Voy. Varin, Archives de Reims, et mes Origines du droit
2. Un anonyme du xx siècle parle déjà de ce don transmis à nos roispar saint Marculphe. Acta SS. ord. S. Bened., t. VT. M. de Reiffenberg donne la liste des auteurs qui en ont fait mention. Notes de son édition de Barante, t. IV, p. 261.
sans qu’il y manquit rien. Il se trouva le vrai roi, et le seul, dans les croyances du temps. Les Anglais pouvaient désormais faire sacrer Henri; ce nouveau sacre ne pouvait être, dans la pensée des peuples, qu’une parodie de l’autre.
Au moment où le roi fut sacré, la Pucelle se jeta à genoux, lui embrassant les jambes et pleurant à chaudes larmes. Tout le monde pleurait aussi.
On assure qu’elle lui dit : « O gentil roi, maintenant est fait plaisir de Dieu qui voulait que je fisse lever le siége d'Orléans, et que je vous amenasse en votre cité de Reims, recevoir votre saint sacre, montrant que vous êtes vrai roi, et qu’à vous doit appartenir le royaume de France. »
La Pucelle avait raison ; elle avait fait et fini ce qu’elle avait à faire. Aussi, dans la joie même de cette triomphante solennité, elle eut l’idée, le pressentiment peutêtre, de sa fin prochaine. Lorsqu'elle entrait à Reims avec le roi, et que tout le peuple venait au-devant en chantant des hymnes : « O le bon et dévot peuple! dit-elle... Si je dois mourir, je serais bien heureuse que l’on m’enterrât ici! — Jeanne, lui dit l’archevêque, où croyezvous donc mourir? — Je n’en sais rien, où il plaira à. Dieu... Je voudrais bien qu’il lui plût que je m’en allasse garder les moutons avec ma sœur et mes frères... Ils seraient si joyeux de me revoir !... J'ai fait du moins ce que Notre-Seigneur m'avait commandé de faire. » Et elle rendit grâces en levant les yeux au ciel. Tous ceux qui la virent en ce moment, dit la vieille chronique, « crurent mieux que jamais que c’estoit chose venue de la part de Dieu t. »
1. Chronique de la Pucelle, collection Petitot, t. VIII, p. 206, 207. Notices des mss., t. III, p. 369, déposition de Dunois.
a , JEANNE D ARC 49
Jeanne est trahie et livrée.
Telle fut la vertu du sacre et son effet tout-puissant dans la France du nord, que dès lors l’expédition sembla n'être qu'une paisible prise de possession, un triomphe, une continuation de la fête de Reims. Les routes s’aplanissaient devant le roi, les villes ouvraient leurs portes et baissaient leurs pont-levis. C'était comme un royal pèlerinage de la cathédrale de Reims à Saint-Médard de Soissons, à Notre-Dame de Laon. S’arrétant quelques jours dans chaque ville, chevauchant à son plaisir, il entra dans Château-Thierry, dans Provins, d’où, bien refait et reposé, il reprit vers la Picardie sa promenade triomphale.
Y avait-il encore des Anglais en France? on eût pu vraiment en douter. Depuis l'affaire de Patay, on n’entendait plus parler de Bedford. Ce n’était pas que Pactivité ou le courage lui manquât. Mais il avait usé ses dernières ressources. On peut juger de sa détresse par un seul fait qui en dit beaucoup ; c’est qu’il ne pouvait plus payer son parlement, que cette cour cessa tout service, et que l'entrée même du jeune roi Henri ne put être, selon l’usage, écrite avec quelque détail sur les registres, « parce que le parchemin manquait 1. »
1. « Ob defectum pergameni et eclipsim justiciæ. » Registre du parlement, cité dans la préface du tome XIII des Ordonnances, p.LxvII. « Pour escripre les plaidoiries et les arretz.... plusieurs fois a convenu par nécessité... ., que les greffiers.... à leurs despens aient acheté et paié le parchemin. » Archives, registres du parlement, samedi, 20° jour de janvier 1431.
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Dans une telle situation, Bedford n’avait pas le choix des moyens. Il fallut qu'il se remit à l’homme qu’il aimait le moins, à son oncle, le riche et tout-puissant cardinal de Winchester. Mais celui-ci, non moins avare qu'ambitieux, se faisait marchander et spéculait sur le retard r, Le traité ne fut conclu que le 1* juillet, le surlendemain de la défaite de Patay. Charles VII entrait à Troyes, à Reims ; Paris était en alarmes, et Winchester était encore en Angleterre. Bedford, pour assurer Paris, appela le duc de Bourgogne. Il vint en effet, mais presque seul; tout le parti qu’en tira le régent, ce fut de le faire figurer dans une assemblée de notables, de le faire parler, et répéter encore la lamentable histoire de la mort de son père. Cela fait, il s’en alla, laissant pour tout secours à Bedford quelques hommes d'armes picards ; encore fallut-il qu’en retour on lui engageât la ville de Meaux ?.
Il n’y avait d'espoir qu’en Winchester. Ce prêtre régnait en Angleterre. Son neveu, le protecteur Glocester, chef du parti de la noblesse, s'était perdu à force d’imprudences et de folies. D’année en année, son influence avait diminué dans le conseil ; Winchester y dominait et réduisait à rien le protecteur, jusqu’à rogner le salaire du protectorat d'année en année 3 ; c'était le tuer, dans un pays où chaque homme est coté strictement au taux de son traitement. Winchester, au contraire, était le plus riche des princes anglais, et l’un des grands bénéficiers du
1. Dès le 15 juin, on presse des vaisseaux pour son passage ; les conditions auxquelles il veut bien aider le roi, son neveu, ne sont réglées que le 18; le traité est du 1° juillet, et le 16, le régent et le conseil de France en sont encore à prier Winchester de venir et d'amener le roi au plus vite. Voy. tous ces actes dans Rymer, 3° éd., t. IV, p. 144-150.
2. On lui donna en outre vingt mille livres, pour payement de gens d'armes. Archives, Trésor des chartes, J, 249, quittance du 8 juillet 1429.