‹ Jeanne D'ArcChapitre 28 sur 83 · Monstrelet, V, 298, août · texte numérisé non relu

Monstrelet, V, 298, août

cruelles dans l'occasion. Que Fobjet désiré recule, que la concupiscence le voie fuir et se dérober à ses prises, alors elle tourne à la furie aveugle. Malheur à ce qui fait obstaclel.… L'école de Rubens, dans ses bacchanales païennes, mêle volontiers des tigres aux satyres 1 : « Lust hard by hate 2,»

Celui qui tenait la Pucelle entre ses mains, Jean de Ligny, vassal du duc de Bourgogne, se trouvait justement dans la même situation que son suzerain. Il était, comme lui, dans um moment de cupidité, d'extrême tentation. I appartenait à la glorieuse maison de Luxembourg; lPhonneur d’être parent de empereur Henri VII et du roi Jean de Bohème valait bien qu’on le ménageît; mais Jean de Ligny était pauvre; il était cadet de cadet 3. Il avait eu l’industrie de se faire nommer seul héritier par sa tante, la riche dame de Ligny et de Saint- Pol4. Cette donation, fort attaquable, allait lui être disputée par son frère aîné. Dans cette attente, Jean était le docile et tremblant serviteur du duc de Bourgogne, des Anglais, de tout le monde. Les Anglais le pressaient de leur livrer la prisonnière, et ils auraient fort bien pu la prendre dans la tour de Beaulieu en Picardie où il l’avait déposée. D'autre part, s’il la laissait prendre, il se perdait auprès du duc de Bourgogne, son suzerain, s0n juge dans Vaffaire de la succession, et qui par conséquent pouvait le ruiner d’un seul mot. Provisoirement il Fenvoya à son château de Beaurevoir, près Cambrai, sur terre d’'Empire.

Les Anglais, exaspérés de haïne et d’humiliation,

1. Voy. entre auires tableaux, un Jordaens qui appartient à M. Panckoucke.

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