LE PÈRE DE JEANNE D'ARC , MARGUERITE, LOUISE
FRANÇOIS DE PAULE
MARGITERITE.
Oui y mon père, bientôt nous serons exaucés. Du courage! le ciel, qui bénit la souffrance. Nous fit une vertu de la sainte espérance; Du courage !... Venez , Dieu conduira nos pas Près du duc de Bedfort...
LE PÈKK OE JEANIfE o'aRG.
Hélas !
MARGUERITE
Ne pleurez pas.
LOUISE
On dit que ce seigneur dans ce palais demeure , Et nous pourrions revoir ma sœur avant une heure.
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC
Le crois^tu?
LOUISE
Je le crois.
MARGUERITE
Et je Tespère aussi.
LE PÈRE I>E JEANNE D'aRC.
C'est pour me rassurer que vous parlez aiiisi.
MARGUERITE
Bedfort en vous voyant s'attendrira peut-être.
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Vous me consoleriez, si mon cœur pouvait l'être ! Vos bras m'ont soutenu. . . que vos soins me sont cfaérs! Les bras de votre sœur, hélas ! portent des fers ; Elle avait pour le roi Charles Sept pris les armes. Pensez-vous, mes enfants, qu'on la rende à nos larmes?
FRANÇOIS I)£ PAULE s'«ppraehitit.
Vieillard , vous paraissez étranger dans ces lieux ?
LE PÈRE DE JEANNE b'aRC»
Oui, je le suis.
FRANÇOIS DE PAULE
Des pleurs obscurcissent vos yeux.
Quels malheurs. . . ?
LE PÈRK DE JEAIDNE d'aRC.
Mes malheurs sont bien grands^ et j'ignore Si le ciel ne doit pas les augmeater^ encore.
FRANÇOIS DE PAULE
L'auriez-vous offensé ?
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Non, mais il me punit; Il rend tristes des jours qu'autrefois il bénit.
FRANÇOIS DE PAUL
Ouvrez-moi votre cœur, parlez : de l'infortune La plainte en aucun temps ne me fut importune ; Répandez vos chagrins dans le sein d'un ami : Des malheurs confiés sont calmés à demi.
' LE PÈRE DK JEANNE d'aRG.
I^angage consolant !
MARGUERITE
Disons-lui qui nous sommes.
Pourquoi douterions-nous de la pitié des hommes , Mon père ? et croirions-nous qu'ici, loin de nos champs, Nous ne rencontrerons jamais que des méchants ? Je ne sais. . . mais ma peine est moindre en sa présence ; C'est en de tels amis qu'espère l'innocence. Du Dieu qu'il représente il a la charité ; Parlons^lui , disons-lui toute la vérité. Qu'il sache nos malheurs, qu'il daigne nous conduire : Jusqu'au duc de Bedfort il peut nous introduire.
FRANÇOIS DE PAULE
Ou'attendez-vous de lui ?
LE Pi!RR DE JEANNE d'aRC.
De lui seul^ et de Dieu, J'attends qu'une captive enfermée en ce lieu Me soit rendue...
FRANÇOIS DE PAULS
A vous? Comment?
LE PÈRE DE JEANNE d'aRG.
Oui, c'est ma fille.
FRANÇOIS DE PAULE
Qu'en tends^je ! Jeanne d' A rc. . .
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Vous voyez sa famille :
Son père et ses deux sœurs...- soit la vie ou la mort, Nous venons tous les trois pour partager son sort.
FRANÇOIS DE PAULE
Pauvres faibles enfants! et plus malheureux père!...
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC
£t VOUS ne voyez pas les larmes de sa mère ! Plus à plaindre, elle est seule en sa triste maison ; Elle n'a pu nous suivre et chercher la prison Où sa troisième fille est encor renfermée. Depuis qu'elle est perdue elle est la' plus aimée! Ses sœurs le savent bien et n'en murmurent pas; Toutes deux en pleurant ont soutenu mes pas, Et nous sommes passés où l'on dit qu'avec gloire Jeanne d'Arc vers son roi conduisait la victoire. Partout on répétait son nom avec honneur, Et, quoiqu'il soit le mien, j'écoutais sans bonheur.
Qu'on ne m'en parle pas, hélas ! qu'on me la rende^ Me disais-je tout bas, tant ma peine était grande! £t je cachais ma* tête entre mes faibles mains Et mouillais de mes pleurs ses glorieux chemins. Nous devions la trouver enfin, sans aucun doute, Car ses lauriers partout nous traçaient notre route ! Et nous en avons fait bien plus de la moitié, En cherchant pour tous trois le pain de la pitié ; Toujours sans me nommer, dé crainte qu'égarée La foule de ces murs ne me fermât l'entrée. J'arrive tout tremblant, et n'ose interroger... Ma fille?,..
FRANÇOIS DE PAULE
L'on s'assemble et l'on va la juger.
La rigueur de son sort autant que vous m'accable ! J'espérais prévenir l'arrêt irrévocable; Mais on dit qu'en ce jour Tyrrel, trompant mes vœux, D'infidèles témoins apporte les aveux.
Il vient de Vaucouleurs, et sa perfide adresse...
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Tyrrel! à nos malheurs sa pitié s'intéresse. Non ; ne redoutez pas ce qu'il vient révéler : Tyrrel est notre appui ...
FRANÇOIS DE PAULE
Vous me faites trembler !
Mais ses projets, comment pouvez-vous les comprendre?
LE PÈRE DE JEANNE I>'aR€.
Tyrrel en ma chaumière un jour daigna se rendre*
— L'Anglais sur Jeiinne d'Arc veut venger son affront, Me dit-il , et le glaive est levé sur son front ;
J'ai couru vers ces lieux, plaignant sa destinée. Tu peux, si tu le veux, sauver l'infortunée ! — Ah! lui di^je, parlez!... Dans ce danger pressant, Faut-il prendre ses fers ? faut41 donner mon sang ?
— Déclare, poursuit-*il, au nom de ta famille, Que des prestiges vains avaient séduit ta fille ; Que d'un art suborneur le magique poison Dès ses plus jeunes ans égarant sa raison...
FRANÇOIS DE Pil-ULB.
Et cet aveu funeste. . . O trahison ! 6 crime!
LE PÈAE DE JEANNE d'aRG.
C'était le seul moyen de sauver la victime.
— A ce prix, me dit-il, Bedfort peut pardonner. Je défendrai ta fille . i . —
FRA.NÇOIS DE PAULE
Il vient l'assassiner!
MARGDERITE.
Mon père!...