‹ Jeanne d'ArcChapitre 49 sur 77 · LE ROI CHARLES · texte numérisé non relu

LE ROI CHARLES

Le Ciel a donné à d'heureux commencen^.ents des suites heureuses, et l'Anglais redoute la foudre de mes armes. Partout où la Pucelle victorieuse pousse ses soldats, l'Anglais retire les siens, en prenant la fuite, et, plein de terreur, refuse le combat. Comme Phœbus qui, en reparaissant sur l'horizon, répand partout la lumière, Jeanne est aux bons un signe assuré de joie et aux méchants de terreur. Aussi loin que s'étend mon royaume, les trophées se dressent, et la France se relève, réjouie par une autorité nouvelle. Oh ! que de grâces tu nous prodigues, bienheureux Maître du monde! naguère prosternée sous le bras des Anglais, la tête courbée sous le joug, déchirée, mutilée, gémissante, inondée de sang et enfouissant dans ses entrailles les restes des siens, la France était asservie ; maintenant elle reprend des habitudes nouvelles et aspire à se replacer sous l'autorité de son roi, sous la mienne.

RÉGNAULT

La grâce du Ciel est ici évidente, ô grand roi ; le Ciel protège vos Français et couronne votre front de ces lauriers. Ce que nul n'eût osé espérer, le

I^.2 JOANNA DARCIA.

Sperare quod nemo audeat, factum vides; Angli fugantur, urbibus cedunt suis, Caeduntur ipsi, subditi mutant fidem Regique jurant rursùs et regem volunt.

Pietatis est vis ista, quâ Cœlum moves, Regique regum subditus servis tuo.

Tutela regum est cura virtutis, neque Vincendus hosti est, qui pius servit Deo

BORBONIUS.

Etiam hœc puella, Francise nostrae salus, Donum est Tonantis; quod facit, sexus naquit, Et vincit ipsos robore ingenti viros, Nec nomen Angli ferre, nec vultum queunt. Fatentur ipsi, signa cum forsan procul Cernunt puellae, dexterae robur labat, Nec tendere arcus, nec suà quemquam queunt Ferire dextrà; pectis insolite gelu Totum rigescit, arma destituunt manus, Labuntur ultra. Magne rex, pro te Tonans Et astra pugnant. Ecce, ni fallor, nova Felicitatis causa.

Qui sunt? quid volunt?

Cognosce causam.

REGIN'ALDUS

Causa, ni fallor, tua est.

Novamque régi subditi apportant fidem.

JEANNE d\rC. 143

voilà fait ; les Anglais sont en fuite, ils sortent des villes qu'ils avaient prises; ils tombent eux-mêmes sous les coups de vos soldats; vos sujets reviennent à leur foi première, vous prêtent de nouveau serment et vous veulent pour roi. C'est votre piété qui a touché le Ciel en votre faveur, et, soumis au roi des rois, vous affermissez votre trône. Le souci de la vertu assure la puissance des rois, et celui-là ne saurait être vaincu par un ennemi, qui pieusement sert Dieu.

Et cette jeune fille aussi, le salut de notre France, est un don du Tout-Puissant; ce qu'elle fait, son sexe ne saurait le faire; sa vigueur irrésistible surpasse celle des hommes eux-mêmes; les Anglais ne peuvent soutenir son nom, ni son visage. Ils l'avouent eux-mêmes; dès qu'ils aperçoivent de loin ses bannières, la force quitte leur bras, ils ne peuvent tendre leurs arcs, ni frapper de leur épée; leur poitrine se glace tout à coup d'une roideur inaccoutumée, les armes quittent leurs mains et tombent d'elles-mêmes. Grand roi. Dieu et les astres combattent pour vous. Mais voici, si je ne me trompe, une nouvelle cause d'allégresse.

Qui sont ceux-ci? que veulent-ils? allez vous en informer.

RÉGMAULT.

C'est vous qu'ils cherchent, si je ne me trompe.

BORBONIUS,

Tua ista turba est, urbium secum fidem Portant'suarum.

Munus hoc rursum Dei est; Adsint,Moquantur.

Subditos nunquam bonus Princeps repellit, subditi nunquam boni Deserere regem, si licet, possunt suum.

Vis magna corpus vincit, animum non potest.

LEGATUS SENONUM.

Senonum tuorum, magne rex, dum sors favet, Legatus adsum; subditorum si preces Benignus audis, ad tuam rursùs fidem Prompti redimus. Hactenùs tulimus jugum, Dum nos coegit Anglus, et nostram sibi Subjicit urbem. Parce, rex, animo tibi Semper fidèles fuimus; en claves habes, Nec urbs patebit sola, panduntur tibi Animi tuorum, quamque debemus fidem Senones vovemus.

Grata mihi vestra est fides :

Cessistis hosti, colite nunc regem boni Fidique semper subditi. Quid vos? quid est?

JEANNE d'arc. I45

Ce sont des sujets qui apportent au roi un nouveau serment de fidélité.

Tous ces gens-là vous appartiennent, ils apportent avec eux la foi de leurs villes.

C'est encore un présent de Dieu; qu'ils viennent, qu'ils parlent.

LE VIEILLARD

Un bon roi ne repousse jamais ses sujets; des sujets fidèles ne peuvent qu'à la force abandonner leur roi. Une force supérieure peut vaincre les corps, mais non les âmes.

l'envoyé de sens.

Grand roi, je suis, grâce au Ciel, l'envoyé de vos habitants de Sens; si vous accueillez favorablement les prières de vos sujets, nous rentrerons avec joie sous votre obéissance. Nous avons jusqu'ici subi le joug, l'Anglais nous y ayant contraint et s'étant soumis notre ville. Pardonnez, ô roi, nos cœurs vous sont toujours restés fidèles; voici les clés de la ville; elle ne s'ouvre pas seule à vous, les cœurs de vos sujets vous sont en même temps ouverts, et vous offrent la foi qui vous est due.

CHARLES

Cette fidélité me touche; vous avez cédé à l'ennemi, servez désormais votre roi en bons et fidèles sujets. Et vous r qui êtes vous:

14b JOANNA DARCIA.

LEGATI SL'ESSIONUM.

Urbs suessionum, magne rex, claves tibi Animosque tradit civium; Franci sumus Tuique; si quid hactenùs potuit furor Hostilis in nos, parce; perfidiae rea Urbs nostra non est, cessit Anglorum minis, Ut non periret, nunc tua ut rursùm foret, Ejecit Anglos. Recipe, rex, fidos tibi Semper futuros, urbs tua est, cives tui.

Benignitatis sentiet nostrae modum

Urbs Suessionum; pergite, et dura sors favet,

Amate regem, rex ero vobis bonus.

LEGATI BELLUACUM.

Urbs Belluacum, magne rex, si non preces Temnis tuorum, subtrahit coUum jugo, Anglisque pulsis in tuam rursùs fidem Redit fidelis. Hanc habenî magni indolem Quicunque reges, semper ut vultu suos Cernant benigno, rébus afflictis juvent, Cum culpa nuUa est, cessit urbs Anglis priiis, Armis coacta, nunc tuos sese ad pedes Prostrata dédit. Parce rex, et rex, fave ; Quae non coacta jam redit, fidelis est.

Amo fidelem, quicquid est actùm priùs Ignosco, nimius perculit multos timor

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