‹ Jeanne d'ArcChapitre 2 sur 2 · JJ · texte numérisé non relu

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Après le sacre de Reims, Jeanne voulait se porter vivement sur Paris et reprendre la capitale du royaume. L’indécision du Roi laissa aux Anglais le temps de faire leurs préparatifs de défense. L’assaut fut repoussé; Jeanne fut blessée d’un trait à la cuisse. On dut l’emmener de vive force du pied des remparts pour l’obliger à interrompre le combat. Le lendemain, le Roi s’opposa à ce que l’attaque fût recommencée; Jeanne, pourtant, répondait du succès. Depuis assez longtemps on le traînait par les routes; il était impatient de reprendre sa vie indolente dans ses châteaux de Touraine.

Cette retrs la lâcheté de

parla jalousie des courtisans était une atteinte terrible portée au prestige de Jeanne.

Désormais, aux yeux de tous, elle cessait d’être invincible.

La sainte fille semble l’avoir compris, car, avant de s’éloigner de Paris, elle alla déposer en offrande, sur l’autel de saint Denis, ses armes jusque-là victorieuses. Elle pria longuement. Peut-être eut-elle en ce moment le pressentiment que sa glorieuse mission était terminée, et que de douloureuses épreuves se préparaient pour elle. Néanmoins, elle se soumit et, la mort dans l’âme, suivit le Roi à Gien. L’armée fut licenciée. Les gens de cour trouvaient qu’on avait assez guerroyé. Il importait, du reste, à leur jalousie de mettre un terme aux succès de Jeanne.

Mais Jeanne ne pouvait se résignera l’inaction qu’on voulait lui imposer. Abandonnée sans secours pendant le siège de La Charité, elle comprit qu’elle n’avait désormais aucune aide à espérer de Charles VII. A la fin de marsV(i43o) } sans prendre congé du Roi, elle partit pour aller rejoindre, à Lagny, lès partisans français qui escarmouchaient contre les Anglais.

Or, pendant la semaine de Pâques, comme elle venait d’entendre la messe et de communier en l’église Saint-Jacques de Compiègne, elle se retira contre un pilier de l’église et se prit à pleurer. Des gens de la ville et des enfants l’entourant, elle leur dit : « Mes enfants et chers amis, je vous signifie que l’on m’a vendue et trahie, et que bientôt je serai livrée à la mort. Je vous supplie que vous priiez pour moi, car jamais je n’aurai plus puissance de faire service au Roi et au royaume de F rance .

Le 23 mai, comme elle se trouvait à Crespy, elle apprit que la ville de Compiègne était serrée de près par les Anglais et les Bourguignons. Elle s’y porta avec quatre cents combattants et entra dans la ville le 24, à la pointe du jour. Puis, prenant avec elle une partie de la garnison, elle attaqua les Bourguignons. Mais les Anglais vinrent l’assaillir. Les Français reculèrent. « Ne pensez qu’à férir sur eux, criait Jeanne, il ne tient qu’à vous qu’ils soient déconfits! » Mais Jeanne fut entraînée par la retraite des siens. Ramenés sous les remparts de Compiègne,: les Français trouvèrent le pont levé et la herse baissée. Cependant, Jeanne, acculée aux fossés, se défendait toujours. Une troupe s’était jetée sur

elle. « Rendez-vous! » lui criait-on. « J’ai juré et baillé ma foi à un autre qu’à vous, répondait la brave fille, et je lui tiendrai mon serment! » Mais en vain elle résistait. Tirée par ses longs habits, elle fut renversée de son cheval et prise. Du haut des remparts de la ville, le sire de Flavy, gouverneur de Compiègne, assistait à sa capture. Il ne fit rien pour lui porter secours.

Jeanne fut conduite à Margny au milieu des cris de joie de ses ennemis. Les chefs anglais et bourguignons, le duc de Bourgogne lui-même accour urent pour voir la sorcière. Ils se trouvèrent en face d’une fille de dix-huit ans. Jeanne était la prisonnière de Jean de Luxembourg, gentilhomme sans fortune, qui ne demandait qu’à tirer bon profit de sa prise. Le roi de France ne fit aucune offre pour racheter la captive.

Jeanne fut enfermée au château de Beaurevoir. Mais sachant que les Anglais voulaient l’acheter au sire de Luxembourg et aussi que le siège de Compiègne s’avançait et que la ville allait succomber, une nuit elle se laissa glisser du haut du donjon, en s’aidant de lanières qui rompirent. Elle tomba au pied de la muraille et y resta comme morte. Jeanne guérit pourtant de sa chute. Une fin plus cruelle lui était réservée. A la fin de novembre, elle fut remise aux mains des Anglais contre une somme de dix mille livres tournois.

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Enfermée dans la prison du château de Rouen, elle était gardée jour et nuit par des soldats, dont elle devait subir les injures et même les brutalités, ses chaînes ne lui permettant pas de se défendre. Pendant ce temps un tribunal, à la dévotion du parti anglais et présidé par Cauchon, évêque de Beauvais, instruisait son procès. Aux questions insidieuses de ses juges, la pauvre et sainte fille, sans appui et sans conseil, ne pouvait opposer que la droiture et la simplicité de son cœur, que la pureté de ses intentions. « Je viens de par Dieu, disait-elle; je n'ai que faire ici ; renvoyez-moi à Dieu dont je suis venue. »

Cependant il lui restait un secours, celui de ses saintes. Elles seules ne l’avaient pas abandonnée. Jeanne recevait toujours conseil de ses voix célestes ; sainte Marguerite et sainte Catherine lui apparaissaient dans le silence de la nuit, la réconfortaient par de bonnes paroles. Et comme l’évêque Cauchon demandait à Jeanne cp qu’elles lui disaient : « Elles m’ont éveillée, répondait-elle, j’ai joint les mains et je les ai priées de me donner conseil; elles m’ont dit : « Demande à Notre-Sei- « gneur. » — « Et qu’ont-elles dit encore? » — « Que, je vous réponde hardiment. » Et comme l’évêque la pressait de questions : « Je ne puis tout dire ; j’ai plutôt peur de dire chose qui leur déplaise, que je n’ai de répondre à vous. »

Un jour, Stafford et Warwick vinrent la voir avec Jean de Luxembourg. Et comme celui-ci, en raillant, lui disait qu’il venait la racheter si elle promettait de ne plus s’armer contre l’Angleterre : « En nom Dieu, répondit-elle, vous vous moquez de moi, car je sais bien que vous n’en avez ni le vouloir, ni le pouvoir; je sais bien que les Anglais me feront mourir, croyant, après ma mort, gagner le royaume de France; mais quand ils seraient cent mille déplus, ils n’auront pas le royaume. »

Furieux, le comte de Stafford se jeta sur elle.

Il l’auraittuée sans l’intervention des assistants.

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Jeanne, traitée en hérétique, était privée des secours de la religion. Les sacrements lui étaient interdits. Revenant de l’interrogatoire et passant avec son escorte devant une chapelle dont la porte était fermée, elle demanda au moine qui l’accompagnait si le corps de Jésus-Christ était là, le requérant qu’il lui fût permis de s’agenouiller un instant devant la porte pour prier. Ce qu’elle fit. Or, Cauchon, l’ayant su, menaça le moine des châtiments les plus rigoureux si pareille chose se renouvelait.

Cependant le procès marchait trop lentement au gré des Anglais. « Juges, vous ne gagnez pas votre argent! » criaient-ils aux membres du tribunal. «Je suis venue au roi de France, disait Jeanne, de par Dieu, de par la vierge Marie, les saints et l’Église victorieuse de là-haut; à cette Église je me soumets, moi, mes œuvres, ce que j’ai fait ou à faire. Vous dites que vous êtes mes juges, avisez bien à ce que vous faites, car vraiment je suis envoyée de Dieu et vous vous mettez en grand danger ! » La sainte héroïne fut condamnée, comme hérétique, relapse, apostate et idolâtre, à être brûlée vive sur la place du Vieux-Marché de Rouen. « Évêque, je meurs par vous ! » dit-elle en s’adressant à Cauchon.

Le 30 mai, Jeanne se contessa et reçut la communion. Puis elle fut conduite au lieu du supplice. Lorsqu’elle fut au pied de l’échafaud, elle s’agenouilla, invoquant Dieu, la Vierge et les Saints ; puis, se tournant vers l’évêque, vers les juges, vers ses ennemis, elle les pria dévotement de faire dire des messes pour son âme. Elle monta sur le bûcher, demanda une croix et mourut dans les flammes en prononçant le nom de Jésus. Tous pleuraient, les bourreaux eux-mêmes et les juges. « Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte! » s’écriaient les Anglais en se sauvant.

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