‹ Jeanne d'Arc, tragédie en cinq actes et en vers (volume 2)Chapitre 11 sur 24 · LE PÈRE DE JEANNE D'ARC, MARGUERITE, LOUISE, ADHÉMAR · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC, MARGUERITE, LOUISE, ADHÉMAR

MARGUERITE

Oui, mon pèrç, nos, vœux seront tou$.çxaucés ,

Archives ae la Viïie.cc BreR^ 53 Archief van de Stad Brusssi

( 21 ) Bedfort verra nos pleurs et brisera sa chaîne. On dit que de ce lieu sa demeure est prochaine. Arrêtez un moment vos pas appesantis , Par la douleur , la crainte et les ans ralentis.

LOUISE

Tous nos maux vont finir , bannissez vos alarmes»

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

Croyez-vous, mes enians, qu'on la rendeà nos larmes ? Tant d'honneurs! tant de gloire ! et maintenant des

[fers !

Oh! venez dans mes bras! Que vos soins me sont chers! Combienm'est doux l'amour que vous faites paraître! Il m'aurait consolé, si mon cœur pouvait l'être.

ADHÉMAR

Vieillard ? vous paraissez étranger dans ces lieux ?

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

Oui , je le suis.

Des pleurs obscurcissent vos yeux.

Quels malheurs?...

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

Mes malheurs sont bien grands , et j'ignore Si le ciel ne doit pas Ie's augmenter encore.

ADHÉMAR

L'auriez-vous offensé ? *

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

Non , mais il me punit j Il rend amers des jours qu'autrefois il bénit.

ADHÉMAR

Ouvrez-moi votre cœur , parlez , de l'infortune La plainte en aucun temps ne me fut importune : Croyez que ce n'est point un désir indiscret Qui me fait demander ici votre secret.

Dans un monde pour tous si fertile en misères ,

Motî devoir fut toujours de consoler mes frères. Répandez vos chagrins dans le stin d'un ami ; Des malheurs confiés sont calmés a demi. LE PÈRE DE JEANNE D'ARC.

Langage consolant , bonté vrai meut céleste ! On m'avait dit , li^las! que dans ce lieu funeste Nul, ne prendrait pitié de moi , de mes vieux aïs.

MARGUERITE

Voyez, il est encor des coeurs cornpalissans... Je l'espérais... Osons lui dire qui nous sommes. Pourquoi douterions-nous de la pitié des hommes? Et pourquoi fuirions-nous à l'heure du danger Un ami dont la main s'offre à nous protéger ? Qu'il sache nos malheurs, qu'ildnignenouscond'ûre . Jusqu'auprès de Bedfort il peut nous introduire.

ADHÉMAR

Attendez-vous de lui la fin de vos revers ? LE PÈRE DE JEANNE D'ARC. Une illustre captive est ici dans ses fers.

ADHÉMAR

Eh bien ! quel intérêt...

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

O douleur ! ô ma fille !

ADHÉMAR

Qu'entends-jeï Jearme d'Arc !

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

Vous voyez sa famille, Son vieux père, ses sœurs...

ADHÉMAR

Se pourrait-il ? oh! Dieu !

LE PÈRE DE JEANNG D'ARC

Pour partager son sort nous venons en ce lieu. Je suis parti , laissant une femme éplorée , A toutes les douleurs où son ame est livrée ;

Lui donnant un espoir que mon ;œur n'avait pas , Je me suis en pleurant arraché de ses bras. J'ai parcouru les lieux où naguère avec gloire Ma fille vers son roi conduisait la victoire. Sur mes autres enfans, dans ma route appuyé, Cherchant pour les nourrir le pain de la pitié, Cachant mon nom , de peur qu'une foule égares De ces tristes remparts ne m'interdît Fentré*. J'arrive tout tremblant , je crains d'interro^-r... Ma fille !

ADHÉMAR

L'on s'assemble et Ton va la juger.

La rigueur de son sort autant que vous m'accable! J'espérais prévenir l'arrêt irrévocable; [vœux

Mais on dit qu'en ce jour Beauvais, trompant met D'infidèles témoins apporte les aveux , Il vient de Vaucouleurs,et sa perfide adresse.,

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

Beauvais ! à nos malheurs sa pitié s'intéresse; Non ; ne redoutez pas ce qu'il vient révéler , Beauvais est notre appui...

ADHÉMAR

Vous me faites trembler!

Comment de ses projets avez-vous connaissance ?

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

De ma fille en nos champs je déplorais l'absence, Son sort, ses fers cruels, et de sa mère en deuil Déjà mes tristes mains préparaient le cercueil: J'élevais vers le ciel ma prière impuissante, Lorsque soudain Beauvais dans nos murs se présente. « L'Anglais sur Jeanne d'Arc veut venger son affront, » Me dit-il , et le glaive est levé sur son front. » J'ai couru vers ces lieux , plaignant sa destinée : » Tu peux , tu peux encore sauver l'infortunée. »

Ah! lui dis-je , parlez, dans ce danger pressant Faut-il prendre ses fers? faut-il donner mon sang? » Déclare, poursuit-il, au nom de ta famille, » Que des prestiges vains avait séduit ta fille, » Que d'un arl suborneur le magique poison » Dès ses plus jeunes ans égarant sa raison... »

ADIJÈMAR.

Et cet aveu funeste... O trahison! ô crime !

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

C'était le seul moyen de sauver la victime. « Ace prix, me dit-il, Bedfort peut pardonner. » Je défendrai ta fille. . »

ADIIÉMAR.

Il vient l'assassiner.

MARGUERITE

Mon père ! . . .

LE PÈRE DE JEANNE D'ARC

Tant d'honneur...

ADHÈMAR.

Beau vais en est capable.

Pour faire déclarer votre fille coupable , Pour la livrer peut-être aux flammes du bûcher, II montrera l'aveu qu'il sut vous arracher. Vous ignorez, vieillard, que, par son entremise, Aux juges redoutés Jeanne d'Arc est promise j Que l'affreux tribunal...

LE PÈRE IDE JEANNE D'ARC

Le ciel aurait permis Que, servant malgré moi ses cruels ennemis. .. Funeste aveuglement ! douleur inattendue ! Dans ce cœur paternel la nature éperdue Jette un cri lamentable. ..Ah ! par ces cheveux blancs! Jusqu'aux pieds de Bedfort, guidez mes pas tremblans. C'est en vous seul ici que ma douleur espère. Voyez leur désespoir, voyez les pleurs d'un père ,

D'un père qui s'accuse, et qui n'a pu prévoir Que d'être si cruel on se fit un devoir. Mais j'irai démentir leur affreux stratagème; Devant leur tribunal je paraîtrai moi-même ; Tandis que d'un côté d'infâmes délateurs, Appuyant leurs projets de récits imposteurs , Oseront accuser l'auguste prisonnière, On entendra de l'autre une famille entière De la vérité sainte invoquer tous les droits Contre des assassins armés du fer des lois.

LOUISE

Nous élevons vers vous nos mains reconnaissantes , Rendez l'infortunée à ses soeurs gémissantes.

MARGUERITE

Ne craignez point d'offrir à des cœurs malheureux Votre appui protecteur, vos secours généreux.

ADHÉMAR

Moi , craindre ! Ah! protéger le faible qu'on opprime An péril de ses jours prévenir un grand crime, Est un emploi trop noble, un trop beau dévouement, Pour permettre à mon cœur d'hésiter un moment. Déjà près de ces lieux la foule se rassemble; Suivez mes pas tous trois , retirons-nous ensemble. Evitons les regards de ce peuple égaré. Vieillard, dans un moment je te rappellerai. Dût le glaive sanglant s'agiter sur ma tête, Dût le feu du bûcher, que la vengeance apprête , Pour moi-même en ces murs s'allumer à l'instant, Il faudra qu'Hermangart pâlisse en m'écoutant; Il faudra qu'il renonce à l'espoir sanguinaire D'appuyer ses complots du nom sacré d'un père.

( a6 ) ACTE TROISIÈME.

(Même décoration.)

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