. C'était peu que de la faire mourir, si on ne frappait d'abord sa mission. Or pour l'atteindre, rien de sûr, nous lavons dit, que son propre désaveu. Il le fallait avoir à tout prix, dût-on l'acheter pour le moment par la grâce de la vie. D'ailleurs, l'abjuration acquise, la grâce était facilement révocable. La fermeté avec laquelle Jeanne avait, pendant près de deux mois, soutenu devant ses juges la vérité de sa mission, marquait assez comme elle en était convaincue : et

ces convictions ne se perdent pas dans un moment d'étourdissernent, de lassitude ou même de faiblesse. De plus elle n'avait pas seulement renoncé à ses idées, elle avait renoncé à son habit d'homme. Or, il y avait un moyen infaillible de lui faire reprendre cet habit : c'était, au pis aller, de ne lui en pas laisser d'autre. 11 n'en fallait pas plus pour qu'elle devînt relapse. L'évêque de Beauvais savait donc bien ce qu'il faisait; et le cardinal de Winchester ne l'ignorait pas non plus, sans doute-. Il imposa durement silence à son chapelain, et quand l'évêque, après l'abjuration, prit son avis sur ce qu'il fallait faire : « L'admettre à la pénitence, » dit le cardinal 1 .

L'évêque prononça donc la sentence.

» Après avoir rappelé son devoir de pasteur et résumé le procès dans toutes ses phases, il énumérait tous les crimes déjà vus dans la formule d'abjuration prêtée à Jeanne, et l'en déclarait coupable : mais considérant qu'à la suite de tant d'avertissements charitables elle était rentrée au sein de l'Église et avait publiquement abjuré ses erreurs, il l'absolvait de l'excommunication. Toutefois, comme elle avait péché contre Dieu et l'Église, pour sa salutaire pénitence il la condamnait à la prison perpétuelle, « au pain de douleur et à l'eau d'angoisse, » afin qu'elle y apprît à pleurer ses fautes et à ne les plus commettre'.

Jeanne, absoute de l'excommunication, aurait bien pu espérer sa mise en liberté. C'est par là qu'on

\Sk . LIVUE HUITIÈME.

avait tenté de la séduire : Érard lui avait dit qu'en abjurant elle serait délivrée de prison. Condamnée à la prison par forme de pénitence, elle pouvait compter au moins n'en avoir pas d'autre que celle de l'Église. C'était de droit; tout le monde s'y attendait. Plusieurs en parlèrent à l'évêque; et Jeanne ellemême, comme Loyseleur la félicitait, disant « qu'elle avait fait une bonne journée,» Jeanne disait à ceux qui l'entouraient : « Or çà, entre vous, gens d'Église, menez-moi en vos prisons, et que je ne sois plus en la main des Anglais. » Mais l'évêque dit : « Menezla où vous l'avez prise. » — Pouvait-il la renvoyer ailleurs? Jeanne était aux Anglais : ils avaient fait leurs conditions en la livrant à l'évêque. Ils ne la lui avaient donnée que pour la juger : condamnée ou non, elle retombait en leur puissance. Mais c'était à l'évêque de rie point accepter des conditions qui dénaturaient le caractère de la peine et ne laissaient à son jugement de force que pour la mort; c'était à lui de nepas tromper sa victime sur les suites de la soumission qu'il avait tant travaillé à lui surprendre. En la remettant aux Anglais, il s'avouait leur complice : il rendait infaillible cette parole d'un docteur à Warwick, comme il se plaignait que le roi était mal servi et que Jeanne échappait : « Sire, n'ayez cure, nous la rattraperons bien'. »

Dans l'après-midi du même jour (jeudi), les juges vinrent trouver Jeanne à la prison. Ils lui rappelèrent la grande miséricorde qu'ils lui avaient faite

en la recevant au pardon de l'Église, rengagèrent à se bien soumettre et à ne plus revenir à ses erreurs: l'avertissant que l'Église, si elle y retombait encore, ne la recevrait plus. Puis ils l'invitèrent à laisser Thabit d'homme et à reprendro l'habit de femme, comme l'Église l'avait ordonné : et Jeanne promit d'obéir en toute chose, et elle prit l'habit qu'on lui présentait- Mais le dimanche, un bruit se répand tout à coup : Jeanne a repris ses habits d'homme; elle est relapse, c'en est fait d'elle ! Il fallait constater la chose; on courut à la prison ; et ce ne fut pas sans péril 1 .

On a vu dans quelle disposition d'esprit étaient les Anglais depuis le jugement. Au cimetière de Saint- Ouen, ils avaient jeté des pierres aux juges; au retour de cette scène, ils les avaient poursuivis de leurs menaces et de leurs insultes, brandissant leurs épées et disant que le roi avait perdu son argent avec eux. Du moins ils gardaient leur prisonnière, et les assesseurs avaient maintenant grand'peine à la revoir. P.Maurice, qui [l'avait officiellement admonestée, le 23 mai, devant le tribunal, fut très-sérieusement menacé pour avoir, après le jugement, renouvelé ses conseils. Isambard de La Pierre , Jean de La Fontaine et G. Vallée étant venus pour la fortifier et la maintenir dans ses bons sentiments, les soldats irrités les chassèrent du château à coups d epée et de bâton; et La Fontaine en fut tellement effrayé qu'il n'osa plus reparaître dans la ville. Au

186 LIVltE HUITIÈME.

rapport de Jean Beau père, le vendredi déjà et le samedi, xm avait dit que Jeanne manifestait du repentir d'avoir pris l'habit de femme, et Beaupère fut envoyé avec Nicole Midi pour la maintenir dans son bon propos. Mais au lieu de celui qui les devait introduire dans la prison , ils trouvèrent des Anglais qui se disaient, entre eux qu'on ne ferait pas mal de les jeter dans la Seine. Et comme ils repassaient le pont, n'en demandant pas davantage, on les menaçait encore de les jeter à l'eau. — Geux qui vinrent pour constater la chute de Jeanne, ne furent pas mieux accueillis; on se défiait de ces prêtres; on soupçonnait qu'ils avaient encore dessein de tout accommoder. Quand ils arrivèrent dans la cour du château, ils virent arriver sur eux une centaine d'Anglais criant qu'eux gens d'Église étaient tous faux, traîtres, Armagneaux et faux conseillers; et ils eurent grand'peine d'échapper à ces furieux qui les menaçaient de leurs épées et de leurs haches 1 .

Rien ne se fit donc ce jour-là; et le lendemain, le greffier Manchon, mandé au château pour y remplir son office, était encore si effrayé, qu'il refusa de s'y rendre, s'il n'avait sûreté : il y vint sous la protectection de l'un des gens du comte de Warwick. Ce même jour, l'évêque et le vice-inquisiteur, accompagnés de sept ou huit maîtres, se rendirent eux-mêmes à la prison. En même temps que l'on prenait acte du fait, il n'était pas sans intérêt d'en savoir la cause. Jeanne n'était pas libre là où elle était. Comment,

HOUEN. — L'ABJURATION. 187

si bien gardée, avait-elle repris l'habit d'homme? Il fallait de la part de ses gardiens de la connivence au moins, sinon autre chose. Dans tous les cas, il était bon d'en savoir les motifs avant d'en rien décider : un des assesseurs, Marguerie, osa en faire l'observation. « Taisez-vous, de par le diable, » lui dit quelqu'un; m et les soldats, l'appelant traître Armagnac, avaient levé leurs lances pour l'en frapper'.

Les juges vinrent donc et demandèrent à Jeanne pourquoi elle avait pris cet habit, et qui le lui avait fait prendre. Elle répondit, selon le procès-verbal, qu'elle l'avait pris de sa volonté, sans nulle contrainte; qu'elle aimait mieux l'habit d'homme que Fhabit de femme.

« Mais, lui dit-on, vous aviez promis et juré de ne pas reprendre cet habit.

— Je n'ai jamais entendu faire serment de ne pas le reprendre.

— Pourquoi donc l'avez- vous repris ?

— Parce qu'il est plus convenable d'avoir habit d'homme étant entre les hommes, que d'avoir habit de femme. »

Et elle ajouta d'ailleurs qu'elle avait eu le droit de le reprendre, puisqu'on ne lui avait pas tenu ce qu'on lui avait promis, c'est-à-dire d'aller à la messe, de recevoir son Sauveur et d'être mise hors des fers.

« Vous aviez abjuré et tout spécialement promis de ne pas reprendre l'habit d'homme.

— J'aime mieux mourir que d'être aux fers. Mais

si on me veut laisser aller à la messe et m'ôter des fers, si on veut me mettre en prison gracieuse, et que j'aie une femme, je serai bonne et ferai ce que TÉglise voudra 1 . »

L'Église , telle que la faisait Pierre Cauchon , n'avait plus de conditions à débattre avec elle. Le juge, bien sûr de la trouver relapse autrement que par l'habit, lui demanda si depuis le jeudi, jour de l'abjuration, elle n'avait point entendu ses voix.

« Oui, dit Jeanne sans éviter le piège qu'on lui tendait.

— Et que vous ont-elles dit? »

Elle répondit (on lit à la marge des manuscrits authentiques ces mots : Réponse mortelle, responsio morlifera) :

« Dieu m'a mandé par sainte Catherine et sainte Marguerite la grande pitié de la trahison que j ai consentie en faisant abjuration pour sauver ma vie; que je me damnais pour sauver ma vie. »

Elle ajouta qu'avant le jeudi même ses voix lui avaient dit ce qu'elle ferait en ce jour; que sur Péchafaud, elles lui disaient de répondre hardiment à ce prêcheur, à ce faux prêcheur, comme elle l'appelait elle-même, qui l'avait accusée d'avoir fait des choses qu'elle n'avait pas faites; et, affirmant de nouveau sa mission :

« Si je disais que Dieu ne m'a pas envoyée , je*me damnerais : la vérité est que Dieu m'a envoyée. »

Elle ûnissait par s'accuser de sa faiblesse :

« Mes voix, disait-elle, m'ont dit que j'avais fait une grande mauvaiseté de confesser n'avoir pas bien fait Ce que j'ai fait, » ajoutant que c'est par peur ♦ du feu qu'elle avait dit ce qu'elle avait dit.

« Croyez-vous que vos voix soient sainte Marguerite et sainte Catherine? dit le juge, reprenant avec empressement tous les points de l'abjuration.

— Oui, qu'elles sont de Dieu.

— Mais sur l'échafaud vous aviez dit que mensongèrement vous vous étiez vantée que c'était sainte Catherine et sainte Marguerite.

— Je ne l'entendais point ainsi faire ou dire. »

Elle affirma de nouveau qu'elle n'avait jamais entendu révoquer ses apparitions; et que si elle avait révoqué quelque chose, c'était par peur du feu et contre la vérité. — Elle pouvait maintenant avouer cette peur, car elle ne l'avait plus, et elle savait où la menaient ces paroles. Mais elle déclarait qu'elle aimait mieux faire sa pénitence en une fois, c'est-à-dire mourir, que d'endurer plus longuement la prison. Elle protestait qu'elle n'avait jamais rien fait contre Dieu ou la foi, quelque chose qu'on lui ait fait révoquer; qu'elle n'entendait rien révoquer sans le bon plaisir de Dieu. Elle ajoutait que si. les juges voulaient, elle reprendrait l'habit de femme (elle en avait dit les conditions) et que du reste elle n'en ferait autre chose

Les juges se retirèrent. Tout était consommé. Plusieurs s'en affligèrent sincèrement, Pierre Maurice, par

exemple; mais d'autres s'en réjouirent en témoignant bruyamment leur joie. L'évêque, sortant de la prison, vit le comte de Warwiek et une multitude d'Anglais qui attendaient avec impatience le résultat de cette visite; et ne voulant pas le tenir "plus longtemps en suspens: «Farewell, Farewell, cria-t-il en riant \ faites bonne cbère : c'est fait 1 . »

Cette fîère déclaration semblait pourtant détruire tout ce qu'on avait gagné par la scène de l'abjuration; mais on ne pouvait tout faire à la fois, et, pour le moment, elle donnait au juge la satisfaction de mener le procès où les Anglais voulaient qu'il aboutît, sans avoir rien sacrifié des formes imposées par là procédure de l'Église. La procédure a suivi toutes ses pbases sans précipitation : mais la conscience du juge en est-elle plus assurée, et l'habileté qu'il montre dans cette conduite ne le rend-elle pas plus coupable? Son intelligence ne s'abuse pas, mais il refuse de voir et d'entendre. Et qu'est-ce donc s'il supprime ou s'il voile ce qui, aux yeux des autres, pourrait laisser percer la vérité? ,

En effet, dans ce dernier et solennel interrogatoire, notamment sur le point qui le motiva , la reprise de l'habit d'homme, le procès-verbal a-t-il tout dit? Thomas de Courcelles, qui le mit en latin, s'exprime dans le procès de révision à peu près comme le faisait le texte officiel : « luterrogée sur ses motifs , elle répondit qu'elle l'avait fait parce qu'il lui paraissait plus convenable de porter l'habit d'homme parmi les

hommes, que l'habit de femme. » Mais Manchon, qui tenait la plume alors, ajoute comme témoin à ce qu'il avait écrit comme greffier : « Elle répondit qu'elle l'avait fait pouf défendre sa pudeur, parce qu'elle n'était point en sûreté sous ses habits de femme avec ses gardiens qui voulaient attenter à sa pudeur m

Qu'on se rappelle comment Jeanne était gardée, et quelles étaient les dispositions des Anglais envers elle. Jeanne était aux fers sous la garde de cinq soldats, dont trois se tenaient dans sa prison et deux à la porte : « Je sais, » dit l'huissier Massieu, celui qui l'allait prendre à la prison pour la mener au tribunal, « je sais de certain que de nuit elle était couchée ferrée par les jambes de deux paires de fers à chaîne, et attachée moult étroitement d'une chaîne traversante par les pieds de son lit, tenante à une grosse pièce de bois de longueur de .cinq à six pieds , et fermante à clef, par quoi ne pouvoit se mouvoir de la place. » Plusieurs fois, sous ses habits d'homme qu'elle ne quittait jamais, elle avait été en butte aux brutalités de ses gardiens : l'évêque le savait bien ; il avait reçu ses plaintes, et un jour il avait fallu que Warwick accourût pour la sauver du dernier outrage parmi ces délégués de la justice! Mais maintenant la sentence était portée; l'évêque l'avait rendue aux Anglais: elle leur était comme livrée. Lorsqu'on la ramenait de Saint- Ouen, les valets [mangones) l'insultaient et les maîtres les laissaient faire. A quoi n'était-elle point exposée, seule dans la prison, enchaînée, en compagnie

de ces cinq houspilleurs, comme ils sont appelés quel» que part! Isambard de La Pierre, qui est nommé au procès-verbal parmi les assistants de l'évêque en ce même interrogatoire, confirme, comme l'ayant en* tendu lui-même, ce qu'en a dit dans sa déposition le greffier Manchon, et il ajoute que « de fait » quand il entra « il la vit éplorée, son visage plein de larmes, défigurée et outragée en telle sorte qu'il en eut pitié. » Il en sut davantage de Jeanne dans un entretien qu'il eut plus tard avec elle : et ici son témoignage est confirmé par celui de Martin Ladvenu, qui confessa Jeanne et l'administra pour la dernière fois. Ce ne furent pas seulement ces soldats de bas étage, ces houspilleurs placés auprès d'elle : c'est un mi lord anglais qui entra dans son cachot et tenta de la violer 1 .

Voilà pourquoi Jeanne reprit l'habit d'homme, dûtelle après cela mourir. L'huissier Massieu en donne une autre raison encore. Le dimanche matin Jeanne, étant dans son lit, dit à ses gardiens : « Déferrez-moi et je me lèverai.» Mais l'un d'eux s'approchant lui retira ses habillements de femme, et ils lui jetèrent ses habits d'homme que l'on gardait (pourquoi?) dans un sac en quelque coin de la prison. « Messieurs, leur dit Jeanne, vous savez qu'il m'est défendu : sans faute, je ne le prendrai pas. *> Mais ils ne voulurent point lui en donner d'autres, et à la fin, forcée de se lever, elle le dut prendre et garder, nonobstant ses protestations. 11 n'est pas impossible, en effet, que les Anglais,

n'ayant pu parvenir à leurs fins, aient résolu d'en finir avec elle de cette autre manière ; mais si Jeanne réclama ses habits de femme, voulant savoir à quelle . intention on les lui ôtait, il est douteux qu'elle ait tant insisté pour les reprendre. Elle put donner cette raison à Massieu, parce que cela suffisait bien pour l'excuser ; elle n'en dit rien devant ses juges, parce qu'elle était résolue de ne plus se vêtir en femme, à moins d'être gardée dans une autre prison, « ayant une femme avec elle. » C'est un trait que Thomas de Courcelles a supprimé de sa rédaction officielle, comme insignifiant sans doute, mais qu'on retrouve dans la copie de la minute française du procès-verbal; et il achève de répandre la lumière sur ceux qu'on y a gardés. La minute même n'a-t-elle pas supprimé autre chose? On serait en droit de le conclure en rapprochant ce que Manchon a écrit alors et ce qu'il a dit plus tard. Que si rien d'important n'a été supprimé, il faut croire que les paroles de Jeanne, avec le commentaire qu'on avait sous les yeux, en disaient assez pour la faire comprendre, puisque deux témoins de la scène, l'un assesseur, l'autre greffier du juge, l'ont comprise ainsi.

Le juge l'avait bien comprise lui-même sans doute, et, s'il eût voulu reconnaître que la pudeur de la femme n'est pas moins sacrée que son habit, il aurait dû s'accuser d'avoir mis Jeanne dans la nécessité de retomber, en la renvoyant dans ces prisons où il fallait qu'elle sacrifiât l'une des deux choses à u 13

l'autre. Or, pour Jeanne, l'alternative n'était pas douteuse, dût-elle se placer par son choix en présence de la mort. Mais il ferma son cœur à ce sentiment; et, bien loin d'être touché de cet héroïsme, il avait ramené Jeanne à d'autres questions où il était bien sûr de la retrouver telle qu'elle était au procès, comme pour l'entraîner de chute en chute au plus profond de l'abîme où elle devait périr. Les Anglais avaient donc calomnié Pierre Cauchon : il n'était pas traître au roi. Tout en satisfaisant sa propre haine, il avait bien gagné son argent.

Le lendemain, mardi, l'évêque réunit dans la chapelle du palais archiépiscopal une nombreuse assemblée d'abbés et de docteurs. Il leur rappela tout ce qui s'était passé depuis la veille de la Pentecôte : l'abjuration de Jeanne, et comment, après avoir accueilli ses admonitions et reçu l'habit de femme, elle avait repris l'habit d'homme et renouvelé toutes ses affirmations touchant ses voix. Il fit lire l'interrogatoire qui avait suivi et ses réponses consignées au procès-verbal. Puis il prit l'avis de chacun. Tous la déclarèrent relapse , non-seulement Nicolas Loyseleur, le traître, mais Isambard de La Pierre et Martin Ladvenu , qui l'assistèrent à ses derniers moments ; et pourtant ils ne se faisaient aucune illusion sur le crime qu'elle pouvait avoir commis en reprenant Thabit d'homme : ils témoignent au procès de révision des raisons capitales qui l'y contraignirent. Personne n'entreprit de l'excuser, je ne dis pas de la dé-

fendre. La plupart, à l'exemple de l'abbé de Fécamp, furent d'avis qu'on lui relût la formule d'abjuration (cela les décharge au moins de toute complicité dans la substitution d'une fausse formule), et qu'on l'avertît charitablement touchant le salut de son âme; mais ils voulaient qu'on lui déclarât qu'elle n'avait plus rien à espérer de la vie présente. Elle devait être livrée au bras séculier 1 .

L'évêque, ayant recueilli les avis, remercia ses conseillers, et fit assigner Jeanne à comparaître le lendemain sur la place du Vieux-Marché; c'était là qu'il devait achever la procédure en livrant Jeanne au juge civil, et par ce juge, au bourreau'.

Le mardi, 30 mai, dès le matin, frère Martin Ladvenu et frère Jean Toutmouillé vinrent, sur Tordre de l'évêque, trouver Jeanne dans la prison pour la préparer à mourir. Jeanne, en révoquant sur tous les points son abjuration , savait à quoi elle s'exposait; en avouant quelle avait cédé à la crainte de la mort, elle montrait bien qu'elle ne la craignait plus. Néanmoins, la première annonce du supplice auquel on la destinait réveilla en elle toute la sensibilité de la femme. « Quand ledit Ladvenu annonça à la pauvre femme la mort dont elle devait mourir ce jour-là, qu'ainsi ses juges l'avaient ordonné et entendu, et qu'elle ouït la dure et cruelle mort qui lui étoit prochaine, elle commença à s'écrier douloureusement et piteusement, se destraire (tirer) et arracher les cheveux : «Hélas! me traite-t-on si horriblement

« et cruellement, qu'il faille que mon corps net en « entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujour- « d'hui consumé et rendu en cendres ! Ah ! ah! j'ai- « merois mieux être décapitée sept fois que d'être « ainsi brûlée. Hélas! si j'eusse été en la prison ec- « clésiastique à laquelle je m etois soumise, et que u j'eusse été gardée par les gens d'Église, non pas « par mes ennemis et adversaires, il ne me fût pas si « misérablement raeschu, comme il est. Oh ! j'en ap- « pelle devant Dieu, le grand juge, des grands torts et « ingravances qu'on me fait 1 . »

Comme elle se plaignait ainsi, survint l'évêque. A sa vue, elle s'écria :

v Évêque, je meurs par vous !

— Ah! Jeanne, dit l'évêque, prenez en patience. Vous mourez pour ce que vous n'avez tenu ce que vous nous aviez promis, et que vous êtes retournée à votre premier maléfice. »

Et la pauvre Pucelle, continue le frère, lui répondit :

u Hélas 1 si vous m'eussiez mise en prison de cour d'Église, et rendue entre les mains des concierges ecclésiastiques compétents et convenables, ceci ne fût pas advenu; pour quoi j'appelle de vous devant Dieu*. »

Que venait faire le juge à la prison? et pourquoi devançait-il le moment qu'il avait marqué à Jeanne pour comparaître?

Ce qui le ramenait auprès de Jeanne, ce n'était

point cette question de l'habit. Il savait trop bien à quoi s'en tenir sur ce point. D'ailleurs, que faisait maintenant l'habit? il avait accompli son office, puisqu'il menait Jeanne à la mort; et la Pucelle ne le réclamait pas davantage. Elle le voulait pour être en prison; elle ne le demandait point pour mourir. Lorsqu'au milieu de ses refus de quitter l'habit d'homme, elle avait prié ses juges de lui donner, si elle devait être menée au supplice, « s'il la falloit dévestir en jugement, » une chemise de femme, et que ceux-ci s'en étonnaient comme d'une contradiction, elle avait répondu : « Il suffit qu'elle soit longue. » Mais il y avait d'autres points de sa rétractation qui mettaient à néant tout l'effet de cette procédure. Tant d'efforts pour ruiner par sa propre parole l'autorité de sa mission, pour y montrer une illusion du diable, et retourner ainsi contre le roi de France l'impression qu'elle avait faite en sa faveur, devaient-ils donc être perdus? Non. Pour l'amener à l'abjuration, on lui avait laissé la vie; pour lui reprendre la vie, on l avait poussée à s'en dédire. 11 s'agissait de la ramener à son premier désaveu, à présent que cela même ne pouvait plus lui sauver la vie 1 .

Le moyen aurait été trouvé, si l'on en croit une information faite le jeudi, 7 juin , le neuvième jour après la mort de Jeanne, information qui figure à la suite du procès , écrite de la même main que le procès lui-même, mais sans signature.

D'après les témoignages produits dans cette prétendue enquête, le jour de l'exécution, Pierre Maurice qui avait témoigné de l'intérêt pour Jeanne, et Nicolas Loyseleur, qui avait gagné sa confiance pour la trahir, étaient venus dès la première heure à la prison, sous le prétexte de l'exhorter et de la faire penser à son salut. Ils la pressèrent de dire la vérité sur ses apparitions, et notamment sur l'ange qui avait apporté au roi une couronne. Elle dit que l'ange, c'était elle, et la couronne, la promesse du couronnement qu'elle apportait au roi en s'engageant à le faire couronner. Quant à ses apparitions, elle les affirmait. Sous quelle forme lui venaient-elles? Elle ne le déterminait pas proprement. Elles lui venaient, autant que la pu comprendre et que se le rappelle un des déposants (Ladvenu), en nombre très-grand et en dimensions fort petites (in magna multitudine et quantitate minimà); un autre restreint ce mode d'apparitions à quelques cas particuliers (quandoque); un troisième à la multitude des anges qui l'accompagnaient. Mais elle a vu de ses yeux, elle a entendu de ses oreilles; et comme Pierre Maurice lui faisait observer que souvent au bruit des cloches on croit entendre et comprendre certaines paroles, elle rejeta l'explication et dit qu'elle avait réellement entendu ces voix. Il y avait un fait d'ailleurs qu'on ne cherchait point à contester, et dont on voulait s'appuyer pour ébranler la confiance de Jeanne en ses voix : c'est qu'elles lui avaient promis sa délivrance , et

Jeanne allait mourir. Pierre Maurice lui rappela cette parole, et il lui remontra qu'il apparaissait bien que c'étaient de . mauvais esprits, puisqu'ils l'avaient trompée. « Soient bons soient mauvais esprits, dit Jeanne, ils me sont apparus. — Étaient-ils bons ou mauvais ? — Je ne sais, dit-elle, je m'en attends à ma mère l'Église, » ou bien encore « à entre vous qui êtes gens d'Église »

Lorsque Pévêque arriva avec le vice-inquisiteur et plusieurs autres assesseurs, la victoire, selon ce même document, était donc déjà assurée. On a vu par la déposition de Jean Toutmouillé comment Jeanne l'accueillit. Dans la pièce que nous analysons, c'est 1 evêque qui l'interpelle. Il place immédiatement la question sur le terrain où on avait bien compté la résoudre : « Or çà, Jeanne, dit-il, vous nous avez toujours dit que vos voix vous disaient que vous seriez délivrée , et vous voyez comme elles vous ont déçue; dites-nous maintenant la vérité. » Jeanne répondit : « Vraiment, je vois bien qu'elles m'ont déçue. » Et elle ajouta même, selon un autre, que puisque les gens d'Église tenaient pour certain que ces apparitions venaient de mauvais esprits, elle croyait désormais ce que croyaient les gens d'Église, et ne voulait plus ajouter foi à ces esprits. Jeanne abjurait donc de nouveau, mais il fallait rendre l'abjuration publique. Nicolas Loyseleur se chargea de l'y préparer. Pour ôter Terreur qu elle avait contribué à répandre, une chose, dit-il à Jeanne, lui restait à faire : c'était de

déclarer publiquement qu'elle avait été trompée et qu'elle avait trompé le peuple , et d'en demander humblement pardon. Jeanne dit qu'elle, le ferait volontiers, mais qu'elle n'espérait pas s'en souvenir quand il le faudrait au milieu du jugement public. Elle priait donc son confesseur de le lui remettre en mémoire. — Si elle ne le fait pas, ce sera la faute du confesseur 1 .

A ces déclarations, un de ceux qui étaient là joint ce récit d une scène qui les couronne et les complète. Frère Martin venait de confesser Jeanne. Au moment de lui donner la communion, tenant dans ses mains l'hostie sacrée, il lui dit : « Croyez-vous que c'est le corps du Christ? — Oui, dit-elle, c'est lui seul qui me peut délivrer, je demande qu'il me soit donné. — Croyez-vous encore en ces voix? — Je crois en Dieu seul et ne veux plus croire en ces voix, puisqu'elles m'ont trompée* . »

Voilà dans leur ensemble les témoignages dont on a voulu faire comme un procès-verbal posthume de cette scène capitale. Les visions de Jeanne sont avouées, mais elles sont déclarées mensongères et par conséquent diaboliques. Désormais Jeanne refuse d'y croire, souscrivant à tout ce que les gens d'Église voudront en décider. Le triomphe de l'évêque est donc complet; il a regagné l'abjuration sans préjudice de la mort.

Mais quelle est la valeur de cette pièce, et pourquoi l'interrogatoire qu'ellerévèle ne figure-t-il point

à sa place dans la suite du procès-verbal signé des greffiers? L'acte était-il insignifiant, ou n'avait-il point un caractère officiel? Quelque forme qu'on lui ait donnée, il se produit avec le caractère d'une démarche juridique : les deux juges, l'évêque et le viceinquisiteur viennent accompagnés de plusieurs assesseurs et d'un greffier, comme cela s'était fait dans les interrogatoires de la prison; et Ton peutcroire qu'ils viennent en exécution de l'avis donné dans la séance de la veille. Tous avaient opiné que Jeanne fût déclarée relapse, mais le plus grand nombre avaient demandé en outre qu'on lui donnât de nouveau lecture de la formule d'abjuration.

La visite du juge à l'accusée est donc officielle. Mais pourquoi le résultat n'a-t-il pas été mis en la forme donnée aux actes de même nature dans le reste du procès? Et pourquoi, même sous cette forme irrégulière d'un interrogatoire, non de l'accusée, mais des assesseurs transformés en témoins, n'est-il point certifié par la signature des greffiers? Avait- il si peu d'importance? Nul ne le croira; et l'évêque ne le croyait pas non plus, sans doute. Ce n'est pas sa faute si l'acte est dépourvu de cette attestation. ïl voulut contraindre Manchon à le signer, bien que celui-ci n'eût point assisté à l'interrogatoire. Manchoo refusa. Mais Taquel y était; et sa signature ne se trouve pas davantage au bas de la pièce. Qu'est-ce donc que ce procès-verbal rétrospectif que le greffier présent à l'acte n'a pas signé, et pour lequel on est réduit à ré-

20k I.1VHE NEUVIÈME.

clamer, sans plus de succès, la signature d'un greflier qui n'y était pas? C'est un procès-verbal comme l'eût été celui du procès tout entier, si la volonté de l'évêque n'avait échoué contre l'honnêteté des greffiers, et aussi, il le faut dire, contre le ferme esprit de Jeanne : car le procès-verbal lui était lu ; et si des omissions, des reproductions plus ou moins inexactes, des expressions équivoques étaient possibles, des suppositions purement gratuites ne l'étaient pas en face de l'accusée qui eût nié et de toute une assemblée qui l'eût entendue. Mais celte fois Jeanne était morte et on se passa des greffiers ! On a donc le droit de récuser cette pièce en tant qu'elle peut invalider les résultats du procès officiel : juridiquement elle est nulle; historiquement, suspecte. Détruire la foi en la mission de Jeanne, c'était tout l'objet du procès : si on l'avait pu faire par un acte authentique, 1 evêque de Beauvais était trop habile homme pour le faire par une pièce qui se produit avec tous les signes de la clandestinité

La forme seule de cette addition au procès- verbal la rend donc légitimement suspecte, et pour ce qu'elle dit et pour ce qu'elle ne dit pas. 11 est certain qu'elle n'a pas tout dit sur cette suprême entrevue des juges et de leur victime, et l'on doit tenir en défiance la manière dont elle en a parlé. Mais, ces réserves faites, nous ne prétendons pas qu'elle doive passer sans qu'on y regarde davantage. L'interrogatoire est constant, et il n'est pas possible qu'on ait falsifié de tout point les témoignages recueillis après coup pour

ROUEN. — LE SUPPUCE. 205

en constater les résultats. Il en est dont s'est appuyé un des plus anciens apologistes de Jeanne, un des plus considérables, Théodore de Leliis; et le savant éditeur du procès a montré aussi ce qu'on en peut tir^r en sa faveur. Qu'en résulte-t-il en effet? Qu'elle a faussement inventé ses visions ? Non. Elle explique l'allégorie par laquelle elle avait répondu sur un point qu'elle ne voulait pas, qu'elle déclarait hautement ne pas vouloir révéler, le signe du roi : la couronne, c'est cette couronne de France, dont la couronne du sacre n'était aussi qu'un emblème; et l'ange, c'est elle-même , envoyée de Dieu au roi pour la lui faire donner. Mais quant à ses visions, elle les affirme. Elle a vu de ses yeux, elle a ouï de ses oreilles : tous les témoins sont d'accord pour constater cette solennelle déclaration. « Elle le proclamait hautement, disent-ils, et le soutint jusqu'à la fin. » Qu'a-t-elle vu? en quelle forme? Ici, au rapport des témoins, elle ne détermine rien. Mais, pour ce qu'elle a ouï, point d'équivoque : et les juges ne le contestent pas, puisqu'ils s'appuient des révélations mêmes de ses voix pour les déclarer mensongères et décider Jeanne à les renier, à ce titre, comme des inspirations du malin esprit 1 .

C'est ici le triomphe des juges; mais c'est aussi le point où l'on a surtout le droit de révoquer en doute leur document : car, nous le répétons, si les choses s'étaientpassées comme il est rapporté, on aurait pris la peine, sans doute, de les constater d'une au-

tre manière. EU pourtant, sans vouloir accepter tout ce qu'on y trouve sur cette défaillance de la foi de Jeanne en ses Yoix, j'hésiterais à déclarer le fait sans le moindre fondement. L'attaque des juges fut fort habile : ils ne prétendent plus accuser Jeanne elle-même de mensonge dans ce qu'elle disait de ses révélations : sa conscience se serait soulevée contre une aflirmation dont elle eût senti la fausseté au fond de son âme. Us acceptent ces apparitions comme réelles; seulement ils les accusent d'être trompeuses. Ses voix lui ont parlé, mais elles lui ont menti ; et ils s'appuient de ses propres déclarations, opposant la réalité à ses espérances; à la délivrance qu'elles lui avaient prédite, la mort qui est là. Jeanne a-t-elle résisté à cette épreuve, et, si elle n'est point allée jusqu'au reniement, n Vt-elle pas été au moins jusqu'au doute? Nous ne voulons pas l'affirmer ; mais ce qui tien plus sûrement que les affirmations du document suspect nous porterait à le croire, c'est la douleur et l'amertume de ses derniers moments. Elle est comme seule, et elle cherche des appuis parmi ceux mêmes qui lui ont ravi ses conseils :

« Maître Pierre, dit-elle à P. Maurice, où serai-je ce soir?

— N'avez-vous pas bonne espérance en Dieu? dit le docteur.

— Oh! ouij et par la grâce de Dieu je serai en paradis »

Laissée seule avec M. Ladvenu, elle se confessa et

demanda la communion. Mais pouvait-il donner la communion à une femme qui allait être publiquement excommuniée ? Le cas méritait d'être soumis à l'évêque. Ladvenu envoya l'huissier Massieu lui dire que Jeanne s'était confessée, et qu'elle demandait à recevoir l'Eucharistie. L'évêque en conféra avec plusieurs; après quoi il répondit à Massieu: « Allez dire au frère Martin de lui donner l'Eucharistie et tout ce qu'elle demandera ! . »

L'Eucharistie lui fut apportée sans aucun appareil, sur la patène , simplement recouverte du lingedu calice, sans lumière, sans escorte, sans surplis, sans étole. Frère Martin en fut scandalisé; il envoya chercher une étole et de la lumière ; mais ce qui suppléait à l'absence de toute cérémonie, c'était la vive piété de Jeanne, qui reçut son Sauveur avec une telle dévotion et une si grande abondance de larmes, que le frère renonce à le décrire*.

Vers neuf heures, Jeanne, qui avait repris l'habit de femme, sortit de prison pour se rendre à la place du Vieux-Marché. Elle allait au jugement, mais c'était à la mort, et tout l'annonçait dans l'appareil dont elle était environnée. Sasentence était d'avance écrite sur son front : elle était coiffée d'une mitre où on lisait ces mots : hérétique, relapse, apostate, idolâtre. Sept à huit cents hommes marchaient autour d'elle portant glaives et bâtons, « tellement qu'il n'y avoit homme qui fût assez hardi de parler à elle, excepté frère Mar-

tin Ladvenu et maître Jean Massieu (le confesseur et l'huissier ).» Jeanne ne cherchait point à contenir sa douleur. Elle pleurait,... larmes respectables, qui ne trahissaient pas la sainteté de sa cause : en montrant en elle la faiblesse de la femme, elles témoignaient d'où lui était venue la force qui l'avait . guidée dans sa mission. Elle pleurait, se recommandant à Dieu et aux saints; et tout le peuple qui l'entendait pleurait avec elle. Nicolas Loyseleur luimême ne put tenir à ce spectacle; c'était en lui que Jeanne s'était fiée le plus, l'accueillant comme un compatriote, l'écoutant comme un conseiller, le suivant comme un directeur ; et on a vu comment, jusqu'à la fin, il avait trompé sa confiance. Lorsqu'il vit qu'on la menait mourir, il sentit le remords, et se précipita vers la charrette pour lui demander pardon; mais les Anglais le repoussèrent avec menaces, l'appelant traître parce qu'il ne l'était plus. Ils l'auraient tué sans le comte de Warwick ; et le comte lui déclara qu'il ne répondait pas de sa vie s'il ne quittait Rouen au plus tôt

Trois* échafauds avaient été dressés sur la place du Vieux -Marché : l'un pour les juges, l'autre pour plusieurs prélats et de hauts personnages, le troisième en maçonnerie pour Jeanne, avec ces mots inscrits sur un tableau placé devant: «Jehanne qui s'est fait nommer « la Pucelle, menteresse, pernicieuse, abuseresse du « peuple, divineresse, superstitieuse, blasphémeresse « de Dieu, présumptueuse, malcréant delafoy de Jcsus-

« Christ, vanteresse, idolâtre, cruelle, dissolue, jnvoa cateresse de diables, apostate, schismatique, héréti- « que. » Au-dessus s'élevait le bûcher. Eu attendant qu'on l'y menât, elle fut placée sur une des estrades, où, à la vue d'un peuple immense, elle dut entendre d'abord le sermon d'un savant docteur en théologie , l'un des assesseurs, maître Nicole Midi. Il prêcha sur ce texte de saint Paul aux Corinthiens : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent, » et sa conclusion était que, pour préserver les autres membres de la maladie, il fallait retrancher le membre malade.

« Jeanne, disait-il en finissant, va en paix, l'Église ne peut plus te défendre; elle te livre au bras séculier 1 . »

Jeanne l'écouta en silence, et elle dut écouter encore les exhortations de l'évêque, qui l'engageait à pourvoir au salut de son âme, à penser à tous ses méfaits et à en faire pénitence, à suivre les conseils des clercs, et notamment des deux frères prêcheurs qu'il lui avait donnés pour l'assister. Il aurait dû, suivant l'avis presque unanime des assesseurs, lui relire sa formule d'abjuration, d'autant plus qu'il se vantait plus tard de l'y avoir ramenée. Mais il aurait pu s'attirer de sa part un démenti public, une déclaration solennelle qu'elle n'avait jamais avoué ces infamies ; et, en démasquant cette fraude, Jeanne aurait, du même coup, rendu impossible la nouvelle imposture que l'information apocryphe eut pour objet d'accré-

diter. Il n'en fît donc rien ; et, sans invoquer ses anciens désaveux, sans en provoquer de nouveaux , considérant qu'elle ne s'était jamais détachée de ses erreurs, qu'elle s était rendue plus coupable encore dans sa malice diabolique en simulant la pénitence sans craindre de parjurer le nom de Dieu et de blasphémer son ineffable majesté ; la tenant pour obstinée,, incorrigible, hérétique et relapse, il prononça la sentence ! .

Après avoir invoqué le nom du Seigneur et rappelé ses erreurs, son abjuration, sa réconciliation, sa rechute avouée, comme d'un chien qui retourne- à son vomissement, il la déclarait hérétique et relapse, et à ce titre, excommuniée (elle venait de communier avec sa permission); il la retranchait du corps de rÉglise comme un membre pourri, de peur que l'infection ne gagnât les autres membres, et il la livrait au bras séculier, priant la puissance séculière de modérer sa sentence, et de lui épargner la mutilation

des membres et la mort. — En face de lui s'élevait le

bûcher 1 .

Jeanne s'agenouilla et redoubla ses dévotes lamentations et ses prières. C'est son âme pieuse, charitable et dévouée, qui s'épanche tout entière en ces derniers moments. Frappée par ses ennemis, elle reporta sa pensée sur son roi qui la laissait mourir; et ce fut pour le défendre encore contre les atteintes de la condamnation que l'on faisait peser sur elle. Elle protesta que jamais il ne l'avait induite à faire ce qu'elle avait

fait soit en bien soit en mal : établissant sa propre innocence, tout en ne songeant qu'à mettre hors de doute la sincérité du roi. En même temps, elle s'adressait à tous, de quelque condition qu'ils fussent, tant de son parti que de l'autre, demandant humblement pardon, requérant qu'on voulût bien prier pour elle, conjurant en particulier les prêtres qui étaient là de lui faire chacun l'aumône d'une messe, et pardonnant à tout le monde le mal qu'on lui avait fait. Les juges, les Anglais eux-mêmes étaient émus ; il n'y avait point de cœur si dur qui ne fût touché aux larmes \

Délaissée de l'Église, de l'Église de ses ennemis, déclarée apostate, idolâtre, elle s'était tournée vers le signe du salut, voulant mourir avec l'image du Rédempteur. Elle avait donc prié Massieu de lui procurer une croix; un Anglais qui était là lui en fit une d'un bâton. Elle la prit de sa main, la baisa et la mit dévotement dans son sein. En même temps qu'elle portait la croix sur sa poitrine, elle voulait l'avoir devant les yeux. Elle pria le frère Isambard de La Pierre d'aller lui chercher celle de l'église voisine, pour « la tenir, disait-elle, élevée tout droit devant ses yeux jusques au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendit fût, dans sa vie, continuellement devant sa vue; » et quand il l'apporta, elle la couvrit de ses baisers et de ses larmes, invoquant Dieu, saint Michel, sainteCatherine et tous les saints, et témoignant de sa foi comme de sa piété

Cependant, parmi les Anglais, beaucoup trouvaient que la scène durait trop longtemps. Jeanne était délaissée de l'Église : quels droits l'Église avaitelle encore sur elle ? Tous ces discours étaient hors de saison, et comme Massieu paraissait exhorter Jeanne, qu'il avait encore en sa garde, plusieurs capitaines lui crièrent : « Comment, prêtre, nous ferezvous dîner ici?» Deux sergents l'altèrent prendre sur son estrade et, pour racheter les retards de ce long procès, le juge ne se donna pas même le temps de prononcer la sentence. Dès que Jeanne fut devant lui : « Menez, menez, » dit-il aux gardes ; et au bourreau : « Fais ton devoir 1 . »

Si les juges ecclésiastiques avaient laissé durer la scène si longtemps dans l'espérance d'une abjuration, leur attente fut bien trompée, et le confesseur qui la devait rappeler à Jeanne, remplit bien mal son office. Jeanne ne fit entendre aucune parole qui impliquât révocation de ses dits ou de ses faits. Si elle douta, le doute resta au fond de son cœur, ou ne se trahit que par son trouble et par ses larmes. Elle pleurait sur elle; elle pleurait aussi sur les autres. « Rouen , Rouen , disait-elle, mourrai-je ici , seras-tu ma maison ? Ah! Rouen, j'ai grand'peur que tu n'aies à souffrir de ma mort. » Et le peuple pleurait avec elle ; et plusieurs, détestant cette œuvre d'iniquité, s'affligeaient de voir qu'elle eût lieu dans Rouen. Quelques Anglais affectaient bien de rire ; mais même les auteurs de l'attentat étaient touchés de ce spectacle. Le cardinal de Win-

chester pleurait; l'évêque de Beauvais pleurait : larmes stériles qui n empêchaient pas que leur crime s'accomplît 1 .

Le supplice se prolongea : le bûcher, on se le rap pelle, avait été construit sur un échafaud pour être à la vue du plus grand nombre ; et le bourreau mit le feu par le bas. Quand la flamme monta et que Jeanne l'aperçut, elle congédia elle-même son confesseur; elle le pressa de descendre, lui demandant, pour dernier service, de tenir devant elle la croix bien haut, afin qu'elle la pût voir. 11 la quitta; mais déjà elle n'était plus seule. Les saintes qu'elle invoquait encore, même quand ou travaillait, quand on réussit peutêtre à la faire douter de leurs apparitions, ne prolongèrent pas plus longtemps cette dure épreuve. On l'avait ébranlée, en lui alléguant, devant sa mort prochaine, la délivrance dont elle avait reçu d'elles la promesse. Elle se rappela cette autre parole qu'elle avait aussi rapportée à ses juges : « Prends tout en gré; ne te chaille de ton martyre ; tu t'en viendras au royaume de Paradis. » Elle ne l'avait pas comprise alors, entendant humblement son martyre des peines de sa prison ; elle la comprit à la lueur des flammes, et elle entendit en même temps la délivrance qui lui était promise. Dès ce moment la mort même rentrait dans l'ordre de sa mission : elle l'accepta comme elle avait accepté tout le reste. Sur le bûcher, comme dans la prison, devant la mort, comme devant ses juges, « elle maintint et affirma jusqu'à la" fin que ses voix

étaient de Dieu; que tout ce quelle avait fait, elle l'avait fait du commandement de Dieu; quelle ne croyait pas avoir été trompée par ses voix, et que les révélations qu'elle avait eues étaient de Dieu. » C'est le témoignage du courageux confesseur, qui ne la quitta qu'à l'approche du feu , et ne la quitta que pour tenir devant elle la croix, image du Rédempteur, divin modèle de son martyre. Au milieu des flammes qui l'enveloppaient, elle ne cessa de confesser à haute voix le saint nom de Jésus et d'invoquer les saints et les saintes ; une dernière fois on l'entendit encore prononcer le nom de Jésus, puis elle baissa la tête . elle achevait sa prière dans le ciel ! .

LA REHABILITATION.

Les Anglais en étaient donc venus à leurs fins : Jeanne d'Arc n'était plus. Mais l'empire qu'elle avait pris dans l'opinion publique devait-il périr avec elle? Ils n'en étaient plus aussi assurés ; et à l'heure même où ils avaient cru vaincre, ils commencèrent à douter de leur victoire. Dès qu'elle eut expiré, ils commandèrent au bourreau d'écarter un peu la flamme, afin qu'on la vît morte, — afin qu'on la vît nue, si l'on en croit un de leurs plus fougueux partisans. Ils avaient peur qu'on ne la prît pour un esprit ou qu'on ne dît qu'elle avait échappé. Puis on rendit au feu sa proie afin de la réduire en cendres, et ses cendres, par ordre du cardinal, furent jetées dans la Seine. On redoutait jusqu'à la vertu que le peuple, le peuple de la Normandie, antique berceau des rois d'Angleterre,

aurait cherchée dans ses reliques. Tout le monde, en effet, la proclamait sainte, et non-seulement son confesseur ou les hommes qui avaient pris part à son procès, comme P. Maurice, comme Jean Alespée, qui s'écriait en pleurant : « Je voudrais que mon âme fût où je crois qu'est l'âme de cette femme, » mais ses ennemis, et les plus furieux. Un Anglais, qui la haïssait mortellement, avait juré d'apporter au bûcher une fascine, pour que Jeanne fût en quelque sorte brûlée de sa main. Il accourut pendant l'exécution et jeta dans le feu sa fascine; mais entendant Jeanne qui invoquait le nom de Jésus, il demeura comme foudroyé, et il allait ensuite exprimant son repentir, et disant qu'au moment de sa mort il avait vu une colombe s'envoler de la flamme. Plusieurs disaient avoir lu, comme écrit dans la flamme, le nom de Jésus que Jeanne prononçait. Le bourreau lui-même rendait témoignage qu'elle était morte par tyrannie -, il déclarait qu'au milieu des cendres son cœur était resté intact et plein de sang, et il courait au couvent des frères prêcheurs, disant qu'il craignait fort d'être damné pour avoir brûlé une sainte femme. Ce sentiment avait pénétré jusque dans les conseils de la Couronne. Tressart, secrétaire du roi, disait tout haut que c'était une saiute, et les complices de sa mort, des damnés; et il s'écriait dans sa douleur, en revenant du lieu du supplice : « Nous sommes tous perdus, c'est une sainte qu'on a brûlée 1 . »

Ce fut le cri public, et vainement essaya-t-on de

réprimer, par quelques actes de sévérité, ces murmures. Les gens du peuple montraient au doigt ceux qui avaient pris part au procès : l'horreur publique s'attacha à leur personne et les poursuivit jusqu'au delà du tombeau. On invoquait sur eux le jugement de Dieu. On disait que tous ceux qui s étaient rendus coupables de la mort de Jeanne avaient fini d'une mort honteuse, et l'on citait l'évêque de Beauvais, frappé d'apoplexie pendant qu'on lui faisait la barbe; N. Midi, le prédicateur de Saint-Ouen, atteint de la lèpre peu de jours après son sermon ; Loyseleur, le traître, mort subitement à Bâle; et le promoteur J. d'Estivet, dont on retrouva le cadavre aux portes de Rouen, dans un égout 1 .

Mais les coupables ne sont pas seulement ceux qui ont fait ou ordonné le procès : les Bedford, les Winchester, les Warwick et leurs pareils ; ce sont encore ceux qui l'ont laissé faire. Rien, dans cette histoire si remplie de prodiges et si souillée d'infamies, rien de plus surprenant au premier abord et de plus révoltant quand on y regarde, que la conduite de la cour de France envers la Pucelle. Jeanne est prise à Compiègne ; elle est gardée à la frontière; elle appartient à un seigneur qui ne demande qu'à tirer le meilleur parti de sa bonne fortune; elle est sous la haute main du duc de Bourgogne, qu'elle combattait comme un allié de l'Angleterre, mais qu'elle a toujours respecté, ménagé comme un fils de la France : — nulle tentative pour l'enlever par un coup de main, nulle démarche

pour la racheter à prix d'argent, pour surenchérir sur l 1 oflre des Anglais, quand, pour conlre-balancer les efforts de leur haine, on a les remords du vendeur et les prières de sa famille ; nulle négociation avec un prince dont les ressentiments s'étaient déjà fort adoucis, qui avait accepté plusieurs trêves, qui devait bientôt faire la paix. Jeanne est donc livrée aux Anglais. Avec eux, point de négociation praticable : ils savent le prix de ce qu'ils tiennent,

Et ne l'eussent donné pour Londres, Car cuidoient avoir tout gaigné.

Mais il n'est point impossible de la leur arracher. Les Anglais sont toujours frappés de terreur : sept mois après sa captivité, on trouve encore un édit rendu contre ceux qui fuient effrayés par les enchantements de la Pucelle. Ils croient que le charme reste attaché à sa personne : ils n'osent pas, elle vivante, attaquer une place où l'ennemi les brave presque aux portes de Rouen (Louviers). Si on les attaque, seront-ils plus forts? Puisque ce n'est pas le génie militaire qu'ils craignent dans la Pucelle, craindront-ils moins son inspiration en ceux qui combattront non plus seulement avec elle, mais pour elle? et, dans ces conditions, la tour de Rouen résistera- t-elle mieux que les bastilles d'Orléans?...

Mais ceux qui, avant le voyage de Reims et pour en détourner, parlaient d'attaquer la Normandie, se taisent; et ceux qui, ayant suivi de bon gré la Pu-

celle à Orléans, à Patay, à Reims, à Paris, iraient bien plus volontiers encore la chercher à Rouen, sont comme enchaînés 1 .

Il y a plus : les Anglais ne veulent pas seulement frapper Jeanne, ils veulent perdre sa mission avec elle; ils la font juger comme hérétique. Dans ce procès, qui lui est fait au nom de l'Église, Jeanne demande des juges qui ne soient pas seulement à l'ennemi'; elle en appelle au pape et au concile. Pas une lettre de l'archevêque de Reims, chancelier de France, à Févêque de Beauvais, le meneur du procès, son suffragant, pour qu'il lui donne au moins connaissance de la procédure ; pas une démarche du roi auprès du pape, pour qu'il relève cet appel et ne laisse pas se consommer, au nom de l'Église, un crime judiciaire dont l'opprobre doit rester à ceux qui l'ont accompli. Il y a, il est vrai, une lettre de l'archevêque de Reims, non à son suffragant, mais à ses diocésains; et c'est elle qui donne le secret de celte manière d'agir et en dévoile la honte! Lettre qu'on aurait pu révoquer en doute comme ne nous étant venue que par extrait, mais qui trouve dans toute la conduite de la Cour une trop malheureuse confirmation. C'est de propos délibéré que Jeanne, prise à Compiègne, est abandonnée à son sort; et sa mort même entre dans les calculs de ces politiques détestables qui, s'appropriant les fruits de ses triomphes, veulent faire peser sur elle, comme par un jugement de Dieu, ses revers dont ils sont les auteurs. Aux

Pierre Cauchon, aux d'Estivet, aux Loyseleur, aux Bedford, aux Winchester, aux Warwick, il faut doue associer les Regnault de Chartres, les La Trémouille et tous ces tristes personnages qui, pour garder leur influence dans les conseils du roi, ont sacrifié, avec Jeanne, le prince, la patrie et Dieu même; car ils ont, autant qu'il était en eux, fait mentir ses oracles, en abandonnant la Pucelle aux mains de ceux qu'elle avait pour mission de chasser 1 .

Les Anglais ne s'arrêtèrent point dans leur déplorable triomphe. L'impression que la mort de Jeanne avait faite sur le peuple de Rouen et jusque sur les hommes de leur parti, de leur conseil, leur signalait un péril à conjurer. Ils étaient en présence de l'opinion publique : ils voulurent la mettre de leur côté, et, en même temps qu'ils délivraient aux juges et autres des lettres de garantie qui, sans les décharger devant l'opinion de leur part au procès, en revendiquaient toute la responsabilité pour l'Angleterre, ils en tentaient l'apologie par des lettres qui sont le digne couronnement de cette œuvre détestable, lettres adressées au nom du roi , en latin à l'empereur , aux rois et à tous les princes de la chrétienté, et en français aux prélats, aux ducs, comtes, seigneurs, et à toutes les villes de France.

C'est le venin de l'accusation et le fiel des douze articles confits dans la plus mielleuse protestation de zèle pour la foi, de pitié pour la coupable, de sollicitude pour tout le peuple chrétien. Le roi d'Angleterre,

LA REHABILITATION. 221

c'est-à-dire le régent au nom de cet enfant, rappelle la prétendue mission de Jeanne et ses apparitions mensongères ; comme elle a séduit et entraîné les peuples, et comme, par la miséricorde de Dieu, elle est tombée entre ses mains. Il aurait pu, à cause des grands dommages que son peuple en a reçus, en faire justice par ses officiers (faire périr une prisonnière de guerre qu'il avait non point prise, mais achetée de ceux qui l'avaient prise!); mais il avait accédé à la requête des juges ecclésiastiques qui la réclamaient pour ses crimes contre la foi. Ils l'ont fort longuement interrogée, ils ont soumis ses réponses aux docteurs et aux maîtres de l'Université de Paris, qui l'ont trouvée superstitieuse, divinatrice, idolâtre, blasphématrice envers Dieu et les saints, schismatique, infidèle. Néanmoins, pour guérir cette malheureuse pécheresse de ses maux extrêmes, ils n'ont point épargné les exhortations charitables; mais l'esprit d'orgueil dominait en elle, et son cœur de fer ne s'est pas laissé amollir. Elle affirmait n'avoir rien fait que par le commandement de Dieu et des saintes qui se montraient à elle ; elle ne reconnaissait aucun juge sur la terre; elle ne voulait se soumettre qu'à Dieu, rejetant le jugement du pape, du concile général et de l'Église universelle (c'est au pape et au concile général qu'elle en avait appelé). Les juges, voyant son endurcissement, la firent paraître devant le peuple, et, après une prédication publique, commençaient à prononcer la sentence, quand elle se ravisa. Grande fut la joie des juges,

qui espéraient sauver son âme et son corps. On la Gt abjurer; elle signa la formule de sa main, et notre pieuse mère la sainte Église, se réjouissant sur la pécheresse repentante et voulant ramener cette brebis égarée au bercail , l'envova , pour sa salutaire pénitence, en prison; mais le feu de l'orgueil, qui semblait éteint en elle, ne tarda point à « se rembraser en flammes pestilencieuses par les soufflemente de l'ennemi. » Elle retomba, la malheureuse, dans ses erreurs; et les juges, « afin que dorénavant elle ne contaminât les autres membres de Jésus-Christ, » l'abandonnèrent à la justice séculière, qui la condamna à être brûlée. Aux approches de la mort, elle reconnut et confessa que les esprits qui lui étaient apparus étaient des esprits mauvais et mensongers; qu'ils lui avaient faussement promis sa délivrance, qu'ils l'avaient trompée. — (Elle confessa tout le contraire jusqu'à la fin, au dire de celui qui ne la quitta que dans les flammes.)

Tellè fut sa fin, continue le roi; et il demande qu'on répande partout ces choses : les rois, les princes, dans leurs États; les prélats, dans leurs diocèses, « par prédications et sermons publics et autrement,, pour le bien et exaltation de notre dite foi, et édification du peuple chrétien, surtout dans ces temps extrêmes du monde où l'on voit tant de faux prophètes s'élever contre notre sainte mère l'Église, menaçant de corrompre tout le peuple du Christ, si la divine miséricorde et la diligence de ses ministres fidèles ne

s'appliquaient avec vigilance à rebouter et punir » l'audace de ces réprouvés (8 et 28 juin 1431) *.

Une lettre conçue dans le même esprit était adressée en même temps par l'Université de Paris au pape, à l'empereur et au collège des cardinaux 8 .

Ces efforts parurent d'abord réussir. En Angleterre et dans les pays bourguignons, la lettre du roi fut reçue comme un oracle. Monstrelet ne trouve rien de mieux que de l'insérer dans son histoire pour y remplir les pages que devaient occuper le procès et la mort de Jeanne d'Arc. Le Bourgeois de Paris, arrivé à cette époque, ne laisse à personne le soin de faire ce récit à sa place : il recueille la fleur des calomnies avancées au procès, avec des raffinements que le procès même n'avait pas connus. La hardiesse des réponses de Jeanne lui est une preuve « qu'elle étoit toute pleine de l'ennemi d'enferj et bien y parut, dit-il, car elle voyoit les clercs de l'Université de Paris, qui si humblement la prioient qu'elle se repentît et révoquât de celle malle erreur ! » On devine après cela s'il croit à la sincérité de son abjuration et à l'iniquité de son Supplice. Et pourtant il ne dissimule pas l'émotion que sa mort fit dans Rouen : « Assez avoit là et ailleurs qui disoient qu'elle étoit martyre et pour son droit Seigneur. Autres disoient que non, et que mal avoit fait qui tant l'avoit gardée. Ainsi disoit le peuple; » et, si ardent bourguignon qu'il fût lui-même, il évite de se prononcer : « mais, dit-il, quelle mauvaiseté ou . bonté qu'elle eût faite, elle fut arse cellui jour s . »

A Paris, pour retirer du doute l'opinion populaire, on vint en aide à la lettre de Henri VI, comme il y invitait lui-même, par une procession générale et un sermon. Le 4 juillet, un dominicain, l'inquisiteur, exposa à sa manière les faits de Jeanne. Dès l'âge de quatorze ans, elle s'était maintenue « en guise d'homme, » et ses parents l'eussent dès lors fait mourir, s'ils l'eussent pu faire sans blesser leur conscience. Elle les quitta donc « accompagnée de l'ennemi d'enfer, » et depuis vécut « homicide de chrétienté, pleine de feu et de sang, jusques à tant qu'elle fut arse. » Le bon père ajoutai que, si elle se fûtrétractée, on lui eût « baillé pénitence, c'est à savoir, quatre ans en prison à pain et à eau. » Mais comment s'y fût-elle résignée? « Elle se faisoit servir en la prison comme une dame. » Alors le diable se montra à elle sous la forme de saint Michel, de sainte Catherine et de sainte Marguerite, et lui dit : « Méchante créature, qui par peur as laissé ton habit : n'aie pas peur, nous te garderons moult bien de tous. » Aussitôt, sans plus attendre, elle se dépouilla et reprit ses habits d'homme qu'elle avait cachés dans la paillasse de son lit. On la livra donc à la" justice laïque. Et elle, se voyant en ce point, appela « les ennemis » qui lui apparaissaient « en guise de saintes. » Mais nul ne vint, « pour invocacion qu'elle sûtfaire. » Elle se repentit alors, « mais ce fut trop tard .* »

Que les Anglais, après avoir lancé leur manifeste, l'aient accompagné chez eux de ces mensongers commentaires; que le pape, l'empereur, le3 princes •

étrangers, n'ayant d'ailleurs aucun renseignement sur l'affaire, n'y aient pas répondu, cela se comprend : mais comment la cour de France n'a-t-elle rien fait pour les éclairer à son tour? En France, on ne s'associe point aux déclarations du roi d'Angleterre, sans doute ; mais on se tait. Même dans les circonstances où il faut parler des derniers événements, Jeanne est passée sous silence. Dans une assemblée d'États tenue à Blois, Jean Juvénal des Ursins, rappelant les prodigieux succès du roi, en remercie Dieu « qui a donné courage à une petite compagnie d'hommes de ce entreprendre, » sans dire un mot de la Pucelle. Même silence dans une lettre apologétique de Philelphe à Charles VII : silence honteux, mais vraiment d'accord avec la politique égoïste qui a laissé périr Jeanne d'Arc. Si la cour de France n'avait pas, comme celle d'Angleterre, intérêt à perdre sa mémoire, elle éprouvait le besoin de l'effacer : car si Jeanne était une sainte, les Anglais, battus par elle, étaient-ils plus coupables de l'avoir fait mourir, que les Français, sauvés par elle, de n'avoir rien tenté pour sa délivrance 1 ?

Cependant, cette mémoire n'était pas de celles qui s'effacent. Elle vivait dans le peuple : et sa mort même, qui pouvait ébranler la foi en sa mission chez ceux qui ne l'avaient pas vue mourir, était pour plusieurs un sujet de doute. On y croyait si peu que, cinq ans après, une femme parut en Lorraine au voisinage du pays de Jeanne d'Arc, et se fit accueillir de tous comme

étant la Pucelle. Le doyen de Saint-Thibaud de Metz raconte comment, le 20 mai 1436, elle vint, so s le nom de Claude, à la Grange-aux-Hormes, où elle vit plusieurs seigneurs de Metz, et où, dit-il, elle reçut le même jour ses deux frères qui la croyaient brûlée, et qui la reconnurent comme elle les reconnut (le second point serait moins étonnant). On lui donna un cheval, des armes; elle sauta sur le cheval, dit plusieurs choses qui ne laissèrent plus à douter qu'elle ne fût la Pucelle Jeanne de France, celle qui mena sacrer le roi Charles à Reims. Après divers voyages, à Marville, à Arlon, à Cologne, tenant peu, ce semble, à son surnom, elle épousa messire Robert des Armoises ; et Ton trouve un contrat de venteoù elle figure avec son mari sous le nom de Jeanne du Lys, la Pucelle de France, dame de Thichiemont (7 nov. 4 436)

Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que cette Pucelle mariée ait été prise au sérieux et dans Orléans et dans la propre famille de Jeanne d'Arc. Les comptes d'Orléans établissent que la ville reçut d'elle et lui envoya des messages; qu'elle donna même de l'argent à Jean du Lys (Jean d'Arc) pour qu'il allât rejoindre sa sœur. Les choses n'en demeurèrent pas là. La fausse Jeanne vint en France, et paraît avoir reçu des hommes d'armes avec lesquels elle guerroya dans le Poitou (1 436). Elle y était encore en 1 438. En 1 439, elle osa venir à Orléans ! On l'y trouve, dans les comptes de la ville, sous son nom de dame : « Le 28 de juillet, pour dix pintes et chopines de vin présentées à Je-

hanne des Armoises, 14 s. p., etc. » Et c'est bien Jeanne d'Arc, la Pucelle d'Orléans, que l'on entend traiter ainsi. Le jour de son départ, les Orléanais, par une délibération spéciale de leur conseil, lui firent don de 210 1. p. « pour le bien qu'elle a fait à la dicte ville durant le siège. » Par une compensation bien naturelle, le service annuel qu'on célébrait pour le repos de son âme était supprimé *.

Ces hommages étaient une insulte à la mémoire de la Pucelle. Comment le peuple d'Orléans a-t-il pu être abusé à ce point? Comment le roi se fit-il complice de cette intrigue ? Car on ne peut admettre qu'il en ait été la dupe un seul instant : et l'aventure par laquelle Pierre Sala rapporte qu'on découvrit la vérité a plus d'une marque d'invraisemblance. Le roi n'aurait pas dû être si « ébahi « cette fois que la Pucelle le reconnût, et la fausse Jeanne devait être bien peu ferme dans son rôle pour se déconcerter au premier salut du prince : aussi en fait-on un miracle. Le roi a-t-il dissimulé tant qu'il pensa pouvoir tirer parti de l'erreur populaire ? Quoi qu'il en soit, il put voir bientôt qu'on ne refaisait point une mission de Jeanne d'Arc, même avec le prestige de son nom. En cette année 1439, le maréchal de Rais la fit remplacer dans le commandement de la troupe qu'elle menait contre le Mans; et bientôt on acheva de faire tomber le masque. Comme les Parisiens, apprenant qu'elle était proche et qu'elle avait reçu à Orléans un grand accueil, disaient que c'était la Pucelle, l'Université et le

Parlement la firent venir, bon gré,' mal gré, à Paris. Ils voulurent que le peuple la vît tout à son aise au palais, sur la pierre de marbre, en la grand'cour. Là, elle dut raconter sa vie, qui n'était pas de tout point fort édifiante. Puis on la laissa retourner à la guerre; mais dès lors on ne parla plus d'elle. On n'en parla que pour compenser, à force d'outrages, les honneurs qu'on lui avait rendus 1 .

Entre ces honneurs et ces outrages prodigués tour à tour à celle qui avait pris le nom de Jeanne, que devenait sa mémoire? Le temps venait de dissiper les ombres qui pouvaient voiler aux yeux des politiques la vérité de sa mission : les Anglais étaient chassés de France; la prédiction de Jeanne s'était accomplie. Dans le terme qu'elle avait marqué pour leur grande défaite, Paris avait été pris : c'était le gage de leur entière expulsion; en 1449, Rouen était pris à son tour, et bientôt la Normandie conquise; en 1452 et 1453, Bordeaux et toute la Guyenne; Calais seul leur devait rester encore pendant un siècle, comme un souvenir de leur domination et un signe de leur impuissance. Il ne fallait pas attendre jusque-là pour reconnaître que Jeanne avait dit vrai, quand elle se donnait comme envoyée de Dieu pour les mettre dehors : car tout le mouvement qui aboutit à cette fin procédait de l'impulsion qu'elle avait donnée. Aussi, dès son entrée à Rouen, Charles, mieux entouré désormais et servi par les hommes qu'il lui aurait fallu au temps de Jeanne, ordonna une enquête sur le

procès, moyennant lequel les Anglais, par grande haine, « l'avoient fait mourir iniquement et contre raison très-cruellement 1 . »

Ce fut Guillaume Bouillé, un des principaux membres de TUniversité de Paris et du Conseil du roi, qui fut chargé d'en recueillir les pièces et les documents de toute sorte, et d'en faire un rapport au grand Conseil (15 février 1450). Bouillé procéda à cette enquête et entendit sept témoins : Jean Toutmouillé, Isambard de La Pierre et Martin Lad venu, qui assistèrent Jeanne dans ses derniers moments; G. Duval, un des assesseurs; Manchon, le greffier; Massieu, l'huissier, et « vénérable et circonspecte personne » maître J. Beaupère, l'un des principaux auxiliaires de P. Cauchon, celui qui, au début, dirigea pour l'évêque les interrogatoires. Ces premières dépositions écrites tiennent aussi le premier rang parmi toutes celles qu'on a recueillies depuis. Mais le procès avait été fait au nom de l'Église : c'est par l'Église qu'il devait être aboli. Le roi mit à profit l'arrivée en France du cardinal d'Estouteville, légat du saint-siége, et en même temps archevêque de Rouen, pour lui faire commencer par luimême une enquête sur un fait que les Anglais avaient précisément rattaché à son diocèse. Le cardinal, assisté de l'un des deux inquisiteurs de France, J. Bréhal, ouvrit d'office l'instruction^ ofjicio mero) ; puis, forcé de partir, il remit ses pouvoirs au trésorier de la cathédrale, Philippe de La Rose; et celui-ci, assisté du même J. Bréhal, donna une nouvelle extension à l'enquête

par les articles qu'il ajouta au formulaire des interrogatoires, et parles témoins nouveaux qu'il appela 1 . »

L'Église se trouvait donc engagée dès lors dans la révision du procès, par ses réprésentants les plus compétents : l'inquisiteur et l'archevêque de Rouen, légat du pape. Mais le pape n'y était point engagé lui-même : car ce n'était pas l'objet de la mission du légat. Le cardinal avait été envoyé en France pour rapprocher les rois de France et d'Angleterre, et les amener à défendre en commun l'Europe menacée par les Turcs; or, ce n'était pas faire grande avance à l'Angleterre que de soumettre à une révision le procès de la Pucelle. On n'en pouvait soulever les voiles sans en mettre au jour les violences, ni l'abolir sans frapper de réprobation aux yeux du monde ceux qui l'avaient dirigé. L'enquête demeurait donc sans résultat, et la révision semblait devoir avorter, quand Charles VII imagina d'écarter ce qu'il y avait de politiq ue dans une instance poursuivie au nom d'une cour contre un jugement rendu au nom d'une autre : ce ne fut plus le roi de France qui se mit en avant, ce fut la famille de Jeanne, renouvelant auprès du souverain pontife cet appel que les juges de la Pucelle n'avaient point accueilli. L'affaire redevenait privée, et rien n'empêchait plus le pape de faire justice, sans qu'il parût prendre parti pour la France contre l'Angleterre. La politique s'effaçait donc pour laisser le champ libre au bon droit. Or, tout criait contre l'arrêt de Rouen ; car on n'avait pas seulement, pour

voir clair dans cette iniquité, les dépositions recueillies soit par G. Bouillé, soit par le cardinal d'Estouteville et par son délégué : on avait le procès même de la Pucelle. Ce procès, les interrogatoires officiels de Jeanne, et non plus seulement les douze articles, avaient été soumis à leur tour à des docteurs impartiaux, et ils avaient rendu des avis qui pouvaient, comme le reste des pièces juridiques, être soumis à l'examen du souverain pontife. Dans le nombre, le procès de révision a gardé deux mémoires, l'un de Théodore de Leliis, auditeur de rote en cour romaine, l'autre de Paul Pontanus,' avocat au consistoire apostolique ; et le premier est déjà une réhabilitation de la Pucelle. Le grave docteur, rapprochant de chacune des allégations comprises aux tiouze articles les éléments fournis par le procès, donne dès lors tous les arguments de bon sens et de bonne foi qui dissipent cet échafaudage de diffamation et d'hypocrisie, et ne laissent plus voir que l'innocence, la vertu et la grandeur de la Pucelle, à l'éternelle confusion de ses juges et de ses bourreaux 1 .

Ce fut Calixte III, élu le 8 avril 1 455, qui, le 1 1 juin de la même année, accueillit la requête de la mère de Jeanne et de ses deux frères : par un rescrit adressé à l'archevêque de Reims et aux évêques de Paris et de Coutances, il les désigna pour réviser le procès, en s'adjoignant un inquisiteur \

Le procès s'ouvrit avec une grande solennité. Le 7 novembre 1455, l'archevêque de Reims, Tévêque

de Paris et l'inquisiteur J. Bréhal siégeant à Notre- Dame de Paris, Isabelle, mère de Jeanne, accompagnée d'un de ses fils et d'un nombreux cortège d'hommes honorables, ecclésiastiques ou séculiers, et de femmes, se présente et dépose devant eux sa requête et le rescrit du souverain pontife qui l'avait accueillie. Les commissaires désignés l'appelèrent à part dans la sacristie, l'interrogèrent, promirent de lui faire droit, mais lui remontrèrent .toutes les difficultés de la tâche qu'elle s'était donnée, et l'engagèrent à prendre conseil et à y réfléchir. Puis, rentrés en séance, ils s'ajournèrent au*1 7 novembre pour ouvrir l'instance si elle y persistait \

Les deux prélats, non plus que personne, n'avaient point douté qu'elle n'y persistât. Le 17, Isabelle se présenta devant la même assemblée; Pierre Maugier, son avocat, exposa sa requête, et remit aux mains des commissaires désignés le rescrit original de Calixte III. Après que lecture en eut été donnée publiquement, l'avocat reprit la parole, pour marquer précisément dans quelles, limites se renfermait la plainte. Il ne s'agissait pas de mettre en cause ceux qui, par leur présence ou par leurs avis, avaient plus ou moins pris part au procès de Jeanne : on attaquait le procès dans la personne des deux juges, l'évêque de Beauvais Pierre Cauchon et le vice - inquisiteur Jean Lemaître, et dans celle du promoteur Jean d'Estivet, particulièrement désigné dans le rescrit du pape, comme l'auteur des fraudes qui le viciaient \

Les deux évêques présents, acceptant alors la mission qui leur était donnée , s'adjoignirent , conformément aux prescriptions du pape, l'inquisiteur J. Brébal, et arrêtèrent que les personnes nommées dans l'acte pontifical, ou tout ayant cause, seraient, par assignation, mises en demeure de contredire au rescrit d'abord, puis aii fond de l'affaire. Pierre Cauchon et J. d'Estivet étaient morts; Jean Lemaître était censé l'être; mais leurs familles pouvaient avoir intérêt à ester au procès; et non-seulement leurs familles, mais l'autorité au nom de laquelle le procès avait été poursuivi : c'est pourquoi le vice-inquisiteur et le promoteur actuels du diocèse de Beauvais étaient spécialement désignés dans le rescrit. Avec ces deux ecclésiastiques, i'évêque présent de Beauvais lui-même et tous ceux que l'affaire pouvait toucher, étaient, par assignation publiée tant à Rouen qu'à Beauvais, sommés de comparaître devant les commissaires le 1 2 et le 20 décembre au palais archiépiscopal de Rouen \

Le 12, l'archevêque de Reims, I'évêque de Paris et Jean Bréhal se retrouvèrent au lieu désigné; mais personne ne se présenta, que le procureur de la famille de Jeanne, demandant défaut contre les honcomparants. On sursoit jusqu'au 15; le 15, même situation. Les commissaires, après avoir ouï l'avocat Maugier et reçu les conclusions du procureur Prévosteau, nomment leurs officiers, et remettent au samedi suivant, 20 décembre, pour entendre, sans

nouveau délai, ceux qui voudraient décliner leur compétence. Cette séance fut d'ailleurs marquée par un incident grave. Prévosteau, procureur de la famille, et Cbapitaut, que les juges venaient de prendre pour promoteur, ayant demandé aux greffiers du premier procès s'ils avaient l'intention d'en prendre la défense, Manchon s'en excusa ; et, sommé de remettre aux juges ce qu'il pourrait avoir concernant cette affaire, il déposa sur le tribunal la minute française du procès entier, écrite de sa main. On lui présenta, à son tour, et il reconnut les signatures et les sceaux apposés à l'original latin. A ces pièces on joignit, à la requête du promoteur, les informations faites par le cardinal d'Estouteville ou par son délégué de concert a\ec Jean Bréhal, un des juges

présents ; et il fut ordonné qu'on les mît à la disposition des greffiers et des assesseurs du premier procès qui les voudraient connaître l .

Plusieurs actes furent encore accomplis en attendant le 20 décembre. Le 16, Prévosteau, appuyé du promoteur, demanda et obtint que l'on assignât immédiatement plusieurs témoins déjà âgés ou infirmes, demeurant à Rouen ou dans les environs, et qui, si l'on différait beaucoup à les entendre, pourraient bien ne plus être entendus. Le 18, il remit sa requête. Après avoir défini l'objet du procès et les limites où se renfermait la plainte, il aborde le fond de la question et défend Jeanne sur tous les points où on Ta condamnée. Ses visions : Dieu seul

en connaît l'origine, et nul sur la terre n'a le pouvoir d'en juger; le signe du roi : allégorie permise et justifiée par l'exemple de Moïse devant Pharaon; l'habit d'homme : justement défendu quand il procède du libertinage, mais bien légitime quand il protège la pudeur ; la soumission à l'Église : l'Église la réclame pour le dogme, laissant, quant au reste, une entière liberté. Jeanne n'y était donc pas tenue en ce qui touche ses révélations comme fait : et pourtant elle s'est soumise à l'Église ; elle a demandé d'être renvoyée au pape, elle a accepté le jugement du concile général, acceptation que l'évêque de Beauvais a défendu d'inscrire au procès-verbal. Mais ce n'est là qu'un exemple des faux qui vicient le procès. Le procureur rappelle l'altération des interrogatoires de Jeanne clans les douze articles; la formule d'abjuration lue à Jeanne dans le tumulte, sans qu'elle l'ait pu entendre, et que l'évêque, malgré l'avis des assesseurs, ne lui a pas relue. C'est donc à tort qu'on l'a déclarée relapse : et la preuve qu'on l'estimait bonne chrétienne, c'est qu'avant de la faire mourir on lui a donné la communion. Aussi demande- tril, non pas seulement l'annulation de la sentence, mais toutes les réparations que réclame, après un si cruel supplice, sa mémoire outragée

Le 20 décembre, jour assigné pour dernier délai aux oppositions, il ne se présenta qu'une seule personne : le procureur de la famille de P. Cauchon. Il déclarait en son nom qu'elle n'entendait pas soutenir

la validité du procès de Rouen, mais repoussait toutes les conséquences que Ton en voudrait tirer contre elle-même, et il invoquait l'amnistie proclamée par le roi après la conquête de la Normandie. Lecture faite de cette pièce, le procureur prit de nouveau défaut contre les non-com parants, et le promoteur, après avoir prêté serment, fit son réquisitoire à son tour 1 .

Il appelait l'attention des juges 1* sur les instruments et les actes du procès incriminé; 2° sur ses préliminaires, et 3° sur le procès lui-même. Il signale parmi les causés qui le vicient : 1° Dans les instruments : l'interposition de faux greffiers; les douze articles, soumis aux consulteurs, pour tenir lieu du procès entier; les additions ou les omissions des procès-verbaux. 2° Dans les préliminaires : la partialité de l'évêque de Beauvais, qui s'entremet pour que Jeanne soit vendue aux Anglais; qui la laisse dans leur prison, quoique remise à l'Église; qui fait informer sur sa vie antérieure, constater sa virginité, et qui supprime les résultats de ces deux enquêtes comme étant favorables : procédés illégaux et dont il a senti l'illégalité lui-même en se faisant donner des lettres de garantie. 3° Dans le procès même : la demande d'un tribunal composé de clercs des deux partis mise à l'écart; la récusation de l'évêque; l'absence du vice-inquisiteur jusqu'au 19 février, et son adjonction par l'effet des menaces; l'interrogatoire transféré de la salle publique dans la prison devant un petit nombre d'assesseurs, parce que les autres

paraissaient mécontents; les questions captieuses qui signalent cet interrogatoire; les 12 articles extraits des 70, et entachés d'omissions ou d'additions frauduleuses ; les menaces aux consul leurs sincères; les faux conseillers; les manœuvres employées et pour rendre suspecte la soumission de Jeanne à l'Église, et pouf lui faire reprendre l'habit d'homme après une abjuration obtenue par la séduction et par la contrainte; enfin sa condamnation comme relapse sans cause légitime ; et, quand elle a été livrée au bras séculier, son exécution sans jugement

Voilà les points que les nouveaux juges avaient à constater par leur enquête : et le promoteur demandait en particulier qu'on refît dans le pays originaire de Jeanne cette information sur sa vie antérieure faite et supprimée par les premiers juges. Les commissaires i firent droit à sa demande, consignèrent au procès la déclaration par laquelle ils se constituaient juges et déclaraient les non-comparants contumax; puis ils les assignèrent au premier jour plaidoyable après le premier dimanche de Carême, pour répondre aux articles que les demandeurs venaient de déposer*.

Le jour fixé, 16 février 1456, deux nouveaux personnages répondirent à l'assignation : M' Reginald Bredouille, procureur de Tévêque présent de Beauvais et de son promoteur, et frère Jacques Chaussetier, prieur du couvent d'Évreux, au nom des frères prêcheurs de Beauvais. L'audience ayant été remise au lendemain, les juges commencèrent par faire donner

lecture des articles au nombre de 401, posés par les demandeurs *.

C'est le résumé, ou, pour parler plus justement, l'exposition la plus complète de tous les moyens allégués à diverses reprises contre le procès, tant par le procureur et l'avocat de la famille de Jeanne que par le promoteur et les légistes auxquels le procès avait été soumis. En supprimant les répétitions ou les inutilités pour ramener le débat à ses points principaux, on y voit clairement établi ce qui condamne les juges et ce qui relève leur victime : car ce titre lui est suffisamment acquis par les nullités de toutes sortes signalées au procès. Les juges n'étaient que les instruments des Anglais (art. 6) ; et c'est par le seul effet de la crainte, que l'un des deux, le vice-inquisiteur, s'est associé à l'autre (42). Tout prouve leur partialité contre Jeanne : la prison civile où ils la gardent quand elle doit être remise à l'Église qui la juge (9) ; les séances publiques faisant place à des interrogatoires dans la prison, en présence des Anglais et d'un petit nombre d'assesseurs (12); les questions difficiles, captieuses même, où l'on cherchait à l'embarrasser, les menaces faites à ceux qui la voulaient éclairer (18) [plusieurs ont dû fuir pour éviter la mort (80)]; et les rigueurs de la prison, les chaînes, les entraves qui faisaient de son état comme une torture perpétuelle (46). Ses juges voulaient sa mort, et sa mort par exécution publique : ils l'ont prouvé en témoignant tant de crainte quand ils l'ont vue ma-

lade (4 3), et tant d'empressement à reprendre les interrogatoires lorsqu'à peine elle était guérie (19). Mais leur sentence même les condamne : Jeanne l'eûfr elle méritée par ses actes, son jeune âge, auprès de juges impartiaux, commandait qu'on l'adoucît (49).

Jeanne était- elle donc coupable? Les défenseurs de sa mémoire rappellent ses bonnes mœurs, sa piété, sa charité, son zèle à observer les lois, à remplir les pratiques de la vie chrétienne et à les faire observer autour d'elle (25), et cette lumière d'une âme droite et pure qui l'éclaira parmi tous les détours du procès (17). Ils reprennent l'un après l'autre, pour les dissiper et en montrer le vide, tous les crimes qu'on lui imputait : son départ pour la guerre (64), départ qu'elle a caché à ses parents (70, 72) ; l'habit d'homme pris et gardé et en campagne et en prison, et à quelle condition elle était prête à le quitter (65-69) ; le nom de Jésus inscrit dans ses lettres (71 ); le saut de Beaurevoir (72), le signe du roi (73), ainsi que toute l'histoire de ses visions (54etsuiv.). Puis ces autres griefs que l'accusation, faute d'en trouver de suffisants dans sa vie active, voulut tirer de ses paroles et de ses actes depuis qu'elle était aux mains de ses juges : ce qu'elle croyait de son salut, de sa délivrance; si sainte Catherine et sainte Marguerite aimaient les Anglais, etc. (74-76), et tout particulièrement, à l'occasion de ses visions, son prétendu refus de se soumettre à l'Église. Ses visions ne venaient pas du mauvais esprit, mais de l'esprit divin : la pureté de Jeanne,

son humilité, sa simplicité, sa charité, sa foi vive et sincère, le prouvent comme les lumières qu'elles lui Tmt données et les actes qu'elles lui firent accomplir (54-62). Eussent-elles été des illusions, Jeanne, dans ces conditions, était excusable d'y croire (64). Mais, y croyant ainsi, pouvait-elle les laisser mettre en doute? Ce sont choses dont l'Église elle-même renvoie la décision à Dieu (77 et 78). Et d'ailleurs Jeanne n'a pas refusé de se soumettre à l'Église : elle n'a point accepté le jugement de ces hommes d'Église en qui elle n'avait que trop raison de voir des ennemis ; et son ignorance l'aurait dû excuser de ne pas entendre autrement l'Église (79). Quand elle sut cje qu'était l'Église, elle s'y est soumise : elle s'est soumise au pape et au concile, demandant qu'on l'y renvoyât (17, 79 et 83-85). Elle n'a donc point été hérétique; elle n'a pas été relapse, puisqu'elle n'était pas tombée; et cette abjuration qu'elle prononça sans l'entendre, elle déclara qu'elle ne l'avait prononcée que pour sauver sa vie, protestant ainsi qu'elle n'avait jamais été ce qu'on l'accusait d'être (90). Les juges eux-mêmes l'ont reconnu, en lui accordant la communion avant la mort (86); et sa mort a été chrétienne comme toute sa vie (32 et 33).

Qu'est-ce donc que ce procès qui a pu aboutir à une pareille sentence? Un acte de violence et de fraude; un tissu de mensonges et de faux. Ses juges ont procédé sans l'enquête préalable exigée en matière d'hérésie (le promoteur a montré que

LA RÉHABILITATION. îkl

l'information a été faite et qu'elle a été supprimée, ce qui est bien plus grave encore); ils ont fait examiner si elle était vierge, et la déclaration qui le constatait a disparu comme l'information préalable

(10). Ils ont refusé ses témoins (7), ils lui ont refusé un conseil (47) : comme conseil ils lui ont

envoyé un traître qui entretenait son ignorance touchant l'Église et la poussait à une résistance d'où Ton voulait faire -sortir sa condamnation (52 et 81). Ils l'ont jugée, rejetant son appel au pape en des matières qui, par leur nature, sont spécialement du ressort du pape (15, 43 et 44); ils l'ont jugée quoique mineure, sans qu'elle fût défendue (48). Mais sur quoi l'ont-ils jugée? sur des pièces fausses. Ils ont altéré le procès -verbal, apostant de faux greffiers (22), contraignant les greffiers officiels à ne point écrire ce qui était à sa décharge (50). Bien plus, à ce procès-verbal des interrogatoires, si mutilé qu'il fût, ils ont substitué, comme base du jugement, un prétendu résumé de ses réponses en douze articles, articles que Jeanne n'a ni avoués, ni même connus; où l'on accumule ce qui la charge, où Ton supprime ce qui la justifie ; articles qui dérivaient de faux procèsverbaux, ou qui faussaient ses dépositions véritables par le retranchement de ses plus importantes déclarations, notamment de son appel au pape et de sa soumission à l'Église (20, 21; 91-93). C'est ce qui fait l'excuse des consulteurs (94); mais c'est ce qui entraîne la nullité du jugement. Et quel est le

il 16

mode de procéder dans ce jugement? On la fait abjurer, et Ton substitue une autre formule à la formule de son abjuration (24, 88, 89). On la déclare réconciliée à l'Église, et on la condamne à la prison perpétuelle (24). Puis on la renvoie à la prison des Anglais, et, pour mieux la rendre relapse, pour qu'elle retombe au moins dans l'hérésie de son habit, on tente de lui faire violence dans cette prison anglaise; on lui reprend ses habits de femme (26)': ne l'eût-elle pas voulu, n'y fût-elle pas forcée par la défense de son honneur, il fallait qu'elle reprît l'habit d'homme. C'est ainsi que l'on est arrivé à la juger une deuxième fois comme relapse (26-28 et 90), et à la livrer à la justice : il est plus exact de dire ici au bras séculier, car le juge séculier l'envoya à la mort sans prendre le temps de prononcer sa sentence (31) f .

La lecture des articles achevée, le procureur du nouvel évêque de Beauvais , M e Bredouille , prit la parole et déclara qu'il n'y pouvait pas croire; qu'il était impossible que Pierre Cauchon eût ainsi procédé. Du reste il s'en référait au procès et ne s'opposait point à ce qu'on assignât les témoins, s'en remettant à la conscience des juges. Jacques Chaussetier avait une mission plus simple encore : il venait, au nom du couvent de Beauvais, déclarer qu'on n'y Connaissait pas le vice-inquisiteur incriminé avec Pierre Cauchon, et prier les juges d'épargner désormais au couvent les assignations qu'on y envoyait à

LA REHABILITATION. 243

son adresse, non sans jeter le trouble dans les études de la maison. Les juges accueillirent ces déclarations, et, donnant acte aux héritiers de Pierre Cauchon de leurs réserves, ils admirent au procès les articles des demandeurs, et ordonnèrent la continuation de l'enquête. Le rapport en devait être fait le premier jour plaidoyable après la Quasimodo, dans la ville de Rouen 1 .

L'enquête se continua à Rouen, à Paris, à Orléans et dans le pays de Jeanne; et le jeudi 13 mai, après plusieurs ajournements, les procès-verbaux en furent reçus par les juges et mis à la disposition de quiconque y voudrait contredire. Assignation fut donnée pour le faire au 1 er juin a .

La lumière brillait enfin de tout son éclat sur Jeanne et sur ses juges. De toute part s'étaient élevées des voix qui rendaient témoignage à la Pucelle. Les anciens de son pays, les compagnes de son enfance, les compagnons de sa vie militaire : Dunois, le duc d'Alençon, le vieux R. de Gaucourt, L. de Contes son page, d'Aulo son écuyer, Pasquerel son confesseur; et ceux qui l'assistèrent dans la prison et jusque sur le bûcher, Isambard de La Pierre, Martin Ladvenu ; les assesseurs même et les officiers de ses juges, le greffier Manchon, l'huissier Massieu, venaient tour à tour reproduire quelque trait de cette belle figure. On retrouvait dans leurs dépositions la vie pure, simple et retirée de la jeune fille au foyer paternel, jusqu'au moment où elle se vit appelée à délivrer la France;

la même pureté de mœurs, la même simplicité qui était de sa nature, avec la fermeté de langage et l'accent d'autorité qu'elle tenait de son inspiration, tout le temps qu'elle parut soit à la cour, soit à l'armée ; et depuis qu'elle tomba aux mains de ses ennemis, sa constance dans les rigueurs de la prison, sa hardiesse dans les épreuves du tribunal, avec ces illuminations soudaines qui jetaient un jour accablant sur les machinations de ses juges; enfin sa ferme croyance à la mission qu'elle avait reçue, jusqu'au jour où, après avoir payé le tribut à la faiblesse de la femme devant les apprêts du supplice, elle se releva par un sacrifice volontaire d'une défaillance plus apparente que réelle, et couronna sa vie de sainte par la mort d'une martyre.

Au jour fixé, Lefebvre ou Fabri, évêque de Démétriade, et Hector de Coquerel, officiai de Rouen, ouvrirent la session, par délégation des commissaires. Après de nouveaux ajournements jugés nécessaires pour déclarer l'information acquise au débat, prononcer le défaut (le 2) et passer outre (le 4 et le 5), le procureur Prévosteau et le promoteur produisirent devant les juges tout l'ensemble des pièces où se fondait la cause : le bref du pape, les informations du cardinal d'Estouteville et de son vicaire, les enquêtes accomplies depuis le commencement de l'instance. N 8 y joignirent une feuille de la main de G. Manchon, contenant les corrections à faire aux douze articles, et, pour prouver la falsification de ces articles, cinq

feuilles de papier de la main de Jacques de Touraine, où on les retrouvait sous une autre forme, surchargés d'additions et de corrections. Ils produisaient aussi les originaux du premier procès, requérant qu'on les insérât sans transcription parmi les pièces du nouveau, afin qu'on les pût voir avec leurs additions et leurs diversités dans leur forme réelle; et de plus les lettres de garantie que les juges avaient obtenues du roi d'Angleterre, preuve de plus qu'ils n'avaient agi que pour le compte et à la requête des Anglais. Prévosteau demandait que l'on examinât aussi divers mémoires écrits soit à l'arrivée de la Pucelle, soit après son jugement, pour soutenir la divinité de sa mission ou prouver l'iniquité de ses juges. En ce qui touche les premiers, le mémoire de Gerson figure seul dans la transcription du procès 1 .

Personne ne se présenta pour contester ces pièces. Elles furent donc admises au procès (10 juin), et on assigna au 1 er juillet pour entendre les conclusions dans la cause".

Le 1 er juillet, l'archevêque de Reims, les évêques de Paris et de Coutances et Jean Bréhal reprirent eux-mêmes leurs fonctions déjuges; et le lendemain, toute partie adverse continuant de faire défaut, le promoteur et les demandeurs présentèrent les moyens de droit à l'appui de la cause. Le promoteur lut un mémoire où, résumant les raisons fournies par les nombreux documents de la procédure, il déclarait qu'il approuvait en tout point les conclusions des

demandeurs; et les demandeurs montraient combien, même devant le droit strict, Jeanne était justifiable dans ses paroles et dans ses actes, et ses juges perfides ou violents dans leur manière d'agir. Ils concluaient donc à l'annulation du procès, à la réhabilitation de Jeanne, espérant que la plainte de sa mère et de ses frères, favorablement accueillie du souverain pontife, trouveraitsa légitime satisfaction dans la sentence des juges auxquels le saint-siége l'avait renvoyée 1 .

Les juges avaient consacré le mois de juin à examiner, avec l'assistance d'un grand nombre de docteurs, tant l'ancien procès que les pièces du nouveau déjà déposées; et ils avaient chargé leur collègue Jean Bréhal de résumer en quelques articles les points sur lesquels le premier leur paraissait attaquable dans le fond ou dans la forme. C'est un nouveau traité, mais cette fois un traité officiel composé sur toutes les pièces des deux procédures, où le chef de l'inquisition en France, et, par l'approbation qu'ils y ont donnée, les trois évèques commissaires du pape, composant avec lui le tribunal, établissent qu'au procès de Jeanne la vraie doctrine n'a pas été moins lésée que la justice : en résumé, que Jeanne doit être lavée de tout reproche touchant les faits mis à sa charge (les visions, l'habit d'homme, la soumission à l'Église, etc.), et son jugement cassé : pour l'incompétence et la partialité de son juge, pour la récusation qu'elle en fit, et son appel au pape, appel suffisant dont il a refusé de tenir compte, en

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un mot pour toutes les traces de violence ou de fraude que révèlent le choix de la prison, l'adjonction du vice-inquisiteur, les douze articles, la formule d'abjuration, le jugement comme relapse et toute la matière du procès 1 .

C'était déjà tout un jugement. Il ne s'agissait plus que de le mettre en sa forme et de .le rendre public. . Le 7 juillet, les commissaires se réunirent dans la grande salle du palais archiépiscopal de Rouen; et là, en présence de Jean d'Arc, de Prévosteau, représentant Isabelle, la mère de Jeanne, et Pierre d'Arc, son autre frère, du promoteur Chapitaut et de P. Maugier, avocat de la famille, personne ne se présentant pour combattre les conclusions du promoteur, ils déclarèrent la partie adverse contumax. Puis, jugeant au fond, après avoir énuméré toutes les pièces de procédure sur lesquelles ils avaient formé leur opinion, ils prononcèrent d'abord que les douze articles, l'unique base de la sentence rendue contre Jeanne, étaient faux, altérés et calomnieux, et ordonnèrent qu'ils fussent arrachés du procès, et lacérés judiciairement. De là ils passaient aux deux sentences, et, après avoir signalé les principaux moyens de droit tant de fois opposés aux procédés des premiers juges, adoptant l'avis des docteurs et des prélats qui n'ont vu dans tout le procès aucun fondement à l'accusation : ils déclaraient le procès et les sentences entachés de dol et de calomnie, et par conséquent nuls et de nul effet; ils les cassaient et les annulaient,

déclarant que Jeanne ni aucun des siens n'en avaient reçu aucune note d'infamie, et les lavant de toute tache semblable autant que besoin était. Ils ordonnaient que la sentence serait immédiatement publiée à Rouen en deux endroits : sur la place de Saint- Ouen, en langue vulgaire, à la suite d'une procession solennelle; et le lendemain au Vieux-Marché, au lieu où Jeanne avait été si cruellement brûlée. La publication devait être suivie d'un sermon solennel et de la plantation d'une croix destinée à perpétuer sa mémoire et à solliciter les prières des fidèles ; et la sentence , publiée dans toutes les autres villes ou lieux du royaume qu'il semblerait bon 1 .

La sentence reçut immédiatement son exécution, à Rouen d'abord, puis dans plusieurs autres villes, notamment à Orléans, où 1 evêque de Goutances et l'inquisiteur J. Bréhal vinrent de leur personne présider aux cérémonies ordonnées. Les Orléanais n'avaient pas eu besoin de ce jugement pour rendre à la mémoire de Jeanne les honneurs qui lui étaient dus. Ils avaient recueilli sa mère, voulant s'acquitter au moins auprès de sa famille de leur dette envers elle; et plus tard, à la place de la croix érigée conformément à la sentence, ils lui élevèrent, à leurs frais, sur leur pont même, en face du lieu où elle avait accompli l'acte décisif de leur délivrance, un monument qui, mutilé par les guerres religieuses, supprimé par la révolution, s'est relevé en un autre lieu et sous une autre forme, attestant, parmi ces vicis-

situdes, leur invariable attachement à sa mémoire. Mais ce qui mieux que les statues et les inscriptions consacrera la gloire de Jeanne d'Arc, c'est le procès de réhabilitation lui-même, ce sont les témoignages recueillis par toutes ces enquêtes, et fixés à jamais parmi les actes du procès

Ce procès qui revise et annule le jugement de Jeanne d'Arc , a subi une sorte de révision , de notre temps. Le contradicteur que les juges commissaires ont tant de fois assigné sans le voir jamais paraître, s'est levé enfin, et nul no contestera sa compétence : c'est celui qui a publié les deux procès. Assurément personne moins que lui ne défend la légitimité do la sentence de Jeanne et ne s'oppose à la réhabilitation de sa mémoire. Son édition et les documents de toute sorte qu'il y a joints, forment, sans contredit, le plus beau et le plus durable monument élevé à son honneur. Il est admirateur passionné de Jeanne, mais il est critique, et c'est à ce titre qu'il a jugé et comparé les deux procès.

Que le premier l'emporte sur l'autre par la forme de la rédaction et par l'ordre des matières, c'est ce que le savant éditeur n'a point de peine à établir. Qu'il l'emporte par l'habileté avec laquelle il a été mené, c'est ce qu'on pourrait présupposer encore avant tout examen. Le second procès n'a pas eu de contradicteur; les commissaires avaient à juger une cause dont l'évidence frappait tous les yeux. Ils pou-

250 UVHE DIXIÈME.

vaient donc ne pas étendre leur enquête sur tous les poinis où s'était passée la vie de Jeanne : Domremy, le lieu de son origine; Orléans, le principal théâtre de sa mission; Rouen, le lieu de son jugement et de son supplice; Paris, où elle avait voulu faire entrer le roi et qui lui avait envoyé des juges : c'était plus qu'il n'était nécessaire. Ils pouvaient môme, sans qu'on leur en fît un crime, laisser de côté plusieurs témoins; et ils le pouvaient d'autant plus, comme Ta reconnu M. Quicherat, qu'ils faisaient un procès moins aux personnes qu'aux choses. Les principaux coupables étaient morts; P. Cauchon était désavoué même par ses héritiers. Quant aux assesseurs encore vivants, on les cita, on les entendit; mais le premier soin des demandeurs avait été de les mettre hors de cause. Des juges ont donc pu passer avec quelque négligence sur des faits qu'ils n'avaient point à juger ; et si des arguments plus ou moins hasardés ont été produits devant eux dans les requêtes de la famille, ce n'était point à eux d'y contredire : il suffisait qu'ils cherchassent ailleurs les bases de leur jugement. Le premier procès, au contraire, était contradictoire ; le juge se trouvait, il est vrai, en présence d'une simple jeune fille, sans défenseur, sans conseil : mais cette jeune fille était Jeanne, et son conseil, elle Ta bien prouvé, Celui qu'elle avait eu pour guide dans les batailles. Plus son innocence et sa vertu jetaient d'éclat, plus le juge, qui était un ennemi, s'il ne voulait être vaincu dans cette lutte nouvelle, était obligé de dé-

ployer les ressources de son génie; et, d'ailleurs, derrière Jeanne il entrevoyait un autre tribunal devant lequel, tôt ou tard, il y aurait appel de son procès. M. Quicherat a donc raison de dire qu'on ne doit pas le supposer assez malhabile et insensé pour commettre, en quelque sorte, de gaietéde cœur, ces illégalités flagrantes qui eussent invalidé le jugement, même à Tégard du plus grand coupable. Mais si l'accusée est Jeanne, une sainte et brave fille au moins, sinon une envoyée de Dieu, et si l'on veut arriver à la condamner, il faudra bien, si habile qu'on soit, faire pour cela violence au droit écrit : car les formes de droit établies dans les jugements ne seraient bonnes qu'à être supprimées, si elles n'offraient une garantie à l'accusé contre le bon plaisir du juge 1 .

Nou$ admettrons donc si Ton veut, contre les demandeurs, que P. Cauchon, en tant qu'évêque de Heauvais, était juge compétent, qu'en s'associant le vice-inquisiteur comme juge, et les principaux docteurs du clergé de Rouen et de l'Université de Paris comme assesseurs, il a donné à son procès toutes les

apparences d'une bonne justice. Nous admettrons que les usages de l'inquisition aient paru légitimer des procédés justement réputés contraires au droit commun. Mais nous n'admettrons pas que l'iniquité flagrante de ce procès soit en tout point couverte par la loi. Pierre Cauchon était juge compétent comme évêque de Beauvais; mais dans l'esprit mêmede la loi, il devait s'abstenir, comme ennemi capital : car si la loi refusait aux en-

nemis capitaux la faculté d'être témoins, combien plus la qualité de juges ! La Pucelle, prisonnière de guerre, était de droit gardée par les Anglais : mais en la soumettant au jugement de l'Église, ils la devaient remettre à la prison de l'Église, sauf à eux à garder la prison. La loi était formelle ici ; et quant aux points où on l'invoque en un autre sens, il y a encore plus d'une réserve à faire. Si l'inquisition laissait au juge le pouvoir d'écarter toutes les formes protectrices de l'accusé, elle ne lui commandait pas de les bannir ; et quand il en usait, il n'était plus libre d'en rejeter les résultats selon qu'ils trompaient son attente : car elle ne lui supposait point départi pris. Et une preuve, on pourrait dire, en termes d'école, un argument ad hominem, contre la légitimité du procès au point de vue du droit inquisitorial, c'est que le personnage placé au premier rang parmi ceux qui le poursuivirent et le révoquèrent, ce fut l'un des deux inquisiteurs de France, Jean Bréhal 1 .

Le juge de Rouen pouvait donc, si Ton veut, se passer de faire des informations préalables : mais il en fît ; cela est établi, contre l'assertion des demandeurs, par les textes du premier procès, comme par les témoignages recueillis au second. Seulement il ne les produisit pas, ou du moins, si à l'origine il les communiqua à quelques assesseurs pour en tirer les éléments d'un interrogatoire, il ne les garda point au procès, comme il y garda d'autres pièces d'un intérêt moins grave, sans doute. Il les a supprimées; car c'est

en vain qu'on prétend le9 retrouver du moins par extrait dans les soixante-dix articles : un réquisitoire n'a jamais tenu lieu d'un procès-verbal d'enquête. Il les a supprimées, et en vain dit-on qu'il le fit ne pouvant en user sans recoller les témoins, ni assigner ceux-ci sans les compromettre ; il les a supprimées parce qu'elles le gênaient : les témoignages recueillis au procès de révision donnent toute force, en ce point, à l'argument du promoteur. Peu importe donc que le juge ait pu se passer de cette enquête. Il pouvait de même se dispenser de faire examiner Jeanne par des matrones; mais s'il n'a pas rougi d'ordonner cet examen, il aurait dû ne se point faire scrupule d'en consigner le résultat au procès : son silence en ce point prouve autre chose que sa pudeur 1 .

L'inquisition autorisait P. Gauchon à ne point donner à Jeanne d'avocat : mais l'autorisait-elle à forcer à se taire, en les menaçant de mort, ceux qui tentaient de l'éclairer dans le cours du procès , comme il arriva tant de fois, au témoignage de ceux mêmes qui ont subi ces violences ? et, après cela, quand il offrit à Jeanne de lui donner un conseil pris parmi ceux qui l'entouraient, n'avait-elle pas raison de le repousser par cette noble réponse qu'elle s'en tiendrait à son conseil, c'est-à-dire Dieu qui la soutenait?

L'inquisition autorisait P. Cauchon à surprendre ses aveux par le moyen d'un faux confident; mais l'autorisait-elle à la pousser par ce faux confident à une résistance qui, depuis que le jour s'était fait sur sa vie

tout entière, devenait le seul moyen de la perdre? Or, quoique cette résistance n'ait point été jusqu'au point que Ton dit , c'est Loyseleur qui l'y affermissait, sans lui suggérer cette distinction qu'elle trouva d'elle-même pour concilier sa volonté d'être soumise à l'Église, et sa résolution* parfaitement légitime de ne pas prendre pour l'Église et, à ce titre, pour juges de ses révélations, les ennemis qui la jugeaient 1 .

L'inquisition , enfin, autorisait P. Cauchon à procéder sans prendre avis que de lui-même : mais il voulut s'appuyer de l'opinion de nombreux assesseurs ; il voulut consulter même des docteurs étrangers au débat. Or, dès ce moment, il était tenu de les éclairer; et que fit-il? Après les premières séances, il écarta des interrogatoires les assesseurs, sous prétexte de ne les point fatiguer; il ôta de leur vue le spectacle de cette jeune fille soutenant avec tant de vigueur une lutte en apparence si inégale. Il en transporta la scène du tribunal dans la prison, et ne laissa plus la parole de Jeanne arriver jusqu'à eux que par l'organe des greffiers. Mais je me trompe : la parole de Jeanne ne leur parvint même pas en la teneur du procèsverbal. Les interrogatoires allèrent, on l'a vu, *e transformer et se fondre dans les soixante-dix articles de l'accusation, et quand il s'agit de délibérer, on en tira ces douze articles qui, corrigés ou non (le débat n'a ici qu'une fort médiocre importance), n'en étaient pas moins un résumé, non des aveux de

Jeanne, mais des imputations de son accusateur , l'attaque sans la défense; une pièce que Jeanne, nonseulement n'avait pas avouée, mais n'avait même pas connue. C'est sur cette base, radicalement fausse, que porta la délibération de l'Université de Paris et des docteurs de toute origine; et c'est sur cette délibération que les juges prétendirent appuyer leur sentence, ajoutant, pour leur compte, la fraude à Terreur où ils avaient induit les autres 1 .

Voilà le premier jugement; et que dire du second? de ce germe qu'on en déposa dans le premier par cette abjuration substituée à celle qu'on avait obtenue de Jeanne sur l'échafaud de Saint-Ouen, entre le juge qui lisait la sentence et le bourreau prêt à l'exécuter? que dire de l'occasion qu'on en fit naître, en la rendant, malgré les plus solennelles promesses, à la prison anglaise, et en usant de violence et de fraude pour lui faire reprendre les habits d'homme qu'elle avait déposés? Ce sont là des nullités de fait que ne peut couvrir la procédure la plus régulière. Disons-le donc : si les juges, comme le dit Isambard de La Pierre dans le second procès, observaient assez bien les formes du droit (satis observabant ordinem juris\ ils n'en usaient que pour couvrir sciemment les injustices les plus criantes : cela est prouvé par les efforts qu'ils firent constamment , depuis le commencement jusqu'à la fin, dans l enquête préalable, dans les interrogatoires, dans les douze articles, dans l'abjuration même et dans la visite qui suivit la reprise de

l'habit d'homme, pour fuir, pour étouffer la lumière sitôt qu'elle voulait se produire. Ils l'ont condamnée comme hérétique, sachant qu'elle ne l'avait jamais été; ils l'ont condamnée comme relapse, sachant qu'elle n'était tombée que dans le piège tendu par eux-mêmes sous ses pas. Et iis'se sont condamnés euxmêmes en lui accordant, avant de la frapper, la communion. Ici encore on cite le droit inquisitorial : « S'ils se repentent, après leur condamnation, et que les signes de leur repentir soient manifestes, on ne peut leur refuser les sacrements de pénitence et d'eucharistie, en tant qu'ils les demanderont avec humilité. » Mais les termes du décret repoussent l'opinion qu'on y veut appuyer. C'est après et non avant la condamnation qu'il accorde les sacrements au coupable. Condamner comme hérétique, déclarer excommunié de l'Église celui qu'on vient de recevoir à la communion, ce serait retrancher l'Église même de la communion de Jésus-Christ 1 !

Nous ne parlons pas du jugement civil, puisqu'il n'y en eut pas. Mais comment alors Jeanne a-t-elle pu être brûlée ? L'arrêt des juges ecclésiastiques ne faisait que remettre la condamnée à une autre justice, et par ses termes, il excluait la peine de mort! La mort, pour qu'elle suivît, devait être au moins prononcée par quelqu'un. Que dirait-on si, après le verdict du jury, un président d'assises se bornait à dire aux gendarmes de mener l'accusé au supplice? C'est pourtant ce qui est arrivé à Jeanne, au témoi-

gnage de tout Rouen, et du lieutenant du bailli luimême, quand, après la sentence ecclésiastique, le juge civil qui la devait condamner se contenta de dire aux sergents : « Emmenez, emmenez 1 . »

Il ne faut donc rien diminuer de la juste réprobation qui frappe le procès tout entier : on pouvait être de bonne foi en le commençant, on ne pouvait pas rêtre en le finissant de la sorte. Point d'excuse à l'iniquité de la sentence ; point d'excuse aux illégalités de la procédure; et Ton invoque à tort en faveur de sa régularité le silence qui se fit sur Jeanne parmi ceux qui devaient le plus avoir à cœur de venger sa mémoire. Tout ce qu'on pourrait dire, c'est que les fraudes du procès n'étaient pas encore connues et ne le furent que quand les pièces en vinrent aux mains du roi, après l'expulsion des Anglais.

On n'avait pas attendu le procès de réhabilitation pour protester contre l'acte de Rouen. Perceval de Cagny, dans sa chronique, impute la mort de Jeanne à l'envie des Anglais ; Jean Charlier dit qu'ils la brûlèrent « sans procès et de leur volonté indue, » tenant sans doute le procès pour nul, soit pour l'absence du jugement civil, soit pour tout autre vice de forme : car on ne peut supposer qu'il en ait ignoré l'existence. Le Journal du siège et la Chronique de la Pucelle ne poussent pas le récit jusque-là ; et certes ce n'est point par crainte que le tableau de la fin de Jeanne d'Arc ne jette de l'ombre sur les merveilles

qu'ils en ont racontées. Il eût été bien étrange, en effet, que son supplice eût paru ternir sa mémoire. Dans le Champion des Dames , petit poëme publié en 1440 et dédié au duc de Bourgogne, celui-là même qui fit livrer Jeanne aux Anglais, un personnage ayant avancé qu'Outrecuidance a perdu Jeanne, et que Raison l'a fait brûler à Rouen :

C'est malentendu, grosse teste, Répond Franc-vouloir prestement.

De quants saints faisons-nous la feste Qui moururent honteusement!

Pense à Jhësus premièrement, Et puis à ses marlirs benois; Sy jugeras évidainment Qu'en ce fait lu ne te cognois.

Guères ne font tes argumens Contre la Pucelle innocente, Ou que des gecrez jugemens De Dieu sur elle pis on sente; Et droit est que chacun consente A lui donner honneur et gloire Pour sa vertu très-excellente, Pour sa force et pour sa victoire 1 .

Le jugement de réhabilitation confirmait avec éclat la croyance populaire. Devant cette déclaration solennelle , on ne la pouvait plus dire égarée. La sentence flétrissait énergiquement les calomnies parlésquelles le premier procès avait cru donner le change à l'opinion publique. Mais pour connaître Jeanne, il ne s'agissait pas d'opposer l'un des procès à l'autre : il les fallait joindre, au contraire, et la contempler

elle-même, plus imposante encore parmi les accusations de ses juges que dans les témoignages recueillis au second procès. Or, c'est ce qu'en général on ne songea point à faire.

Il y a des exceptions pourtant.

Thomas Basin, évêque de Lisieux (le faux Amelgard), qui fut consulté et qui fit un traité sur le procès de condamnation, ne dut pas rester non plus étranger au procès de réhabilitation qu'il provoqua lui même : et le jugement qu'il porte sur Jeanne est en tout point conforme à l'opinion que tout esprit sincère s'en fera d'après ces documents. Il signale la perfidie de ses interrogatoires, et le grand sens de ses réponses, sa piété, sa pureté, et la raison qui la contraignit à prendre l'habit dont on lui fit un crime; mais aussi l'inutilité de toute raison dans un procès où les Anglais voulaient à tout prix la perdre, quand sa mort était résolue dans leurs conseils par la haine et par la peur. Il explique son abjuration par les rigueurs de son emprisonnement et la promesse de liberté qu'on lui fit, sa rechute par l'inexécution de cette promesse, et il la montre invoquant dans les flammes Dieu et la mère de Jésus-Christ. Il ne se prononce pas sur l'origine de ses révélations, ne sachant rien des signes qu'elle a donnés au roi pour l'y faire croire; mais il affirme que, de tout le procès, il n'y a rien qui rende sa foi suspecte, ou justifie sa condamnation comme hérétique et comme relapse; et il réfute avec beaucoup de force ceux qui pourraient

douter de la divinité de sa mission à cause de sa mort, en citant, comme le Champion des Dames, Jésus- Christ et, à son imitation, les prophètes et les apôtres consommant leur mission divine par le martyre 1 .

Martial d'Auvergne connaît aussi les deux procès, et il sait le parti qu'on en peut tirer :

Au procès de son innocence Y a des choses singulières, El est une grande plaisance De veoir toutes les deux matières.

Mais la matière des deux procès n'était point à la mesure de sa chronique mise en complainte. Tout en sentant l'iniquité du premier, il s'abstient de le juger lui-même. Tout en rappelant les conclusions du second, il se borne à dire où on le trouvera. Quant à lui, pour rendre hommage à la Pucelle, il rimera la chronique de Jean Chartier : cela suffit à sa verve poétique*.

Le plus grand nombre, en négligeant les deux procès , ne prirent pas même la peine d'y suppléer à l'aide des chroniqueurs contemporains. La tradition, sur ce sujet, se donna libre carrière. Considérant le but atteint, l'expulsion des Anglais, elle y accommoda l'histoire et le caractère de Jeanne selon sa fantaisie. Elle en fit une sorte d'héroïne de théâtre ou de cir-

que, sautant à cheval sans toucher l'étrier, chargeant l'ennemi la lance au poing, « frappant dedans, » et tuant tous ceux qu'elle touche; chevauchant ainsi par

toute la France; prenant Bordeaux, Bayonne, et provoquant par ses victoires l'expulsion des Anglais de Paris. Alors elle mène le roi à Reims pour être sacré, à Paris pour être couronné; puis, attaquant la Normandie, elle marche de conquête en conquête jusque devant Rouen, où elle disparaît. On ne sait, dit notre chronique, ce qu'elle devint : les uns disent que les Anglais l'ont prise et brûlée; d'autres, que plusieurs de l'armée l'avaient fait périr par jalousie. A cette > chronique, on peut joindre les récits de Philippe de Bergame et de Laonic Chalcondyle. Philippe de Bergame, bien qu'il ait pris peut-être plusieurs traits de la figure de Jeanne au rapport d'un chevalier italien qui l'avait vue, dispose du reste en toute liberté : c'est en faisant son métier de bergère que Jeanne , sautant comme un homme sur quelque jument du troupeau, se forma, toute jeune encore, à monter à cheval, à manier la lance, à déployer contre les troncs des arbres la force de son bras. Accueillie par Charles VII, elle va faire lever le siège d'Orléans sur le Rhône y elle prend en trois heures trois bastilles ; elle combat les Anglais durant huit ans en trente batailles. Chalcondyle est plus bref : il la fait paraître en une seule campagne, qui est pour lui toute la guerre de>Cent ans*.

Tout cela tient plus du roman que de l'histoire. Daus l'histoire, la figure de Jeanne, ensevelie en quelque sorte parmi les pièces du procès, ne demeura que par l'impression qu'elle avait faite chez les contem-

porains. Maudite comme sorcière par les Anglais, qui, ne pouvant l'absoudre sans se condamner, s'en- * durcissent dans leurs sentiments haineux : on en peut voir l'expression dans Shakspeare; moins maltraitée des Bourguignons, qui la réduisent à un personnage ou à une machine politique (Monstrelet, etc.) ; admirée des Français et des autres peuples , sans que pourtant les Français eux-mêmes (ce sont des politiques aussi qui écrivent) osent se prononcer sur la source de son inspiration. Parmi les témoignages les plus remarquables rendus à sa mémoire, il faut compter celui du pape Pie II (iEnéas Sylvius Piccolomini), qui, après avoir raconté sa vie merveilleuse, et constaté que dans son procès on n'avait rien établi contre sa foi , rien qui parût digne de châtiment, si ce n'est cet habit d'homme qui ne méritait pas la mort et qu'on lui fit reprendre par ruse, s'écrie : « Ainsi périt Jeanne, vierge étonnante et admirable, qui a rétabli le royaume de France presque ruiné et abattu, et infligé aux Anglais tant de défaites; qui, devenue chef de guerriers, a gardé, au milieu des soldats, sa pudeur sans tache, et n'a jamais été l'objet de propos infamants. Était-ce œuvre de Dieu ou invention des hommes? j'aurais peine à le dire. » Il rapporte ce bruit, qu'on avait imaginé de la susciter pour mettre un terme aux rivalités des chefs. «Mais, ajoute-t-il, une chose est bien certaine : c'est que c'est elle qui a fait lever le siège d'Orléans, conquis par les armes le pays

compris entre Bourges et Paris, et amené par son - conseil la soumission de Reims et le couronnement du roi ; elle, dont la vigueur a mis en fuite Talbot et son armée, dont l'audace a brûlé une porte de Paris, dont l'habileté et l'adresse a remis en bon état les affaires de la France. Chose digne de mémoire, et qui trouvera dans la postérité moins de foi que d'admiration 1 ! »

Sur ce terrain mal défini, le champ était ouvert aux appréciations. Chaque siècle en usa pour se faire Jeanne, en quelque sorte, à son image. Le xvi e siècle en fit une politique : du Bellay , sans trop s'en rendre compte, en prit l'idée à l'opinion bourguignonne, et du Haillan ne craignit point d'accueillir jusqu'aux plus infâmes impostures que la passion et la, haine aient inspirées aux Anglais. Le xvn e siècle en fit une héroïne, mais une héroïne aux couleurs de l'hôtel de Rambouillet : elle périt ensevelie dans le triomphe que Chapelain lui ménageait en son poème. Le xvm e siècle, on sait par quelle indigne profanation il entendit la faire revivre : déplorable attentat contre la gloire de la France, qui, sans ternir le nom de Jeanne, imprime une tache ineffaçable à la mémoire de celui qui se fit un jeu de le souiller. De nos jours, la politique de du Bellay, l'héroïne de Chapelain, l'insultée de Voltaire, est devenue une « incarnation du peuple*. »

Mais c'est par un abus de langage que nous avons prêté à des siècles entiers l'opinion de quelques hommes. Dès la fin du xv* siècle, au sein même des

Flandres, Jacques Meyer saluait dans Jeanne d'Arc l'envoyée de Dieu, et il empruntait à un contemporain de la Pucelle (Thomas Basin) les passages qui témoignaient le plus des merveilles qu'elle opéra dans la guerre, et de l'inspiration dont elle fit preuve jusque dans son jugement. Au xvi e siècle, Et.Pasquier relevait avec un sentiment vrai d'admiration la grandeur et le dévouement de Jeanne d'Arc; et la ville d'Orléans, qui ne faillit jamais à son culte pour la Pucelle, protestait contre l'indifférence ou les outrages des écrivains que l'on a vus, en faisant imprimer l'histoire du siège dont Jeanne la délivra. Au xvn e siècle, les descendants de ses frères publiaient avec un zèle pieux ce qui pouvait la faire mieux connaître et honorer; Godefroy donnait pour la première fois, dans son recueil des historiens de Charles VII, l une des plus précieuses chroniques, et, selon un juge fort compétent, des plus autorisées, celle qui porte le nom delà Pucelle. Au xvin* siècle, on en revint enfin à l'étude des deux procès; et après Lenglet- Dufresnoy, qui les lut pour en tirer une histoire méê diocre, vint L'Averdy qui les fit connaître par une analyse exacte, accompagnée d'une appréciation impartiale, dans la Notice des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Enfin, de nos jours, la Société de l'histoire de France accomplit ce que L'Averdy n'avait fait que préparer, en confiant la publication des deux procès à l'un des hommes les plus distingués dans la critique des textes du moyen âge, M. Jules Quicherat 1 .

Ce beau travail, qui ne laisse presque plus rien à faire après lui dans le champ de 1 érudition, n'a pas changé les bases de l'histoire de Jeanne d'Arc, sans doute : depuis les notices de L'Averdy, nul n'y a touché sérieusement qu'il n'ait consulté, avec ses analyses, le texte même des procès ; mais il en a rendu l'assiette plus ferme et les abords plus faciles. Les histoires se sont donc multipliées sans changer nécessairement de caractère. Ce qui serait souhaitable, c'est que Jeanne d'Arc, soustraite désormais à l'influence des passions et des rivalités nationales, échappât à celle des systèmes; c'est qu'on Tétudiât en elle et pour elle. Sa figure, pour être grande, n'a que faire de grandes formules. On en efface les traits les plus purs et les plus nets de ma mémoire, quand, par un mélange du sacré et du profane, on veut me montrer en elle « la France incarnée, » un t Messie féminin. » Jeanne s'ist dite envoyée de Dieu, il est vrai. Mais si on ne l'entend pas comme elle le dit, il serait juste au moins de ne pas l'entendre contrairement à tout ce qu'elle a dit. Or, c'est ce qu'on a, de nos jours, voulu faire. A la mission qu'elle s'est attribuée, on enjoint une autre : mission dont elle n'a point parlé, dont assurément elle ne se doutait pas, qui commence quand l'autre finit, et dont la scène est à Rouen. Le procès de Rouen devient la lutte de l'inspiration contre l'autorité, du libre génie gaulois contre le clergé romain, et peu «'en faut qu'on ne dise du druidisme contre le catholicisme. On écarte les

témoignages de la réhabilitation; on admet, sans réserve, les actes dressés par les premiers juges, on adopte pleinement leur manière de voir, non pour condamner Jeanne, sans doute, mais pour frapper l'Église par sa déclaration \

Mais c'est en vain que Pierre Cauchon trouve dans nos historiens des auxiliaires si inattendus : tout leur savoir ne suffira point pour donner à sa haine l'appui que sa conscience elle-même et sa raison ne lui ont probablement jamais assuré. Tout se peut résoudre, en effet, par une simple question que je pose à ceux qui se montrent si ingénieux à faire de Jeanne une hérétique. Si Jeanne eût déclaré qu'elle s'en remettait absolument de ses révélations à l'Église, qui eût jugé au nom de l'Église ? Pierre Cauchon, sans aucun doute, avec son tribunal à la solde des Anglais : quand elle en appelait au pape, ils lui ont dit qu'il était trop loin ! Jeanne avait donc toute -raison de s'y refuser. En parlant de ses révélations, elle ne soutenait aucune doctrine nouvelle : la question de dogme qui s'y pouvait rattacher, je veux dire la possibilité de ces communications d'en haut, était résolue par l'Église, et résolue en sa faveur. Elle ne soutenait qu'un fait à elle propre : cela no tait pas aux au très le droit d'y croire ou de n'y pas croire. C'est le droit et le devoir des pasteurs de ne pas accepter légèrement de semblables affirmations; et, si elles ne semblent pas fondées, d'en garder les fidèles. Aussi la chose avait-elle été examinée à Poitiers; elle pouvait l'être de la même sorte

LA RÉ H ABIkIT ATIO N . 267

à Rouen ; et si l'archevêque de Reims y avait cru et l'avait approuvée, l'évêque de Beauvais avait encore la liberté de n'y pas croire. Mais eût-on toute raison de n'y pas croire, Jeanne n'était point hérétique en y croyant. L'Église, comme l'ont établi sans contradiction les demandeurs et le promoteur au procès de réhabilitation, n'a jamais entendu se faire juge d'une question réduite ainsi à un fait tout personnel ; et le pape Pie II, on l'a vu, tout en réservant son jugement sur la- réalité de l'inspiration de la Pucelle, affirme que dans son procès on n'a rien trouvé en elle contre la foi. D'ailleurs, comme cela est établi, nonseulement par les témoins de la réhabilitation, mais par les actes mêmes du premier procès, elle n'a point refusé le jugement de l'Église. Elle l'acceptait là où elle avait la garantie de ne pas trouver sous le nom de l'Église ses ennemis mêmes; elle l'avait accepté à Poitiers ; elle l'acceptait encore dans le pape, dans le concile, demandant qu'on l'y menât ; car elle ne s'en remettait point volontiers à ses juges du soin d'exposer sa cause : et l'histoire des douze articles, comme plus tard la lettre écrite au pape au nom du roi d'Angleterre, montre assez si cette réserve était de trop. Elle finit même par renoncer à cette condition si nécessaire. Elle se réduisit à demander que c< ses faits et ses dits fussent envoyés à Rome devers notre saintpère le pape, auquel et à Dieu premier elle se rapportait. » Les juges, on l'a vu, passèrent outre : les critiques, dans leur zèle à trouver comme eux

Jeanne rebelle à l'Église, devraient bien n'en pas faire autant 1 !

Disons-le donc : quelque opinion qu'on se fasse de Jeanne d'Arc, il y a une chose qu'il faut au moins lui laisser : c'est qu'elle fut, comme elle l'a dit, bonne chrétienne, et ce mot, dans son langage n'est pas équivoque. Il faut renoncer à tourner contre l'Église celle qui a déclaré que « quant à l'Église, elle l'aime et la voudrait soutenir de tout son pouvoir : » et elle le prouvait alors même. Elle la soutenait, quand elle refusait une soumission exigée d'elle en cette forme, et demandait qu'on la menât au pape et au concile, opposant la garantie d'un juge indépendant, à ce tribunal passionné qui compromettait l'Église en prétendant juger en son nom. Personne, du reste, ne s'est jamais mépris sur le caractère de la condamnation de Jeanne d'Arc, comme personne ne peut se méprendre sur l'objet de cette justification tardive de son procès en ce point-là. Jeanne n'a pas été condamnée par l'Église; Jeanne a été réhabilitée par l'Eglise. Elle a été condamnée par un évêque, chassé comme un ennemi par le contre-coup de ses victoires, et constitué son juge par le choix de ses ennemis. Elle a été relevée de cette condamnation par un tribunal que le pape institua lui-même, et qu'il composa de trois évêques et de l'inquisiteur de France. Si ce tribunal, sur le vu des pièces que nous avons (car nous n'avons que ce qui a passé par ses mains) l'a jugée orthodoxe, on n'a pas le droit d'être plus difficile *.

Ce point mis à l'écart, le champ reste ouvert à la discussion sur le caractère et la source de la mission de Jeanne d'Arc, et nous pouvons reprendre en connaissance de cause les solutions diverses que nous avions signalées en commençant. La mission de Jeanne d'Arc a un but sûrement défini. Elle veut rendre au roi sa couronne et sauver avec lui la nationalité de la France. C'est une œuvre patriotique, et elle y a donné sa vie. Certes, l'amour de la patrie n'a jamais eu plus noble victime, et le sentiment est digne de l'avoir inspirée. Mais s'il était sa seule inspiration, aurait-il pris une forme étrangère ? Bien souvent la pairie en danger a vu des femmes accourir à sa défense : jamais cela ne s'est passé de la sorte. 11 y a dans Jeanne d'Arc un amour passionné de la France ; mais il y a dans cet amour un principe supérieur, qui l'exalte et le soutient à ce degré où il ne connaît plus rien de l'enivrement même de la guerre. Ce n'est point le patriotisme qui a enfanté les visions de Jeanne : c'est la foi de Jeanne en ses apparitions qui a donné à son amour de la patrie assez de force pour triompher des sentiments qui l'attachaient à sa vie simple auprès de ses parents.

Jeanne est-elle une mystique , et ses visions une * illusion de son esprit ? Avant toutes choses, il faut savoir ce qu'elle en a voulu dire. Elle a nommé des anges, des saintes. Elle les a entendus, elle les a vus, elle le dit : mais qu'a-t-elle vu ? J'étonnerai peut-être bien des personnes en disant que, plus on regarde à

ses propres paroles consignées au procès, moins on se croit sûr de le savoir. La question, en effet, est de celles où il faut aborder le procès-verbal avec le plus de circonspection et de défiance : car c'est le point où Ton a le plus à craindre d'être, de la meilleure foi du monde, induit en erreur, et par ce qu'il dit et par ce qu'il ne dit pas. Ainsi, d'une part, le juge est prévenu ; le greffier est un honnête homme qui partage les préventions du juge, et qui, d'ailleurs, quand il s'agit de visions, doit se faire une idée assez grossière des anges ou des saints. Est- il bien sûr qu'en une matière si délicate l'expression du procès- verbal, qui n'est pas toujours littérale, ne nous rende pas la réponse de Jeanne selon qu'il l'entendait lui-même, et non dans le sensoù elle voulait être entendue ? D'autre part, il ne dit pas tout; il ne peut pas tout dire : et, par exemple, il supprime quelquefois les questions qui provoquent les réponses. Il le fait sans malice et peut-être à bonne intention, pour donner plus de place à la parole de Jeanne. Mais ce retranchement, si indifférent qu'il lui paraisse, n*aura-t-il pas pour effet de changer en déclaration spontanée une réponse dont on apprécierait tout autrement le sens et la portée si l'on voyait ce qui l'amena* ?

Voilà nos raisons, non pour rejeter le procès-verbal, mais pour regarder de près à ce qu'il dit en cette matière. Maintenant, si nous le prenons tel qu'il est, nous y verrons que, d'après certaines déclarations de Jeanne, saint Michel lui est apparu comme « un très-

vrai prud'homme, » et rien n'empêchera le juge de se le figurer comme uu honnête bourgeois, n'étaient les ailes qu'on lui prête ailleurs. Les saintes avaient des couronnes : par conséquent une tête, des cheveux et même quelque chose de plus, un corps, des pieds : car Jeanne a dit qu'elle les avait embrassées; et interrogée si c'était par le haut ou par le bas, elle répond qu'il convient mieux de les embrasser par le bas que par le haut. On se rappelle la scène de l'ange à la couronne : sainte Catherine et sainte Marguerite sont avec lui et aussi une multitude d'anges, les uns semblables, les autres non, ayant des couronnes ou des ailes. — Mais la scène de l'ange à la couronne, Jeanne l a expliquée elle-même; c'est l'image de sa propre mission: allégorie qu'on eût devinée à plusieurs traits, alors même qu'elle ne l'eût pas révélée à la fin, et où d'ailleurs il faut bien faire la part des circonstances qui l'y ont amenée. Elle ne l'a point imaginée d'ellemême; c'est une issue qu'elle trouve ouverte, et où elle se jette, on l'a vu, pour dérober aux juges le secret du roi. Mais les juges l'y suivent pas à pas, prenant tout à la lettre; et il faut qu'elle trouve réponse à leurs questions sans trop s'écarter des termes de son allégorie : de plus habiles dans la science des figures s'en seraient peut-être plus mal tirés 1 .

Quant aux traits qu'on a voulu recueillir pour donner forme à ses visions, en est-il autrement? C'est aussi, il le faut dire, à son corps défendant qu'elle en a parlé. La première fois qu'on lui demande (24 fé-

vrier) si la voix est d'un ange, ou d'un saint, ou d'une sainte, elle répond qu'elle vient de la part de Dieu, et confesse qu'elle n'en dit pas tout ce qu'elle en sait. Elle donne les noms un peu plus tard : c'est saint Michel, aussi saint Gabriel; sainte Catherine, sainte Marguerite; mais les juges n'en sont que plus pressants. Elle leur répond quand elle le peut : les ailes, les couronnes, c'est le symbole reçu de la spiritualité des anges et de la gloire des bienheureux; leur bonne odeur (fleuraient-elles bon?) f c'est le signe de la sainteté. Mais le plus souvent elle élude et se dérobe : « Quelle figure a-t-elle vue ? — La face. — A-t-elle des cheveux? — Il est bon à savoir. — Y avait-il quelque chose entre la couronne et les cheveux? — Non. — Les cheveux étaient-ils longs et pendants? — Je ne sais. — Avaientelles des anneaux aux oreilles ou ailleurs? — Je n'en sais rien. » Elle ne sait rien des membres, ni s'il y en avait de figurés ; rien de rhabit(e/e aliis habitibus non loquitur). Réponses reproduites sans les questions, mais qui les supposent, et permettent de supposer ailleurs d'autres suppressions de la même sorte. On voudrait savoir au moins si elles ont le même vêtement, le même âge. « Je n'ai rien d'autre à vous dire ! » Et quand on y revient : « Vous en êtes répondus. » Pour les anges, plus d'efforts encore et pas plus de succès. On veut savoir comment était saint Michel : elle ne lui a pas vu de couronne, elle ne sait rien des vêtements. « Était-il nu? » On se rappelle cette simple et digne réponse : « Croyez-vous que Dieu n'ait pas

de quoi le vêtir? — Avait-il des cheveux? — Pourquoi lui seraient-ils coupés? » Et un peu après : « Je ne sais, — Une balance ? — Je ne sais, » La fois suivante, on supposa qu'elle avait dit qu'il avait des ailes. Elle l'aurait pu dire, mais il n'y en a aucune trace au procès-verbal. On lui demanda si l'archange et saint Gabriel avaient des têtes naturelles (capita naturalia). Elle ne répond que de leur personne : « Je les ai vus, eux (ego vidi ipsos oculis meis). » Mais il y avait un moyen bien facile, ce semble, de surprendre son secret. Elle avait fait peindre deux anges sur son étendard : n'était-ce pas ceux qui la visitaient? S'ils avaient une forme, rien de plus naturel que de la reproduire sur cette bannière sacrée. Elle répondit qu'elle les avait fait peindre comme on les représentait dans les églises. Enûn, le jour qu'elle avait marqué pour répondre à toutes ces questions, elle y coupa court en disant que saint Michel était en la forme d'un très-vrai prud'homme, et que de l'habit et des autres choses elle ne répondrait plus. Mais qu'est-ce que prud'homme? Les juges pouvaient bien ne pas penser exactement comme saint Louis, lorsqu'il disait à Robert Sorbon : « Maître Robert, je voudrois avoir le nom de prud'homme, pourvu que je le fusse, et que tout le remenant vous demeurât : car prud'homme est si grande chose et si bonne chose que rien qu'au nommer il emplit la bouche; » mais ils savaient que prud'homme n'est d'aucune forme, et ils le savaient si bien que dans les douze articles, résun 18

mant tous les faits de la cause, ils disent : « Elle a vu les têtes des anges et des saintes -, et elle n'a rien voulu dire du reste de leur corps et de leurs vêtements; » et dans l'admonition, le prédicateur remontre combien il est étrange qu'après tant de visions elle ne sache rien des corps ou de leurs accessoires, si ce n'est les têtes. — A-t-elle donc si bien parlé des têtes ? Les juges n'en étaient pas si sûrs quand ilslui demandaient comment les voix lui parlent, puisqu'elles n'ont pas de membres : à quoi Jeanne répond : <r Je m'en rapporte à Dieu *. »

Ainsi, dans tout le procès il n'y a rien de défini par Jeanne elle-même sur la forme de ses visions. Cela ne veut pas dire que ces visions ne soient rien de sensible. Elle a vu de ses yeux, et surtout elle a entendu. Ses visions, ce sont ses voix, comme elle dit le plus communément : c'est la voix qui s'est révélée à elle au début de sa mission avec une grande lumière; et depuis elle ne ne lui est pas venue, ou presque jamais, sans lumière. Elle ne la voit pas toujours quand elle l'entend. On lui demande un jour si la voix était dans sa prison : « Je ne sais, dit-elle, mais elle était dans le château. » Ces voix sont distinctes, personnelles : elle les a nommées. Mais comment les a-t-elle connues ? comment les distingue-t-elle ? « Par le parler et le langage des anges ; » — « à leur salutation et parce qu'elles se nomment.'» (Elle ne dit même point « parce qu'elles se sont nommées. »)

Nous n'avons plus les interrogatoires de Poitiers,

auxquels Jeanne renvoie souvent quand on la presse sur ses visions. Mais nous avons le témoignage de deux hommes qui y ont figuré. Or, ils ne parlent que de voix : « Elle disait, rapporte G. Thibault, que son conseil lui avait ordonné d'aller au plus tôt vers le roi. » « Elle a, dit Seguin, raconté d'une grande manière qu'une voix lui apparut et lui dit que Dieu avait grand'pitié du royaume de France et qu'il fallait qu'elle vînt en France, » etc. Et l'on se rappelle la saillie de Jeanne quand Seguin, poussant plus loin la curiosité, lui demanda, en son limousin, quelle langue la voix parlait : « Meilleure que la vôtre.» Il l'aurait questionnée sur la figure, si elle eût rien dit qui y provoquât. Les compagnons de sa vie militaire n'en parlent pas autrement : le duc d'Alençon, par exemple, et Dunois, quand il rapporte en quels termes Jeanne disait devant le roi que son conseil se manifestait à elle. L'excellent d'Aulon l'avait priée de lui faire voir une foisses conseillers; mais elle lui dit qu'il n'en était pas assez digne, et il ne lui en reparla plus. Que si l'on tenait pour suspects ces témoignages, comme on est tenté de faire tout ce qui est de la réhabilitation, nous en aurions d'autres à citer encore, témoignages rendus avant le procès de Rouen, au temps du siège d'Orléans et du sacre de Reims et par les hommes les mieux posés pour savoir ce qu'on en disait à la cour. Alain Chartier, dans sa lettre à un prince étranger, écrite vers la fin de juillet i 429, mentionne la voix qui, « du sein d'un nuage (voce ex

nube nata), l'avertit plusieurs fois depuis sa douzième année daller trouver le roi et de secourir le royaume.» Perceval de Boulainvilliers (21 juin 1429) ne parle aussi que d'un nuage resplendissant et de la voix qui, du sein de la nue, lui commanda de s'armer pour rétabli rie roi et le royaume. C'est, sous une forme plus théâtrale, ce que disait Jeanne à ses juges de cette voix et de cette grande lumière qui se sont manifestées à elle. Si elle en eût dit davantage à l'origine, on peut croire que Boulainvilliers ne l'aurait pas omis, à voir comme déjà il entoure le prodige du merveilleux de la légende 1 .

Une lumière, une voix! Est-ce Téblouissement d'une imagination ardente et l'écho mal compris du cri de son âme? On peut, au point où nous en sommes , embrasser d'un seul coup d'œil toute la suite de sa vie. Qu'on se rappelle dans quelles circonstances, dans quel milieu et dans quelle âme s'est fait entendre la voix qui l'appela; ce qu'elle en a dit à Vaucouleurs, àChinon, à Poitiers, parmi les doutes qui l'accueillent; à Orléans, à Reims, dans le triomphe; à Rouen, dans la captivité: et maintenant qu'on l'a suivie dans toutes ses fortunes, qu'on l'a vue à l'épreuve de- la victoire et des honneurs , de la défaite et des outrages, qu'on connaît sa simplicité, sa droiture, sa perspicacité et son bon sens; que l'on se dise quelle foi on peut avoir en ses paroles, quelle valeur on peut attacher à ses déclarations. Sa voix,

ou, pour parler comme elle faisait le plus communément, ses voix ne sont pas quelque chose de vague qui se confonde avec les aspirations de son âme. Ce sont des voix qu'elle distingue comme existantes hors d'elle, qui lui conseillent des choses dont elle n'a pas l'idée, qui lui commandent ce qu'elle répugne à faire; des voix qui sont pour elle des personnes, des anges, des saintes, et en qui elle, si pleine de foi et de bon sens, elle croit, comme elle croit que Dieu est. Et ce qui donne, outre la sincérité de son cœur et la fermeté de son esprit, de l'autorité à sa parole, ce qui fait qu'on ne peut se borner à voir là comme une force secrète qui jaillit, même à son insu, d'une grande âme pour commander à tous les instincts de la nature, c'est que ces voix lui révèlent ce qu'elle ne pouvait connaître, lui prédisent ce qui s'accomplira, des choses dont elle n'a pas même , alors qu'elle les annonce, la véritable intelligence : choses assez frappantes par elles-mêmes et assez constatées pour que des esprits peu disposés, par leur humeur, à croire au merveilleux, mais habitués par leurs études à tenir compte des faits, renoncent à les expliquer par la seule cause de l'hallucination. Ils sentent là une puissance qui n'est pas le produit d'une imaginatiou déréglée. Qu'est-ce donc? Ils ne prononcent pas; ils cherchent, ils rappellent les phénomènes fort équivoques, à mon sens, du magnétisme, et voudraient y trouver quelque chose qui n'affaiblît en rien leur admiration sincère et profonde pour la Pucelle. Sa-

chons-leur gré d'avoir compris que sa mission n'est pas seulement la rêverie d'un noble cœur et d'un cerveau malade, et que tout ne se peut résoudre dans cette histoire par une négation pure et simple du merveilleux 1 .

Jeanne est-elle donc une adepte plus ou moins avouée des sciences occultes, ou bien est-elle une envoyée de Dieu ? Pour ceux qui croient que la Providence ne demeure pas étrangère aux affaires de ce monde, qu'elle gouverne les nations et que sa main se peut faire sentir extraordinairement dans leurs destinées , le choix ne sera pas douteux. La mission de Jeanne a tous les signes des choses que Dieu mène. Elle se fraie la voie à travers les obstacles que le sens purement humain lui veut opposer. Il faut que Jeanne triomphe- d'elle-même d'abord et de ses propres répugnances ; il faut qu'elle surmonte les rebuts du sire de Baudricourt à Vaucouleurs, les défiances du roi à Chinon, des docteurs à Poitiers, des capitaines jusqu'à Orléans et des politiques jusqu'à Reims. Elle n'a pas réussi au delà; elle n'a pas fait entrer le roi dans Paris et elle n'a pas chassé les Anglais de France; elle n'a pas tout prévu, et elle n'a pas fait tout ce qu'elle était chargée de faire. Mais qui a jamais prétendu tout prévoir, tout prédire? Le prophète est un homme, et n'est prophète que pour les choses qui lui sont révélées. Quant à la mission de Jeanne, elle n'avait jamais dit qu'elle ferait tout. Elle avait dit qu'elle délivrerait Orléans, si peu de troupe

qu'on lui donnât ; mais encore avait-il fallu qu'on lui en donnât. Il fallait qu'on se mit à l'œuvre avec elle. Elle disait qu'elle ne durerait guère plus d'un an, qu'on songeât donc à la bien employer. Elle n'eût pas mené le roi à Reims malgré lui ; elle ne pouvait le faire entrer dans Paris quand il s'en retirait. En un mot, la mission de Jeanne avait pour signe la délivrance d'Orléans, pour but l'expulsion des Anglais. Elle a donné son signe, elle n'a pas atteint son but, au moins comme elle l'eût voulu faire, et comme elle l'eût fait sans aucun doute si la cour n'avait pas renoncé à la suivre plus avant Mais le but devait être atteint : Jeanne dans les fers eut au moins la consolation de le prédire à ses bourreaux; et sa mission ne fut pas « manquée. » Elle-même, jusque dans sa prison, elle la continue et la consomme. Cet échec, où l'on croyait trouver un démenti à sa parole, rentrait dans les voies de la Providence pour donner à ses déclarations forme authentique au tribunal de ses ennemis.

Jeanne a donc bien rempli sa mission; et quand elle aurait elle-même chassé de France le dernier des Anglais, ce n'est pas là ce qui ajouterait beaucoup au caractère divin de son œuvre. Les Anglais assurément ne pouvaient pas garder la France. On n'en était plus à la première période de la rivalité des deux peuples , quand les rois d'Angleterre, fils euxmêmes de la France, pouvaient en disputer les provinces aux Capétiens comme un héritage domestique.

Depuis la guerre de cent ans, la race anglaise est entrée dans la lutte : c'est une nation qui en attaque une autre; les rois eux-mêmes, malgré les liens de famille qu'ils invoquent ou qu'ils renouvellent, sont devenus anglais, et leur empire n'aurait pas duré un an à Paris, sans les haines civiles des Armagnacs et des Bourguignons. Leur domination pouvait s'étendre et se prolonger encore, sans doute; la prise d'Orléans eût rendu leur joug plus fort et la délivrance plus laborieuse ; mais, le jour venu, l'élan national eût tout emporté. Là n'est pas le miracle. Ce qui est merveilleux dans cette histoire, c'est Jeanne ; c'est ce qu elle dit d'elle-même, quand on connaît par toute sa vie la fermeté de son intelligence et la simplicité de son cœur ; et c'est pour que l'on en juge en toute vérité que nous avons retracé avec tant de détail les scènes où elle a paru. Cette épreuve, nous le savons, ne dissipera point tous les doutes : il y a sur ces matières des partis pris devant lesquels les faits eux-mêmes, et des faits plus forts, restent sans force; mais ceux mêmes qui, pour ces raisons, refuseront de croire aux paroles de Jeanne d'Arc, reconnaîtront au moins que jamais âme ne fut plus digne de foi.

S'il y a dans la vie des saints comme un reflet des grands modèles qui nous sont proposés, où trouver plus clairement les caractères de la sainteté que dans celle qui rappelle en même temps et le Sauveur et sa Mère : la mère de Dieu dans sa virginité, dans son trouble et dans ses hésitations à la vue de l'ange qui l'appelle;

le Sauveur dans les traverses de sa mission, dans le traître qu'elle rencontra au moins devant ses juges; dans l'hypocrisie de ses juges ( — « Elle a blasphémé! » ) ; dans la vraie cause de sa mort, car elle meurt aussi pour son peuple; dans le délaissement de son supplice, comme dans la paix de son dernier soupir? Après cela Jeanne n'a pas été déclarée sainte; mais peut-on dire que l'Église ait méconnu son caractère ? Les juges, nommés par le pape à la requête de sa famille, n'avaient pour mission que de reviser son procès. En réhabilitant sa mémoire, ils ne pouvaient lui décerner d'autres honneurs. Et quand on réfléchit au rôle de Jeanne d'Arc dans la lutte séculaire des deux principaux peuples de la chrétienté, on comprend que l'Église n'ait pas voulu alors décréter un culte qui eût obligé l'Angleterre comme la France. Quand on voit l'influence de l'esprit de parti se perpétuer, des écrivains bourguignons jusque dans les jugements portés en France sur la Pucelle, on comprend qu'elle ait continué de s'abstenir, laissant le sentiment public se produire librement dans le domaine de l'histoire. Mais quelle qu'ait été la diversité des opinions des historiens, la foi du peuple n'a jamais varié, et on ne peut pas dire que l'Église, dans sa réserve même, lui ait jamais fait défaut. C'est dans une fête religieuse que les honneurs populaires rendus à la Pucelle se sont perpétués jusqu'à nous : je veux parler de la procession par laquelle les Orléanais rendent chaque année témoignage à

sa mission, en rapportant à Dieu son signe, l'acte de leur délivrance; et naguère, à l'inauguration de son dernier monument, c'est dans la chaire de Sainte- Croix et par la voix éloquente et vraiment inspirée de leur premier pasteur que leur culte pour elle a reçu la consécration la plus éclatante. Aujourd'hui l'opinion est fixée partout. L'Allemagne a rendu à la jeune fille d'Orléans un touchant hommage dans le livre de G. Gœrres. La Belgique a depuis longtemps abjuré les haines des Bourguignons; l'Angleterre elle-même a répudié dans le poëme de Robert Southey le crime de Bedford et les injures de Shakspeare. En France, on ne diffère que par la manière de la déclarer sainte. Quand l'Église le voudra faire selon le mode qui lui appartient, le travail ne saurait être bien long : les enquêtes sont, dès à présent, entre les mains de tous, par 1 édition des deux procès; et celui des deux qui la condamne n'est pas celui qui crie le moins haut pour elle. Quel plus grand témoignage en effet à la gloire des saints que les actes mêmes de leur martyre? Oui, quand on arrive avec les pièces de ce procès au terme de cette histoire, on peut le dire avec une entière conviction : Jeanne a été, par toute sa vie, une sainte, et par sa mort, une martyre : martyre deB plus nobles causes auxquelles on puisse donner sa vie, martyre de son amour de la patrie, de sa pudeur, et de sa foi en Celui qui l'envoya pour sauver la France!

Lettre de Jeanne au comte d'Armagnac, telle qu'elle lui fut imputée dans son procès.

« Jésus *j* Maria ,

« Conle d'Armignac, mon très-chier et bon ami, Jehanne la Pucelle vous fait savoir que vostre message est venu pardevers moy, lequel m'a dit que l'aviés envoié pardeçà pour savoir de moy auquel des trois papes, que mandez par mémoire, vous devriés croire. De laquelle chose ne vous puis bonnement faire savoir au vray pour le présent, jusqu'à ce que jesoye à Paris ou ailleurs, à requoy ; car je suis pour le présent trop empeschiée au fait de la guerre : mes quant vous sarez que je seray à Paris, envoiez ung message pardevers moy, et je vous feray savoir tout au vray auquel vous devrez croire, et que en aray sceu par le conseil de mon droiturier et souverain Seigneur, le Roy de tout le monde,

et que en aurez à faire, à tout mon pouvoir. A Dieu vous commans ; Dieu soit garde de vous. Escript a Compiengne, le xxii e jour d'aoust. » (Procès, 1. 1. p. 246.)

Note sommaire sur les chroniqueurs du xv* siècle cités dans l'histoire

de Jeanne d'Arc.

Abréviateur du procès, ouvrage écrit vers 1500, par ordre de Louis XII : histoire de Jeanne d'Arc, suivie de l'abrégé des deux procès, principalement du premier.

Basin (Thomas), né à Caudehec, attaché au parti anglais jusqu'à la conquête de la Normandie en 1449, et depuis évêque de Lisieux. Il a publié sous le nom d'Amelgard une Histoire de Charles VII et de Louis XI. M. J. Quicherat a édité ses Œuvres historiques dans la collection de la Société de l'Histoire de France.

Berri (Jacques le Bouvier, dit), héraut d'armes. Sa chronique fut, jusqu'à Godefroy, attribuée à Alain Chartier. Elle commence à 1402 et va jusqu'en 1455; dans quelques manuscrits, jusqu'en 1458 et même jusqu'à la mort de Charles VII. Il avait seize ans en 1402 ; il a été témoin des faits.

Bourgeois de Paris (le) : C'est un clerc de l'Université. Son journal, qui est d'un Bourguignon fougueux, offre un intérêt sans égal pour l'histoire de Paris en son temps.

Cagny (Perceval de), fut attaché, comme il le dit luimême, quarante-six ans à la maison d'Alençon. A ce titre

uiginzea

il pourrait être suspect de peu de faveur pour la cour de France ; mais il écrit en 1436, quatre ans avant la Praguerie. Les défections et les châtiments du duc d'Àlençon n'ont donc exercé aucune influence sur son récit. C'est un des plus importants.

• Chartier (Jean), chantre de Saint-Denys, remplissait en 1449 les fondions de chroniqueur des rois de France, rétablies pour lui dans l'abbaye de Saint-Denis, par Charles VII : récit fort circonstancié sur Jeanne d'Arc, probablement antérieur à la réhabilitation.

Chastellain (Georges) (1404-1474), historiographe de Philippe-le-Bon ; il n'est resté que le commencement et la fin (200 chapitres environ) de sa volumineuse histoire.

Chronique de la fête du 8 mai : C'est, au jugement de M. J. Quicherat, le récit d'un vieillard qui parle des choses dont il a été témoin dans sa jeunesse.

Chronique de Lorraine (sous Charles VIII), récit légendaire.

Chronique de la Pucelle. M. J. Quicherat la croit postérieure à Jean Chartier et au Journal du siège, par conséquent à 1467, à cause des parties communes dont il la suppose l'emprunteuse. M. Vallet de Viriville, qui en a donné une nouvelle édition, l'attribue à G. Cousinot, chancelier du duc d'Orléans» présent à Orléans pendant le siège. On peut admettre plusieurs des raisons qu'il donne pour établir l'origine et faire ressortir la valeur de cette histoire; mais il y a, entre plusieurs de ses parties et les dépositions de Dunoisi, de L. de Contes, etc.* de telles ressemblances, qu'on ne peut les rapporter au hasard; et il paraît bien té-

méraire de supposer que Dunois et les autres aient été, avant de déposer devant les juges de la réhabilitation, rafraîchir leurs souvenirs par la lecture de la Chronique de la Pucelle. Pour ces parties au moins, la Chronique doit donc être postérieure au procès de révision.

Cochon (Pierre), né dans le dernier tiers du xrv* siècle, était à Rouen au temps du procès de Jeanne. M. Vallet de Viriville a publié, sous le titre de Chronique normande, une partie de sa chronique. P. Cochon est ennemi des Armagnacs, mais peu ami des Anglais.

Dumferling (le religieux de), Écossais , a suivi Jeanne d'Arc et assisté à ses derniers moments; mais sa chronique est mutilée au moment où commence l'histoire de Jeanne d'Arc; il n'en reste qu'un court fragment.

Eberhard de Windecken, trésorier de l'empereur Sigismond, a écrit l'histoire du règne de ce prince. Il a puisé ce qu'il dit de Jeanne d'Arc dans les relations officielles envoyées de France à l'empereur. Ce fragment a été donné par M. G. Gœrres. Die Iungfrau von Orléans, chap. xrvm, et append.

Fauquemberque (Clément de), greffier du parlement de Paris, a écrit des notes fort curieuses pour l'histoire du temps, sur le registre qu'il était chargé de tenir.

Gruel (Guillaume), écuyer du connétable de Richemont. Écrivit son histoire ou plutôt son apologie, après sa mort, en 1458.

Journal du siège d'Orléans, imprimé aux frais de la ville d'Orléans en 1576. M. J. Quicherat le croit rédigé en

1467, à cause de ses emprunts à Chartier et à Berri ; mais les détails du siège doivent être pris de registres du temps.

Lefebvre de Saint-Remi, conseiller du duc de Bourgogne et roi d'armes de la Toison d'or, écrivit ses Mémoires en 1460, à l'âge de soixante- sept ans.

Miroir des femmes vertueuses, petite histoire de Jeanne d'Arc, fort populaire au temps de Louis XII; la légende y tient une grande place.

Monstrelet (Enguerrand de), célèbre chroniqueur bourguignon, attaché à la maison de Luxembourg; mourut en 1453. On connaît sa partialijê contre Jeanne d'Arc.

Philippe deBergame, né en 1433, publia en 1497 un livre De claris electisque mulieribus, où la légende domine l'histoire.

Pie II OEneas-Sylvius-Piccolomini), pape , écrivit des Mémoires qui retraçcnt l'histoire générale du quinzième siècle jusqu'en 1463. Il parle de Jeanne en son VI e livre.

Rogier (Jean), mort en 1637, a composé un Recueil des chartes, titres, etc., de l'hôtel de ville de Reims, et une Histoire des habitants de Reims, depuis 1160 environ, d'après les lettres et pièces officielles qu'il avait recueillies.

Saint- Thibaud de Metz (le doyen de), Chronique de Metz de 1337 à 1445, et liste chronologique des rois de France jusqu'à Charles VII , portant la date du 24 janvier 1460 (1461).

Sala (Pierre), au service de la maison royale, de Louis XI n 19

àFrançoisI": congédié comme trop vieux par François I" à son avènement, il se retira à Lyon, où il écrivit ses Hardiesses des grands rois et empereurs.

Thomassin (Matthieu), né à Lyon en 1391; procureur général fiscal en Dauphinésous Charles VII, puis président des comptes à Grenoble, fut chargé en 1456 par le dauphin Louis (Louis XI), de composer un livre sur l'histoire et les droits de la couronne delphinale. C'est le Registre delphinal.

i Wavrin du Forestel (Jean de), combattait déjà à Azincourt, suivit J. Falslolf à la bataille de Patay. Il fondit ses propres récits dans une compilation de Froissart, Monstrelet, etc., qu'il appela Chroniques ^Angleterre. Il écrivit de 1455 à 1460.

Ces indications sont pour la plus grande partie empruntées aux notices de M. J. Quicherat. Nous y renvoyons pour les détails supplémentaires, comme pour les auteurs que nous avons eu moins souvent l'occasion de citer.

. Note sommaire sur les témoins entendus au procès de réhabilitation et cité» dans i'Histoire de Jeanne d'Arc.

Alençon (Jean, duc-d'), 50 ans en 1456. On sait combien la fin de son histoire répondit mal au commencement : la part qu'il eut à la Pragueric en 1440, ses intelligences avec les Anglais, et les condamnations qui le frappèrent sous Charles VII en 1458 et sous Louis XI. Il mourut en 1476.

Arnolin (Henri), de Gondrecourt-le-Château, prêtre, a vu Jeanne à Domremy.

Aulon (Jean d'), chevalier, uiailre d'hôtel de la Pucelle, plus tard conseiller du roi et sénéchal de Beaucaire.

Bailly (Nicolas), notaire royal à Andelot; chargé par Pierre Cauchon de prendre à Domremy des renseignements sur Jeanne.

Barbin (Jean), avocat du roi au Parlement: a vu Jeanne à Poitiers.

Beaucrodc (Simon), éctiyer; était à Chinon à l'arrivée de Jeanne.

Beaupère (Jean), maître en théologie, l'un des premiers suppôts de l'Université de Paris, recteur en 1413; l'un des principaux auxiliaires de P. Cauchon dans le procès. Il assista au concile de Bàle comme député de Normandie. Il était, en 1449, chanoine à Rouen.

Bordes (André), chanoine d'Orléans.

Boucher (Pierre), prêtre, a vu Jeanne à Rouen.

Caval (Nicolas), chanoine de Rouen , un des assesseurs; n'assista pas à la condamnation.

Chambre (Guillaume de La), maître ès arts et en médecine, âgé de 48 ans en 1456 ; un des assesseurs.

Champeaux (Jean), d'Orléans; y était pendant le siège.

Charles (Simon), maître des requêtes en 1429, et depuis président de la chambre des comptes; a vu Jeanne à Chinon.

Colin (Jean), cure de Domremy : a entendu Jeanne en confession.

Colin, fils de Colin de Greux, laboureur ; 50 ans en 1456.

Colles (Guillaume) dit Boisguillaume, curé de Notre- Dame-la-Ronde de Rouen, greffier de l'officialité de Rouen, l'un des greffiers du procès.

Compaing (Pierre), chanoine d'Orléans ; y a vu Jeanne.

Contes (Louis de), page de la Pucelle ; 42 ans en 1456.

Courcelles (Thomas de), natif de Picardie; âgé de 30 ans à l'époque du procès, et déjà recteur émérite. Il défendit la pragmatique-sanction au concile de Bâle, s'attira par là les bonnes grâces de Charles VII, dont il prononça l'oraison funèbre. Il mourut, en 1469, doyen du chapitre de Notre- Dame de Paris.

Cusquel (Pierre), bourgeois de Rouen.

Daron (Pierre), lieutenant du bailli de Rouen.

Désert (Guillaume du), chanoine de Rouen, un des assesseurs.

Drapier (Perrin Le), de Domremy.

ûunois (Jean, comte de), le Bâtard d'Orléans; 50 ans en

Duval (Guillaume), dominicain, assiste au procès; 45 ans on 1452.

Esbahy (Jacques L'), bourgeois d'Orléans; y a vu Jeanne.

Estellin (Béatrix, veuve d'), de Domrcmy, une des marraines de Jeanne.

Fabri ou Lcfèbre (Jean), religieux augustin, plus tard évêque de Démélriade, un des assesseurs^

Farcîaulx (Robert de), chanoine d'Orléans.

Fave (Jean), maîlre ès arts, était à Rouen pendant le procès.

Fat (Geoffroy du), écuyer; 50 ans en 1456 ; a vu Jeanne avant sa mission.

Fumeux (Jean Le), curé de Vaucouleurs ; 38 ans en 1456, Il a vu Jeanne étant encore enfant lui-même, à Vaucouleurs.

Garivel (François), conseiller; 40 ans en 1456; a vu Jeanne à Poitiers.

Gaucourt (Raoul de), grand maître de l'hôtel du roi ; 85 ans en 1456.

Gérardin d'Epinal, habitant de Domremy.

Grouchet (Richard de), chanoine et maître ès arts ; un des assesseurs.

Guesdon (Laurent), bourgeois de Rouen.

Guillemette (Gérard), de Greux, laboureur; 40 ans en

Hauviette, femme de Gérard deSionne ; 45 ans en 1456; amie de Jeanne.

Havet (Charlotte, femme de Guillaume) ; 36 ans en 1456 ; fille de l'hôtesse de Jeanne à Orléans. *

Henri le Royer ou le Charron, de Vaucouleurs.

Henri le Royer (Catherine, femme de) , a reçu Jeanne à Vaucouleurs.

Houppeville (Nicolas), bachelier en théologie ; se distingua par son refus d'assister au jugement.

Huré (Regnauldc, veuve), d'Orléans, où elle a vu Jeanne.

Isabelle, femme de Gérardin d'Épinal, habitant Domremy.

Isambard de La Pierre, religieux dominicain, acolyte du vice-inquisiteur Jean Lemaltre, et assesseur ; un de ceux qui montrèrent le plus de compassion pour la Pucelle.

Jacob, curé de Moncel; 35 ans en 1456; a vu Jeanne, enfant lui-même, à Domremy.

Jacquard (Jean), fils de Jean Guillemette, de Greux; 47 ans en 1456.

Lacloppe (Bertrand), de Domremy ; 90 ans en 1456.

Ladvenu (Martin), dominicain ; a confessé Jeanne avant sa mort et Ta accompagnée jusque sur le bûcher.

APPENDICES. 295 Laxart (Durand), de Burey-le-Petit, oncle de Jeanne.

Lebuin (Michel)^ de Domremy , laboureur ; 44 ans en

Lemaire (Jean), curé de Saint- Vincent de Rouen; 45 ans en 1456.

LemaItre (Husson), chaudronnier, de Rouen.

Lenozolos (Jean de), religieux célestin , attaché à maître Guillaume Érart au temps du procès.

Leparmentier (Mauger), appariteur de la cour archiépiscopale de Rouen.

Luillier (Jean), bourgeois d'Orléans ; y a vu Jeanne.

MACY(Haimond de), chevalier; a vu Jeanne à Beaurevoir et à Rouen.

Mancbon (Guillaume), curé de Saint-Nicolas-le-Painteur de Rouen ; greffier de Toflicialité de Rouen, principal greffier du procès.

Marcel (Jean), bourgeois de Paris; a vu Jeanne à Saint- Ouen.

Marguerie (André), archidiacre du Petit-Caux, conseiller du roi d'Angleterre ; a pris part à tous les actes du procès.

Marie (Thomas), prieur de Saint-Michel de Rouen; était à Rouen pendant le procès.

Martigny (Louis de), écuycr (enquête do Vaucouleurs).

Massieu (Jean),prôlrc, doyen rural de Rouen, huissier au procès de condamnation.

Mengette, femme de Jean Joyart, de Domremy; 46 ans en 1456 ; amie de Jeanne.

Metz (Jean de Novelonpont, dit de), écuyer, le premier qui se prononça pour Jeanne : 57 ans en 1456.

Miget ou Migiet, prieur du couvent de Longueville-Giffard, dans le pays de Caux; un des assesseurs.

Milet (Pierre), clerc ou greffier des élus de Paris.

Muet (Collette, femme de Pierre), était à Orléans au temps du siège.

Moen (Jean, dit), charron de Domremy.

Monnet (Jean), chanoine de Paris, secrétaire de Jean Beaupère ; 50 ans en 1456.

Moreau (Jean), bourgeois de Rouen.

Morel (Jean), de Greux, laboureur.

Musnier (Simonnin), de Domremy, laboureur ; 44 ans en

Noyon (Jean de Mailly, évêque de) ; 70 ans en 1456 ; assisla aux scènes de Saint-Ouen et du Vieux-Marché, mais se retira avant le supplice.

Ourches (Aubcit d'), chevalier (enquête tic Yaucoulcurs).

Pasquerel (Jean ), religieux augustin ; aumônier de Jeanne.

Poulengy (Bertrand de), écuyer ; celui qui, avec Jean de Melz, amena Jeanne de Vaucouleurs à Chinon ; 63 ans en

Ricar ville (Guillaume de), panetier à la cour au temps de Jeanne, et depuis conseiller et maître d'hôtel.

Riquier (Jean), curé de Heudicourt; a assisté au supplice de Jeanne.

Roussel (Raoul), docteur, trésorier de la cathédrale de Rouen; un des assesseurs; archevêque de Rouen en 1443.

Saint-Aimance (Jacquier), de Domremy.

Seguin, dominicain, doyen de la faculté de théologie de Poitiers; un des docteurs chargés d'interroger la Pucelle à Poitiers.' ,

Sionne (É tienne de), curé de Neufchàteau ; a connu le curé de Jeanne.

Taquel (Nicolas), curé de Basqueville-le-Martel, greffier au procès de condamnation au nom du vice-inquisiteur.

Termes (Thibaut d'Armagnac, dit de), chevalier; bailli de Chartres ; a combattu avec Jeanne à Orléans et se trouvait avec elle aii voyage de Reims,

298 APPENDICKS.

Thévenin, charron, de Cheriniscy.

Thêvenin (Jeanne, femme de), une des marraines de la Pucelle.

Thibault, écuyer; élu pour les aides de Biois; il a vu Jeanne à Ghinon.

Thierry, doyen de l'église de Meun-sur-Yèvre ; a vu Jeanne à Chinon.

Thiesselin (Jeannette), une des marraines de la Pucelle; 60 ans en 1456.

Tiphaine (Jean), prêtre, maître ès arts et en médecine, chanoine de la Sainte- Chapelle de Paris, un des assesseurs.

Touroulde (Marguerite de La), veuve de René de Bouligny, conseiller du roi ; hôtesse de Jeanne à Bourges, au retour du sacre.

Toutmouillé* (Jean), dominicain ; a assisté Jeanne dans ses derniers moments ; n'a pas siégé comme assesseur.

Viole (Aignan), avocat au Parlement; a vu Jeanne au siège d'Orléans.

Watterin (Jean), de Domremy, laboureur; 45 ans en 1456.

On consultera avec fruit, pour les principaux de ces témoins, les notes que M. J. Quicherat a jointes à son édition des procès la première fois qu'ils y apparaissent.

Page 2, note 1.

9 janvier : Procès, t. I, p. 5. Les ecclésiastiques réunis sont, avec ceux qui ont été nommés, Raoul Roussel, trésorier de la cathédrale, N. de Venderez, R. Barbier et Nicole Coppequesne, chanoines de la cathédrale. N. Venderez avait failli devenir archevêque de Rouen en 1423, et avait quelques prétentions encore au siège vacant.— Actes antérieurs: ibid., p. k et 8-26.

13 ^23 janvier : t. I,p. 27. Présents , l'abbé de Fécamp, N. de Venderez, G. Haiton, Coppequesne, La Fontaine et Loyseleur.

Page 4, note 1.

13 février : Les docteurs de Paris: 1. 1, p. 29. Voy. M. J. Quicherat, ibid , et Aperçus nouveaux, p. 103 et suiv. — Le viceinquisiteur : t. I, p. 31-36.

Page4,note2 Assignation: t. I, p. 40-43.

Page 5, note (.

Assesseurs de la l r ' séance publique : Gilles , abbé de Fécamp, Pierre, prieur de Longueville-Giffard , Jean de Châtillon, chanoine d'Évreux , Jean Beaupère , Jacques de Touraine, Nicole Midi, Jean de Nibat, Jacques Guesdon, Jean Fabri ou Lefebvre, depuis évêque de Démétriade, Maurice du Quesnay, G. Lebouchier, P. Houdenc, Pierre Moricc, Richard du Prat (Prali) et G. Feuillet, docteurs en théologie; Nicole de Jumiéges, G. de Conti, abbé de Sainte- Catherine, et G. Bonnel, abbé de Cormeilles, Jean Garin, chanoine, Raoul Roussel, docteur utriusque juris, G. Haiton, N. Coppequesne, Jéan Lemaître, Richard de Grouchet, P. Minier, J. Pigache, R. Sauvage, bacheliers en théologie; Robert Barbier, D. Gastinel, J. Ledoux, N. de Venderez, J. Basset, J. de La Fontaine, J. Bruillot, A. Morel, J. Colombelle, Laurent Dubust et R. Auguy, chanoines de Rouen; André Marguerie, Jean Alespée, "Geoffroy du Crotay, Gilles Deschamps, licenciés en droit civil, 1. 1, p. 38-40.

Serment ; t. ï, p. 45.

Jbid.j note 2.

Ibid., p. 46. La demande de la récitation du Pater et du Credo à l'accusé au commencement de l'instance était dans les usages de l'inquisition. Voy. Llorente, HisL de Clnquis., ch. îx, art. 5; t. I, p. 303.

Page 7, note 1.

Ibid., p. 47.

Ibid., note 2.

Scandales de la 1" séance : t. III, p. 135 [{Manchon) ; t. II, p. 12 (le même).

Page 8, note 1.

2* séance publique , nouveaux assesseurs : Jean Pinchon , chanoine, l'abbé de Préaux (Jean Moret), frère G. l'Ermite, G. Desjardins, Robert Morellet et Jean Le Roy, chanoines, t. I, p. 49.

Ibid., note 2.

Serment : ibid., p. 50.

îbid., note 3.

Ibid., p. 51.

Page 9, note 1.

Ibid. '

Ibid., note 2.

Page 10, note 1.

Ibid. Nous reviendrons sur plusieurs points de cet interrogatoire.

Page 11, note 1.

Page 12, note 1.

3« séance, nouveaux assesseurs : Jean Charpentier, Denys de Sabeiras, G. de Baudrebois, Nicole Medici, R. Legaigneur (Lucratoris), les abbés de Saint-Ouen et de Saint-George, les prieurs de Saint-Lô et de Sigy, J. Duquemin, R. de Saulx, Bureau de Cormeilles, M. de Foville; t. I,p. 58. — Débat sur le serment: ibid., p. 60.

Page 15, note 1.

Page 16, note 1.

Ibid., p. 63, 64.

Page 17, note l t

Ibid., p. 64, 65. « Ipse loquens praesens dixit quod non

erat conveniens quaeslio tali mulieri, » t. Il, p. 367 (Fabri); — « quoderalmaximaquaestioet quod ipsaJohanna non debebat respondere diciœ quaestioni; ipse episcopus Belvacensis eidem loquenti dixit : « Melius vobis fuisset si tacuisselis, » t. III, p. 175 (le même). — « De quo responso interrogantes fuerunt multum slupefacti, et illa hora dimiserunt, nec araplius interrogaverunt pro illa vice, » ibid., p. 163 (G. Colles). 11 faut l'entendre d'une simple suspension de l'interrogatoire.

Page 19, note 1.

Ibidé, note 2.

Page 21, note 1.

Séance du 27 : On y trouve deux ou trois membres nouveaux : J. de Favo 9 J. Le Vautier et N. Cavel ; mais plusieurs sont absents, t. I, p. 69-71.

Page 22, note 1,

Page 24, note 1.

JWd., note 2.

Page 25, note I.

Page 26, note 1.

Page 27, note l.

Page 30, note 1.

Séance du 1 er mars : On y compte cinquante-huit assesseurs, 1. 1, p. 80. — Les trois papes sur lesquels le comte d'Armagnac consultait Jeanne sont : le pape Marlin V, élu au concile de Constance, et les deux antipapes Clément (VII ou plutôt VIII) et Benoît (XIV); ces deux derniers élus en Aragon après la mort de Benoît XIII en 1424 : Clément (Gilles de Mugnos), par ses trois cardinaux, à Peniscola où il était mort ; Benoît, par un seul cardinal et en secret! au témoignage du comte d'Armagnac lui-même (voy. sa lettre, Procès, 1. 1, p. 245). Dans le même mois où il écrivait à Jeanne, le roi d'Aragon s'étant réconcilié avec Martin V, Gilles de Mugnos, qui n'avait accepté la papauté que malgré lui, abdiqua (29 juillet 1429), et le comte d'Armagnac, comme le roi d'Aragon, rentra en grâce auprès du pape. Voy. Raynald, Ann. ecclés., an. 1426, S 7, et 1429, § il. — Voy. aux appendices de ce volume, n° I, la lettre attribuée à Jeanne.

Ibid.y note 2.

Page 32, note 1.

T. I, p. 84 : Prédiction sur les Anglais . « Arrêtons- nous ici, dit L'Averdy, pour observer que Paris s'est soumis à Charles VII, en 1436, avant six années révolues depuis cette espèce de prédiction, et que, depuis la mort de la Pucelle, les affaires des Anglais ont continué de plus eu plus a tomber en décadence. » (Notice des manuscrits, t. III, p. 45.) On peut remarquer d'ailleurs que le terme de sept ans porte tout spécialement, même dans la rédaction du procès-verbal, sur le gage que . devaient laisser les Anglais, c'est-à-dire Paris. Le reste en devait être la conséquence dans un temps qui n'était pas défini.

il*

Page 33, note 1.

Page 34, note 1,

Page 36, note 1.

T. I, p. 87, 88 : Les trois mois entre l'annonce de sa délivrance el sa mort. Gœrres, La Pucelle d'Orléans, ch. xxx.

Page 37, note 1.

Rrid., note 2.

T. T, p. 90, 91. Nous aurons à revenir sur le signe du roi. L'explication des paroles de Jeanne et la justification de sa conduite se trouvent déjà dans le mémoire composé par Th. de Leliis, et présenté aux juges de la réhabilitation, t. II, p. 35-37. L'Averdy adopte complètement le sentiment du docteur, et il a très-bien mootré comment Jeanne, ne pouvant révéler le signe du roi, a dû recourir à l'allégorie. (Not. < es man. t t. III, p. 65-71.) Cf. Lebrun des Charmettes, t. II, p. 409, et t. III, p. 30.

Page 40, note 1.

Séance du 3 mars : On n'y compte que quarante et un assesseurs. Érard, qui doit avoir un si grand rôle au procès par la suite, y figure pour la première fois avec Nicole Lami, Gilles Quenivet et Rolland L'Écrivain, t. I, p. 91-93.

Page 41, note 1.

Page 43, note t.

Page 45, note 1.

IWd., note 2.

Page 47, noie 1.

T. I, p. 101-103. — Levé des fonts de baptême : nous dirions, selon nos usages, tenu sur les fonts de baptême.

Page 48, note I.

/bld., note 2.

Page 49, note 1.

Page 50, note 1.

îbid. , note 2.

Page 51, note 1.

Procès, t. I, p. 112. *

Ibid., note 2.

T. I, p. 113 et suiv. : Lettres de Vinquisiteur Jean Gravèrent, tfrûi.,p. 124. — Adjonction du vice-inquisiteur : ibid., p. 134. — Institution de ses officiers : p. 135, 138, 149.— Assesseurs : ibid. : N. Midi et G. Feuillet sont présents à toutes les séances. N. de Hubert, notaire apostolique, assiste à la plupart depuis le 12 ; frère Isambard de La Pierre à toutes depuis le 13, avec le vice-inquisiteur dont il était l'acolyte. A la dernière, on retrouve avec l'évêque les docteurs de Paris, non-seulement N. Midi et G. Feuillet, mais i. Beaupère, Jacques de Touraine, P. Maurice, Th. de Courcelles.

Page 55, note 1.

Siyneduroi: t. I, p. 54 (22 février); p. 119 (10 mars}.

Page 56, note 1.

Même sujet : 1. 1, p. 126 (12 mars); 139 (13 mars).

Page 57, note 1.

Même sujet : t. 1, p. 140-142 (mêtfie jour).

Page 58, note 1.

Même sujet : t. I, p. 142, 143 (même jour).

Page 60, note 1.

Même sujet: t. 1, p. 144-146 (même jour).

Page 61 , note 1.

Saint Michel : 1. 1, p. 169-171 (15 mars).

Page 62, note 1.

Saint Michel : 1. 1, p. 172 (17 mars). — Sainte Catherine et sainte Marguerite : p. 177, 1 78 (même jour).

Page 64, note 1. f Révérences, oblalions aux saintes : 1. 1, p. 166-168 (15 mars).

Page 65, note 1.

Sainte Catherine: t. 1, p. 185-187(17 mars après-midi).

Secret sur ses voix:\. I, p. 128 (12 mars). L'observation sur le secret est du greffier : car on la retrouve uniformément à la marge des copies authentiques : Bibl. du Corps îègisl. , B. 105 g, fol. 29, V; Bibl. imp., n« 5965, fol. 42, v°; 5966, fol. 59, V. Le manuscrit d'Urfé, copie de la minute française, porte aussi une annotation marginale, Bibl imp. t Suppl.,lat. 1383, fol. 20, v°.

Page 67, note 1.

Silence à Végard de ses parents : 1. 1, p. 129 (12 mars).

Page 68, note 1.

Fille de Dieu : t. I, p. 130. — Étendards, armoiries, richesses : p. 117-119 (10 mars); cf. p. 78 (27 février).

NOTES. 309 Page 69, note 1.

Offrande à saint Denis, etc. : t. I, p. 179, 180 (17 mars).

Page 70, note 1.

L'étendard :X. I, p. 181-183 et 187 (même jour. après-midi).

Page 72, note 1

Vœu de virginité, etc.: t. I, p. 127 (12 mars); — Yhabit tfhomme, p. 133 (même jour après-midi); p. 161 (14 mars après-midi) ; p. 164-166 (15 mars).

Page 73, note 1.

La chemise de femme : 1. 1, p. 176 (17 mars); — Yhabit de femme pour partir : p. 177 et 179 (même jour).

Accusation de jurement , etc. : t. I, p. 157, 158 (14, aprèsmidi;— le proverbe : p. 171 (15 mars); cf. p. 65 (24 février).

" Page 75, note 1.

Ses échecs: 1. 1, p. 146-148 (13 mars); p. 159 (14, aprèsmidi).

Ibid. t note 2.

Délivrance du duc d'Orléans : 1. 1, p. 133 (12, après-midi).

Page 76, note 1.

Sa captivité prédite, etc. : t. I, p. 115-117 (10 mars).

Page 78, note 1.

Beaurevoir: 1. 1, p. 150-152 (14 mars), et 160 (même jour après-midi).

Page 80, note 1.

Droit de s'échapper : t. I, p. 163(15 mars).

Page 81, note 1.

Ce quelle demandait: 1. 1, p. 154. — Avertissement à Vévê-

que : ibid. — Sa dêlivrame et son martyre : ibid. (14 mars). — Note- du greffier : Bibl. du Corps lègisî. B 105 g, fol. 35, r°; Bibl. imp., n 9 5965, fol. 51, t 9 ; n* 5966, fol. 70, i*. Le manuscrit d'Urfé noie le passage par une accolade à la marge.

Si elle se croit sûre d'être sauvée : t. I, p. 156, 157 (même jour).

Page 84, note 1.

Soumission à F Église : t. I, p. 162 (15 mars).

Page 85, note 1.

Même sujet : t. 1, p. 166 (même jour).

Page 86, note 1.

Même sujet : t. I, p. 174 (17 mars).

Page 87, note 1.

Même sujet : t. I, p. 175 {même jour).

Page 88, note 1.

Questions diverses : t. I, p. 181-183 (17, après-midi). — Le pape : p. 184.

Ibid. , note 2.

Les anneaux, etc.: t. I, p. 185, 187 (même jour).

Page 90, note 1.

Pièges, etc.: « Fiebantque sibi perexaminatoresquam subtiliores quaestiones quas facere poterant. »T. II, p. 342(Manchon); cf. p. 350 (Is. de La Pierre). « On lui demandoit questions trop difficiles pour la prendre à ses paroles et à son jugement. » T. II, p. 8 (Ladvenu) ; cf. p. 365 (id.). — « Quod vidit eam interrogari difficilibus, involutis et captiosis iiiterrogationibus, ut caperetur in sermone. » T. Il, p. 358 (Marguerie). — « Quod interrogantes totis viribus laborabant ad capiendum eam in verbis. » T. III, p. 180 (Cusquel). — Longueurs de V interrogatoire : « Et eam multum vexabant interrogatores, quia non cessabant ali-

-quando eam interrogare per très horas de mane et totidem post prandium. » Ibid., p. 167 (Ladvenu); cf. t. II, p. 365, et t. III, p. 176 (Fabri). — Questions entrecoupées : * Aliquando interrumpebant interrogatoria, transeundo deuno ad aliud, ad experiendum an ipsa mutaret propositum. »T. II, p. 368 (Fabri), et t. II, p. 176 : « Ita truncabant sua interrogatoria quod vix poterat respondere. » — « Dum ipsa Johanna interrogaretur, erant sex assistentes cumjudicibusqui interrogabant eam (dans la prison), et aliquando unus interrogabat, et ipsa respondebat ad quœsitum, alius interrumpcbat responsionem 8uam, etc. » T. III, p. 155 (Massieu). — Fatigue: * .... Intantum quod doctores assistentes exinde erant multuin fatigali. » T. III, p. 175 (Fabri). — « Multum defatigabatur in interrogationibus. » T. II, p. 342 (Manchon). — Plainte de Jeanne : « Quod nimis vexabatur ex interrogatoriis, quae non pertinebant ad processum. » T. II, p. 326 (N. de Houppeville); cf. p. 327 (d'après le vice-inquisiteur J. Lemaître). — « Quod si ita sit quod ducatur Parisiis, quod ipsa habeal duplum istorum interrogatoriorum et responsorum ejus, ut ipsa tradat illis de Parisiis.... et ut amplius ipsa non vexetur de tôt petitionibus. • T. I, p. 154 (Procès-verbal).

Page 91, note 1.

Difficulté des questions : « Imo sapienlior homo mundi cum difficultate respondisset. » T. III, p. 176 (Fabri). — « Audivitque ab ore domini tune abbatis Fiscampnensis quod unus magnus clericus bene defecisset respondere interrogationibus difficilibus sibi factis. T. II, p. 358 (R. de Grouchet). — « Quibus unus magister in theologia cum difficultate respondisset. » T. III, p. 64 (J. Monnet) ; cf. p. 48 (J. Tiphaine). — Simplicité et pudeur de Jeanne : « Et erat multum simplex, et vix sciebat Pater noslcr, licet aliquando, dum interrogarelur, prudenter responderet. » T. III, p. 166 (Ladvenu); cf. t. II, p. 8 et p. 364 (le même); t. III, p. 174 (Fabri); p. 185 (Le Parmentier). — Présence d'esprit et mémoire : « Et habebat multum bonam memoriam, quia dum eidem aliquid petebatur, ipsa dicebat : « Ego alias respondi et in tali forma, » et faciebat quœrere a notario diem in qua responderat, et ita inveniebatur sicut dicebat, niladdito vel remoto. » T. III, p. 178

(N. Caval); cf. p. 201 et p. 89 (J. Marcel), et p 201 (P. Baron). — Un jour qu'elle disait avoir déjà répondu, un des greffiers le nie; on cherche au jour qu'elle indique et. on trouve : « De quo gavisa est ipsa Johanna, dicendo eidem Boisguillaume, quod si alias deficeret, ipsa traheret aurem. »

— « Dum interrogaretur super aliquibus de quibus sibi videbatur quod non debebat respondere, dicebat quod se referebat conscientiis interrogantiura an deberet respondere vol non. » T. III, p. 63 (J. Monnet).— Constance et hardiesse : « Multum providenter etsapienler cum magna audacia. » T. III, p. 47 (Tiphaine); cf. p. 170 (N. de Houppeville). — Critique de ses réponses: « .... Licet multum et nimis, videre loquenlis, persistent in suisrevelationibus. »T. III, p. 174 (Fabri); cf. ibid., p. 129 (P. Miget). — « Quando loquebatur de regno et de guerra, videbatur motaa Spiritu Sanclo; sed dum loquebatur de persona sua, multa fingebat. » T. II, p. 304 (Is. de La.Pierre).

— Protestation de J. de ChdtUlon : t. III, p. 139 (Manchon); cf. t. H, p. 329 (Massieu) : «Oportet quod acquittem conscientiam meam. » Massieu ajoute qu'il lui fut fait défense de reparaître au tribunal sans convocation expresse ; et ailleurs (t. III, p. 153), qu'il cessa dès lors d*y assister. Mais s'il s'agit véritablement de J. de Châtillon, sa mémoire le trompe; car on le retrouve à presque toutes les séances du procès jusqu'à la fin. C'est même lui qui, le 2 mai, sera chargé de faire l'admonition publique (t. I, p. 384-392). Il vote comme les autres et assiste au supplice (t. I, p. 463 et 469). — Approbation: « Vos dicitisbene, Johanna. » T. II, p. 318(N.Taquel). — Croyance à son inspiration: « Quod constantia ipsius Johann se multos arguebat quod ipsa habuerat spirituale juvamen. » T. II, p. 327 ; cf. t. III, p. 170 (N. de Houppeville). — «Ita quod per très septimanascredcbateam inspiratam. » /6id.,p.l74 (J. Fabri).

— « Non erat ex se sufficiens ad se defendendum contra tantos doctores, nisi fuisset sibi inspiratum. » T. II, p. 342 (Manchon).

— Réponse à Jacques de Touraine: t. II, p. 48 (J. Tiphaine),

Page 93, note 1.

Conseil demandé et refusé : « Ipsa Johanna petiit habere consilium ad respondendum , quod diceret se esse simplicem ad respondendum : cui responsum fuit quod per ipsam respon-

deret, sicutvellet; etquod consilium non haberet. »T. II, p. 354 (Massieu); — «Quod non habuit defensores aut consiliarios, quamvis petierit. » Ibid., p. 366 (Ladvenu); cf. t. III, p. 166 (trf.), et t. II, p. 357 (R. de Grouchet). — « Et crédit quod nullus fuisset ausus sibi praebere consilium aul defensionem nisi sibi fuisset concessum. » T. III, p. 130 (P. Miget). — Jfe- « naces aux conseillers favorables: « Dicit praeterea quod nescit si aliquis fuerit in periculo mortis, occasione eam defendendi ; sed bene scit quod dum alia interrogaloria difficilia fîebant eidem Johannœ, et aliqui ipsam dirigere volebant, dure et ri* gide reprehendebantur et de favore nolabantur. » T. II, p. 357 (R. de Grouchet). — Jsamb. de La Pierre : t. II, p. 9 (Frère G. Duval, un des témoins de la scène); cf. t. II, p. 325, et t. III, p. 171 (N. de Houppeville). — L'huissier Massieu et le promoteur : t. II, p. 16; cf. t. III, p. 151 (Massieu).

Faux conseillers: t. II, p. 350 (Is. de La Pierre), p. 327, et t. III, p. 173 (N. de Houppeville). — Jean tfEstivet : • Quod magisterG. de Estiveto similiter intravit carcerem, fingendo se esse prisonarium. »T.III, p. 162 (G. Colles).— N.Loyseleur ou Aucupis : « ....Et feignit qu'il estoit du pays de ladicle Pucelle, et par ce moien trouva manière d'avoir actes, parlement et familiarité avec elle, en lui disant des nouvelles du pays à lui (elle) plaisantes, etc. T. II, p. 10 et 342, et t. III, p. 140. (Manchon); cf. t. II, p. 17, et t. III, p. 156 (Massieu). — « Fingens se sutorem et captivum de parte régis Francise et de partibus Lotharingiœ. » T. III, p. 162 (G. Colles). Il avoua luimême à Th. de Courcelles (témoin peu suspect de faveur) qu'il avait vu Jeanne, sous un déguisement. T. III, p. 60. — Ses perfides conseils : t. III, p. 162 (G. Colles); t. II, p. 17, et t. III, p. 156 (Massieu), p. 133 (P. Miget). — Confesseur de Jeanne : « Cui non permittebatur confiteri nisi'dicto Loyselleur, qui in ea re fictus eral. » T. II, p. 342 (Manchon). — P. Cusquel a entendu dire qu'il contrefaisait sainte Catherine et poussait Jeanne à dire ce qu'il voulait (t. III, p. 181). Ceux qui disaient cela se faisaient une singulière idée des apparitions de sainte Catherine.

Page 98, note 1.

Lohier : t. II, p. 11 (Manchon) ; cf. p. 300 et 341, et surtout t. III, p. 138 (id.) : « Sub pœna submersionis, » t. III, p. 50 (G. de la Chambre). Il mourut à Rome doyen de la Rote, t. II, p. 12 (Manchon).

Page 99, note 1.

Séance du 18 mars : t. I, p. 188. — Les assistants sont : l'abbé de Fécamp, le prieur de Longueville, les docteurs de Paris, J. Beaupère, Jacq. de Touraine, N. Midi, P. Maurice, G. Feuillet, Th. de Courcelles, R. Roussel, N. de Venderez, J. de La Fontaine et N. Coppequesne. — Séance du 22 : t. I, p. 189. — Parmi ceux qui ont assisté à la réunion du 18, l'abbé de Fécamp et Th. de Courcelles ne sont plus nommés. Par compensation, on compte cette fois, avec les autres : Jean deChâtillon, Érard Émengart, G. Bouchier, M. Duquesney, P. Houdenc, J. Nibat, J. Fabri ou Lefebvre, J. Guesdon, G. Haiton, N. Loyseleur et Isambard de La Pierre.

Page 100, note 1.

T. I, p. 190. La Fontaine et le vice-inquisiteur ont avec eux cinq des docteurs de Paris, J. Beaupère, N. Midi, P. Maurice, G. Feuillet et Th. de Courcelles; et de plus maître Enguerrand de Champrond, officiai de Coulances, qu'on "ne trouve que celte fois au procès.

Page 101 r note 1.

Page 102, note 1.

Jbid., note 2.

T. I, p. 195-198. On y compte trente-huil assesseurs.

Page 103, note 1.

/bld., note 2.

Page 104, note 1.

Page 106, note 1.

Ibid., note 2.

Page 107, note 1.

Page 108, note 1.

Page 109, note 1.

7Wd., note 2.

Page 110, note 1.

Page 111, note I.

P.ge 113, note 1.

Page 114, note 1.

/ot'd., note 2.

Page 116, note 1

Page 117, note 1.

Page 118, note 1.

Page 119, note 1.

Page 120, note 1.

lbid., note 2.

Page 121, note 1.

Page 123, note 1.

Page 124, note 1.

Page 134, note 2.

Page 126, note 1.

Page 127, note 1.

Page 128, note 1.

Ibid., note 2.

Ibid.

Page 132, note 1.

T. I , p. 328-336. L'Averdy, en regard de chacun des douze articles, a rétabli les faits que l'accusation supprime ou altère. Notice des man., t. III, p. 71-97.

Les douze articles attaqués au procès de réhabilitation : t. Il, p. 174, etc. Thomas de Courcelles conjecture, sans oser l'affirmer, qu'ils ont été rédigés par N. Midi. Il ajoute qu'il ne sait si on arrêta qu'ils seraient corrigés, ni s'ils furent corrigés, t. III, p. 60.

Page 134, note 1.

Note de Manclwn : « Et ostensa etiam eidem loquenti quadam notula manu sua scripta, ut asseruit ipse loquens ; mandatis etiam notariis in hujus processu ad recognoscendum hujus modi notulam de data diei IV aprilis, anni D. MGGGGXXXI; in qua notula in gallico, contenta in processu, expresse habetur quod hujusmodi duodecim arliculi non erant bene confecti, sed a confessionibus saltein in parle extranei, et ob hoc veniebant corrigendi, etc. » T. III, p. 143 (Interr. d*X Manchon); cf. p. 196 (Int. de Taquel). —

« Item quod credunt quod de correctione hujusmodi articulorum facienda , ita fuit appunctuatnm prout constat in dicta nolula. Sed si hujusmodi correctio fuit addita.... nesciunt. Tamen credunt quod non, quia constat ipsis per quamdam aliam notulam scriptam manu magistri G. de Estiveto.... quod fuerunt transmissi in crastinum peretimdem de Esliveto sine correctione. » T. III, p. 144.

Brouillon de J. de Touraine : « Quinque folia papyrea, manu magistri Jac. de Turonia, ut dicitur, scripta, ubi ponuntur articuli — sub alia et contraria in multis forma, cum multis additionibus et correctionibus. Quae quidem quinque folia, quia ad verum transcribi vel grossari non possent, dictis additionibus tam in margine foliorum quam aliter factis. » T. III, p. 232 (Procès de rèhab., chap. vi). Ce qui doit faire croire que c'est plutôt un projet de modification des douze articles, qu'un premier projet des douze articles mêmes, c'est que Thomas de Çourcelles, on Ta vu, semble désigner comme auteur du travail principal N. Midi.

Les corrections : voy. la reproduction de cette feuille, t. III, p. 238-240.

Page 138, note 1.

L'habit £ homme ; exemple > 'e sainte Marine . « Et si Deo placuit Marina virgo, militans in habitu spirituali virili, quum tamen certa spirilualia intercipi non debeant ulla fraude neque doîo : ' quanto magis ista virgo sibylla in armis bellicis non offendit, sed ad defendendum et prœcavendum pro republica et commun i bono poteritmilitare? » T. III, p. 441 (Sibylla francica).

L'Église mal entendue de Jeanne : « Quod diligit eam.. . . et ipsa non est quae debeat impediri de eundo ad ecclesiam, nec de audiendo missam. Intellexit ergo quadam simplicitate, per illa verba, per ecclesiam, murorum ambilum et materialem ecclesiam contineri. » T. II, p. 52 (Th. de Leliïs, art. 12). — Déposit. dcMassicu : t. II, p. 333.— Décision de Poitiers : voy. cidessus, t. I, p. 37, et Procès, t. III, p. 391. — Soumission au pape : t. I, p. 185 (inlerr. du 17 mars). — Dêpos. d'Is. de La Pierre: t. II, p. 4, 5; cf. p. 304, 349 et 351 (id.);de

M. Ladvenu : t. II, p. 308 (M. Ladvenu). « Dum responderelur sibi quod erat papa et praelati représentantes.. . . respondit quod se submittebat judicio summi pontificis, rogando quod ad eum ducerelur, eic. » T. III, p. 167(û/.)î t. II, p. 358 (R. de Grouchet); p. 319 (Taquel); t. III, p. 132 (Miget); p. 176 (Fabri).

« Et le lendemain quelle fut ainsi advertie, elle dit qu'elle se vouldroit bien soubmettre à nostre Saint-Père le Pape et au sacré concilie. Et quant monseigneur de Beauvais oyt cette parole, demanda qui avoit esté parler à elle le jour de devant, et manda le garde anglois d'icelle Pucelle.... et pour ce, en l'absence d'iceulx de Fonte et religieux, ledit évesque se courrouça très- fort contre maistre Jehan Magistrî, vicaire de l'inquisiteur, en les menassant très-fort de leur faire desplai?ir. Et quant ledit de Fonte eut de ce cognoissance et qu'il estoit menacé pour icelle cause, se partit de cestecité de Rouen, et depuis n'y retourna. ».T.H, p. 13. — « In Hebdomade sancta. » T. III, p. 139 (id.). Voy. M. H. Martin, Hist. de France, t. VI, p. 272-274, note.

Page 142, note 1.

Tèm. de Manchon sur Isambard : « Dicit ulterius audivisse, dum ipsa Johanna summabatur de se submittendo Ecclesiae, dum frater Isambardus de Petra suaderet sibi quod se submitleret concilio generali, [quod] episcopus Belvacensis hoc audiens, eidem fratri Bardino dixit : « Taceatis in nomine « diaboli. » T. II, p. 343. — Époque de la visite : « Durante' processu in hebdomade sancta vel circa. » T. III, p. 341. — Le conseil donné en séance : « Et fuit hoc in judicio, quando ipsa Johanna -examinabatur. » Ibid. t p. 343.

Page 143, note 1.

Page 144, note 1.

T. I, p. 337-340. — Parmi ces consulteurs, se trouve Isambard de La Pierre.

Page 145, note 1.

Adhésion à la délibération des consulteurs : J. Basset, 1. 1, p. 342; J. Guesdon, J. Maugier, p. 345; J. Bruliot, p. 346; N. de Venderez, p. 347; N. Caval, p. 349; J. de Châtillon, p. 351 ; J. Bouesgue, J. Guarin, p. 352. — Réponse de l'abbé de Fécamp : p. 344; de l'évêque de Coutances : p. 361. — Avis avec détermination de la peine : J. Gaslinel, p. 342; A. Moret et J. de Quemino, p. 357. — Avis des trois avocats de Rouen : p. 358; des trois bacheliers (P. Minier, J. Pigache et R. de Grouchet): p. 369. — « Voilà donc ce que vous avez fait, » leur dit l'évêque en colère, t. II, p. 359 (R. de Grouchet); p. 325 (N. de Houppeville); de l'évêque de Lisicux (l'Italien Zano de Castiglione) : t. I, p. 365.

♦ Page 146, note 1.

Référence à ^Université de Paris : Robert Barbier et J. Àlespée, p. 350. — Délibération du chapitre de Rouen : p. 354. — Les abbés de Jumiéges et de Cormeilles : p. 357.

Page 147, note 1.

T. I, p. 374 (R. Le Sauvaige). — Plusieurs réponses contraires aux vues de l'évêque ne furent pas insérées au procès. On en peut donner pour exemple celle de l'évêque d'Avranches, au témoignage d'Isambard de La Pierre. Il dit, t. II, p. 5 : « que lui-mesme en personne, fut pardevers l'évesque d'Avranches, fort ancien et bon clerc, lequel, comme les autres, avoit esté requis et prié sur ce cas donner son oppinion. Pour ce , ledit évesque interrogua le tesmoing envoyé pardevers lui, que disoit et déterminoit monseigneur saint Thomas, touchant la submission que on doit faire à l'Église. Et celui qui parle bailla par escript audit évesque la déterminacion de saint Thomas, lequel dit : « Es choses douteuses « qui touchent la foy, l'on doit toujours recourir au pape, ou « au général concile. » Le bon évesque fut de cette oppinion, et sembla estre mal content de la délibération qu'on avoit faicte par-deçà de cela. N'a point esté mise par escript la détermination ; ce qu'on a laissé par malice. »

Page 148, note 1.

Jeanne malade : « Quae respondit quod sibi fuerat missa qu&dam carpa per episcopum Belvacensem, de qua comederat, et dubitabat quod esset causa suae infirmitatis. Audivit ab aliquibus ibidem praesentibus quod ipsà passa fuerat multum vomitum. » T. III, p. 49 (J. Tiphaine).— « Quia pro nullo rex volebat quod sua morte naturali moreretur : rex enim eam habebat caram et care emerat, nec volebat quod obiret, nisi cum justitia, et quod esset combusta. Ibid., p. 51 (G. de la Chambre). — Injures de J. a'Estivet: ibid., p. 49 et 52; cf. p. 162 (G. Colles).

Page 149, note 1.

Page 150, note 1.

Page 151 , note 1.

Ibid., note 2.

Page 152, note 1.

Tactique du juge dans les admonitions : Lebrun des Charmettes, t. IV, p. 75 et 105.

Page 153, note 1.

Procès, t. I, p. 381-384. — Plus ds soixante assesseurs se rendirent à la convocation.

Jbtd., note 2.

Page 155, note 1,

T. I, p. 392-394. — Note du greffier: dan* le m. 5965, f° 129, r* (Bibl. imp. Fonds latin). A cette séance pourrait se rapporter la déclaration de Marguerie qu'il a ouï dire a Jeanne « que pour certaines choses elle ne croirait ni prélat, ni pape ni personne, parce qu'elle les tenait de Dieu. » (T. III, p. 354). Marguerite, du reste, n'ajoute rien à l'autorité du procès-verbal : c'est un des assesseurs qui ont condamné Jeanne (t. I, p. 464) ; il peut tenir plus que d'autres. (Ladvenu Is. de La Vierre) à justifier le jugement.

Page 156, note 1.

Page 157, note 1.

Page 158, note 1.

Ibid., note 2.

Page 161, note 1.

Délibér. du chap. de Rouen: t. I, p. 353.

Ibid., note 2.

Envoi des douze articles à Paris': t. I, p. 407 et 409. — Jacques de Touraine et Nicole Midi assistent à Rouen à la séance du 18 avril, 1. 1, p. 375.— Séance du 29 avril, à Paris : t. I, p. 411 et suiv. (la date est donnée, p. 421).

Page 163, note I.

Page 164, note 1.

Ibid. , note 2.

Délibèr. de V Université de Paris: 1. 1, p. 421.

Page 165, note 1.

Lettre à l'èvêque de Beauvais: p. 408 ; au rai c? Angleterre :

Ibid., note 2.

Page 166, note 1.

Ibid., note 2.

Page 167, note 1.

Page 171, note 1.

ibtd., note 2.

ROUEN. — L'ABJURATIdN.

Page 174, note 1.

Siant-Ouen : t. I, p. 443.

Ibid. , note 2.

Jeanne et J. Beaupère : t. II, p. 21 Jeanne et N. Loyseleur: Johanna, credatis mihi, quia si vos velitis, erilis salvata.

« Accipiatis vestrum habitum, et faciatis omnia quœ vobis ordi- « nabuntur; alioquin estis in periculo mortis. Et si vos faciatis « ea quae vobis dico, vos eritis salvala, et habebitis mullum « bonum, et iioo habebitis raalum ; sed eritis tradita Ecclesiae.» Et fuit tune ducta super scaphaldo seu ambone.» T. III, p. 146 (Manchon); cf. Laverdy , Notice du manuscrit, t. III, p. 424, et Lebrun Des Charmettes, t. IV, p. 108.

Page 175, note 1.

Déposition d: J. de Lenosoliis : Procès, t. III, p. 1 13.

Page 176, note 1.

Discours d'Èrard : t. I, p. 444. — Apostrophe: t. II, p. 17 (Massieu, qui était sur le même échafaud); ibid., p. 331; cf. p. 335 (id.); p. 15 (Manchon) ; t. II, p. 367, et T. III, p. 168 (M. Ladvenu); t. II, p. 303 et 353 (Is. de La Pierre).

Page 177, note 1.

Ibid., note 2.

Page 178, note 1.

Scène de Saint-Ouen. La déposition capitale est celle de Massieu, t. II, p. 17 ;cf. p. 331 : on y trouve une légère variante en ce qui touche Massieu lui-même. Tandis que, sur la demande de Jeanne, il la conseille, Érard lui demande ce qu'il lui dit: «Je lui lis la cédule et je lui dis de la signer. » Voyez encore sa troisième déposition, t. III, p. 156-157.

— N. Loyseleur : t. III, p. 146 (Manchon) Instances des

assesseurs : t. III, p. 55 (l'évêque de Noyon); p. 122 (H. de Macy), et le procès-verbal, t. I, p. 446. — Le bourreau : « Dicit etiam quod tortor cum quadriga erat in vico, expectans quod darelur ad con.burendum. » T. III, p. 147 (Manchon).

Page 179, note 1.

« Et -crédit quod ipsa Johanna nullo modo intelligebat. •

T. III, p. 164 (G. Colles).— « Subridebat. » Ibid., p. ^(Manchon). — « Quod non erat nisi truffa, et quod non faciebat nisi deridere. * T. III, p. 55 (l'évêque de Noyou).

Page 180, note 1.

. Ibid., note 2.

P. Migel : t. III, p. 132 ; Taquel : ibid., p. 197. « Eteratquasi sex linearum grossae litterae. Et dicebat ipsa Johanna post dictum Massieu.* — J. Monnet et G. de la Chambre: ibid. t p. 65 et 49 ; Massieu, ibid., p. 156 : « Etbene scil quod illaschedula continebat circiler octo lineas et non amplius; et scit firmiter quod non erat illa de qua in processu fit menlio, quia aliam ab illa quae est inserta in processu legit ipse loquens, et signavit ipsa Johanna. »

Page 181, note 1.

Formule officielle: Thomas de Courcelles, avec toute réserve, parait croire qu'elle est de N. de Venderez. — Petite formule: t. III, p. 156 (Massieu); cf. p. 194 (J. Moreau): il y était question, selon lui, qu'elle avait commis le crime de lèsemajesté et séduit le peuple. — Signature de la formule: Extraxit a quadam manica sua quamdam parvam schedulam scriptam, quam tradidit eidem Johanuœ ad signandum; et ipsa respondebat quod nesciebat nec légère, nec scribere. Non obstante hoc, ipse L. Calot secretarius tradidit eidem Johannœ dictam schedulam et calamum ad signandum, et per modum derisionis ipsa Johanna fecit quoddam rolundum. Et tune ipse L. Calot accepit manum ipsius Johannœ cum calamo et fecit fieri eidem Johanna? quoddam signum dequo non recordatur loquens. » T. III, p. 123 (H. de Macy). Voy. sur les deux formules d'abjuration, L'Averdy, 1. 1., p. 426-431.

Page 182, note 1.

Impatience des Anglais: « Etaudivit ab aliquibusquod Anglici erant maie contenti quod erat ita prolixus, et increpabant • aliquosquarecitiusnon perficiebant.«T.IIl, p. 190 (J.Riquier).

— Le bourreau:i. III, p. 65 (J. Monnet); cf. p. 147 (Manchon). — Démenti de Vévêque : t. III, p. 147 (Manchon); — t. II, p. 322 (P. Boucher); p. 147 (Manchon) ; p. 338 (G. du Déseri); p. 355, et t. III, p. 184 (Marguerie) ; t. II, p. 361, et t. III, p. 131 (P. Miget) ; p. 90 (J. Marcel) : il suppose que l'auteur de l'interpellation est Jean Calot.

Page 183, note 1.

Le cardinal de Winchester : t. III, p. 64 (J. Monnet).

ibid., note 1.

Page 184, note 1.

Quelle serait délivrée de prison, t. III, p. 52 (G. de La Chambre). — Prison ecclésiastique : « Laquelle chose fut requise à l'évêque de Beauvais par aucun des assistants. » T. II, p. 18 (Massieu). J. Lefebvre (Fabri) dit. que plusieurs y pensaient, mais que nul ne l'osait dire, t. III, p. 175. — Renvoi à la prison laïque: ibid., p. 14 (Manchon); p. 18 (Massieu); cf. t. III, p. 157 (Massieu). — Pourquoi la prison perpétuelle quand on lui avait promis qu'il ne lui arriverait rien de mal ? « Propter diversitatem obedientiarum ; ettimebant ne evaderet.» T. III, p. 147 (Manchon). — Motd'un docteur à Warwick : «Domine, non curetis, bene rehabebimus eam. • T. II, p. 376 (J. Fave).

Les juges à la prison, le jeudi: t. I, p. 452.

Page 186, note 1.

Fureur des Anglais : « Levaverunt gladios ad eos percutiendum , quamvis non percusserint , dicentes quod rex maie expenderat pecunias suas erga eos.» T. II, p. 376 (J. Fave).— P. Maurice : «Cum post primam praedicationem monuisset eam de standoin bono proposito, Anglici fuerunt maie contenti, et fuit in magno periculo verberationis, ut dicebat.» T. Il, p. 357 (R. deGrouchel.)— /ean de La Fontaine, etc.: t. II, p. 349 (Is. de La Pierre). — D'autres témoignages, on l'a vu, sem- -

blent placer sa fuite dès la semaine sainte (Manchon, t. II, p. 13 et 341, et t. III, p. 139). Il a pu être menacé alors, et il est certain que depuis le 28 mars il cessa de figurer au jugement; mais il a pu rester encore à Ilouen et prendre part à la démarche d'Is. de La Pierre, qui en dépose expressément. Plus il avait eu de part au procès et à la principale manœuvre du procès (la question de l'Église), plus il éprouvait peut-être le besoin de travailler à 3auver au moins l'accusée de la mort. — Jean Beaupère : t. II, p. 21 (lui-même).

Page 187, note 1.

Ceux qui viennent le dimanche : t. II, p. 14 (Manchon), et p. 19 (Massieu).

Manchon: t. II, p. 14 (lui-même), et p. 19 (Massieu). — Marguerie: t. II, p. 330 (Massieu); cf. t. III, p. 184 (Marguerie lui-même) ; t. II, p. 345, et t. III, p. 180 (Cusquel).

Page 188, note 1.

Interrogatoire de Jeanne : 1. 1, p. 455. — Responsio mortifera. Bibl. du Corps lêgisl. B. 105 g, f° 35, r°; B. /mp. Fonds latin, 5965, t° 152, r% et 5966, fl98,r<\

T. ï, p. 456-558. L'Averdy(l. 1. p. 121-123) prouve le dessein qu'avait l'évêque de Beauvais de perdre Jeanne, et par les questions qu'il lui pose, et par son empressement à clore l'interrogatoire, de peur que certaines paroles ne vinssent atténuer les déclarations obtenues d'elle.

Page 190, note 1.

Joie de plusieurs : « Crédit quod ad hoc faciendum fuerit inducta,quia aliquide his,qui interfuerantinprocessu,faciebant magnum applausum et gaudium ex eo quod resumpserat hujusmodi habitum : licet notabiles viri dotèrent, inter quos vidit magistrum Petrum Morice multum dolentem et plures alios. »T. IU, p. 164 (6. Colles). — L'évêque et Warwich:i. II, p. 5 (Is. de La Pierre), cf. p. 8 (M. Ladvenu) ; p. 5 (Is. de La Pierre). Is. de La Pierre place la scène après la dernière

délibération; M. Ladvenu, à la sortie de la prison; Is. de La Pierre, dans une déposition suivante, se borne à dire; « Après la reprise de l'habit. » Ibid., p. 305.

Page 191, note 1.

Th. de Courcelles : t. III, p. 62 ; Manchon : ibid., p. 148.

Jeanne dans sa prison: t. II, p. 18 (Massieu); cf. t. III, p. 154 (id.) ; t. II, p. 298 ( Manchon); et t. III, p. 140 (id.). — Tentatives de violences antérieures : t. II, p. 298, et l. III, p. 147 (Manchon). — Insultée au retour de Saint- Ouen: « Post primam prsedicationem, eu m reduceretur ad carceres, in Castro Rothomagensi, mangones illudebanteidem Johannae, et permittebant Anglici, magistri eorum.» T. II, p. 376 (J. Fave). — Violeices: l. II, p. 5 (Is. de La Pierre); cf. p.371 (Thomas Marie) :«Posl primam prœdicationem, cum fuisset iterum posita in carceribus castri, fuerunt faclae sibi tôt vexationes de eam opprimendo, quod habuit dicere quod mallet potius mori quam amplius stare cum ipsis Anglicis.» — Lemilord: « Imo sicut ab eadem Johanna audivit, fuit per unum magnae auctoritatis tentuta de violentia. Ibid., p. 305 (id.). — < Et qu'un m illourt d'Angleterre l'a voit forcée.» Ibid., p. 8 (M. Ladvenu). Il explique ailleurs, comme Is. de La Pierre, qu'il ne fit que le tenter : « Et eam tentavit vi opprimere, » t. III, p. 168.

Page 193, note 1.

L'habit dl\on\me.« ... En tant qu'en cest débat demoura jusques à l'heure de midy; et finablement, pour nécessité de corps, fut contrainte de yssir dehors et prendre ledit habit; et après qu'elle fust retournée ne lui en voulurent point bailler d'autre, nonobstant quelque supplication et requeste qu'elle en feist. T. II, p. 18 (Massieu); cf. ibid. p. 333 ; t. III, p. 157 (id.), et ibid., p. 53 (G. de la Chambre). — Les deux versions du procès-verbal : t. I, p. 436 ; cf. t. II, p. 300](Manchon) : « Ipsa contenta de hujusmodi habitu, ut videbat, petiit mulieres sibi dari cum ea, et mitti ad carceres Ecclesiœ, et quod detineretur per viros ecclesiasticos ; et postmodum assumpsit

KOTES.

habilum virilem, se excusando quod, si fuisset missaadcarceres Ecclesiae, non assumpsisset ipsum kabitum virilem, et quod cum habitu muliebri non fuisset ausa se tenere cum custodibus Anglicis. »

Page 195, note 1.

c Quod dicta Johanna relapsa est. Tamen bonum est quod schedula nuper lecta legatur iterum coram ipsa, et sibi exponatur, proponendo ei verbum Dei. Et his peractis nos judices habemus declarare eam hœreticam, et ipsam relinquere justifias sseculari, rogando eam ut cum eadem Jobanna mite agat. « T. I, p. 463. C'est l'avis de l'abbé de Fécamp, qui vote le second et auquel tous les autres se réfèrent, excepté N. de Venderez qui, votant le premier, n'avait point parlé de relire a Jeanne la formule d'abjuration, et deux autres, D. Gastinel et P. Devaulx, qui, en la livrant au bras séculier, supprimaient la prière, d'ailleurs dérisoire, de la traiter avec douceur : Absque supplicatione , t. I, p. 465. — Voy. sur cette dernière délibération L'Averdy, p. 126, et Lebrun des Charmettes, t. IV, p. 175.

L'Averdy (p. 124) a noté que, parmi les assesseurs dont on trouve le vote au premier jugement, il y a quinze gradués en théologie et neuf en droit qui n'ont pas assisté au second, soit qu'ils aient été écartés, soit qu'eux-mêmes se soient tenus à l'écart. A leur place, on fît venir des assesseurs qui n'avaient point paru depuis longtemps au débat, et n'avaient pas volé au premier jugement : entre autres, trois membres de la faculté de médecine. Il pense que la lecture delà cédule d'abjuration, réclamée par la grande majorité du conseil, pouvait avoir pour objet d'offrir à Jeanne l'occasion de revenir sur ses pas, et môme de renouveler son appel au pape, (/bld., p. 126.)

Ibid., note 2.

Page 198, note 1.

T. II, p. 3-4.

/bid., note 2.

Ibid.; cf. p. 8 (M. Ladvenu), et t. III, p. 169 (*/.) : « Quod sibi promiserat quod eam poneret in manibusEcclesiae, et ipse eam dimiserat in manibus suorum inimicorum capitalium. *

Page 199, note 1.

La chemise de femme : t. I, p. 1 77.

Page 201, note 1.

Information posthume : t. I, p. 477 et suiv. — Les pièces qui suivent sont écrites delà même main que le reste des procédures ; mais elles cessent d'être revêtues de la signature qui auparavant se trouve apposée au bas de chaque feuillet du manuscrit. On verra par les interrogatoires du second procèsque les greffiers se sont refusés à les valider de leur attestation. Yoy. t. I, p. 477, note. — La couronne: « Quod nihil aîiudfuit, nisi promissio coronationis illius quem dicit regem suum, » p. 484 (Loyseleur) ; « quod ipsamet erat angélus, » p. 480 (P. Maurice); cf. p. 481 (Toulmouiilé). — Les apparitions : 1. 1, p. 479 (Ladvenu) : «Saltemquodaudiretloquens....prout melius recolit. » — « Interrogatade corona quam sibi promitlebat, et de multitudine angelorum qui associabant eam, etc.; respondit quod sic, et apparebant sibi sub specie quarumdam rerum minimarum. »T. I, p. 480 (P. Maurice). — «Quandoquecum magna multitudineet in minimaquantitate, sive in minimis rébus ; alias figuram aul speciem non declarando, » p. 481 (Toulmouiilé).

— < Quod ipsa viderat et audierat propriis oculis et auribus voces et apparitioties de quibus fit mentio in processu. » T.I, p. 498 (N. de Venderez). — « Quod realiter audiebat voces... . quamvis sibi fuisset protunc dictum per dictum magistrum Petrum quod aliquando homines audiendo pulsum campa- Darum, credebant audire et intelligere aliquaverba, » p. 481 (Toutmouillé); — « utrum illis apparitîo erat realis : respondebat quod sic : Soient bons, soient mauvais esperilz, ils me sont apparus y » p. 480 (P. Maurice). — Je ne sçay y je m'en ac~ tens à ma mère VÈglise, et p. 182 (J. Toutmouillé), cf. p. 480 (P. Maurice), et p. 184 (N. Loyseleur).

Page 202, note 1.

Interpellation de fêvèque : t. I, p. 481 (J. Toutmouillé), cf. p. 483 (Th. de Gourceîles); p. 479 (M. Ladvenu); p. 482 (Lecamus). — Loyseleur: p. 485 (Loyseleur).

Ibid., note 2.

T. !, p. 483 (Jac. Lecamus).

Page 204, note 1.

Refus de Manchon : « Néantmoins monseigneur de Beauvais le voulut contraindre ace signer, laquelle chose nevolut faire. » T. II, p. 14. — Sur la fausseté du document, voy. L'Averdy Notice des manuscrits, t. III. M. J. Quicherat a fort bien constaté aussi les irrégularités de cette pièce. Mais nous ne l'avons pu suivre, lorsqu'après avoir relevé le peu d'attention que les juges delà réhabilitation y ont donnée, il ajoute : « Sans conclure à rien, il me semble impossible de condamner l'évêque de Beauvais sur un point où l'ont absous implicitement les juges de sa mémoire. » Aperçus nouveaux, p. 144.

Page 205, note 1.

Th. de Leliis t sur le signe du roi : « Reperiemus mystice et in figura sic locutam fuisse : quod in finedeclaravit aperle. » T. II, p. 36. — Affirmation de ses visions : «Utrum verum erat quod ipsas voces et apparitîones habuisset; et ipsa respondebat quod sic. Et in illo proposito conlinuavit usque ad

finem, etc. » T. I, p. 478 (Ladvenu); cf. 1. 1, p. 477 (N. de Venderez) ; p. 482 (Lecamus), et les autres textes cités plus haut.

Page 207, note l.

Enquête posthume : Plusieurs des faits qu'on y rapporte ont un caractère fort suspect : la scène de la communion par exemple. Elle est racontée, non par Ladvenu qui l'administra à Jeanne, mais par Lecamus qui n'était pas présent : car il n'assista point à la confession de Jeanne, sans doute ; et il n'est point revenu après : le document qui reproduit les témoignages de Ladvenu aurait pu, sur ce point-là, mieux choisir son témoin. Relevons encore cette promesse d'abjuration publique faite à Loyseleur, et celte crainte de ne s'en point souvenir sur le lieu du supplice; combinaison ingénieuse, imaginée pour tenir lieu d'une abjuration qu'elle ne fit pas. — Jeanne et P. Maurice : t. III, p. 191 (J. Riquier). — Doutes de Jeanne : M. Michelet, sans tenir compte de l'information posthume qu'il juge fausse, reporte ces doutes au moment du supplice. « Nous n'en pouvons trop croire la-dessus, dit-il, le témoignage intéressé des Anglais. Toutefois, il faudrait peu connaître la nature humaine pour douter qu'ainsi trompée dans son espoir elle ait vacillé dans sa foi. A-t-elle dit le mot, c'est chose incertaine; j'affirme qu'elle l'a pensé. » Hist. de France, t. V, p. 172; cf. M. J. Quicherat, Aperçus nouveaux, p. 140 : « Malgré la tournure visiblement malveillante donnée aux paroles de Jeanne, il s'en faut qu'elles aient une portée fâcheuse contre son caractère. Elles prouvent au contraire qu'en face de la mort, la pauvre fille soutint plus fermement que jamais le fait de ses apparitions. Mais humiliée devant ses juges par l'espoir d'obtenir d'eux la communion, obsédée de leurs raisonnements, ne sachant elle-même comment accorder un espoir de délivrance où l'avaient entretenue ses voix, avec la nécessité de mourir, dressée inévitablement devant elle, elle admit un moment que son sublime instinct avait pu la tromper. » — Les deux auteurs montrent, par les faits qui suivent, que ce doute se dissipa bientôt en face même de la mort.

Idtd., note 2.

Communion : « Qui episcopus aliquos super hoc congre-

gavit; ex quorum deliberatione ipse episcopus eidem loquenti dixit quod diceret fratri Martino quod sibi traderet Eucharistie sacramentura et omnia qusecumque peteret. » T. III, p. 158 (Massieu). — La suite des faits veut qu'on place la communion après la visite* de l'évêque, selon l'information posthume qu'on peut croire sur ce fait indifférent (t. I, p. 482), et non auparavant, comme le dit Taquel (t. II, p. 320). Ce sont les deux religieux J. Toutmouillé et M. Lad venu qui vinrent, dès le matin, annoncer à Jeanne qu'elle devait mourir (t. II, p. 3), et c'est pendant les plaintes de Jeanne que survient l'évêque (ibid., p. 4). Il n'y a point de place pour la communion entre l'arrivée des deux religieux et la scène reproduite par l'information posthume, dont la venue de l'évêque marque le commencement. A sept heures du matin, Massieu vient donner l'assignation à comparaître pour huit heures (t. I, p. 469). Ladvenu l'envoie demander à l'évêque la permission de donner à Jeanne la communion (t. III, p. 158, Massieu); elle communie « devant qu'elle partist du chasteau » (t. II, p. 19, Massieu); vers neuf heures, la scène du Vieux-Marché commence (t. I, p. 469).

Page 207, note 3.

« Lui fut apporté le corps de Jésus-Christ irrévérentement, sans estolle et lumière, dont frère Martin, qui l'avoit confessée, fut mal content; et pour ce fut renvoyé quérir une estolle et de la lumière, et ainsi frère Martin l'administra. » T. II, p. 19 (Massieu); cf. p. 334 (irf.). — c Quod devotissime et cum lacrymis uberrimis, sic quod nesciret narrare, suscepit. » Ibid., p. 308 (Ladvenu). Jean de Lenosoliis dit qu'il a vu l'Eucharistie (sur la réclamation de Ladvenu?) lui être apportée processionnellement avec une grande multitude de torches, le peuple chantant les litanies à son intention : Orale pro ea. Qui l'a ordonné? il ne le sait. T. III, p. 114. Sicctte pompe accompagna le saint sacrement jusqu'au château, il faut convenir qu'on n'en vit guère trace dans la prison de Jeanne, au dire des deux témoins les plus compétents.

Page 208, note 1.

Mitre : t. IV, p. 459 (Clém. de Fauquemberque). — Dans les

usages de l'inquisition, l'accusé était revêtu des marques de la condamnation, en se rendant au tribunal qui devait prononcer la sentence. Voy. Llorente, HisL de ïlnquis., IX, 14. — Escorte: « Et y avoit le nombre de sept à huit cents hommes de guerre autour d'elle, portant glaives et bastons, » etc. T. II, p. 14 (Manchon). Témoignage confirmé par Massieu qui dit huit cents hommes (ibid, p. 19). N.de Houppeville ne parle que de cent vingt hommes (t. III, p. 173). — Lamentations: « In quo itinere ipsa Johanna tam pias lamentationes faciebat, ut ipse loquens et frater Martinus a lacrimis continere non poterant.... Audientes ad lacrimas provocabat. » T. III, p. 159 (Massieu) ; cf. t. II, p. 320 (Taquel); t. III, p. 173 (N. de Houppeville). — N. Loyseleur : * Dum ipse Loyseleur vidit eamdem Johannam condemnatam ad mortem, fuit corapunctus corde, et ascendit quadrigam, volenseidem Johann» clamare veniatn, et ex hoc fuerunt indignati multi Ànglici existeutes ibidem, i(a quod, nisi fuisset cornes de Warwick, ipse Loyseleur fuisset interfectus, etc. » T. III, p. 162 (G. Colles).— * Increpaverunt eumdem Loyseleur, minando sibi et vocando euia prodîtorem, etc. » T. II, p. 320 (Taquel).

Page 209 , note l.

Les trois échafauds : c Et erant ibi très ambones seu escharfaulx gallice, videlicet unus ubi erant judices, et alius ubi erant plures praelati, et unus ubi erant ligna parata ad cornburendum eamdem Johannam. » T. III, p.55(l'év.de Noyon). — «Etcoram nobis, in conspectu populi, in magnam ullitudine tune in eodem loco existente, supra scafaldum seu ambonem posita, etc. » T. I, p. 469-470. De ce que Jeanne fut placée devant les juges, M. Lebrun des Charmeites conclut qu'elle fut placée ou sur l'estrade des prélats ou sur une quatrième estrade qui n'est pas nommée, t.IV,p. 190. — L'inscription du bûcher: t. IV, p. 459 (Glém. de Fauquemberque). — La prédication publique : ibid; cf. T. III, p. 159 (Massieu).

Page 210, note 1.

Exhortation : t. I, p. 470. — Sur l'omission de la lecture de la formule d'abjuration, voy. L'Averdy, Notice des man., t. III, p. 455.

Sentence : « In noraine Domini, Amen. Quotiens haeresis pestiferum virus uni membrorum Ecclesiae pertinaciter inhaeret, atque ipsum in merobrum Satanae transfigurât, diligenti studio curandum est, ne per reliquas parles raystici corporis Christi scrpere possit hujus perniciosa? tabis nefanda coutagio. Cum itaque nos.... te, Johannam, vulgariter dictam la Pucelle, in varios errores variaque crimina schismatis, idolatrise, invocations daemonum et alia permulta, incidisse justo judicio declaraverimus; et nihilominus.... nos existimantes te.... ab hujuscemodi erroribus et criminibus recessisse.... prout in schedula tua, propria manu subscripta, latius continetur; deinceps vero post hujuscemodi tuorum errorum abjurationem..., te in eosdem errores et in prœfata crimina, ex tuis cocfessionibus spontaneis et assertionibusiterum (proh dolor!) incidisse, velut canis ad vomitum reverti solet, sufficienler et manifeste constat.... hinc ESTquod te.... relapsamethœreticam decernimus, et.... tanquam membrum putridum, ne caetera membra pariterinficias, ab ipsius Ecclesiae unitaterejiciendam et ejus corpore abscidendam.... necnon potestati sœcuiari relinquendam...; rogantes eamdem potestatem saecularem, quatenus citra mortem et membrorum mutilationem circa te suum judicium moderetur; et si in te vera pœoitentiœ signa apparuerint, tibi ministrelur pœnitentiae sacramentum. » T. I, p. 471-473.

Page 211, note 1.

Jeanne après la sentence : « Quibus auditis ipsa Johanna, genibus flexis, fccit suas orationes ad Deum roultum devotissimas. » — Souvenir au roi: « Post cujus senlentiœ prolationem incœpit facere plures pias exclamaliones et lamentationes, et inter alia dicebat quod nunquam fuerat inducta per regem ad faciendum ea quae faciebat, sive bene, sive maie. » T. III, p. 56 (l'év. de Noyon). — Prière aux assistants : « Requérant.... mçrcy très-humblement.... qu'ils voulsissent prier pour elle, en leur pardonnant le mal qu'ils lui avoient fait. » T. II, p. 19 (Massieu). — Requête aux prêtres : «Ut unusquisque eorum daret sibi unam missam. » T. II, p. 369 et t. III, p. 177 (J. Fabri).

Page 211 , note 2.

La croix: < Et quant elle fut délaissée par l'Église,... à grande dévocion demanda à avoir la croix ; et ce voyant un Ânglois qui estoit là présent en feit une petite du bout d'un baston qu'il lui bailla.... et mit icelle croix en son sein entre sa chair et son vestement. Et oultre demanda humblement à cellui qui parle qu'il lui feist avoir la croix de l'Église, etc. » T. II, p. 20 (Massieu); cf. t. III, p. 159 (id.), et t. II, p. 6 (1s. de La Pierre, que nous suivons dans la 2 - partie).

Page 212, note 1.

Point de sentence : t. II, p. 20 (Massieu). « Fuit ducta ad Bal- Hvum ibi praesentem , qui absque alia deliberalione aut sententia, faciens signum cum manu, dixit : « Ducatis, ducatis. » Et sic fuit ducta ad locum supplicii, ubi fuit cremata. » T. II, p. 344 (Manchon); cf. t. III, p. 150 (id.). — «En disant au bourreau, sans autre sentence : « Fais ton devoir. » T. II, p. 6 (Is. de La Pierre). Ce mot même est rapporté par Massieu aux Àuglais qui entraînaient Jeanne, ibid., p. 20, cf. p. 8 (Ladvenu). Le suppléant du bailli, qui était là, le dit comme les autres : « Et ibi erat cum baillivo, quia tune ipse loquens erat locumtenens baillivi ; et fuit lata qusedam sententia per quam ipsa Johanna relinquebatur justitia? saeculari. Post cujus sententia? prolationem, illico et sine intervallo, ipsa posita in manibus baillivi, tortor sine plure, et absque eoquod per baillivum autloquentem, ad quos speclabat ferre sententiam, aliqua ferretur sententia, accepit eamdem Johannam. » T. III, p. 187 (L. Guesdon).

.Page 213, note 1.

Plaintes sur Rouen : t. Il, p. 355, et t. III, p. 185 (Marguerie); t. III, p. 202 (P. Daron); p. 53 (G. de la Chambre). Le peuple de Rouen et des environs assistait en foule au supplice, Th. Basin, Hist. de Ch. VII, liv. II, ch. xvi.— « Et movebantur plures ad lacrimas; erantque multi maie contenti quod exsecutio fiebat in villa Rothomagensi. • T. III, p. 202 (Daron). — « Aliqui autem Anglici ridebant. » T. III, p. 53 (G. de la Chambre); — « ....tellement que le cardinal d'Angleterre et

plusieurs autres Anglois furent contraincts plourer et en avoir comparions T. II, p. 6 (Is. de La Pierre). » Episcopus Belvacensis.... ea occasione flevit. » Ib id. t p. 352 (id.). Plusieurs ne purent demeurer jusque-là : l'évêque de Noyon par -exemple, t.. III, p. 56 ; et Jean Lefebvre, t. II, p. 369, etc.

Page 214, note 1.

Le bûcher : « Et per inferius ipse lortor posuit ignem. Et dum ipsa Johanna percepit ignem, ipsa dixit loquenti quod descendent et quod levaret crucem domini alte, ut eam videre posset : quod et fecit. » T. III, p. 169 (M. Ladvenu). — « In quo igne audivit quod petivit aquam benedictam. » T. III, p. 194 (J. Moreau). « Cum ligaretur, implorabat seu invocabat ipsa Johanna sanctum Michaelem specialiter. » T. II, p. 324 (P. Bouchier). — « En nommant expressément plusieurs d'iceulx saincts. »Ibid. f p. 19 (Massieu). — Dernier témoignage de Jeanne : c Quod semper usque ad fînem vitae sua) manutenuit et asseruit quod voces quas babuerat erant a Deo, et quod quidquid fecerat, ex praecepto Dei fecerat, nec credebat per easdem voces fuisse deceptam ; et quod melationes quas habuerat, ex Deo erant.» T. III, p. 170 (M. Ladvenu); cf. sur ses derniers moments, t. II, p. 9 {id*); p. 6-7 et 303 (Is. de La Pierre); p. 15 (Massieu). Isambard et Martin Ladvenu sont des témoins que Ton fait figurer dans l'information posthume : on chercherait vainement dans leurs dépositions postérieures la moindre trace du reniement de la prison. Du reste "quels qu'aient pu être les doutes de Jeanne alors, l'approche de la mort, loin de les accroître, les dissipa. Lebrun des Charmettes l'a fort bien vu, t. IV, p. 222, et M. Michelet l'a de même très-heureusement senti et exprimé, t.V,p. 174; cf. M. J. Quicherat, Aperçus nouveaux, p. 141.

LA RÉHABILITATION Page 216, note 1.

Flemmes écartées afin qu'on la vît morte : t. m, p. 191 (J. Riquier) ; — afin qu'on Va vît nue : « Et là futbientost estainte et sa robe toutte arse, et puis le feu tiré arrière ; et fut vue de tout le peuple toutte nue, et tous lessecrez qui peuent estre ou doibvent en femme, pour oster les doubtes du peuple. » T. IV, p. 471 (Bourgeois de Paris). Les ennemis de Jeanne ne sont pas incapables de cette vilenie : c'est une victoire digne du milord qui ne Savait pu vaincre dans ses fers. Le Bourgeois ajoute : « Et quant ils Forent assez à leur gré vue toutte morte liée à l'estache , le bourrel remlst le feu grant sus sa poure charongne. » Pauvre charogne ! voilà toute la marque de compassion du Bourgeois de Paris. — Cendres jetées à la Seine: t. ÏII, p. 18(Marguerie).

Jeanjie sainte ; t. III, p. 168 (Ladvenu); p. 50 (P. Maurice); p. 375 (J. Alespée) : « Vellem quod anima mea esset ubi credo anîmam istius mulieris esse. » — La colombe : t. II, p. 352. L'Averdy suit la leçon de {lamina qu'on trouve pour la première fois dans Paul Manuce. M. Quiche rat a maintenu la leçon de Francia comme il le devait, conformément à tous les manuscrits; mais on ne peut méconnaître que l'autre, si peu autorisée au point de vue de la critique du texte, est plus conforme au sens général du passage. De Francia t quelque explication qu'on en puisse donner, paraît être une faute, fût-ce dans le texte original. — Le nom de Jésus : « Et audivit a multis quod visum fuit nomen Jhesus inscriptum in flamma ignis in quo fuit combusta. » T. II, p. 372 (Th. Marie). — Le bourreau : « Quod. tyrannice ipsa passa fue rat m or te m. » T. II, p. 366 (Ladvenu) ;

— « Quod, corpore igne cremato et in pulvere redacto, remanait cor illœsum et sanguine plénum. » T. III, p. 160(Massieu). — < Quod valde timebat quin esset damnatus, ouia combusserat unam ganctammulierem. » T. H, p. 352 (la. âe La Pierre).—/. Tressart; «Noasumus oinnes perdit!, quia una sancta persona fuit conibusta. » T. M, p. 182; cf. t. II, p. 307 et347;(P. Cusquel). Le greffier Manchon témoigne naïvement de sa propre douleur : « Et dit le déposant que jamais ne ploura tant pour chose qui lui advint, et que par ung mois après ne s'en povoit bonnement appaiser. Pourquoy, d'une partie de l'argent qu'il avoit eu du procès, il acheta un petit messel, qu'il a encores, affin qu'il eust cause de prièr pour elle. «T. II, p. 15.

Page 217, note 1.

Cri public : « Gommunis fama erat et quasi totus populus murmurabat quia eidem Johannae fiebat magna injuria et injustitia. » T. III, p. 181 (Cusquel); cf. t. II, p. 363 (P. Miget). Un religieux dominicain fut poursuivi, et, grâce à sa rétractation, condamné seulement à la prison, pour avoir dit qu'on avait mal fait de la condamner. T. I, p. 493-496. — Horreur pour les juges : « Magnam notam a popularibus incurrerunt; nara postquam ipsa Johanna fuit igne cremata, populares ostendebant illos qui interfuerant et abhorrebant. » T. III, p. 165(6. Colles). — Jugement de Dieu : L'évéque de.Beauvais etN. Midi, ibid.; Loyseleur et J. d'Estivet, ibid., p. 62 [id,).

Page 219, note 1.

Et ne l'eussent donnée pour Londres : Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles Vil (Procès, t. V, p. 74). De Fugitivis qb exercUuquos terriculamenta Puellœexaminaverantarrestandis, 12 déc. 1430. Rymer, t. X, p. 472.

Les Parisiens, toujours disposés de la même sorte pour leurs bons amis les Anglais, ne faisaient que rire de leurs échecs. Dans la semaine sainte de 1431 , les Anglais avaient attaqué Lagny, où « furent jetées, dit le Bourgeois de Paris, quatre cent douze pierres de canon en un jour, qui ne firent oneques mal à personne qu'à un coq. » « Ils s'en vinrent, continuet-U, la veille de Pâques. Et disoit-on par moquerie qu'ils étoient ainsi venus pour eux confesser et ordonner à Pâques

en leurs paroisses. » T. XL, p. 416 de la Collect. de Buchon. — L'Averdy prête à l'inaction de Charles VII plusieurs excuses qui ne sont pas suffisantes (Not. des manuscrits, t. III, p. 156 et suiv.). L'argent et les troupes, on l'a vu, ne lui manquaient pas tellement, qu'il n'en sût trouver pour soutenir, cette même année, LaTrémouille dans sa querelle contre Richemont.

Page 220, note 1.

Lettre de l'archev. de Reims : t. V, p. 168. Voy. ci-dessus,

Lettres de garantie : 12 juin 1431. Ces lettres, bien connues des témoins au procès de réhabilitation [t. III, p. 56 (évéque de Noyon), p. 161 (6. Colles), p. 166 (M. Ladvenu)], y ont été intégralement reproduites, ibid., p. 241-244. Yoy. ci -dessus, 1. 1, p. 216. — Lettres du roi à l'empereur, etc. (en latin) ; aux prélats, ducs, etc., de France (en français) ; 1. 1, p. 485-493.

lbid. , note 2.

Lettres de l'Université ; ibid., p. 496.

Ibid., note 3.

Monstrelet : voir sa chronique, II, 1 05 . — Rumeurs anglo-bourguignonnes sur la Pucelle : « Armée en guise d'homme, ung gros baston en sa main, et quant aucun de ses gens mesprenoit, elle frappoit dessus de son baston grans coups, en manière de femme très cruelle.... Item, en plusieurs lieux elle fist tuer hommes et femmes tout en bataille, comme de vengeance volontaire. » Procès, t. IV, p. 469 et 470 (Bourgeois de Paris). — Opinion du Bourgeois de Paris sur le procès: ibid., p. 470.

Page 224, note 1.

Procession et prédication de Paris : ibid., p. 471-473.

Page 225, note 1.

Juvéml des Ursins et Philelphe : Voy. J. Quicherat, Aperçus nouv., p. 156.

Page 226, note 1.

Doutes sur la mort de la Pucelle : « Et il y avoit adonc maintes personnes qui estoient moult abusez d'elle, qui croyoient fermement que par sa sainteté elle se fust eschappée du feu, et qu'on eust arse une autre cuidant que ce fust elle. » T. IV, p. 474 (Bourgeois de Paris). Le Bourgeois n'en croit rien ; mais d'autres doutèrent au moins, même en Normandie. Un chroniqueur normand dit : « Finablement la firent ardre publiquement, ou autre femme en semblance d'elle ; de quoy moult de gens ont esté et encores sont de diverses oppinions:» (Procès, t. IV, p. 344.) En 1503,Symphorien Champier, dans la Nef des Dames, dit encore des Anglais: qu'ils a la brûlèrent à Rouen. Ce disent-ils, néanmoins que les François le nyent.» (Ibid., p. 344). Les Grecs de Constantinople refusaient même de croire que les Anglais eussent pu la prendre. T. IV, p. 532 (Bertrandon de la Broquière).

L' Averdy, devant ces doutes, se donne encore la peine de prouver que c'est bien Jeanne qui fut brûlée à Rouen. (Notice des manuscrits, t. III, p. 464.)

La fausse Pucelle : Voyez les documents réunis par M. J. Quicherat, t. V, p. 321 et suiv. Lebrun des Charmettes (t. IV, p. 300) n'est pas éloigné de croire que la fausse Jeanne soit la sœur de la Pucelle. Il a pour lui le silence absolu de l'histoire; mais il est douteux què personne y voie un argument. — Le Doyen de SainUThibaud : Procès, t. V, p. 321. Dans une rédaction postérieure de sa Chronique, le fait est répété, mais la fraude est reconnue (ibid., p. 323). — Contrat de vente: « Nous Robert des Harmoises, chevalier seigneur de Thichiemont, et Jehanne du Lys, la Pucelle de France, dame dudit Thichiemont, ma femme, » etc. Ibid., p. 328. (Extrait de D. Calmet, Hist. de Lorr., t. III, col. 195.)

Page 227, note 1.

Comptes d'Orléans : « A Pierre Baratin : Pour bailler à Fleur-de-Lils, le jeudi ix° jour du mois d'aoust, pour don à lui fait pour ce qu'il avoit apporté lettres à la ville de par Jehanne la Pucelle; pour ce 48 s. p. — .... pour bailler à

Jehan Dulils frère de Jehanne la Pucelle, le mardi xxr jour d'aoust Tan mil cccc xxrn, pour don a lui fait la somme de 12 livres lournois pour ce que ledit frère de ladicte Pucelle vint en la chambre de ladicte ville requérir aux procureurs que ils lui voulsissent aidier d'aucun poy d'argent pour s'en retourner par devers sa dicte seur.... — A Regnault Brune, le xxV jour dudict mois, pour faire boire ung messager qui apportoit lec-* très de Jehanne la Pucelle; pour ce 2 b. 8 d. p.— A Cueur de Lils, le xvin* jour d'octobre m cccc xxxvi, pour ung voyage qu'il a fait pour ladicte ville par devers la Pucelle, laquelle esioil à Arlon en la duchié de Luccmbourc, et pour porter les lectres qu'il apporta de ladicte Pucelle à Loiches, par devers le roy qui là estoit.... ; pour ce 6 1. p. — Le n* jour de septembre, pour pain, vin, poires et cerneauls dépensez.... à la venue dudict Cueur-de-Lils, qui apporta lesdictes lectres de Jejianne la Pucelle, ét pour faire boire ledict Cueur-de-Lils, lequel disoit avoir grant soif; pour ce 2 s. 4[d. p.» (T. vV, p. 326, 327.)

La fausse Jeanne en Poitou, en 1436. La Chronique du connétable Alvaro de Luna parle d'ambassadeurs qu'elle envoya, en 1436, à la cour du roi de Castille, afin d'obtenir des vaisseaux qui concourussent, selon le traité d'alliance des deux couronnes, à l'attaque des possessions .anglaises (t. V, p. 329, et la note rectificative de M. J. Quicherat sur la Rochelle, désignée à tort par le Chroniqueur). — En 1438, les comptes de Tours portent en dépense les frais d'un message que le bailli de Touraine envoyait au roi à Orléans « touchant le fait de dame Jehanne des Armaises, » avec une lettre de ladite dame (27 septembre 1438) , ibid. f p. 332.— En 1439, à Orléans: « Le 19 juillet, pour dix pintes et choppine de vin présentées à ma dicte dame Jehanne, 14 s. p. » Le 30 juillet , «r pour viande achatée de Perrin Basin pour présenter a madame Jehanne des Armoises, 40 s. p.; pour 21 pintes de vin à disner et à soupper, présentées à ladicte Jehanne des Armoises, ce jour, 28 s. p. » — «Le 1" aoust, pour dix pintes et v choppine de vin à elle présentées à disner quand elle se partit de ceste ville, 14 s. p., etc. » Ibid. Elle y revint encore le 4 septembre. Son retour est attesté dans les comptes par une nouvelle dépense de 4 s. 4 d. parisis pour six pintes et

une çhopine de vin, ibid. — Suppression du service annuel : Il ne fut pas rétabli. Voy. Procès, U V, p. 274.

Page 238, note 1.

Pierre Sala: t. IV, p. 281. — Le maréchal de Rais :« ... deux ans a, dit à icelloi suppliant qu'il vouloit aler au Mans et qu'il vouloit qu'il prinst la charge et gouvernement des gens de guerre que avoit lors une appelée Jehanne, qui se disoit Pucelle, etc. » T. V, p. 333. (Extrait d'une remission du Trésor des chartes, an 1441. Le fait remonte donc à 1439}. — La fausse Pucelle à\ Paris : ibid, p. 335 (Bourgeois de Paris, août 1440). Elle avait frappé sa mère voulant frapper une autre femme; et pour cela elle avait été à Rome; elle y était allée en habit d'homme, elle y avait fait métier de soldat, etc. — En Allemagne, Jean Nider, refaisant sa vie, dit qu'on la voyait à Cologne, dansant, buvant avec les soldats, faisant des sortilèges, bravant l'Église; et il raconte comment, soustraite à l'inquisition par le jeune comte de Wurtemberg, elle vint en France et épousa un chevalier, et l'abandonna pour un prêtre, avec lequel elle vécut à Metz en concubinage, t. V., p. 324. Les lieux désignés autorisent à croire qu'il s'agit de celle dont avait parlé le doyen de Saint-Thibaud. En France, la fausse Jeanne ne fut pas plus épargnée. C'est la Pucelle du Mans, « hypocrite, invocatrice, sorcière, magique, lubrique, dissolue, enchanteresse, le grand miroir de abusion, qui, selon son misérable estât, essaya à faire autant de maulx que Jehanne la Pucelle avoit fait de biens. Après sa chimérale ficte et mensongère dévotion, de Dieu et des hommes délaissée, comme vraie archipaillarde, tint lieux publiques, de laquelle pour l'honneur des bonnes et vertueuses n'en vueil plus long à écrire. » — Il en a bien dit assez. Voy. t. V, p. 336, Livre des Femmes célèbres, par A. Dufaur (1504).

Page 229, note 1.

Défaite des Anglais: Après la mort de Jeanne, ils avaient pris Louviers : La Hire, sorti de la place pour aller chercher des secours, était tombé entre leurs mains, et la ville se dut rendre (25 octobre 1431); mais les échecs suivirent. (Voy. J.

Chartier, elc.) Vainement chercha-t-on a raffermir les affaires de Henri VI en le faisant couronner à Paris (16 décembre 1431). La chose ne fit que mécontenter davantage les Parisiens par les déceptions qu'ils y trouvèrent. (Voy. le Bourgeois de Paris). — En 1433, La Trémouilie tombe en disgrâce. En 1434, la Normandie commence à se soulever. Dès 1432, la mort de la duchesse de Bedford, sœur du duc de Bourgogne, avait rompu le plus fort lien qui retînt ce dernier à la cause anglaise..Le 14 septembre 1435, Bedford meurt lui-même au château de Rouen; le 21, la paix est signée à Arras entre le duc de Bourgogne et le roi ; et les Anglais répondent par la guerre aux tentatives de médiation de Philippe le Bon. Son lieutenant L*Isle-Adam soulève toute l'Ile-de-France, et le 13 avril 1436 il entre avec Dunois et Richemont à Paris.

Page 230, note 1.

Réhabilitation : t. II, p. 2. (Lettres de commission de G. Bouillé.) — Voy. sur le procès de réhabilitation la notice fort étendue deL'Averdy, Notice des manuscrits , t. III, p. 247 et suiv.

Enquête de Bouillé : t. II , p. 3-22 ; — du cardinal d'Estouteville (2 et 3 mai 1 452) : ibid. t p. 291 ; — teneur des douze articles sur lesquels les témoins sont interrogés: ibid., p. 293 ; — déposition des témoins : p. 297-308 ; — de Philippe de La Rose : p. 309 ; le nombre des articles fut porté de 12 à 27. Voy. leur teneur, p. 311. Vingt-deux nouveaux témoins comparurent avec ceux qui avaient été déjà interrogés. Voy. leurs dépositions, p. 317-377.

Page 231, note 1.

Intervention de la' famille de Jeanne: t. II, p. 74 (préface des greffiers), et L'Averdy, Notice des man., t. III, p. 250.

Consultation de P. Pontanus et de Th. de Leliis: t. II, p. 22 et 59.

Ibid., note 2.

Calixte III : t. II, p. 72; — sonrescrit : p. 95. Voy. sur les divers personnages qui figurent au procès les excellentes notes biographiques de M. J. Quicherat.

Page 232, note 1.

Séance préliminaire (probablement le 7 novembre) : t. II, p. 82; cf. t. III, p. 372 et la Notice de M. J. Quicherat, t. V, p. 436.

. Ibid., note 2.

Séance du 17 novembre : t. II, p. 92; — Discours de P. Maugkr: p. 98-106.

Page 233, note 1.

Assignations publiées dans le diocèse de Rouen : pour le 20 décembre : t. Il, p. 113; — dans le diocèse de Beauvais , pour le 20 décembre : ibid., p. 125.

Page 234, note 1.

Séance du 12 décembre : p. 136. — Discours de Maugier : p. 139. — Conclusions de Prêvosteau: p. 151. (En 1452, le cardinal d'Estouteville l'avait fait promoteur de la cause : note* de M, J. Quicherat, t. II, p. 109.) — Nomination des officiers des juges : greffiers, Denys Le Comte et François Ferbouc; promoteur, Simon Chapitaut, p. 152; — /a minute du premier procès : p. 155 ; — les pièces de l'enquête du cardinal, etc. : p. 157. On ne fit point usage officiellement de l'enquête de Bouillé, parce qu'elle procédait de l'autorité civile, et que le procès élait ecclésiastique. Voy. L'Averdy, Notice, etc., . p. 249.

Page 235, note 1.

Assignation des témoins de Rouen: p. 159. — Requête de Prêvosteau , p. 1 63- 1 90 .

Psge 236, note 1.

Déclaration de la famille de P. Cauchon . t. II, p. 194-196.

Page 237, note 1.

Réquisitoire du promoteur : ibid., p. 198-204.

Ibid., note 2.

Enquête ordonnée dans le pays de Jeanne (on en chargea

Reginald de Chicberi, doyen de Vaucouleurs, et G. Thierry, chanoine de Toul) : ibid., p. 205. — Déclaration de compétence : ibid., p. 205-208.

Page 238, note 1.

Séance du 16 février, 1456 : (1455, vieux style) t. II, p. 261.

Page 242, note 1.

Les articles des demandeurs : p. 212-259.

Page 243, note 1.

Déclaration de Bredouille : t. II, p. 267 ; — de Chaussetier : p. 268. — Admission des articles, etc. : ibid.

Ibid., note 2.

Enquête à Rouen (commencée le 10 décembre 1455) : t. III, p. 43; — dans le pays de Jeanne (le 28 janvier 1456) : t. II, -p. 387;— à Orléans (février èt mars) : t. III, p. 2; — à Paris (janvier, avril et mai) : ibid. — Réception des enquêtes : t. II, p. 288.

Page 245, note 1.

Séance du 1» juin : t. III, p. 222; — du 2 : p. 227; — du k et du h : p. 229 et — Production des pièces : p. 230; — de la feuille de Manchon : p. 231 et 237 ; — des cinq feuilles de Jacques de Touraine : p. 232 ; — des lettres de garantie : p. 233 et 240; — des mémoires : p. 245 ; — mém. de Gerson : p. 298; d'Êlie de Bourdeilles, évéque de Périgueux: p.306; —de Thomas Basin : p. 309; — de Martin Berruger : p. 314; — de Jean Bochard, êvêque cVÉvreux: p. 317;— de Jean de Montigny : p. 319; — de G. Bouille, l'auteur de la première enquête : p. 322 ; il insiste sur cette pensée, que c'est la maison de France qu'on a voulu flétrir en condamnant Jeanne comme hérétique; — de Robert Ciboule : p. 326. Nous avons parlé du traité de Gerson , qui a du prix comme témoignant des sentiments des docteurs français sur Jeanne, avant sa captivité et sa mort (voy. ci-dessus p. 79); les autres ne disent rien qu'on ne retrouve dans les arguments des avocats de la famille de Jeanne.

Page 345, note 2.

Séances des 9 et 10 juin : t. III, p. 252 et 253, cf. p. 247 , où tout est rapporté au même jour, 9 juin; — du 18 : p. 255.

Page 246, note 1.

Séance du {"juillet : t. III, p. 256; — du 2, p. 258; réquisitoire du promoteur, p. 260 et 265 (verbo pariter atque scripto). — Motifs de droit et conclusions des demandeurs : p. 275.

Page 247, note 1.

Examen des pièces par les juges : t. III , p. 329 ; — résumé de J. Bréhal : p. 334.

Page 248, note 1.

Séance du 7 juillet, t. III, p. 351. — Jugement de réhabilitation : p. 355.

Page 249, note 1.

Bouen. — La croix érigée sur la place du Vieux-Marché à Rouen, en exécution du jugement, fut remplacée au xvr siècle par une fontaine portant l'image de Jeanne. La fontaine et la statue que l'on voit aujourd'hui au milieu de la place sont de 1756. Voy. M. J. Quicherat, Procès, t. V, p. 235.

Orléans. — Cérémonie expiatoire présidée par Vévêque de Coutances et V inquisiteur, ibid., p. 277.

MonumentdelaPucelle. — \oy.]e& notes ajoutées aux pièces données par M. Quicherat, t. IV, p. 448, (fragment de Pontus Heuterus), et t. V, p. 222-224 (marchés pour la restauration du monument en 1570), et p. 367 et 238 (inscriptions de 1571 et de 1771), et les Observations sur V ancien monument de la Pucelle par M. Vallet de Viriville, t. XXIV des Mémoires des Antiquaires de France. Les deux savants auteurs établissent que c'est sans aucun fondement qu'on a rapporté à Charles VII et à l'époque de la réhabilitation le monument de bronze élevé sur le pont, et qui se composait du Christ en croix, de la Vierge et des deux figures de Charles VII et de Jeanne d'Arc, agenouillées aux deux côtés. L'exécution d'un pareil monu-

ment n'eût pas été possible alors, et le costume des personnages rappelle la fin du xv # siècle.

Suppression du monument en 1792. — Les membres de la sectipn de Saint- Victor demandent aux administrateurs composant le Conseil permanent du Loiret, la conversion des statues en canons , « seuls monuments qui doivent exister chez une nation libre pour faire trembler les tyrans. » Le Conseil de la commune représente « que le monument de la Pucelle, loin de pouvoir être regardé comme un signe de féodalité insultant à la liberté du peuple français, n'annonce, au contraire, qu'un acte de reconnaissance envers l'Être suprême, et un témoignage glorieux de la valeur de nos ancêtres, qui ont délivré la nation française du joug que les Anglais voulaient lui imposer. » Mais l'Administration du département ne trouva point qu'une jeune fille à genoux au pied d'un Christ pût en aucune façon rappeler « les services de l'héroïne. » En conséquence la conversion des figures en canons fut décidée. Seulement on arrêta que « pour conserver la mémoire du monument de la Pucelle, un des canons porterait le nom de Jeanne d'Arc, surnommée la Pucelle d'Orléans. » (T. V, p. 240-243.) On aurait pu faire de ce bronze un plus mauvais emploi.

Restauration du monument en 1804 avec l'approbation toute spéciale du premier consul, t. V, p. 243. — Ce monument, d'une médiocre exécution, élevé sur la place du Martroi, a été remplacé en 1855 par une statue équestre, due au talent de M. Foyalier.

Libéralités de la ville d'Orléans envers la famille de Jeanne d'Arc. — Pierre d'Arc, père de la Pucelle, était mort de chagrin a la mort de sa fille, selon Valeran de Yaranis, dans son poëme latin de la Pucelle (t. V, p. 83). Jacquemin d'Arc, l'aîné des frères, qui était resté dans la maison paternelle, et qui fut anobli comme les autres, était mort avant la réhabilitation. Isabelle Romée , mère de Jeanne, vint habiter Orléans, où une pension de 48 sous p. par mois (environ 21 fr. 60, valeur intrinsèque) lui fut régulièrement servie par la ville jusqu'à sa mort. (Ibid.,p. 276.) Pierre et Jean du Lis, frères de Jeanne, reçurent, indépendamment des titres de noblesse que l'on a vus, des pensions qui se continuèrent sous le règne de

Louis XI, el se transmirent, celle de Pierre au moins, à Jean son fils. Pierre reçut du duc d'Orléans l'Ile-aux-Bœufs en face de Chécy. Jean fui bailli de Vermandois et capitaine de Chartres, puis capitaine de Vaucouleurs, charge qu'il laissa pour une pension. Voy. J. Quicherat, Procès, t. V, p. 151 , 213, 279 et 280. Sur la descendance de cette famille, voy. M. Valletde Vi ri vil le , Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d'Arc, p. 10-13. Les deux branches s'éteignirent par les mâles au xvn e siècle. Le privilège exceptionnel d'anoblissement par les

femmes fut supprimé en 1614. (Procès, t. V-, p.' 233.)

Page 251, note 1.

Sur le procès de réhabilitation; M. J. Quicherat, Aperçus nouveaux,^ 25, p. 549. — M. H. Martin, développant une idée de M. Quicherat, reproche aux juges de la révision de n'avoir pas voulu voir la vérité sur tout. Il dit qu'on évita tout interrogatoire sur les événements de la fin de 1429, et sur ceux de 1430, que l'on restreignit autant que possible ce qui regardait l'enquête de Poitiers. Ces lacunes sont regrettables au point de vue de l'histoire. Mais il ne faut pas oublier que les juges avaient pour objet, non d'amasser des matériaux pour l'histoire de Jeanne d'Arc, mais de réformer le premier procès.

Page 252, note 1.

Procédés de V Inquisition : Absence d'information. Directorium inquisitorum , pars III, c. lxvhi et lxxec; — d'avocat : « Simpliciter et de piano, absque advocatorum ac judiciorum strepitu et figura. » Sext. Décret. VI, 1 , 20. Cf. Malleus malefic, III, quaest. 6 (Ed. 1620).

Usage de faux confidents : Tractât, de hxresi pauperum de Lugduno, ap. Martène, Thes. anecd.,t. V, col. 1787.» Voy. M. J. Quicherat, Aperçus nouveaux, p. 122, 109 et 131.

Ennemis capitaux : Voy. Malleus malefic., III, quaest. 5, p. 345. On peut voir par un autre article encore (quaest. 12, p. 364), combien on recommande de précautions contre les ennemis capitaux.

Prison: M. J. Quicherat, Aperçus nouv., p. 112.

Enquête préalable faite et supprimée : ifrid., $ 15, p. 116, et ci-dessus, t. I, p. 217.

Page 254, pote L.

Refus de conseil : M. J. Quicherat, § 17 , p. 129. — Faux confident : ibid. t $ 18 , p. 131.

Page 255, note 1.

Les douze articles : ibid., § 16, p. 124.

Page 256, note L

Tém. d'Isamb. de La Pierre : Procès, t. II, p. 351. — Communion: Sext. décrétai. V, i, 4, cité par M. J. Quicherat, 1. 1. p. 144. La sentence de P. Cauchon est conforme à cette règle: elle se termine par ces mots : Et si in te ver a pœnitentix signa apparuerint , libi ministretur pœnitentix sacramentum. (T. ï, p. 475.) Il lui promet, après l'avoir condamnée, le sacrement de pénitence si elle se repent, et il lui avait donné auparavant la communion ! Nous avions donc jraison de dire que sa sentence condamne sa conduite.

Page 257, note 1.

Absence de condamnation civile : t. II, p. 6 (Is. de La Pierre); p. 8 (M. Ladvenu); p. 344 (Manchon); t. III , p. 165 (G. Colles); . p. 1 87 (Guesdon, lieutenant du bailli), et les autres textes cités plus haut M. Ladvenu , dans une dé ses dépositions , ajoute que deux ans plus lard, un malheureux, nommé Georget Folenfant , ayant été abandonné au bras séculier, lui-même fut envoyé au bailli par l'archevêque de Rouen et par l'inqui- . siteur, pour lui recommander de ne pas faire comme pour Jeanne : Sed eum ducerel in foro suo et facerel quod justitia suaderet,LW, p. 169.

Page 258, note 1.

Perceval de Cagny: Procès, t. IV, p. 36; — /. Chartier ,

ibid., p. 93; — le Champion des Dames (par Martin Lefranc), t. V, p. 49.

Page 260, note 1.

Le faux Amelgard (Thomas Basin). Hist. de Ch. VII, lib. II, c. xvi, t. I, p. 85, ou Procès y t. IV, p. 350. licite lui-même son mémoire sur la Pucelle, en signalant les vices du procès : « Quemadmodum ex libello quem desuper, ab eodem Garolo expetito a nobis consilio, edidimus laùus, poterit apparere. » Ibid., p. 355.

Aty, note 2.

Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII (t. V, p. 51 et suiv.) — Il dit du procès de condamnation (p. 76) :

Lui firent ung tel quel procès Dont les juges estoient partie, • •.••••«•«

Ainsi velà le jugement Et la sentence bien cruelle* Qui fut donnée trop asprement Contre icelle povre pucelle.

Si firent mal ou autrement, Il s'en faut à Dieu rapporter, Qui de telz cas peut seullement Lassus congnoistre et discuter.

Puis il raconte ses prédictions sur l'expulsion des Anglais et le rétablissement du roi; la demande en réhabilitation faite par la mère et les frères de Jeanne , accueillie par le roi et soumise Jpar le pape à un nouveau jugement; les enquêtes; la sentence (p. 76-78).

Ledit procès est enchesné En la librairie Nostre-Dame De Paris, et fut là donné Par l'Evesque dont Dieu ait l'ame.

Quelques traits s'élèvent pourtant dans son récit au-dessus du lourde la complainte et de la chronique.

Ne fut-ce pas moult grant merveille D'avoir réveillé tant de gens Au bruit d'une simple pucelle

Et bergière nourrie es champs ?

Las ! en peu d'heure Dieu labeure N'au besoing jamais ne défaut; La chose qu'il veult Taire est seure Et sait bien toujours qu'il nous fault.

(Tome V, p. 67.)

Page 261, note 1.

Traditions sur Jeanne: Chron. de Lorraine, donnée par dom Calmet (Hist. de Lorraine, t. III, col. vi), et rapportée par lui à quelque serviteur de René II, vers 1475. Vby. M. J. Quicherat, Procès, t. IV, p. 329 et sifiv. — Philippe de Bergame , de Claris mulieribus, Ferrare, 1497 (t. IV, p. 521). — Chalcondyle (vers 1460) (t. V, p. 529).

Page 263, note 1.

Shakspeare, Henri VI; première partie; Monsirelet, II , 57 (Procès, t. IV, p. 362); Wavrin de Forestel, ch. 8 (ibid., p. 406); Lefebvre-St-Remi, ch. 151 (i6ûf.,p. 430). — Pie II, dans ses Mémoires (ibid., p. 518).

Ibid., note 2.

Dubellay, Instructions sur le fait des Guerres, II, 3, p. 56 (Éd. 1548). Du Haillan, Hist. de France, XXI, ch. vn, p. 1147 in-fol., 1576). Voy. M. Quicherat, Aperçus nouv., $ 26, p. 158 et suiv. ; M. de Carné, dans la Bévue des Deux-Mondes, 1856, 15 janvier; p. 313-315; M. Vallet de Virtville, Revue de Paris, 1854, t. XXII, p. 440 et suiv.

Page 264, note 1.

Jac. Meyer. Ann. Flandr., Mb. XVI, p. 272-277 : « Joanna virgo, dux Gallorum non ascita, non creala, non electa, seda Deo data, » etc.— Ét. Pasquier, Recherches sur la France, liv. II, ch. v. — Histoire et discours du siège qui fut mis devant la ville d'Orléans par les Anglais, in-4°, 1576. — De l'extraction et parenté de la Pucelle d'Orléans, etc., 1610; Joannse Darc heroinx nobilissimx historia, par Jean Hordal, 1612; Traité sommaire tant du nom et des annes, que de la naissance et parenté de la . Pucelle et de ses frères, 1612 et 1628. Inscriptions pour les

statues du roi Charles VII et de la Pucelle d'Orléans , qui sont sur le Pont de ladite ville, 1613 (par CharlesDulys). Voy. M. J. Quicherat, 1. 1. — Chronique de la Pucelle : voy. la nouvelle édition qu'eu a donnée M. Vallet de Viriville et la notice dont il Ta fait précéder. — Ijenglet-Dufresnoy , Histoire de Jeanne d'Arc, vierge, héroïne et martyre d'État, 3 vol. in- 12, 1753-1754. Les publications et les notices de MM. Petilot, Buchon et Michaud et Poujoulat, dans leurs collections de Mémoires. — Avec M. J. Quicherat, il faut nommer parmi ceux qui ont jeté le plus de lumière sur cette époque, son collègue à l'École des Chartes, M. Vallet de Viriville. Citons, en ce qui touche Jeanne d'Arc : Un épisode de la vie de Jeanne Darc, Bibl. de l'École des Chartes, 1842, t. IV, p. 486; Texte res- * titué de deux diplômes relatifs à la Pucelle, ibid., troisième série, t. V, p. 271 ; Jeanne Darc ef 'après les dernières recherches , Revue de Paris, 1854, t. XXII, p. 161; Privilèges de Domremy-la-Pucelle, Bull, de la Société de l'hist. de France, 1854, p. 104; Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne Darc, 1854; Recherches iconographiques sur Jeanne Darc, 1855 ; Observations sur l'ancien monument érigé à Orléans en fhonneur de la Pucelle, extrait du t. XXIV de la Société des Antiquaires de France (1858), et divers' articles dans YAthenxum français (1854),- dans la Nouvelle Biographie générale de MM. Didot. — Parmi les histoires de Jeanne d'Arc, il faut citer celles de MM. Berryat-Saint-Prix (1 vol. in«8°, 1817); Lebrun des Charmettes (4 vol. in-8°, 1817, l'étude la plus la-? borieuse et la plus exacte qu'on ait faite sur Jeanne d'Arc avant la publication de M. Quicherat; ses défauts sont peut-être en partie de son temps); Gœrres (traduit en 1835, par Léon Boré); Abel Desjardins (1 vol. in-12 , 1854, histoire où respire la foi en Jeanne d'Arc, et la plus vive admiration pour sa personne); Lafontaine (1854, in-.12); Rémi (1857, in-8°); et principalement celles que MM. de Barante, Michelet et Henri Martin ont tirées de leurs histoires générales.

Page 266, note 1.

« L'Église entière, dit Sismondi, semblait se déclarer contre la Pucelle : toute personne qui prétendait à des pouvoirs surnaturels que l'Église ne lui avait pas délégués excitait sa n 23

jalousie et était par elle accusée de magie. » Hist. des Français, t. XIII, p. 180. L'historien devrait dire à qui l'Eglise a jamais délégué des pouvoirs surnaturels. Voy. aussi M. H. Martin, Hist. de France, t. VI, p. 265 et suiv.

Page 268, note 1.

Que Jeanne en se soumettant à f Église pouvait se réserver le fait de ses apparitions. — M. H. Martin dit, à propos de l'assertion de l'avocat dans son plaidoyer : « Il sembla un instant vouloir sortir du cercle de convention où l'on étouffait cette grande cause; » et il ajoute : - L'avocat, comme effrayé de sa hardiesse, n'alla pas plus loin et rentra sur le terrain convenu. » (Jeanne d'Arc, p. 304.) Cette mise en scène et ce prétendu cercle de convention tiennent uniquement au système de l'auteur. L'avocat n'alla pas plus loin, parce qu'il avait suffisamment dit ce qu'il avait à dire. Mais les demandeurs sont si peu effrayés de-cette hardiesse, qu'Us la reproduisent toutes les fois qu'ils parlent ou qu'ils posent des conclusions : discours de P. Maugier au début de l'instance, t. Il, p. 104; propositions en forme d'articles : art. 77 et 78 : « Primo quoniam et id facere (soumettre ses révélations à l'Église) non esse adstrictam praesumendum est verisimiliter conjectura et

judicio Et stante dubio an hujusmodi inspirationes et

revclationes ex bono vel malo spiritu procédèrent, cum id foret omnino occultum et soli Deo not'um, de his Ecclesia nihil judicare valuit (in can. « Erubescant, » dist. XXXII; et in cap. « Sicut luis » et in cap. « Tua nos. » De Simonia, cum Summa). « Imo et Ecclesia? judicium id soli Deo réservât, et propris relinquit conscienlis (in cap. « Inquisitioni. » De sentenlia excommunicationis).... In his enim secretis, quilibet potest sequi opinionem propriam.... Itaqueadpropositum nostrum credere inspirationem hujusmodi, non est de articulis fidei ; item nec Ecclesia tenet a ut docetquod sit malo spiritu; imo hujusmodi arcanum relinquit judicio Dei. Igitur Johanna, etc. » T. II, p. 249-251. On y revient dans les motifs de droit présentés à la fin du procès : « Istae enim occulta? apparitiones et inspirationes, an a Deo procédant veine, soli Deo pertinent et nota sunt, qui sécréta et occulta solus judicat (in can. « Erubescanl, » XXXII dist., in can. « Christiana » caus. XXX,

quœst. 5) ; nec spectant judicio Ecclesiae (in can. « Tua nos, » De Simonia). » T. III, p. 284 ; et le promoteur conclut dans le même sens, t. III, p. 271. Nous ne parlons pas des traités joints à la cause, qui sont tous d'accord en ce point; mais nous dirons que cela paraît être la doctrine du Malleus maleficarum, cité plusieurs fois par M. Quicherat comme résumant les maximes de l'inquisition; car on y lit : « Ecclesia non potest judicare nisi de iis quae patent : occultorum enim cognitor est Deus et judex. » (Part. III, quaest. i, p. 328, 329. Ed. 1620.) Et encore : « Quia asserens contra déterminationem Ecclesiae non simpliciter, sed in his dumtaxàt quœ pertinent ad fidem et salutem est hereticus. » Ibid., p. 332. — Ajoutons que c'est toujours au fond la doctrine des théologiens : < Gertum est Ecclesiam infallibilitatis privilegio non gaudere circa facta hisloriœ aut mere personalia, quia taie privilegium ipsi necessarium non est ad depositum fidei custodiendum. » (Bouvier, Tract, de Vera Eccl., cap. m, art. 3, t. I, p. 261, 262, éd." 1834.)

« Que ses faits et ses dits soient envoyés à Rome devers notre saint-père le Pape, auquel et à Dieu premier elle se rapporte. » (Prédication de saint Ouen, t. I, p. 445.) M. Henri Martin n'a pas cité ce passage dans l'endroit où il discute la question de la soumission de Jeanne à l'Église (Hist. de France, t. VI, p. 272-274, note ; il se borne à le donner en son lieu (ibid., p. 285), sans en relever la valeur. Celte parole donne cependant une singulière autorité aux témoignages de la réhabilitation qui accusent les rélicences, disons mieux, les suppressions commandées du procès-verbal dans les déclarations de Jeanne en celte matière (voy. ci-dessus, p. 138 et suiv.). Dieu premier, ce n'est pas une clause dont on ait le droil d'être jaloux pour le pape. La déclaration de Jeanne, même avec ces mots où elle témoigne qu'elle persiste dans sa foi, tout en invoquant un autre juge, est un véritable appel au pape. Il ne faut pas lui en contester le bénéfice, parce que la pauvre fille, seule et ignorante, ne l'a pas fait par procureur.

Ibid., note 2.

Bonne chrétienne: t. I, p. 380 (18 avril).

Page 270, note 1.

Idée qu'on se faisait des visions de Jeanne. — On en peut voir un échantillon dans ce qu'en dit cet autre universitaire qu'on appelle le Bourgeois de Paris : c Et ils parloient à ly comme amy fait à l'autre, et non pas comme Dieu a fait aucunes fois à ses amis par revélacions, mais corporellement et bouche à bouche, comme un amy à autre. » (Procès, t. IV, p. 468.) — Questions supprimées : La preuve en est dans les réponses négatives : car on ne marque dans un procès-verbal ce que l'accusé ne dit pas, qu'autant qu'il est, par une demande expresse, mis en demeure de parler de la chose. Or, si le greffier supprime en ce cas la question, il le peut faire partout ailleurs. Si Ton veut voir combien ce mode de procéder change la physionomie de la scène, on n'a qu'à lire le résumé que L'Àverdy présente des réponses de Jeanne dans une exposition continue où toutes les questions sont supprimées. (Notice des man. 9 1. III, p. 37 et suiv.)

Saint Michel: t. I, p. 93 et 173. — Les saintes : t. I, p. 71, 86, 186. — L'Ange à la couronne: t. I, p. 90, 140-146. Voy. ci-dessus, p. 24, 38, 53 et suiv.

Page 274, note 1.

Réserves sur ses révélations : t. I, p. 60 et 63. — Réponses èvasives sur les saintes: p. 85, 86, 177. La face même n'est rien qu'on puisse prendre au sens matériel : « Les anges dans les cieux contemplent la face du Père qui est dans les cieux. • (Matth., xvni, 10.) — Sur les anges : t. I, p. 89 et 93. — Les anges de son étendard : 1. 1, p. 180. — Très-vrai prud'homme : p. 173. — Prud'homme selon saint Louis : Joinville, p. 9 de l'édit. de M. Didot. — Opinion exprimée dans les douze articles: t. I, p. 328; dans V admonition : p. 390. — Comment les voix peuvent parler . p. 86.

Ibid., note 2.

Voix et lumière : 1. 1, p. 52 et 153. — Présente dans le end-

teau : p. 218. — Comment Jeanne r écornait ses voix : p. 170 et 172.

Page 276, note 1.

Gob. Thibault: t. III, p. 75;— Seguin: ibid. t p. 204; — Duc d'Alençon ; p. 92 ; — Danois : p. 12; — d'Avion : p. 219 ; — Alain Chartier: t.V, p. 132 ; —Perceval de Boulainvilliers : p. 11 7. On peut ajouter à ces témoignages ceux des historiens du temps : Perceval de Cagny et l'autre chroniqueur alençonnais donné en partie par M. J. Quicherat, le héraut Berri et Jean Chartier se bornent à dire qu'elle était envoyée de Dieu, t. IV, p. 3, 38, 46, 53. Le Journal du siège d'Orléans et la Chronique de la Pucelle parlent des révélations qu'elle a reçues et de ses voix (ibid., p. 118, 168, 205, 223) : ils ne nomment même ni les anges ni les saintes.

Page 278, note 1.

Sur le caractère des visions de Jeanne d'Arc, voy. M. J. Quicherat, Aperçus nouveaux, §§ 6 et 7, p. 45 et suiv., et M. H. Martin, Hist. de France, t.. VI, p, 143, note.

Révélations : Nous renvoyons à l'histoire. Lebrun des Charmettes, t. III, p. 422, etGœrres, chap. xxx, ont particulièrement signalé comme une preuve de la réalité extérieure ou, si l'on veut, .objective de ses voix, cette prédiction touchant sa délivrance qu'elle fit connaître à ses juges : prédiction qui s'appliquait à sa mort, dans le sens de ses voix, et qu'elle entendait, elle, de sa sortie de prison. A propos de sa délivrance, de quelque façon qu'on l'entende, M. Henri Martin a signalé, comme ne s'étant pas accomplie, cette parole : qu'il fallait qu'elle vit auparavant le roi des Anglais, t. I, p. 163. Jeanne, quand elle eut cette révélation, était aux mains des Bourguignons, craignant de tomber entre celles des Anglais. Il est diffi- . cile de voir dans cette parole autre chose que l'annonce qu'elle leur serait livrée. Rien n'empêche d'ailleurs de la prendre à la lettre. Jeanne fut à Rouen depuis le mois de décembre 1430 jusqu'à sa mort (30 mai 1431), et le roi d'Angleterre y était arrivé le 29 juillet 1430 (P. Cochon, Chron. norm. t chap. lvi), pour n'en repartir qu'au mois de décembre de l'année suivante (1431). C'est même parce qu'il était à Rouen avec ses

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