SCÈNE I
JEANNE B'ARG endormie, DBUX S0LD4TS.
PREMIER SOLDAT
.Elle est magicienne, hérétique, et je crois Qu'il faut nous garantir sous des signes de croix Du pouvoir des démons ...
DREXIEME SOLDAT.'
Oui, que Dieu nous assiste!
Ici pour sentinelle il faudrait l'exorciste.
JEANNE d'arc, rêvant.
O mon Dieul que je souffre!.,. Écoutez, écoutez... Par trois chaînes de fer mes bras sont garrottés.
Oh! ne pouvez-vous pas, de votre main divine,
Dénouer ces liens qui blessent ma poitrine ?
S'il faut de ce martyre ^ndurer la rigueur,
Mon bon ange, mettez vos deux mains sur mon cœur
Pour l'empêcher de battre. . .
PREMIER SOLDA.T
Ah ! le spectacle étrange :
La fille de Satan que servirait un ange ! Je voudrais voir venir ce brillant séraphin. . .
JEANI>r£ d'arc, rèyaut.
J'ai fait couronner roi Charles, gentil Dauphin. Il ne s'en souvient plus, peut-être ; mais qu'importe ? Tout diadème est lourd pour le front qui le porte ! J'ai sauvé mon pays par de nobles succès ; N'est-ce pas, Messeigneurs les chevaliers français? .. La Hire, et vous Dunois, l'honneur de ma bannière, Pourquoi délaissez-vous la pauvre prisonnière ? Pitié! j'ai faim, j'ai froid... Venez me secourir; Noêmé viendrait, lui ; mais ils l'ont fait mourir ! Toi qui m'as précédée en la sainte patrie. Oh! garde-moi ma place aux genoux de Marie, Noëmé!... Noëmé!..,
PREMIER SOLDÂT
Ce nom m'est inconnu ; C'est un démon, sans doute, auprès d'elle venu. On a vu des esprits, durant la nuit dernière. Rôder dans l'ombre autour de notre prisonnière; Et l'on dit qu'à minuit des créneaux de la tour
Une flamme bleuâtre effleure le contour. £ntend&-tu sous nos pieds de longs rires funèbres ? Le souffle d'un fantôme a glacé les ténèbres !