‹ Jeanne d'Arc;Chapitre 41 sur 43 · Texte de · texte numérisé non relu

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2. Sur l'authenticité des pièces, la valeur des divers manuscrits, etc., voir le travail de M. de l’A verdy, et surtout celui du jeune etsavant M. Jules Quicherat, auquel nous devrons la première publication complète du Procès de la Pucelle.

3. Le cadre serait tout tracé ; c’est la formule même de la vie héroïque : 1, la forêt, la révélation; 2, Orléans, l'action ; 3, Reims, l’honneur ; — 4, Paris et Compiègne, la fribulation, la trahison ; $, Rouen, la passion. — Mais rien ne fausse plus l’histoire que d’y chercher des types complets et absolus. Quelle qu’ait été l'émotion de l’historien en écrivant cet one il s’est attaché au réel, sans jamais céder à la tentation d’idéaliser.

traits, même les plus humains, en respecter la réalité touchante et terrible.

Que lesprit romanesque y touche, s’il ose; la poésie ne le fera jamais :. Eh ! que saurait-elle ajouter ?.. L’idée qu’elle avait, pendant tout le moyen âge, poursuivie de légende en légende, cette idée se trouva à la fin être une personne ; ce rêve, on le toucha. La Vierge secourable des batailles que les chevaliers appelaient, attendaient d'en haut, elle fut ici-bas... En qui? c’est la merveille. Dans ce qu’on méprisait, dans ce qui semblait le plus humble, dans une enfant, dans la simple fille des campagnes, du pauvre peuple de France 2... Car il y eut un peuple, il y eut une France. Cette dernière figure du passé fut aussi la première du temps qui commençait. En elle apparurent à la fois la Vierge... et déjà la Patrie.

1. Je n’appelle pas poésie le poème d’Antonio Astezano (secrétaire du duc d'Orléans, ms. de Grenoble, 1435), ni celui de Chapelain. Néanmoins ce dernier, comme le remarque très-bien M. Girardin Saint-Marc (Revue des deux-Mondes, septembre 1838), a été traité trop sévèrement par la critique. Sa préface, qu'on a trouvée si ridicule, prouve une profonde intelligence théologique du sujet. — Shakespeare n’y a rien compris; il a suivi le préjugé national dans toute sa brutalité. — Voltaire, dans le déplorable badinage que l’on sait, n’a pas eu l’intention réelle de déshonorer Jeanne Darc ; il lui rend dans ses livres sérieux le plus éclatant hommage : « Cette hiroïne... fit à ses juges une réponse digne d’une mémoire éternelle. Ils firent mourir par le feu celle qui, pour avoir sauvé son roi, aurait eu des autels, dans les temps héroïques où les hommes en élevaient à leurs libérateurs. » Voltaire, Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, chap. 80. — Les Allemands ont adopté notre sainte et l’ont célébrée autant et plus que nous. Sans parler de la Jeanne Darc de Schiller, comment ne pas être touché du pélerinage qu’accomplit M. Guido Goerres à travers toutes les bibliothèques de l’Europe et par toutes les villes de France pour recueillir les manuscrits, les traditions, les moindres traces d’une si belle histoire ? Cette dévotion chevaleresque d'un Allemand à la mémoire d’une sainte française, fait honneur à l’Allemagne, à l’humanité. L'Allemagne et la France sont deux sœurs. Puissent-elles l’être toujours | (Octobre 1840.)

2. La réalité populaire me paraît avoir été bien heureusement conciliée avec l’idéalité poétique dans l’œuvre d’une jeune fille, à jamais regrettable! Elle avait eu pour révélation ce moment unique de Juillet. Toutes les deux, l'artiste et la statue, ont été les filles de 1830.

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Telle est la poésie de ce grand fait, telle en est la philosophie, la haute vérité. Mais la réalité historique n’en est pas moins certaine ; elle ne fut que trop positive et trop cruellement constatée. Cette vivante énigme, cette mystérieuse créature, que tous jugèrent surnaturelle, cet ange ou ce démon, qui, selon quelques-uns, devait s’envoler un matin t, il se trouva que c'était une femme, une jeune fille, qu’elle n’avait point d’ailes, qu’attachée comme nous à un corps mortel elle devait souffrir, mourir, et de quelle affreuse mort !

Mais c’est justement dans cette réalité qui semble dégradante, dans cette triste épreuve de la nature, que l'idéal se trouve et rayonne. Les contemporains euxmêmes y reconnurent le Christ parmi les pharisiens… ? Toutefois nous devons y voir encore autre chose, la Passion de la Vierge, le martyre de la pureté.

Il y a eu bien des martyrs ; l’histoire en cite d’innombrables, plus ou moins purs, plus ou moins glorieux. L’orgueil a eu les siens, et la haine et l'esprit de dispute. Aucun siècle n’a manqué de martyrs batailleurs, qui sans doute mouraient de bonne grâce, quand ils n’avaient pu tuer. Ces fanatiques n’ont rien à voir ici. La sainte fille n’est point des leurs, elle eut un signe à part : Bonté, charité, douceur d'âme.

Elle eut la douceur des anciens martyrs, mais avec une différence. Les premiers chrétiens ne restaient doux et

1. Lorsqu'elle entra à Troyes, le clergé lui jeta de l'eau bénite, pour s'assurer si c'était une personne réelle, ou une vision diabolique. Elle sourit et dit : « Approchez hardiment, je ne m’envoulleray pas. » V. l'interrogatoire du 3 mars 1430 [v. st.]

2. L'évêque de Beauvais. « et sa compagnie ne se montrérent pas moins affectés à faire mourir la Pucelle, que Cayphe et Anne, et les scribes et pharisées se montrèérentaffectés à faire mourir Notre-Seigneur. » Chronique de la Pucelle, éd. 1827, p. 40.

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purs qu’en fuyant l’action, en s’épargnant la lutte et l'épreuve du monde. Celle-ci fut douce dans la plus äpre lutte, bonne parmi les mauvais, pacifique dans la guerre même ; la guerre, ce triomphe du Diable, elle y porta l'esprit de Dieu.

Elle prit les armes, quand elle sut « la pitié qu’il y avoit au royaume de France ». Elle ne pouvait voir « couler le sang françois ». Cette tendresse de cœur, elle l’eut pour tous les hommes ; elle pleurait après les victoires et soignait les Anglais blessés.

Pureté, douceur, bonté héroïque, que cette suprême beauté de l’âime se soit rencontrée en une fille de France, cela peut surprendre les étrangers qui n’aiment à juger notre nation que par la légèreté de ses mœurs. Disonsleur (et sans partialité, aujourd’hui que tout cela est si loin de nous) que sous cette légèreté, parmi ses folies et ses vices même, la vieille France ne fut pas nommée sans cause le peuple très-chrétien. C'était certainement le peuple de l’amour et de la grâce. Qu'on l’entende humainement ou chrétiennement, aux deux sens, cela sera toujours vrai.

Le Sauveur de la France devait être une femme. La France était femme elle-même. Elle en avait la mobilité, mais aussi l’aimable douceur, la pitié facile et charmante, l'excellence au moins du premier mouvement. Lors même qu’elle se complaisait aux vaines élégances et aux raffinements extérieurs, elle restait au fond plus près de la nature. Le Français, même vicieux, gardait plus qu'aucun autre le bon sens et le bon cœur

Puisse la nouvelle France ne pas oublier le mot de l'ancienne : « Il n’y a que les grands cœurs qui sachent

1. Il restait toujours bon enfant; petit mot, grande chose. Personne aujourd’hui ne veut être ni enfant ni bon ; ce dernier mot est une épithète de dérision.

combien il y a de gloire à éfre bon! » L’être et rester tel, entre les injustices des hommes et les sévérités de la Providence, ce n’est pas seulement le don d’une heureuse nature, c’est de la force et de l’héroïsme.. Garder la douceur et la bienveillance, parmi tant d’aigres disputes, traverser l’expérience sans lui permettre de toucher à ce trésor intérieur, cela est divin. Ceux qui persistent et vont ainsi jusqu’au bout, sont les vrais élus. Et quand même ils auraient quelquefois heurté dans le sentier difficile du monde, parmi leurs chutes, leurs faiblesses et leurs enfances ?, ils n’en resteront pas moins les enfants de Dieu !

1. C’est le mot du Philoctète de Fénélon (Télém., livre xx), L’original grec le dit aussi, mais bien faiblement, et d’ailleurs dans un autre sens. Sophocl., Philoct., v. 476.

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